LE PARADIS. CHANT IV
rerse devant tes yeux , et tel que par toi-même tu n'en pourrais sortir; auparavant tu te sentiiais fatigué.
» Je t'ai mis pour certain dans Tcsprit qu'une ânie heureuse ne pourrait mentir, parce qu'elle est toujours auprès de la première vérité.
j> Ensuite tu as pu entendre de Piccarda que Constance garda son affection pour le voile, de sorte qu'en ceci elle paraît me <u)nlredire.
» Bien t «vent, frère, il advient que, pour fuir le péril, on fait contre son gré ce qu'il ne faut pas faire ;
» Comme Aicméon, qui, prié de cela par son père, tua sa propre mère, et, pour ne pas perdie la piélé, se fit impie-.
» Je veux que tu penses à ce point : que si la force et la. volonté s'accordent, il en résulte que les fautes ne peuvent plus s'excuser.
» La volonté absolue ne consent pas au mal, mais elle ^ consent en tant qu'elle craint, si elle se retire, de tombef dans une plus grande peine.
» Donc, lorsque Piccarda s'exprime comme elle l'a fait, elle entend "parler de la volonté absolue, et moi j'entends parler de l'autre; de sorte que nous disons vrai toutes deux. »
Tel fut l'écoulement du saint ruisseau sortant de la fontaine d'où toute vérité dérive : ainsi elle mit la paix dans l'un et l'autre de mes désirs.
a 0 amante du premier amant* ! ô Dame divine ! m'écriaije ensuite, dont le i^aricr m'inonde et m'éc.hauHc tellement, que de plus en plus il m'avive,
» Mon alTection n'est pas si profonde, qu'elle me sufQse pour vous rendre grâce pour grâce; mais que celui (jui voit et peut réponde pour moi.
» Je vois bien que notre entendement ne se rassasie ja-
* Dltaïqoe parenie pareotem HaUit orit facto pio* «t «oeleratui vod>im.
(Ovjpf, M4UUIL)
* Béalnœ, aouoie de Otoê,
l(il LA D1VI^E COMEDIE.
mais, àll nVst éclairé par la vérité, hors de laquelle n« brille aucune vérité ;
» Aussitôt qu'il l'a pu atteindre, il se ropose en elle comme la bète sauvage dans sa tanière; et il faut qu'il l'atteigne, sinon chacun de nos désirs serait vain.
» C'est par ce désir que le doute naît au pied de la vérité comme un rejeton; et c'est dans sa nature de nous pousser jusqu'au sommet de colline en colline.
» Ceci m'invite, ceci m'encourage, ô Dame! à vous demander avec respect le mot d'une autre vérité qui m'est obscure.
» Je veux savoir si l'homme peut satisfaire à des vœui rompus par d'autres bonnes actions qui ne soient pas petites dans votre balance. »
Béatrice me regarda avec des yeux remplis d'étincelles d'amour, avec des yeux si divins, que, sentant ma force vaincue, je me détournai.
Et restai comme anéanti, avec les yeux baissés.
CHANT V
■éatriee, voulant ri^toudre le doute expo«c par Dant« aa chant prccMent tut U nature et l'essence du vœu, lui iudiquc de quelle manière on peut satisfaire aux vœux qui ont cu! rompus. — Ils montent ensuite au second ciel dans la planète de Mercure. — Un nombre inlini d'Ames bienheureuses viennent ver» le poète, et une d'elle! Ini propose de répondre à toutes ses questions.
«Si, dans ce centre du brûlant amour, je t'apparais rayonnante au delà de ce qui se voit sur terre, au point que je surmonte la force de les yeux,
» Ne t'étonne pas , car ceci provient d'une vue parfaite qui, comme elle saisit vite les objets, les examine aussi ra- Ijidement une fois qu'elle les a bien saisis.
» Je vois clairement cotcme resplendit déjà dans ton in-