‹ uvres de Dante AlighieriChapitre 54 sur 106 · LE PURGATOIRE. CHAM XXIV · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE. CHAM XXIV

au jour les nouvelles rimes commençant ainsi : « Dames,, qui savez bien ce qu'est Amour *. »

Et moi à lui : « Je suis ainsi que lorsque Amour m'ïnspire, je note, et sur le mode qu'il me dicte au dedans, je m'en vais le répandant au dehors.

— 0 frère! dit-il, je vois maintenant le nœud qui nous a arrêtés, le Notaire, et Guittone • et moi, loin de ce doux et nouveau style qui m'est révélé.

» Je vois comme vos plumes suivent fidèlement celui qui dicte si bien.*; certes il n'en fut pas ainsi des nôtres.

)) Et celui qui veut monter plus haut ne dislingue plus un style de l'autre; » et, comme satisfait, il se tut.

Comme ces oiseaux qui hivernent vers le Nil forment quelquefois une bande épaisse, ensuite volent avec plus de vitesse et s'en vont à la file.

Ainsi toutes les âmes qui étaient là tournèrent le visage et pressèrent le pas, légères et par leur maigreur et par leur ▼ûlonté.

Et comme un homme lassé de courir laisse aller ses co».. pagnons, et marche plus lentement jusqu'à ce que le soufile de ses poumons soit apaisé.

Ainsi Forèse laissa passer outre le saint troupeau, et il s'en venait dcrrièi'e eux avec moi, me disant : « Quand te reverrai-je ?

— Je ne sais, lui répondis-je, combien je vivrai; mai« mon retour ne sera pas si prochain que, moi, en désir je ne sois auparavant arrivé sur la rive;

» Car le lieu où je fus placé pour vivre de jour en jour se dépouille davantage du bien, et semble destiné à une triste riinc.

— Va, reprit-il, je vois le plus coupable de tous * trainé

* C'«>t le premier vert d'ane caaione de Dante en l'honneur de Béatrice. Os a troave dan» la Viia nuota.

*Jaeq«es da Lcnlino. iiirnomind le Notaire, Guittone d'Arntzo, poëtet niMi<K •/e».

* Amonr.

* Corso Oonjli, rlicf «le» Noir» et frêro de Fofsc, qui rlail du parti de» Gor«o DoDdlt fui masMcré dans le» rue» de Florence, ceci en 1304.

104 LA UiVINE COMÉDIE.

à la queue d'une bête vers la vallée où nulle faute n'ejA remise.

» La bête à chaque pas va plus rapide, augmentant toujours de vitesse, jusqu'à ce qu'elle laisse le corps, en tous lieux heurté, indignement défait.

» Ces sphères n'ont pas beaucoup à tourner (et 11 levalr»* yeux au ciel), jusqu'à ce que devienne clair pour toi ce que mes paroles ne peuvent éclaircir davantage.

» Maintenant je te laisse, car le temps est cher dans ce royaume, et j'en perds trop en marchant ainsi avec toi, deux à deux. »

Tel parfois un cavalier sort au galop d'une troupe qui chevauclie et s'avance, afin d'avoir l'honneur du premier choc.

Tel l'esprit se sépara de nous à grands pas, et je restai sur la route avec ces deux-là qui furent de si grands maréchaux en poésie*.

Et lorsqu'il fut assez loin devant nous pour que mes yeux le suivissent, comme mon esprit avait suivi ses paroles.

J'aperçus les rameaux chargés de fruits et vivaces d'un autre pommier, et non éloignés de moi, qui étais alors tourné de ce côté.

Sous cet arbre je vis des âmes élever les mains et crier je ne sais quoi vers le feuillage , comme de petits enfants qui, tout pleins de vains désirs,

Font force prières auxquelles celui qui est prié ne répond pas; mais pour aiguiser encore leur convoitise, il tient au-dessus d'eux l'objet de leur désir, et il ne le cache pas.

Cette foule partit ensuite comme détrompée; alors nous vînmes au grand arbre qui se refuse à tant de prières et de larmes ;

« Passez outre sans vous approcher; plus haut est un arbre dont le fruit fut mordu par Eve , et cet arbre en est un rejeton. »

A'jisi, à travers les br"\nches, je ne sais qui parlait. Donc

> Tinùlc et Suo».

LE PUnCATOIlŒ. CHAM XXIV. 4U.:

Virgile, Stace et moi, nous passâmes outre en nous serrant contre le côté du chemin qui s*élève.

« Souvenez-vous, disait la voix, des maudits fondés dans les nuages, qui, repus, combattirent Thésée avec leur double poitrine.

» Souvenez-vous des Hébreux qui montrèrent leur mollesse en buvant ; c'est pourquoi Gédéon ne les voulut pas pour compagnons , quand près de Madian il descendit lo*s collines. »

Ainsi, en nous rapprochant de Tun des deux bords, nous passions en écoutant les divers péchés de gourmandise suivis autrefois de justes misères.

Pi>is, rentrés dans le milieu de la route, nous avançâmes durant mille pas et plus, chacun de nous réfléchissant, mais sans parler.

« Où allez- vous, pensant ainsi tous les trois, seuls? )> dit tout à coup une voix; sur quoi je me secouai comme font les animaux épouvantés et peureux.

Je levai la tête pour savoir qui c'était, et jamais, dans la fournaise , on ne vit des verres ou des métaux brillants et rouges

Comme l'était cet esprit qui disait : « S'il vous plaît de monter, c'est par ici qu'il faut tourner; par ici va celui qui veut aller vers la paix. »

Son aspect m'avait ôté la vue; je me tournai vers mes maîtres, comme un homme qui va suivant ce qu'il entend.

Et telle la brise de mai, messagère de l'aurore, se icpand et embaume, toute imprégnée de l'herbe et des fleurs.

Un tel vent je sentis me frapper au milieu du front, et je sentis bien se mouvoir la plume qui me fit sentir l'odeur de l'ambroisie'.

Et je sentis qu'on disait : « Heureux ceux-là que la giàc€

• /al mi senti' uo tento dar per m«^

La fronle« e ben »cnli' muovcr la piuma Chc fe' «cnlir d'atnbrosia Torciza.

E hcntj' (Jir...

i'Aofe eflace lur \» Trout du poêle le P, iigoc du piîcbé de GourmandÏM.

40C LA ImVLNE comldie.

enflamme tellement, que l'amour du manger ne fait pw fumpr flans leur cœur trop de désirs, 0 Et qui n'ont faim qu'autant qu'il est raisonnable. »

CHANT XXV

Septième et dernier cercle, oili se purifie le pëchë de Luxure. — Slaee explique à Dante l'œuvre merveilleuse de la (;éiiëration, et comment les Ames révèlent une forme visible. — Esprits qui, au milieu des flammes, rappellent des exemples de Chasteté.

C'était l'heure où, pour monter, il ne fallait plus de retard, car le soleil avait laissé le cercle méridional au Taureau, et la nuit au Scorpion*.

Aussi, comme lait l'homme qui ne s'arrête pas, mab poursuit sa routt', quoi qu'il rencontre, si l'aiguillon du be soin le pique.

Ainsi nous entrâmes dans le passage, l'un devant l'autre^ en prenant l'escalier qui par son étroitesse force ceux qui montent de se séparer.

Et tel le petit de la cigogne qui lève ses ailes par le désir de voler , puis n'ose pas abandonner le nid , et rabaisse ses ailes;

Tel j'étais plein d'un désir de demander qui s'allumait et s'éteignait; et je venais jusqu'à faire le mouvement de celui qui s'apprête à parler.

Tout rapide que fût notre chemin, le doux père ne laissa pas de me dire : « Tire donc l'arc de ta parole que tu as bandé jusqu'au fer! »

Alors j'ouvris la bouche avec assurance, et je commençai : « Comment peut-on devenir maigre, là où le besoin de vous nourrir ne vous touche pas?

— Si tu te rappelais comment Méléagre se consuma à mesure que se consumait un tison, cela, répondit-il, ne te serait pas si aigre à comprendre.

• Deux hpuroi après midi.

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