‹ uvres de Dante AlighieriChapitre 60 sur 106 · LE PURGATOIRE. CHANT XXVIII · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE. CHANT XXVIII

Aussitôt qu'elle fut là où les herbes sont baignées par les ondes du beau fleuve, elle me fit le don de lever les yeux.

Je ne crois pas qu'une si vive lumière ait brillé sous les ?ils de Vénus, (juand son fils la blessa par mégarde.

Elle me souriait de la rive droite, tout en cueillant les Heurs que cette heureuse terre produit sans semence.

Le tleuve ne nous séparait que de trois pas; mais THellespont où passa Xerxès ( frein qui modère encore tous les orgueils humains)

iNc fut pas plus odieux à Léandre, nageant entre Sestos et Abydos, qu'à moi-même ce fleuve, qui alors ne s'ouvrait •>as devant moi.

a Vous êtes nouveaux venus, commença-t-elle, et parce que je souris en ce lieu choisi pour nid à l'humame nature,

» Peut-être je vous étonne et excite en vous quelque soupçon, mais k psaume Deleclasti * répand une lumièro ]ui peut dissiper les nuages de votre entendement.

.) Et loi qui es devant et qui m'as priée de parler, dis-moi si tu veux entendre autre chose, car je suis venue, prête à répondre à toutes les questions autant qu'il te faudra.

— L'eau, répondis-je, et le bruit de la forêt combattent en moi une foi nouvelle en une chose que j'ai entendue et qui est contraire à celle-ci. »

Elle aussitôt : « Je dirai comment naît de sa cause ce qui te fait l'étonner, et je fondrai le nuage qui t'aveugle.

» Le souverain bien, qui se plaît à lui seul, fit l'homme bon et pour le bien, et lui donna ce lieu pour arrhes de la paix éternelle.

)) A cause de sa faute, ici l'homme demeura peu *; à cause de sa faute, il changea en plaintes et en tristesse le lii-e honnête et les doux plaisirs.

» Afin que les troubles excités plus bas par les exhalaisons de l'eau et de la terre, qui, autant qu'elles le peuvent, l'échappent vers ^C chaleur,

' CV»l<i-clirc le iiMUiiic 91, ou le vorscl S dit : UeUetatti me, Domine, de. * Scl«i les commcnUil<-urs, Adam cl Eve nu rwtèrent quo icpt heures daui k Païadit Urrvilrc : d« Taube a midè.

422 LA DIVIÎSE COMÉDIE.

» Ne fissent aucune guene à riionime, ce niunt fut ainsi élevé vers le ciel, et il est à l'abri de tout orage depuis It point où la porte le ferme.

» Or, comme l'air se meut en circuit, poussé par le premier mobile, si le cercle n'est rompu d'aucun côté,

» Un tel mouvement vient frapper cette hauteur qui est toute libre dans l'air vif et pur, et fait résonner la forêt, parce qu'elle est touffue.

» Les plantes ainsi frappées imprègnent naturellement l'air de leur vertu; et l'air, en tournant, la secoue circulairement.

» L'autre terre, selon qu'elle est digne par elle-même ou par son ciel, conçoit et pousse divers arbres de diverses qualités.

» Ceci entendu, tu ne regarderas plus là-bas comme une merveille, si des plantes y poussent sans semences apparentes.

)) Tu dois savoir que la campagne sainte, où te voici, est pleine de toutes sortes de semences, et a en elle des fruits qui là-bas ne se recueillent point.

» L'eau que tu vois ne jaillit pas d'une veine nourrie par la vapeur que le froid du ciel convertit en pluie, comme un fleuve qui s'emplit et qui perd son eau;

» Mais elle sort d'une fontaine régulière et sûre qui reprend dans la volonté de Dieu autant qu'elle verse par ses deux canaiLV.

w De ce côté elle descend avec une vertu qui ôte la mémoire du péché; de l'autre elle rend le souvenir de chaque bienfait.

» Par ici elle se nomme Léthé *, et de l'autre Eunoé, et elle n opère que lorsqu'on a bu de tous les deux.

» Sa saveur est au-dessus de toutes les autres; et bien que ta soif puisse être assez apaisée pour que je ne t'entretienne \xis davantage,

» Par une grâce spéciale, je te donnerai encore un corol»

' A^iti; Oul>li ; Eûvs-.a, Bon esprit*

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