‹ uvres de Dante AlighieriChapitre 88 sur 106 · LE PARADIS. CHANT XTI · texte numérisé non relu

LE PARADIS. CHANT XTI

» Si la .lation qui dégénère le plus au monde n'avait pas Hé une marâtre pour César, mais presque une mère aimante pour son fils :

» Tel est devenu Florentin, et changeur et marchand, qui s'en serait retourné à Simifonti, là où son père allait quêter son pain ;

» Les Conti seraient encore à Montemiu*lo , les Cerchi seraient dans la Plèvre d'Acone, et peut-être les Buondelmonti à Valdigrieve *.

» Toujours la confusion des personnes fut le commencement des malheurs d'une cité, comme dans le corps trop d'aliments entassés.

» Le taureau aveugle tombe avant l'agneau aveugle, et maintes fois une seule épée taille plus et mieux que cinq épées.

y> Si tu regardes Luni et Urbisaglia, et comment elles s'en sont allées, et comment s'en vont après elles Chiusi et Sinigaglia,

» D'entendre comment les familles se défont ne te paraîtra chose nouvelle ni forte, puisque les cités mêmes ont un terme.

)> Toutes vos choses ont leur mort comme vous; mai? elle se dissimule dans quelques-unes, qui semblent durer beaucoup, parce que votre vie est courte.

» Et comme le cours du ciel de la lune couvre et découvre sans trêve les rivages de la mer, ainsi la fortune fait de Florence.

» Aussi ne doit-on pas regarder comme chose étonnante ce que je dirai de ces premiers Florentins dont la renommée est cachée dans la nuit des temps.

» J'ai vu les Ughi, j'ai vu les CateUini, les Filippi, les Greci, les Ormanni et les Alberichi déjà sur leur déclin, illustres citoyens;

)) J'ai vu aussi grands qu'ils étaient antiques, avec ceux de la Sannella, ceux de l'Arca, et les Soldanieri, et les Ardinghi, et les Bostichi.

' Ob épargne au lecionr rexplicatioo 4« toatM cet gëitéalogiei floreDlioM.

518 LA DIVINE COMKDIE.

» Près de la porte, chargée présentement d'une novivelle félonie d'un si grand poids, que bientôt il fera chavirer votre barque,

» Étaient les Kavignani, desquels sont descendus cl le comte Guido et tous ceux qui ont pris ensuite le nom du grand Bellincione.

» Délia Pressa savait déjà comme on doit gouverner, et déjà Galigaio avait dorés dans sa maison la garde cl le pommeau de son épée.

» Grande était déjà la colonne du Vair ', et illustres éUient les Sachetti, les Guiochi, les Sifanti, les Barucci et les Galli, et ceux qui rougissent au souvenir du boisseau*.

» Le cep d'où naquirent les Calfucci était déjà grand, et déjà avaient été promus aux chaises curules les Sizii et les Arrigucci.

» Oh ! combien forts j'ai vu ceux qui se sont détruits par leur orgueil ! Les boules d'or fleurissaient Florence dans tous ses hauts faits '.

» Ainsi faisaient les pères de ceux qui, chaque fois que votre évêché vaque, s'engraissent en tenant le consistoire.

»Cettefamilleoutrecuidante*,furieusecomme un dragon à celui qui fuit, mais, à qui lui montrelesdents ou la bourse, paisible comme un agneau,

» Déjà surgissait, mais de si petites gens, qu'il ne plut pas àUbertin Donato que son beau-père l'eut fait leur parent.

» Déjà le Caponsacco était descendu de Fiésole dans le marché, et déjà c'étaient de bons citoyens que Giuda et Infangato.

» Je te dirai une chose incroyable et vraie : dans le petit cercle que formait la ville, on entrait par la petite porte qui devait son nom à la maison de la Péra.

» Chacun de ceux qui portent les beaux insignes du

irmcine des Biili.

' Let Chiarumonti ou les Tosingbi, qui avaient altère la mesure J-j graia. £ le palle dell'oro Fioran Fiorenza in lulli suot grau fatti. * Les Adimari.

LE PAHADl». CHANT XVI. 517

grand baron * dont le nom et la gloire se ravivent à la fête de Thomas,

» En reçut ses ordres de chevalerie et ses priviTégeS; Men qu'il se soit rangé dans le parti du peuple, celui-là. qui entoure ses armoiries d'une bordure d'or.

» Déjà existaient les Gualterotti et les Importuni, et le Borgo serait encore plus calmo, s'ils n'y avaient pas rencontré de nouveaux voisins.

» La maison d'où naquirent vos douleurs, par le juste courroux qui vous a détruits et ensuite a mis fin à votre vie heureuse,

» Cette maison était honorée avec tous les siens. 0 Buondelmonte ! que tu fis mal, cédant aux instigations d'autrui, de fuir son alliance * l

» Beaucoup sont tristes qui seraient joyeux, si Dieu avait fait don de ton corps à FÉma, la première fois que tu vins dans la cité.

» Mais il fallait que, sur cette pierre rompue qui garde le pont, Florence sacrifiât une victime, puisque c'en était fait de la paix.

» Avec ces familles et bien d'autres, j'ai vu Florence dans un repos si grand , qu'elle n'avait aucun sujet de pleurer.

» Avec ces familles j'ai vu son peuple si glorieux et si juste , que jamais le lis du bout de la lance n'était porté renversé,

» Ni, par les divisions, «'était devenu vermeil. »

' Bogue* «oarquit de ToicaDC.

* Et d'épcuser uoe Donali, d'où \m premicrM quwelles d«* CKelfci et étB Ci WMak

CHANT XVTI.

Cacciaguidi rappelle à Dante ics malheurs qui lui Turent prédits daiu f Enfer <% dans le Purgatoire. — A son tour, il prédit au poêle soa exil de "Florence, et le rofugo qu'il doit trouver chex les seigneurs délia Scala. — Enfin il Teihorti à ëcrire tout ce qa'il avait vu dan» coo voyage.

Tel celui qui vint vers Climène pour s'assurer de ce qu'il avait entendu contre lui, et dont l'imprudence rend encore les pères moins faciles pour leurs enfants ^

Tel j'étais et tel je paraissais à Béatrice et à la sainte lumière ', qui auparavant avait pour moi changé de place.

C'est pourquoi ma Dame : « Jette au dehors l'ardeur de ton désir, me dit-elle, afin qu'elle sorte bien empreinte du cachet intérieur.

» Non pas que notre connaissance de toi-même s'accroisse par tes pai'oles, mais pour que tu oses dire ta soif, et qu'un autre te donne à boire.

— a 0 ma chère tige, qui t'élèves si haut, que, conune les esprits terrestres voient que deux angle* obtus ne peuvent être contenus dans un trian.£île,

n Ainsi tu vois les choses contingentes avant qu'elles soient en elles-mêmes, en considérant \<i point auquel tous les temps sont présents ;

)) Pendant que, sous la conduite de Virgile, j'étais sur la monlagne où se guérissent les âmes, ef tout en descendant dans le monde des mortf^,

» De graves paroles me furent dites touchant ma vie future, bien que je me sente tel qu'un tt^tragoïie contre les coups de l'avenir.

» C'est pourquoi ma volonté serait contente d'apprendre quelle fortune s'apprête pour moi, car la flèche prévue vient plus lente. »

• Phaëtou pria Climène de lui apprendre s'il était vraiment Çli d'ApoUon. -~ Instruits par l'imprudence de Pbaëlon, qui conduisit si mal le ckv de son fèm» kit parents sont moins faciles pour les désirs de leurs enfanta

tacciau'uila.

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