‹ uvres de Dante AlighieriChapitre 49 sur 106 · LE PURGATOIRE. CHANT XXI · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE. CHANT XXI

la fosse sépulcrale, apparut à deux hommes qui étaient sur la roule,

Ainsi nous apparut une ombre, et derrière nous elle venait, regardant à leurs pieds les âmes étendues; et nous ne l'avions point aperçue avant qu'elle parlât.

En disant : « Mes frères, Dieu vous donne la paix! » Nous nous retournâmes subitement; et Virgile lui rendit le geste convenable;

Puis il commença : a Que dans le concile bienheureux t'admette en paix la cour de vérité qui me relègue dans l'étemel exil !

— Comment, dit l'esprit, et pourquoi allez-vous si vite, si vous êtes des ombres que là-haut Dieu n'admet point? q>û vous a guidés si avant sur ces degrés? »

Et mon docteur : « Si tu regardes les signes que celui-ci porte et que l'ange trace sur le front, tu verras bien qu'il a droit de régner avec les bons *.

» Mais comme celle qui jour et nuit file n*avait pas encore fini pour celui-ci la quenouille que Clotho garnit et impose à chacun de nous,

» Son âme, qui est ta sœur et la mienne, allant là-haut, ne pouvait aller seule, car elle ne saurait voir aussi bien que nous;

» J'ai donc été tiré de la vaste gueule d'Enfer pour lui montrer la route, et je la lui montrerai tant que ma science pourra le guider.

» Mais dis-nous, si tu le sais, pourquoi la montagne a éprouvé tout à l'heure de telles secousses, et pourquoi, jusqu'à ses pieds amollis par la mer, toutes les àrces ont paru crier à la fois? »

Par celle demande, Virgile rencontrait comme dans uni liguille le chas de mon désir, de sorte que, grâce à l'espé» rance, ma soif sentit moins son jeûne.

L'esprit commença : « Ceci n'est point une chose que la sainte montagne ait ressentie sans ordre, ou qui soit en dehors de ses lois.

* &M tisnet sont Im letlrfs P.

» Ce lieu est exempt de toute altération. Le bruil r.t ^>-u. provenir que de ce que le ciel a reçu en lui de la montagne, et non d'aucune autre cause;

p Car il ne tombe ici ni pluie, ni grêle, ni neige, ni rosée, ni givre, en deçà de la porte aux trois petits degrés.

» On n'y voit ni nuées épaisses ou minces, ni éclairs, ni la fille de Thaumas, qui là-bas change s<juvent de place*.

» La vapeur sèche ne s'élève pas plus avant que le sommet des trois degrés dont j'ai parlé, là où le vicaire de saint Pierre a les pieds.

» Peut-être que plus bas le mont éprouve des secousse» plus ou moins violentes; mais par l'ellet du vent caché dana la terre, je ne sais comment ces hauts lieux ne tremblent jamais.

» Ils tremblent quand une âme, se sentant purifiée, se lève ou se met en mouvement pour s'élancer là-haut, et UD tel cri l'accompagne.

» La volonté seule est la preuve de la purification; elle excite l'âme, désormais affranchie de ses épreuves, à changer de séjour ; l'âme jouit de cette juste volonté.

» Avant cette heure l'âme voudrait bien s'affranchir, mais le désir de se purifier ne le permet pas; car ce désir qu'elle avait pour le péché, la divine justice le lui impose pour le châtiment.

» Et moi, qui suis resté étendu sous ces douleui-s cinq œnts ans et plus, je n'ai senti qu'à cet instant la libre vo« lonté d'un séjour meilleur.

» C'est pouKpioi tu as entendu le tremblement de terre, et sur la montagne les pieux esprits louer le Seigneur afin qu'il les admette bientôt dans le ciel. »

Il parla ainsi : a Et comme on jouit d'autant plus à boire que plus grande est la soif, je ne saurais dire quel contentement il me donna. »

Et le sage guide : a Maintenant je vois le filet que vous prend, et comment on s'en délivre; pourquoi ici le mont tremble, et de quoi vous vous réjouissez tous ensemble.

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» A présent, qui as-tu été (permets que je le sache)? et pourquoi pendant tant de siècles es-tu resté ici étendue Permets que je le saisisse dans tes paroles.

— Dans le temps où le bon Titus, avec l'aide du grand roi, vengea la blessure d'où sortit le sang vendu par Judas,

» Alors, répondit l'esprit, j'étais là-bas, portant le titre qui dure le plus et honore le plus*, assez célèbre, mais n'ayant pas encore la foi.

» Si doux fut mon chant, que moi. Toulousain *, Rome m'attira vers elle, et là je méritai d'orner mes tempes de myrte.

» Stace est le nom qu'on me donne encore là-bas; je chantai Thèbes, et ensuite le grand Achille, mais je tombai sm- le chemin avec le second fardeau.

» Mon ardeur trouva les étincelles qui devaient l'échaulTer :ans celte divine flamme où plus de mille se sont embrasés.

» Je parle de l'Enéide, laquelle fut ma mère et fut ma nourrice en poésie ; sans elle je n'écrivis pas une pensée qui eût le poids d'une drachme.

» Et, pour avoir vécu là-bas au temps où vécut Virgile, je consentirais à retarder d'une année la sortie de mon exil. ?•

Ces paroles firent tourner vers moi Virgile, avec un air qui, en se taisapt, disait : « Tais-toi! » Mais elle ne peut pas tout, cette faculté qui veut.

Le rire et les pleurs suivent de si près la passion dont chacun est aiguillonné, qu'ils sont moins soumis à la volonté des hommes les plus i'i;îcères.

Je me pris donc à sourire, comme un homme qui fait signe, de sorte que l'ombre se tut et me regarda dans lei yeux, où l'aflection de l'esprit se montre davanta^re.

tt Ah ! dit-elle, puisses-tu mener à bien la gi ande entreprise ! Mais pourquoi ta face m'a-t-elie montré tout à l'heurt cet éclair de sourire ? »

• L« litre «le |>oële.

* Stacc, atilfiir de la Thébaidt el de VAchtlléiiley rUil de Htplei (vojtt Silt»^ kb. V] , nait Drfiile écrivait avant la d<>i»uvcite de cet ouvrage.

Alors je me iens pris de part et d'autre; l'un me fait taire^ l'autre me conjure de parler; triste, je soupire, et je suij compris de Virgile.

« Dis, repartit mon maître, et n'aie point de peur de parler; mais parle, et dis-lui ce qu'il demande avec tant de souci. »

Donc moi : « Peut-être ta t'étonnes, antique esprit, du sourire que j'ai fait, mais je veux que plus d'étonnement te prenne encoie.

» Celui-ci, qui dirige là-haut mes yeux, est ce Virgile dont tu as appris à chanter fortement les hommes et les dieux.

» Si tu as cru que mon sourire , avait un autre motif, hisse là ce faux motif, et crois qu'il venait des paroles que tu as dites de mon guide. »

Déjà Stace s'inclinait pour embrasser les pieds de mon docteur, mais celui-ci lui dit : « Frère, ne fais pas ainsi, car tu es une ombre et tu vois une ombre. »

Et l'autre, en se relevant : « Tu peux comprendre maintenant la grandeur de l'amour qui pour toi m'enflamme*, puisque j'oublie notre vanité,

» En traitant une ombre comme un corps solide. »

CHANT XXII

sixième eercl« où te purifie le pëcbë de Gourmandise. — Les poètes y Toieot «a arbre merveilleux, couvert de fruits odonTi-ranls, et arrose par une eau limpide qui sortait de la montagne. — A la racine de l'arbre, une voix rappelait (iM exemples de Tempérance.

Déjà l'ange était resté derrière nous : l'ange qui nous avait mis dans la voie du sixième cercle, après avoir efface une des taches de mon front*.

Et ceux qui ont tous leurs désirs tournés vers la justice nous avaient dit de leur douce voix ; a Heureux ceux qui ont

I lu (acbe d'AvarioM.

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