‹ uvres de Dante AlighieriChapitre 99 sur 106 · LE PARADIS. CHANT XXIV · texte numérisé non relu

LE PARADIS. CHANT XXIV

bien pourquoi il la plaça parmi les substances et puis parmi les arguments. »

Et moi ensuite : « Les choses profondes qui se font ici voir à mof sont tellement cache'es aux yeux là-bas,

» Que leur existence est dans la croyance seule, sur laquelle se fonde la haute espérance; et c'est pourquoi elle lient lieu de substance.

» Et il f:ait argumenter de cette croyance, sans avoir d'autre lumière; et c'est pourquoi elle tient lieu d'argument. »

Alors j'entendis : a Si tout ce qui s'acquiert là-bas par la science était aussi bien compris, l'esprit de sophisme n'y îurait pas de place. »

Tel fut le souffle exhalé de ce brûlant amour; puis il ajouta : « Une assez bonne épreuve a été faite de Taloi et du poids de cette monnaie.

» Mais dis-moi si tu l'as dans ta bourse? » Et moi : a Oui, je l'ai si brillante et si entière, que rien ne me met en doute sur $on coin. »

Ensuite ceci sortit de la lueur profonde qui brillait là : a Ce précieux joyau sur lequel votre vertu se fonde,

» D'où te vient-il ? » Et moi : « L'abondante pluie de l'Esprit-Saint qui est répandue sur les arficiennes et les nouvelles pages

» Est le syllogisme qui m'en a convaincu si subtilementqu'auprès d'elle toute démonstration me paraît obtuse. »

J'entendis ensuite : « L'ancienne et la nouvelle proposition qui l'ont convaincu ainsi , pourquoi les tiens-tu pour parole divine? »

Et moi : a La preuve qui me découvre la vérité, ce sont !es œuvres subséquentes pour lesquelles la nature ne chautla jamais le fer ni ne battit l'enclume. »

11 me fut répondu: « Dis, qui t'assure que ces œuvres furent cela môme qui veut être prouvé? Rien autre ne te le jure.

— Si *e monde se. convertit au dnistianismc sans mira-

des, dis-je, cela seul est un miracle tel, que les autres n'en sont pas le centième.

» Car tu entras pauvre et à jeun dans le champ pour semer la bonne plante qui jadis fut vigne et maintenant est devenue ronce. »

Ceci fini, la cour sublime et sainte entonna dans les sphères : « Louons un seul Dieu dans la mélodie qujL se chante là-haut. »

Et ce baron* qui, en m'examinant, m'avait si bien attiré de branche en branche, que nous approchions des dernières feuilles,

Recommença : a La grâce qui comlise ton esprit t'a ouvert la bouche jusqu'au point où elle devait s'ouvrir,

)) De façon que j'approuve ce qui en est sorti. Mais maintenant il faut expliquer ce que tu crois et d'où cela s'est offert à ta croyance.

— 0 saint père ! ô esprit qui vois ce que tu as cru si fermement que tu as vaincu au sépulcre de plus jeunes pieds *,

» Commençai-je, tu veux que je manifeste ici la formule de ma vive croyance, et tu en demandes aussi la cause.

» Et je réponds ; Je crois em un Dieu seul et éternel qui, sans être mû, meut tout le ciel par l'amour et par le désir;

» Et^ à l'appui de cette croyance , je n'ai pas seulement des preuves physiques et métaphysiques, mais elle me la donne aussi, la vérité qui pleut d'ici

» Par Moïse, par les prophètes et par les psaumes, par l'Évangile, et par vous qui avez écrit, après que l'ardent V.sprit vous eut sanctifiés.

» Et je crois en trois personnes éternelles, et je les crois une essence tellement une et tellement triple, qu'elles comportent à la fois sunl et est.

» La mystérieuse nature divine dont je traite r'iaintenanî

* Saint Pierre : E quel baron.

* SaiDi Pi«rre eatra »a «épulcre »T«Dt Miat Jmb, arrhré Mp«nduil le preoiief.

LE PARADIS. CHANT HXf, 551

S'est scellée à plusieurs fois dans mon esprit par la doctrint évangclique :

)) C'est là le principe, c'est là l'étincelle qui se dilate 8^)1 es en flamme vive et scintille eu moi comme une étoile au ciel. »

Comme le maître qui entend ce qui lui plaît embrasse son serviteur en se félicitant de la nouvelle aussitôt que celui-ci se tait;

Ainsi, en me bénissant et en chantant trois fois, m'entoura, dès que je me lus, la lueur apostolique sur l'ordre de laquelle

l'avaÂâ P&ri^; tant mes paroles lui avaient plu.

CHANT XXV

ft'Apètre Mrat Jacquet eumine le poète sur l'Espérance, et Inl fait tfol tioDi. — Béatrice rëpoud i la fvemière et Dante aux deni autres. — saint Jean l'Évangéliste fait cooiutoe au poêle que sa, <}ëpoa>He ceitëa tax t^rre. — L« Chost seul et la Vierge Marie sont atootéa «a dêk «Mt leurs corps.

Si jamais il advient que le poème >sacré auquel ont mil la main et le ciel et la terre, si bien qu'il m'a rendu maigie pendant plusieurs années*,

Xiioinphe de la cruauté qui me tient en dehors du beau bercail*, où je dormais agneau, ennemi des loups qiii hû (b&t la guerre.

Avec une voix autre désormais, avec une chevelure autre, je reviendrai poète, et sur les fonts de mon baptén(ie;Ja prendrai la couronne : ,

Car c'est là que j'entrai dans la foi qui fait connaître lai âmes à Dieu , et pour laquelle Pierre m'entoura ainsi le tront».

' < Ul (ligou veniai Merii «limagiae m«crA. > (JuftHii..]

* f lorence.

* A la tin da chut précédesl.

852 1^ uivinE COMEDIE.

Puis s'avança vers nous une lueur de cette troupe d'où était sorti le premier des vicaires que le Christ laissa sur terre ;

Et ma Dame, pleine de joie, me dit : a Regarde, regarde! Voici le baron pour lequel là-bas on visite la Galice*. »

Comme, lorsqu'une colombe se pose près de sa compagne, elles épanchent entre elles leur affection en tournant et en murmurant ;

Ainsi je vis ces grands princes glorieux s'accueillir l'un l'autre*, louant la nourriture dont on se repaît là-haut.

Mais, quand le compliment fut achevé, chacun d'eux en silence coram me s'arrêta si flamboyant, qu'il éblouissait ma vue.

En souriant alors, Béatrice dit : « Ame illustre, par qui l'allégresse de notre basilique a été déca-ile,

» Fais résonner l'espérance dans cette haute région! Ta sais que tu l'as figurée autant de fois que Jésus se fit voir dans son éclat aux trois disciples.

— Lève la tête et rassure-loi, dit la belle âme, car il faut que ce qui vient ici du monde mortel se mûrisse à nos rayons. »

Cet encouragement me vint de la seconde lueur*. Alors je levai les yeux vers ces montagnes* qui les avaient courbés auparavant sous leur poids trop grand.

» Puisque notre empereur* veut par grâce que tu te rencontres, avant la mort, dans la pailie la plus secrète de son palais avec ses comtes,

» Afin qu'ayant vu le vrai de cette cour, tu encourages par là, et en toi et dans les autres, l'espérance qui rend là-bas bien épris;

» Dis ce qu'elle est^ dis conmient elle fleurit dans ton es-

* Saint Jacques, qni va interroger Dante «ur l'EspëraDce.

* Saint Pierre et saint Jacques.

* Saint Jacques, symbole de l'Espérance.

* Saint Pierre et saint Jacqu iiCvavi oculos mcof in montes andè veoiflC BXilium mihi. > (Ps. 120.)

* Dieu.

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