LE PARADIS. CHANT XXIII
tournes pas vers le beau jardin qui fleurit sous les rayons du Christ ?
» Là est la rose * dans laquelle le Verbe divin se fit chair, et là sont les lis' dont Todeur indique le bon chemin. »
Ainsi Béatrice; et moi, qui étais tout empressé à suivre ses conseils, je livrai encore un combat à ma paupière débile.
Comme mes yeux environnés d'ombres virent jadis un pré en fleurs, sous un pur rayon de soleil qui traversait la nue déchirée.
Ainsi je vis une foule de splendeurs illuminées d'en haut par des rayons ardents, sans voir le principe de leur éclat.
0 bénigne vertu ', qui les éclaires ainsi, tu t'élevas pour laisser la place libre à mes yeux qui étaient trop faibles
Le nom de la belle fleur * que j'invoque toujours, matin et soir, contraignit tout mon esprit de regarder le plus grand feu'.
Et lorsque mes deux yeux m'eurent dépeint la beauté et l'étendue de la vivante étoile qui triomphe là-liant comme elle triomphe ici-bas,
Du fond du ciel descendit une lueur* ayant la forme d'un cercle comme une couronne, et elle ceignit l'étoile et tourna autour d'elle.
La mélodie qui résonne la plus douce ici-bas, et qui attire à soi le plus l'âme, paraîtra un nuage que déchire le tonnerre.
Comparée au son de cette lyre, qui couronnait le beau saphir dont le ciel le plus clair s'azure.
u Je suis l'amour angélique, je tourne autour de la joie sublime, née du ventre qui fut la demeure de notre désiré;
» Et je tournerai, reine du cielj pendant que tu suivras
■ La Vierge, rosa myiiica,
• Let ap6tres. Ploreto, OocM^qaafi Ulian etdate odorem. (Etei**., c. xtxtM^
• Le Christ.
• La Vierge.
• La Vierge.
• L'archange GabridL
Ii4G LA DIVINE COMÉDIE.
foii fils et feras plus divine la sphère suprême parce que tu v cnlrc'S. »
Ainsi se terminait la mélodie circulaire, et toutes les autreâ lueurs firent résonner le nom de Marie.
Le manteau royal * de toutes ces sphères du monde, ce manteau qui s'enfiamme et s'anime davantage sous le souffle de rinfluencc de Dieu,
Avait, au-dessus de nous, son bord intérieur si éloigné, <jue son aspect, là où j'étais, ne m'apparaissail pas encore.
C'est pourquoi mes yeut n'eurent pas la force de suivre la flamme couronnée qui s'éleva à la suite de sa divine progéniture ;
Et, comme le petit enfant qui tend les bras vers sa maman, après qu'il a pris le lait, par l'effet de rafl'eclion qui à la fin éclate au dehors.
Chacune de ces lueurs s'allonge*» uar le haut, si bien que la haute tendresse qu'elles avaient pour Marie me fut manifeste.
Ensuite elles restèrent en ma présence, chantant si doucement Regina cœli, que jamais le charme ne s'en effacera en moi.
Oh ! combien est grande l'abondance déposée dans ces coffres si riches qui furent sur la terre de si bons semeurs!
Là on vit et ori jouit du trésor amené en pleurant dans l'exil de Babylone*, où on laissa l'or.
Là triomphe de sa victoire sous le haut fils de Dieu et (^ Marie, et avec l'ancien et le nouveau concile,
Celui qui tient les clefs de cette gloiie '. ^
' Le premier Mobile, ou neuvième ciel.
'BabyloDc, c'csl-.i-dire ce momie.
* Saint Pierre avec Ic^ »atuu de t'Aocie» et du Nouveau testameal.
&B PARADIS. CHAJ^T XXI?. 547
CHANT XXIV
■éatriee, aprèt tvoir phé le eoll^e apostolique d'être favorable an po^tei prit taint Pirrre de l'eiamiDer sur la Foi. — Le grand apôtre fait à Dante divcnea
questions Sur le» réponses qu'il reçoit, le Saint approuve b croyaace im
poète.
« O compagnie âue à la grande cène de l'Agneau béni, qui vous nourrit de façon que votre volonté est toujours Mmplie,
» Si, par la grâce de Dieu, celui-ci goûte ce qui tombe de Totrc table avant que la mort lui en précise le temps,
« Songez à son ardeur immense, et rafraîchissez-la un peu : vous buvez toujours à la source d'où vient ce qu'il pense ! »
Ainsi Béatrice. Et ces âmes joyeuses se firent sphères sur les pôles fixes, flamboyant vivement à la manière det comètes.
Et compae le» roues, dans le mécanisme des horloges, fl€ meuvent de manière qu'il semble, à qui Tobserse, que la première est immobile et que la dernière vole.
Ainsi ces rondes, dansant difTérei^ment , me faisaient juger de la béatitude par leur rapidité ou leur lenteur.
Or de celle en qui j'avais remarqué plus de beauté, je via sortir un feu si heureux, qu'elle n'en laissait aucun d'une plus grande clarté.
Et Irois fois elle tourna autour de Béatrice avec un chant si divin, que mon in^a^nnation ne le rendit pas.
C'est pourquoi la plume saute et ne l'écrit point; car, poui peindre de tels plis, notre imagination, ou du moins notre parole, a un coloris trop cru.
« 0 ma sainte sœur ! qui nous pries si dévotement, par ton ardente afTeclion tu me détaches de celte belle sphère *. »
Puis le feu béni, s'élant arrêté, dirigea vers ma Dame son louffle, qui parla ainsi quc i'ai dit.
• CmI saiBt Pierre 91M ptrlo et v* wterrofer Doute Mtia fM»
648 LA DIVINK COMÉDIE.
Et elle : a 0 lueur e'ternclle du grand homme à qui Notre-Seigneur a laissé les clefs de cette joie merveilleuse, qu'il avait portées là-bas,
» Interroge, comme il te plaira, celui-ci sur les point» légers ou graves , relatifs à la foi qui te flt marcher sur la mer!
» S'il aime et s'il espère, et sll croit bien, tu ne l'ignore» pas, puisque tu as le regard là où toute chose se voit peinte;
» Mais, puisque ce royaume s'est fait des citoyens par la foi sincère, il est bon, pour le glorifier, que tu viennes en parler à celui-ci. »
Comme le bachelier s'arme et ne parle pas, pendant que le maître propose la question dont il doit approuver, mais non donner la solution,
Ahisi je m'armais de raisons pendant qu'elle parlait, pour être prêt devant un tel examinateur et à une telle confession.
« Dis, bon chrétien, explique-toi : qu'est-ce que la foi? » Alors je levai le front vers la lueur d'où s'exhalait cette parole.
Puis je me tournai vers Béatrice, et elle me fit promptement signe d'épancher l'eau de ma source intérieure.
« Que la grâce qui me permet de me confesser au grand primipilaire*, commençai-je^ fasse aue mes idées soient précises. »
Et je poursuivis : « Comme l'a écrit, père, la pliune véridiquc de ton cher frère* qui mit avec toi Rome en bon chemin,
» La foi est la substance des choses espérées, et l'argument des choses non visibles : et cela me parait son essence'. »
Alors j'entendis: a Ton sens est droit, si tu comprends
' Prim pilaire, chef de la première ceuturie» cbes les Romain». • Saint Paul.
*Bat lidea •peraDdarum lubaUatia reroniy argumentum non apparentium.
(8. PaulJ