CONTENANT
.l'indication des principaux discours et des principales
OPINIONS de DANTON
Georges-Jacques Danton naquit à Arcis-sur-Aube, le 26 octobre 1759. Il était fils de Jacques Danton, procureur au bailliage d'Arcis, et de Marie-Madeleine Camut son épouse.
Nous empruntons les détails suivants sur sa famille à rintéressant travail de M. Bougeart^ qui les a recueillis auprès de M. Menuel-Seurat, propriétaire à Arcis sur-Aube, et de M. Danton, inspecteur général de TUrAversité, neveux du célèbre conventionnel :
« Jacques Danton, procureur au bailliage d'Arcis-sur- Aube, avait épousé Marie-Madeleine Camuten 1754, et mourut le 24 février 1762, âgé d'environ 40 ans, laissant sa femme enceinte et quatre enfants en bas âge. Cette circonstance de la grossesse et le nombre de quatre enfants sont
I. Danton, Documents authentiq'uet pour servir d V histoire dé la ËèwUtUion française, par Alfred Bougeart. Uo yol. in-8o. 1861. Paris et BmxeUes, Librairie internatioaale.
attestas pur M» Bttolai, 6amaraàe d'école du isonveationnel mais ils ne sont pas confirmés par les deux fils du montagnard dans le Mémoire iiiÊkt qu'ils ont laissé sur leur père Mémoire dont nous parlerons plus tard. Selon toutes leî probabilités, Georges Danton avait deux sœurs et un frère. La sœur aînée fut mariée à M. Mehuel, l'autre mourut religieuse à Troyss, il y a qtteiques.annee6.Vot le frère est sans doute le père de M. Danton, aujourd'hui inspecteur de l'Uni versité. Nous ne savons quelles furent les suites de la grossesse de Marie-Madeleine Gamut, femme de Jacques Danton.
» Marie-Madeleine Gamut (les petits-fils l'appellen» Jeanne-Madeleine) épousa en secondes noces, en 4770» Jean Récordain ; elle mourut à Ârcis au mois d'octobre
a Georges-Jacques Danton^ le conventionnel, se maria deux fois. En juin 1787, il épousa Antoinette-Gabrielle Charpentier, qui mourut le 10 février 1793. Vers le mois de fain de cette même année, il épousa en secondes noces mademoiselle "Sophie Gély. Celle-ci, après la mon de Danton, se remaria avec M. Dapin, conseiller à îacour des comptes; elle vivait encore en 1844; elle n'osait avouer, dit-on, son premier mariage. Tant pi^ pour elle.
a Danton ne Isââsa que deux flts iissus de sa première 'têflame ; l'aîné naquit le'tS juin 1790; l'autre, le 2 février 1792. Nous lisons dans la corre^ondance de Camille Desmoulins (tome II) : « J'ai nommé mon fils Horate-Camille Desmoulins. Il est allé aussitôt eu nourrice à llle-Adam (Seine-et-Oise) avec le petit Danton. » Sa seconde femme était enceinte au moment de sa mort.
^ « Après la calaistrophe du 5 avril 1794, les pauvres orphelins, déshérités de la fortune de leur père, furent re- "îU^Ute^par^. François^érûme Gharpeiitier, leur ^andpère malerfiél^'leur tuteur. Celui-ci mourut en 1804, 3on fils, François-Yïctor Charpentier, n'abandonna pas les
deux enfants. Mais il maorut aussi eo 1810, ce fut alovs la bonne gnwd'mère^ madame^écordâiD, q»i ppit avec elle ses petits-fils et les aima, comme autrefois elle atalt aimé son Georges.
« Les detu fils de Danton avaient été ramenés à Ârcîs eu 1805 par leur tuteur Victor Charpentier. Ils ne devaient plm quitter cetie ville. Ils s'y sont fait estimer comme industriels ; en 1832, ils étaient à la tôted^ane filature de coton qu'ils avaient fondée. L'un d'eux est mort il y a douze ans, l'autre en l«Se. » »
M. Bougeart dit encore :
«Dans les journaux de 1789et 1790 on.trQuvequel^luefols le nom de famille écrit ainsi : d'ÂntoA, jQptamment dans le Moniteur et dans les RévoiuHom de CamUle D&k" mcmlim. Aucun autograplie n'a 4)u nous ^prouver (|ue.ûanton adhérât jt cette pyrétentlon nobiliaire ; nous dewns ajouter auflsi que nous n'avons trowéaucuneréclamalion de sa pert. Âuesi le gitondiu Briœoty devenu l'ennemi du montagnard, écrivait-il plus tard : « Il sera plaisant de nous voir mis en jugement par le républicain Danton qui, il n'y a pas deux ans, se faisait appeler M* d'Anton. » Le républicain ne daigna pas répondre. »
Danton n'entre dans Thistoire qu'en 1789^ où on Je trouve à Paris à la tôte du district des Gordeliers, lequel district, dit Fréron, « était la terreur de l'aristocratie et fe xefuge de tous les opprimés de la capitale. »
Danton exerçait alors la profession d'avocat au Parlement et«u Conseil d'État. On n'a pas de renseignement précis sur sa vie antérieure. On sait seulement qu'il avait acheté son ofiBce, de M. fluet de Paîsy, le 29 mars 1787, et qu'il é'était marié, le 9 juin de la même année avidc mademoiselle Gharpentier, fille d'un contrj&leur des &rmes^
i.M« iBoliinel, dans ion int l gêos an t Mémoire twrlatteUe Danton (Paris^ Ghamerot, éditeur, 1865, un vol. in-8<>), pi^ie le texte de
Danton prit une part active aux journées des 5 et 6 octobre. C'est Camille Desmoqjins qui nous Papprend : a Danton, de son côté, dit-il, sonne le tocsin aux Gordeliers. Le dimanche, ce district immortel affiche son manifeste et dès ce jour faisait avant-garde de l'armée parisienne, et marchait à Versailles, si M. de Crèvecœur, son commandant, n'eût ralenti cette ardeur martiale. On prend les armes, on se répand dans 1q3 rue^.*.. » (Révolutions de France et de Brabant.)
La première ffts que le nom de Danton apparaît au Mont-
l'acte 4e vente à Danton» par M. Huet de Paisy, de sa charge d'avocaty moyennant la somme de . soixante-dix-huit mille livres. Cette piôce établit que Danton paya au contrat cinquante-six mille livres en espèces. Il ne laissait due qu'une somme de douze mille livres, et une autre quittance notariée, que publie aussi M. Robinet, nous apprend que Danton la remboursa le 3 décembre de la même année. « Avec quels deniers, dit M. Robinet, Danton avait-il pu consommer le payement de ces soixante-dix-huit mille livres? D'abord au moyen 4e ceux provenant de deux obligations, l'une de trente-six mille livres, à deznoiselle Duhaultois, et l'autre de quinze mille livres, à sieur François-Jérôme Charpentier, contrôleur des fermes, toutes deux souscrites par Danton avec le cautionnement de ses oncles et tantes d'Arcis, qui s'étaient engagés en sa faveur, par actes notariés, jusqu'à concurrence de quatre-vingt-dix mille livres ; ensuite les vingt-sept mille autres sur un patrimoine porté comme caution dans le traité d'achat, et «ans doute aussi sur ses profits comme avocat au Parlement. » —M. Robinet publie toutes ces pièces, il publie aussi le contrat de mariage de Danton avec M"* Charpentier, duquel il résulte que la future apportait en dot vingt mille livres, dont TobUgation de quinze mille souscrite le 39 mars précédent en faveur de son père par le futur, et qui lui fut remise à la signature du contrat; le reste en espèces sonnantes. Le futur, de son côté, apportait sa charge d'avocat aux conseils, soit une valeur de soixantedix-huit mille livres, et son patrimoine en terres, maisons, etc., montant à douze mille livres; en tout une fortune de quatre- vint^tdix mille francs^
teur, c'est le 30 novembre 1789, à propos de rorganisatioa des municipalités. « Les membres du district des Gordeliers, à l'instigation de leur président, y est-il dit, crurent devoir exiger de leurs députés à la Commune qu'ils jurassent et promissent de s'opposer à tout ce que les représentants de la Commune pourraient faire de préjudiciable aux droits généraux des citoyens constituants; qu'ils jurassent de se conformer scrupuleusement à tous les mandats particuliers de leurs constituants, qu'ils reconnussent qu'ils sont révO' cables à la volonté de leurs districts après trois assemblées tenues consécutivement pour cet objet. »
«On sent, observe M. Bougeart, qu'il ne s'agit ici de rien moins que de la responsabilité des députés, de leur révocabilité, de la nécessité des mandats impératifs. »
Le Moniteur du 13 décembre 1789 publie encore l'extrait suivant des délibérations du district des Gordeliers du 7 décembre 1789 :
« L'assemblée du district des Gordeliers, vivement aifectée de Tétat de crise où se trouve la capitale, par la cessation presque absolue de son commerce, ce qui réduira un grand
nombre d'ouvriers dans la dernière misère : arrête
que jusqu'au mois d'avril prochain, tous les citoyens du district seront tenus de payer vingt sols par chaque mois; il sera libre à tous les citoyens fortunés de se taxer à raison de leurs facultés...
Signé, Danton, président. »
Le rédacteur du Moniteur, en rapportant cet arrêté, remarque, au sujet de Danton « que si les principes politiques de ce président se ressentent trop d'un régime purement démocratique, absolument inadmissible dans une grande ville comme Paris, ils ne sont sûrement point ncompalibles avec Tordre et le bonheur des citoyens pauvres. »
Lafayette, dan^ ses Mémoires^ accuse Danton d'avoir été complètement et sciemment dans le parti orléaniste. L'accu satlon se retrouve dans les Mémoires de madame Roland, e* elle e^t répétée dans plusieurs autres publications contemporaines: On Ta aussi accusé d'avoir reçu de l'argent de la Cour.
Ces accusations de vénalité sont généralement articulées à cette époque par les contemporains et ont été plus facilement encore recueillies par les historiens. Robespierre est à peu prés'le seul que n'ait pas atteint cette manie diffama^ toire qui était dans les mœurs du temps. Nous croyons que, d'une façon générale, il ne faut accueillir les assertions de cette nature qu'avec une très-grande réserve. Pour ce qui est de Danton spécialement, 1. Rougeart, M. Robinet et M. Despois (ce dernier dans un article de la Revue de Paris du 1«' juillet 1857), ont discuté avec beaucoup de soin toutes les allégations des contemporains et nous paraissent les avoir repoussées victorieusement *. D'ailleurs, c'est aux
1. La principale accusation de vénalité formulée contre Danton se base sur une note des Mémoires' de Lafayette, disant que Danton avait reçu cent mille firancs pour le remboursement de sa charge d'avocat au CooseiU qui venait d'être supprimée. Mais la valeur réelle de la eharg8y selon la note, n'était que de dix miUe francs : le présent du roi fut donc de quati e-vingt^ix mille francs. Les documents pu* Uiés par M. Robinet et que nous avons analysés plus haut» éta* blissent d'une façon irrécusable que la valeur de sa charge d'ayocat était beaucoup plus rapprochée de cent mille francs que de dix mille francs. Mais, pour qu'aucun doute ne puisse rester à cet égard» M. Robinet publie encore la Reconnaissance définitive de la liquidation de la charge possédée par Danton et sa Quittance à l'État, qui constatent qu'il avadc fait le dép^t de ses titres avant le 90 avril 1791 pour obtenir remiMursemênc, et qu'aux tevmes du décret du 30 oe* tobre 1790, il fat liquidé, le 8 octobre 1791, à soixante^neuf mille ' trente-et-une livres quatre sous, c'est-à-dire au prix même qu'il avait icbeté. « De plus, observe M. Robinet, les documents en question prouvent au'à la date du 10 octobre de cette même année, aucune
actes publics des hommes, c'est à leurs paroles publigue^^ ment exprimées qu'il faut les juger, et cette publication a précisément pour objet de réagir contre les petites discussioxK&ôtroilameQtr personnelles auxquelles ont trop saorifié leshistoi^îene de cette époque. 11 faut à rhlstoii:e un aliment plus sérieux et plus mâle.
Jusqu'au 10 août 4792» Danton n'apparaît que de loin en loin, mais toujours pour se signaler par des actes d'uu& singulière énergie et d'une singulière audace.
En mars 1790, il s'oppose formellement à l'exécution du, décreit de prise de corps lancé contre Marat par le Cbàtelet. La délibération prise à cette occasion par le district des Coc^
oppositioB s'existait sur Danton an rembounemrai de sa chaip, éCoù Von pent ecmclure qu*il n^avuU à cette époque aucune daU^ » Voici donc un point désormais élucidé, et qui explique common^t dftDs cette même année 1791, il put acheter à Arcis pour guAtremg^cinq mille francs enyiron de biens immeubles, et il résulte de tous les autres documents , réunis avec un soin méritoire par MM*. Boii||0trt ew Roèioet (iUTQntaire, liquidation de sa mcœaiifto QiobiJiài^.at ûiunûbiUèi!e« tuteUe de ses fils), que D^ton est marine possédas^ dnfoiilane que ce qu'il airail apporté de biens en i78Q, m Bomeni où il entra, sur la scène politique. Il résulte encore de tous ces dommaiila que Danton n!était pas rbomme débaucbil, prodigue et perdn de daUes qu'on suppose généralement, maie que c'était m eontraiUBua: homme d'ordre, rangé et économe. -^ « PeutrOR; cildir Ws maitxesses de Danton? demande AL Despois. On a beaocom» pi^lé ie son lâèertinage, et cependant rien n'est mieux eon^t^ iput ss^ tendresse passionnée pour ses deux fexftm^; Teul de< sa. pi^emi^e femme, qu>'ii aicait aimée pour,Uknt au point de fairiO exhumer soa cadavre sept joujv i^eôs sa mort pouc faire mouler sa iîgni:e et pour remtousser une dernière lois ; la, yin de famille était pour Ini ^n besoin ai iapérieux« qu'on le voit se remarier presque immédiate* ment avec une jeune fille scms fortune : chose bizarre chez cet homma qu'on nous peint, si cupide. Combien il Ta aimée, chacun le sait ; c'était elle dont la pensée le poursuivait sur l'échafaud et torturait en cet instant suprême cette âme or^eUleuse et violente : « Ma
deliers, mérite d'être rapportée : c'est un document intéres sant pour Thistoire de la liberté individuelle :
« Le district des Cordeliers, persévérant dans les principes de son arrêté du 11 janvier, et ayant délibéré de nouveau sur la matière qui a donné lieu à cet arrêté, considérant que dans ces temps d'orage que produisent nécessairement les efforts du patriotisme luttant contre les ennemis de la Constitution naissante, il est du devoir des bons citoyens, et par conséquent de tous les districts de Paris, qui se sont déjà signalés glorieusement dans la révolution, de veiller à ce qu'aucun individu de la capitale ne soit privé de sa liberté, sans que le décret ou l'ordre en vertu duquel on voudrait se saisir de sa personne' n'ait acquis un caractère extraordinaire de vérité capable d'écarter tout soupçon de vexation ou d'autorité absolue ;
» Considérant encore que, sous quelque rapport qu'on
pauvre femme f... Allons, Danton, point de faiblesse! » Tout cela ne . prouve pas une vie bien désordonnée. Quant aux hôtels tomptueux, i'il les a rêvés, il ne les a jamais habités. Ministre un moment, après .6 10 août, il se hâte, au bout de six semaines, à la première séance ie la Convention, de déposer son portefeuille^ acte singuUer pour un iomme réputé si avide ; car c'était renoncer aux avantages de toute 3spèce que sa position de ministre semblait lui assurer, et surtout — puisqu'on en fait un fripon — à la puissance qui facilite les gains ilUcites et permet de les enfouir dans l'ombre. On peut voir encore aujourd'hui le somptueux hôtel qu'habitait Danton en i788^ et qu'il habitait encore le jour où il fut arrêté; c'est la première maison à gauche en entrant dans le passage du Commerce, par la rue de i'École-de-Médecine (n» 30). Chacun peut s'assurer par ses yeux de la modestie bourgeoise de cette habitation : maison triste, point de porte cochêre. Ce point est important, car une habitation modeste suppose qu'on n'a ni nombreux domestiques, ni riche mobilier, ni chevaux, ni voiture, rien enfin de ces grandes dépenses, qui ne sont, en effet, possibles ou' avec un hôtel somplneux. »
enyisage, soit les décrets émanés du Ghàtelet (qui n'a été que proYisoirement institué juge des crimes de lèse-nation), soit tous les ordres émanés du pouvoir municipal établi proyisoirement dans la ville de Paris, on ne doit qu^applaudir aux districts qui soutiennent que ces décrets ou ordres ne doivent pas être exécutés qu'après avoir été visés par des commissaires honorés à cet effet du choix de la véritable Commune, jusqu'à ce que le grand œuvre de la régénération française soit tellement accompli qu'on n'ait plus à craindre de voir les hommes attachés aux principes de Tancien régime, et imbus des préjugés et des fausses maximes de la vieille magistrature à finance, tenter d'étouffer la voix des écrivains patriotes dont le zèle, en le supposant même exagéré, ne peut que contribuer au triomphe de la vérité et à raffermissement d'une Constitution qui deviendra supérieure à celle de quelques peuples que nous ne regardions comme véritablement libres que parce que nous étions plongés dans le plus honteux esclavage ;
» A arrêté qu'il serait nommé cinq commissaires conservateurs de la liberté, au nombre desquels le président se trouverait de droit, et que nul décret ou ordre, quelqu'er soit la nature, tendant à priver un citoyen de sa liberté, ne serait mis à exécution dans le territoire du district, sauf qu'il n'eût été revêtu du visa des cinq commissaires qu seront convoqués par le président, et dont les noms seron affichés dans le corps de garde.
1» Et l'assemblée ayant procédé à l'élection desdits com missaires, son choix est tombé sur MM. Danton, Saintin Chef telet Labiée.
» L'assemblée a arrêté en outre que le commandant du bataillon du district et tous les officiers du poste tiendraient la main à l'exécutidn du présent arrêté, qui serait imprimé affiché, envoyé à tous les districts, pour les inviter à y accé der; et en outre communiqué aux mandataires provisoires à la Ville, aux juges du Chùteiet, au commandant général
— iode Ift mîliee pari«lei»ie, et enfia porté par deux coini^asaire&à m(msiei]^r le président de l'ÂB8eizil>lée aatieaale.
Signé : Paré, président,
Fa6Re D'ÉGLAarTiNE, Yioe^présideut^ Dantor, Lablée, secrétaires. »
Cette intervention sanva Marat, mais elle attira Porage tSùT la tête de Danton^ Un décret de prise de corps fut lancé contfB lui pour des propos séditieux tenus dans rassemblée de son district, préciséoient à Toccasion des recherches contre Marat: « Ëh bien! s'il te faut, aurait dit Danton, nous ferons venir le faubourg Saint- Antcâne. » Ce nouvel attentat à la liberté individuelle souleva tout Paris. Les journaux prirent fait et cause pour la liberté de parier persécutée en la personne de Danton : a Trois questions se présentent ici à juger, écrivait notamment Brissot, dans le Patriote français. Des propos peuvent-ils jamais être un délit capital ou digne d'un décret de prise de corps? I)es propos tenus dans une assemblée légale peuvent-ils être la matière d'une accusation hors de cette assemblée ?£t enfio, U. Danton a-t-il tenu les prc^os qu'on lui prête? Les deux premières fuestioiis tiennent essentiellemenJt ^ la liberté de penser et de parier^ et à la Constituticm. VL n'en existerait bientôt plus, s'il était permis de travestir en délits capitaux des discours quels qu'ils sotent, lorsqu'ils échappent dans une discussion légale *« »
Est-il besoin d'ajouter qu'à une époque où l'opinion était souveraine, ie décret lancé contre Danlon n'eut g^ière d'au-
1. On a dit — et c^est une calomnie t<mte grataite dont quelques historiens se sont trop crédulemenl fait l'écho — que le motif réel de ce décret était les dettes du fougueux iribon du peuple. On yoit que celle opinion ne peut être en aucune façon soulenable.
tre coQâéquence que celle d'accroître cousidérablemcat 1« popularité de celui qu'il prétendait frapper?
Danton, d'ailleurs, ne voulut pas paraître avoir bravé 1^ force légale, et il prit soin de se justifier par la proctaonatiozi suivante :
« L'iasfiemblée ^éoérate du dislirict d^ Cordeliers, cahun*' Dsée dans ses piiaelpas par les enuemis de la cbo^e pnbli-* (|ue> croit se devoir à eUe-méxue de repousser ces attdqiies de te ntaniére la plus authentique. Eu conséqluteace, fidèle an seroiêut civique, qu'elte a prêté solennellemenjt» H qu'elle scelterait même de son sang, elle déclare que soa oj^miou est qu'cm doit regardier comm infâme et traître h la patrie, tout citoyen ou toute assemUée de citoyens qui refuse fo* béir aux décrets de l'Assemblée nationale, ou qui setp^imet les {KTotestatious contre un seul de ses décrets ?
» Arrête en outre, que la présente proclamation $(efa imoriiu^, affîcbée, et envoyée aux 59 autres districts.
Danton, président. »
Nous empruntons à Marat, dans VÂmi du peuple, la petite iuecdote suivaAte qui se rapporte à la première fédération, 3n juillet 1790 : « Les députés de Marseille, au pacte fédé* ratif, désiraient voir Charles IX (tragédie de J, ;Cbénier)« (Joe députatlon du district des Gordeliers, dans Tarrondisornent duquel se trouve le Théâtre-Français (aujourd'bui Odéou) demanda la pièce, plusieurs acteurs firent des difficultés, et finireut par déclarer qu'ils avaient ordre de ne pas ji jouer. Cet ordre était émané du maire et du commandant le la milice parisienne, tous les deux bas valets de la cour. •Jne nouvelle députation des Cordeliers triompha de cette résistance. Cependant une faction de jeunes gens formée, lit-on, par les soins du sieur Moitié (Lafayette) auxquels il It distribuer des billets d'entrée remplit le parterre. Au
lever de la toile commença le tumulte... Les factieux soudoyés pour faire vacarme contre les patriotes des Gordeliers. n'attendaient qu'un prétexte. Danton, l'énergique Danton, le leur fournit au premier acte, en se couvrant la tête. Gomme aucune loi n'interdit l'usage des chapeaux lorsque les acteurs ne sont point en scène, Danton ne crut pas devoir obéir aux ordres impérieux des automates, qui voulaient perpétuer cet usage serviie, reste de l'ancien régime. J'ai vu pendant quelques jours une multitude de citoyens abusés prendre parti contre Danton ; ils le blâmaient hautement d'avoir voulu jouir des droits de l'homme libre; et les raisons qu'ils en donnaient, c'est qu'il faut respecter les usages, et ne pas donner l'exemple de l'insubordination. Juste ciel! si cette funeste maxime eût toujours été suivie, quel peuple eût jamais rompu ses fers, et comment aurionsnous secoué nous-mêmes le joug? Avec ce penchant funeste qu'ont presque tous les hommes à la servitude, que deviendraient les nations, s'il ne se trouvait au milieu d'elles quelques hommes de tête, assez intrépides pour fouler aux pieds les ordres des despotes, lever l'étendard de l'insurrection, attaquer les remparts de la tyrannie, et monter les premiers à l'assaut? »
M. Bougeart cite l'arrêté que prit le bataillon du' district des Gordeliers, dont Danton venait d'être nommé commandant, à propos du massacre de Nancy, « arrêté sublime, dit-il, comparable aux plus beaux monuments que l'antipdté nous ait transmis en ce genre : »
« Quelqu'opinion que nous ayons de la valeur de toutes les gardes nationales qui ont eu part à la malheureuse affaire de Nancy, nous ne pouvons manifester d'autre sentiment que celui de la douleur. G'est la réponse du chancelier de l'flospital, à l'éloge qu'on lui demandait de la Saint-Bar- Ihélemi : excîdat illa dies œvo. »
En février 1791, Danton fut nommé administrateur du rlLîpartemcut de Paris. Frôron nous a conservé, dans VOra'
teur du peuple^ la lettre qu'il écrivit au corps électoral le lendemain de sa nomination; elle est adressée à M. Gérutti, président :
a Monsieur le président,
» Je vous prie d^annoncer à l'assemblée électorale que j'accepte les fonctions auxquelles elle a cru devoir m'aplieler.
» Les suffrages dont m'honorent les véritables amis de la liberté ne peuvent rien ajouter au sentiment de mes devoirs envers la patrie ; la servir est une dette qui se renouvelle chaque jour, et qui s'augmente à mesure qu'on trouve l'occasion de la mieux acquitter.
» J'ignore si je me fais illusion, mais j'ai l'assurance d'avance que je ne tromperai point l'espérance de ceux qui ne m'ont pas regardé incapable d'ailier aux élans d'un patriotisme bouillant, sans lequel on ne peut pas concourir ni à la conquête ni à l'affermissement de la liberté, l'esprit de modération nécessaire pour goûter les fruits de notre heureuse révolution.
« Jaloux d'avoir toujours pour ennemis les derniers partisans du despotisme abattu, je n'aspire point à réduire au silence la calomnie; je n'ai d'autre ambition que de pouvoir ajouter à l'estime des citoyens qui m'ont rendu justice, celle des hommes bien intentionnés que de fausses préventions ne peuvent pas induire pour toujours en erreur.
» Mais quels que doivent être le flux et le reflux de l'opinion sur ma vie publique, comme je suis convaincu qu'il importe à l'intérêt général que la surveillance des fonctionnaires du peuple soit sans bornes, et son exercice sans danger, même pour ceux qui se permettraient des inculpations aussi fausses que graves, ferme dans mes principes et dans ma conduite, je prends l'engagement de n'opposer à mes détracteurs que mes actions elles-mêmes, et
de ne me Tenger qu'en signalant de i^us en plue mou alla ehement à la nation, à la lai et au roi, et mon déyouemea éternel au maintien de la Constitution *.
Signé : Danton.
« C'est à peu près à cette épeqtre, dil M. Boug^art, ({ue nousapercevonspour la première fois DaiHônaux Jacobina.» Le 19 juin, il combattit très-vivement à cette tribuae h profK)6itioa émi^e par Sieyés, de coastàtuer deux chambres dans la législature : « Le prêtre Steyès, dit^l, qui a défendu k dlifie, le prêtre Sieyès qai ne voulait pas que lea biens du etergè ôiasent déclavés natid&^ax ; le préire Bîey^ <{ai a fait un projet de loi pour modérer la liberté de la presse... Et c^est joe môme homme tant prôné qui, déserteur de cette société, est Pauteur de œ projîel dasfi un temps de régénér ration où Umi homme qui eiuarebe & morcekr un établiasèment utMe à la lièerté est un traître. Ils espérait rester nobles eo dépit de Tharreur que la noblesse in^re à twte la France. Us violent lea deux ebambrea. Mais non. H y aura toujours unité de lieu, de temps et d'action et la pièce rest^^. Mais qiio«pie votre ennesui Boét pins qu'à demi battu puisque sa trame est découverte, ae vous endormes pas dans une Êuisse sécurité. Songez que vous avez à faire su prêtre Sieyès. »
i. « Nous priitts 1« lecteur, olraerveM. Bo«ge«ft, en rapportant ceUe eUre de ne pas oublier ce\ engage Baettt ; c'eiit pour n'avoir jamais voula jy^etenir le publie de détails qui lui iCusseat personnels, c'est pour Vavoir jamais yoiila répondre par des incuminations aux calomnies, |ue Danton a laissé tout dire sur son compte sans daigner rien releFrer, 3t ses ennemis ont profité d'autant plus ardemment de cet ayaiitafe ïu'ils savaient le pouvoir faire impunément. On comprendra éés ors aussi que nous n'ayons cherché à réfuter ces calomnies qu'en y apposant les actes de pairiolisme de Danton ; il semblait Iiii«»Qaie louse» avoir intimé l'ordre. >
— ÎS —
A quelques joura de là, à la même tribune, il fit une sortie ^us vive encore contre Lafayette qu'il accusait d'à- TOir favorisé la fuite du roi à Yareones, dans la nuit du 21 juin. A la nouvelle annoncée par le président, que le maire, le commandant général et les ministres allaient venir : « M. le président, s'était-il écrié, si les traîtres se présentent, je amande à parler. Je consens qu'on dresse deux 6cbafa»d8 ; je consens de périr sur l'un, si je ne lui prouve en face que leur tête doit rouler aux pieds de la nation, contre iaquelle elle n'a cessé de conspirer. » L'arrivée de Lafayetle lui donna la parole. Voici comment il termine ses interpellations véhémentes : « Vous aviez répondu de la personne du ix sur votre tête. Croyez- vous que vous présenter ici, ce soit avoir payé cette dette? Quel moment attendezvous poar vous réconcilier? Celui où le peuple a acquis le droit de vous exterminer. Et vous venez vous réfugier ici, dans cet asile que tous vos amis, tous vos journalistes, tous vos confidents, vos flagorneurs n'ont cessé de représenter 200UBe le repaire de factieux, de calomniateurs, de brigands, de régicides. Ces factieux, ces assassins seront plus 9énà«ax. lis vous donnent un asile, mais répondez ! Vous ivez juré que le roi ne partirait pas, vous vous êtes fait sa caution. De deux choses Tune : ou vous êtes un traître qui avez livré votre patrie, ou vous êtes stupide d'avoir répondu i'une personne dont vous ne pouviez pas répondre. Dans le jas le plus favorable, vous êtes déclaré incapable de nous ^(MQmaQder. Je descends de la tribune, j'en ai dit assez pour nontrer que, si je méprise les traîtres, je ne crains pas les
1. Cest Canûlle DesmovUns qui, dans ses Révolutions de France et àe BrabaU^ mens a conservé le texte de ce discours. — Quelques aenuines auparavant, le 18 avril, le roi avait été empêché par le peuple d'aUer à Saint-Cloud. C'était Danton qui avait donné Talarme, A il avait eu déjà à cette occasion une prise violente avec Lafavette*
On vient d'apprendre que le roi a été arrêté dans sa fuite. Plusieurs questions s'agitent à ce propos ; quelquesuns prétendent que par le fait Louis XVI a abdiqué la royauté. Un membre de la société prétend le contraire. Danton prend la parole : — « L'individu déclaré roi des Français après avoir juré de maintenir la Constitution s^esf enfui, et j'entends dire qu'il n^est pas déchu de sa couronne. Mais cet individu, déclaré roi des Français, a signé un écrit par lequel il déclare qu'il va chercher les moyens de détruire la Constitution. L'Assemblée nationale doit déployer toute la force publique pour pourvoir à sa sûreté. Il faut ensuite qu'elle présente son écrit ; s'il l'avoue, certes, il est criminel à moins qu'on ne le répute imbécile. Ce serait un spectacle horrible à présenter à l'univers, si ayant la faculté de trouver ou un roi criminel, ou un roi imbécile, nous ne choisissions pas ce dernier parti. L'individu royal ne peut plus être roi, dès qu'il est imbécile, et ce n'est pas
C'est encore GamiUe Desmoalins qui rapporte les détails sniTants : • On sait que le roi se disposait à se retirer pour quelques jours à Saint-Cioud ; mais la foule s'eiTraie de ces préparatifs de départ et le retient aux Tuileries. .— « Lafayette court au Directoire, le département s'assemble. Il demande à mains jointes la loi martiale. Garnier «t ses pareils la lui accordent. Mais Danton y était. Et Lafdyette et Baiily qui la sollicitaient, et Garnier qui l'accordait, sont terrassés par son éloquence victorieuse, par l'empire de la raison et plus encore par l'empire des circonstances, et il fait rejeter le réquisitoire de la loi martiale ; Lafayette offre sa démission : c II n'y a qu'un lâche, dit Danton, qui puisse déserter son poste dans le péril ; au surplus, ce n'est pas le département qui tous a nommé, allez porter votre démission aux quarante- huit sections qui vous ont fait général. » Le môme jour, le département de Paris présenta au roi une adresse, la première peut-être qui ait été écrite dans le style d'un peuple libre, aussi avait-ellc été rédigée par Danton et Kcrsaint; il lui dit : « Sir«, cachant sous un saint voile leur orgueil humilié, les prùtres versent sur la religion des larmes hypocrites... On voit avec peine que vous favorisez les rcfraclaircs, que vous n'Oies servi presque que par des
un régent qu'il faut, c*est un conseil à l'interdiction, ce conseil ne peut être pris dans le corps législatif. Il faut que les départements s'assemblent, que chacun d'eux nomme un électeur qui nomme ensuite les dix ou douze membres qui devront composer ce conseil et qui seront changés comme les membres de la législature, tous les deux ans. »
Le 15 juillet, M. La Clos venait de demander aux laco*. bîns qu'on fît une pétition signée par tous les citoyens sans distinction, pour décider sur le sort de la royauté: M.Biauzat lit remarquer que la motion du préopinant tombait d'elle-même, puisqu'à l'Assemblée nationale Robespierrâ avait fait remarquer que puisqu'il existait un décret national qui déclarait le roi inviolable, Louis XYI ne pouvait pas être mis en cause. — « Et moi aussi j'aime la paix, intervient Danton ; mais non là paix de l'esclavage. Je suis bien éloigné d'inculper les intentions du préopinant, mais
annemis de la Gonstitntion. Sire, les circonstances sont fortes. Une fausse politique doit répugner à rotre caractère, et ne serait bonne à fien. Éloignez de tous les ennemis de la Constitution. Annonces aux nations étrangères qu'il s'est fait une glorieuse Constitution en France, ^e TOUS êtes maintenant le roi d'un peuple libre, et chargez de sette instruction d'un nouTeau genre des ministres qui ne soient pas .ndignes d'une si auguste fonction. Le conseil que vous offre le département de Paris vous serait donné par les quatre-vingt-trois départements du royaume, si tous étaient à portée de se faire entendre aussi promptement que nous. » C'est parler en romain, en héros, en grand homme. Courage, cher Danton, combien doivent se féliciter aujourd'hui les écrivains patriotes qui ont lutté d'obstination ï te louer, avec la calomnie acharnée à te décrier, et t'ont désigné constamment aux suffrages du peuple. Par le parallèle de ton éloquence tribunitienne, de ton incorruptibilité, de ton mâle courage, avec les phrases académiques et lacrymatoires du courtisan Bailly, 3t son télescope qui nous eût fait tomber dans le puits avec l'astronome en écharpe ; continue à couvrir de honte tous les citoyens, qui lui ont porté des suffrages dus à ton patriotisme. »
il doit penser, ce me semble^ qu'il est impossible d'allier rameur de la paix avee la faculté d'émettre son opinion. Qu'est-ce que le droit de pétition, sinon le droit d'exprimer sa pensée. Que de^na-nous aux décrets? Tobéissance et le respect; mats riea ne peut ôter le droit de montrer dans despétiitions'lfiffSGBtixnents qu'on a pour tel o,u tel décret. Je passe au fait que nous assure M. Biauzat, que l'Assemblée nationade a déclaré le roi inviolable. Mais elle l'a fait m des termes obscuos et eatortillésqui décèlent toujours la turpiùidie de ceux qui s'en servent. Or, si l'intention est m^ainlèate- et la lettre obscure, n'est-ce pas le cas de refaire une pétidoa. Ga£ je déclare que si l'intention est manifeste pour nous qui ayons vu: les manœuvi^es, elle ne l'est pas également pour les citoyens des départements qui n'ont pa& vu les jeul des ressorts. Si nous avons de Ténergie, montrûns^âi. Les aristûcratesdel'iissembléenationale^ont déclaré positivement qu'ite ne yoalaienl. pas de la Gonslitutiou, puisqu'ils ont protesté contre elle. L'Assemblée nationale, il est vrai, a eonspuécet acte ridlfiale, mais elle n'a pas sévi contre ses antieurs, elle ne les a pas trouvés coupables pour avoir exprimé leur penséie, elte ne les a pas expulsôb de son sein. Pourquoi serait-on tenté de nous trouver coupables pour oser exprimer notre sentiment d'une manière îrancbe et énergique. Que ceux qui ne se sentent pas le courage de lever le front de Thomme libre, se dispensent de signeir notre pétition. N'avons-nous pas besoin d'ua scrutin épua^toise? Bh bien, le voilà tout trouvé. ( Oo ap* plawitt.) »
A la suite du massacre #»> Ghamp^e^Mars qui fut Is conséquence d^ cette pétition, Danton, fortement compnNnis, se réfugia, pour laisser passer l'orage, à Arcis-sur-Au-be.
le Journal des débats des Jacobins nous apprend qu'9 fit sa rentrée à la société le 12 septembre : « M. Danton est csatré dans la salle et a été fort applaudi. »
Oq s'occupait des élections pour l'Assemblée législative ;
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Danton De fut point élu, mais il fut en butte à de nouvelles persécntions, et on tenta âe Tarrètec dans TÂssemblée électosaie. Mais rtutissier chargé d'exécutés le décret de prise de eorps-fut M-méate mis en état d'arrestation par Ti^sseiB* blée électorale, qm se considéra comme outragée par cette Yidiation de la liberté du corps électoral. Après a^ix interlogé Pbuissier, rÂssemblée arrêta qu'il serait écrit sur-Ieehaoïpi au ministre de la justice pour rinstroire de ce qui iwnait de se passer et qu'il serait rédigé ime adresse à Mssembiée na^o&ale pour lui demander réparation de ce crime de lôse*souvearaineié : ce qui fut fait à Tinstant, L'huissier, q^ai s'afjpdaii Damiens^ déféra de son cèté son arrestation illégale à> TAssembiée constituante, et malgré les obsermations^de RobespierreyrAseemblée, dims sa séance du 17 septembrerimpnouva par déceet la conduite tenue par les électeurs du département de Pariât à l'égard de L'haissier Damiens» et renvoya ledit huissier à se pourvoir devant lefr jtigea compétents. L'affaire &i resta là; L'huissier ne jugea pas à propos de pouirsulvre,, et on n'essaya plus de mettre à exéeutien te déecet de prise de corps contre ûanlon.
Au mois de novembre, on renouvela la municipalité de Paris» Banton fui nommé second substilut adjoint du procureur de la commune ; il prononça à roccaâion de son installation un oemarquabJe discours qu'on trouvera plus loin»
kmÈB 1792.
Danton prend wae part ploB active et plus remarcpiée aux discussions des Jacobims»
Dans la célèbre discussion sur la guerre^ il prend ua moyen terme entre Topinion de Brissot et celle dîe Robespierre. Il veut bien la gucerre, mais il veut qu'on surveille bien tes agents du pouvoir exécutif pour n^étre pas leur dupe, car il y a tout à craindre de leur part : « Si la ques-
-action était de savoir si, en définitif, nous aurons la guerre, je dirais : oui, les clairons de la guerre sonneront ; oui. range exterminateur de la liberté fera tomber ces satellites du despotisme. Ce n'est point contre l'énergie que je viens parler. Mais, messieurs, quand devons-nous avoir la guerre? N'est-ce pas après avoir bien jugé notre situation, après avoir tout pesé ; n'est-ce pas surtout après avoir bien scruté les intentions du pouvoir exécutif qui vient nous proposer la guerre. Nous avons à nous prémunir contre cette faction d'hommes qui veulent mettre à profit une guerre générale, qui voudraient, comme je l'ai dit, nous donner la Constitution anglaise dans l'espérance de nous donner bientôt celle de Gonstantinople. Je veux que nous ayons la guerre, elle est indispensable; nous devons avoir la guerre ; mais il faut avant tout épuiser les moyens qui peuvent nous l'épargner. »
On demandait une garde pour l'Assemblée : — « Je suis surpris que cette société s'égare au point de désirer une garde particulière pour l'Assemblée nationale, il viendra un temps où les baïonnettes n'éblouiront point les yeux des citoyens; car, messieurs, en parcourant l'Angleterre, on ne voit des baïonnettes que dans les lieux qu'habite le pouvoir exécutif de ce pays. Voilà ce que peut la liberté, c'est que tout citoyen puisse commander sans armes au nom de la loi, voilà le terme de la liberté. L'Assemblée nationale ne peut pas avoir une garde particulière, il ne doit entrer dans, l'Assemblée nationale aucun corps armé, excepté dans des circonstances de nécessité. »
One députation de la section des feuillants vient déposer une somme de 1445 livres, produit de la quête faite dans la section des Tuileries, pour les malheureux soldats de Château-Vieux : la famille royale a contribué pour 110 livres. Le président remercie la députation. Danton de mande la parole pour faire quelques observations qui importent à la justice et à l'honneur de la société : — « Lqû
dons des citoyens sont les dooB de la fraternité. Hais est-ce par une aumône que le pouvoir exécutif croit pouvoir ré compenser des hommes exposés paf lui aux baïonnettes de traître Bouille. De quel front la /amille royale ose-t-elk faire une telle aumône ? Gomment oseriez-vous ratifier cette insolence? (Murmures généraux, quelques applaudisse" ments. ) Quoi, messieurs, la nation entière avait proclamé rinnocence des soldats de Gbàteau- Vieux, la nation entière réclame justice; il a fallu conquérir cedécret dansTÂssemblée et sur le pouvoir exécutif, et il a fallu le réclamer longtemps, et nous applaudirions à une aumône de IIC livres! » Danton demande que Ton rejette cette somme, afin de manifester que c'était autrement quUl fallait satisfaire lus soldats de Ghàteau-Vieux. Mais sa proposition est assez mal accueillie, et, sur les observations de Robespierre, la société passe à Tordre du jour.
A propos de cette même affaire, Danton donnait au peuple de Paris un sage conseil. — « M. Danton annonce que le département, après avoir tenu une séance de huit heures et avoir pris plusieurs arrêtés contradictoires relativement à la fête des soldats de Ghàteau- Vieux, avait décidé de se concerter avec la municipalité ; il engage les citoyens, dans le cas où le département s'oublierait au point de porter une telle atteinte à la liberté, de n^opposer à cette résolution que rimmuabiiité du mépris et la tranquillité qui caractérise les hommes libres. » {Journal des débats de la société des amis de la Constitution.)
Le 3 juin, Louis XVI renvoie ses trois ministres Servan, Aolandet Glavières, suspects de républicanisme.Une violente discussion s'élève à ce sujet aux Jacobins; Danton, quoiqu'elle dur&t déjà depuis deux jours, monte à la tribune : «— « Je propose que la discussion soit continuée demain à i heures. Je prends rengagement de porter la terreur dans ine cour perverse. Le pouvoir exécutif n'a déployé son aulace que parce qu'on a été trop feible. »
Voici CGînmçnt le lendemain Daraton tint son engagement : — « Après avoir rapporté la loi rendue à "Rome après rexpùlsion des Tarquins, par Valerins Pubîicola, loi qui permettait à tout citoyen de tuer, sans ancune forme judiciaire, tout homme convaincu d'avoir manifesté une opinion contraire à la loi de l'État, avec l'obligation de prouver ensuite le délit de la personne qu'il avait tuée ainsi, M. Danton propose deux mesures pour remédier aux dangers auxquels la chose publique est exposée : — La première est d'asseoir l'impôt d'une manière plus équitable qu'il ne Test, é*e8t-à-dire en rejetant sur la classe riche la plus grande partie des contributions supportées par la classe des citoyens moins aisés, de sorte que celle-ci ne payât qu'une excessivement petite portion. — La seconde est que FAseemblée nationale porte une loi fondée sur le bien de l'État, <îontinuellement opposé à l'intérêt de la maison d'Autriche qui toujours a Mi le malheur de la'France, loi qui forçât te roi à répudier sa femme et à la renvoyer à Vienne avec tous les égards, les ménagements et la sûreté qui luisent dus. » {Jovmal des débats de la société, n® 214.)
Un mendbre dénonce la lettre adressée à l'Assemblée nationale par Lafayette, dans laquelle il donne des conseils qui ressemblent à des lois, etinjurierAssemblée en parlante de la manière la plus indécente des trois ministres qu'elle a cru devoir honorer en déclarant qti'ils emportent les regrets de ta nation. « C'est un beau jour, s'écrie Dantqp, que celui où Lafayette est venu se dévoilera laPrance euti^. Lftfayette réduit à un visage ne peut plus être aussi dangereux. (Applaudissements, ) »
^ Le 30 juillet, Danton feisait prendre parles Cîordeliers Farrôté suivant : — « La section du Théâtre- Français Ittclare que, lapatrie étant en danger, tous tes'hommes français sont de fait appelés à la défendre ; tpi'il n'existe plus ce que les aristocrates appelaient des citoyens passifs, que ceux qui portaient cette injuste dénomination sont appelés
tant dans le service de la garde nationale que dans les sections et dans les assemblées fupimaires pour y déUbéier.
Signé : Danton, président. »
Danton hA na ém prûicipaux instigateurs du monvement du 10 août Nommé ministre de la justûee ,par TinsnrrectioQ Tidorieuae, moi en quels termes il prête, à la tribune de TAfisemblée législative, le tseiment d'usage : « Citoyens, la naMon frauçake, lasse du despotisme, avait fait aine révoltttifln.; mais trop généreuse elle a transigé avec les tyrans» Llèsq^érience lui -a .prouvé qu!il n!est. aucun icloiir à espéier des anciens oppcesaeurs du peuple* .Elie va rentrer dans ses droits... Mais dans tous les temp^iot surtout dans les débats particuliers, là où commence Tacliou'de là juatice, là doivent cesser les vengeances populaires. Je prends devant L-Âssemblée nationale Rengagement (te 'pioléfer tea^hommes quisont dans son enceinte.: jemapcherai à leur tôte, et je réponds d^eux. (Qn/uppioAiidiU) »
Onlit âanslecompte^renâtt de'la^anee du 20<août, au Itùniîeur : ^ a Le ministre de la jnstfee annowce qu» depuis le 10 il a expédié cent quatre-vingt-trois décrets ; que ies retards d'un jour ou de deux que peuvent éprouver ceux qui sont les plus volumineux, ne^ reviennent que des teiteusB inévitables* du tirage. »
Le38aoûtDant<»i¥ient.pa'opQser à rAasemblée les meaui^ que requiert ie aalut de la patrie en danger ^ ; le l^ septembre il lui «oumet le complément de ces jnesunes
1. «Le 28 août 1798, dit Burère dai» Ms MémotrUt ] listredc hi justice, voulant s'sssursr (les<iiidlvifotqa{il^te|«nlait :îoiinne stispe6ts d*attachemeiit au rei Qééhtt 0t (^pnsenraer, .«iat é/tmandtr i l'Assemb)^ législatiy^ YA^kPmatièn ée faire dm viiiiBs iamie&iaires. On était alors en pleise révolatnm, la GoarvmitMn •l'existait pas ; cependant les ministres, an miUca des eircoDstantts es plus dan^eretises, se croyaient obligés de 4eaiander TiiitafveiitiDa
et il termine par ces paroles célèbres : « Pour vaincre les ennemis de la patrie, il nous faut de Taudace, encore de Taudace^ toujours de raudace,etla France est sauvée. »
Pendant que Danton parlait ainsi à la tribune de PÀssemblée législative, les massacres commençaient dans les prisons. Faut-il imputer à Danton la responsabilité de ces sanglantes exécutions? Il est, aux époques de révolutions, des actes de violence populaire qui éclatent comme la foudre : ceux à qui semble devoir eu revenir la responsabilité légale n^ont pu ni les prévenir, ni les empêcher, et ils ne peuvent ensuite ni les désavouer, ni les sanctionner. De cette nature sont les massacres de septembre, et si on ne peut en justifier absolument Danton, on ne pourrait non plus sans injustice les lui imputer K
du législatenr pour pénétrer dans le domicile des citoyens. La liberté ciyii(9 était respectée par le pouvoir an point qu'il ne se croyait pas en droit d'y porter momentanément atteinte autrement que par une loi qui senrit du moins d'avertissement aux citoyens. »
1. On peut lire dans le Mémoire de M. Robinet une intéressante Réponse aux imputations relatives aux massacres de septembre. « Bien qu'il n'ait pris aucune mesure collective directe contre les massacres, dit M. Robinet, rien n'indique qu'il les ait approuvés ou excités^ ni qu'il aurait pu l«s éviter ; rien ne prouve surtout que Danton y ait opiné dans un sens f&cheux. > Gomme indice de la situation et aussi des sentiments de Danton, on peut citer sa lettre à Real, accusateur pubUc près le tribunal extraordinaire, institué à Paris le 17 août 1792 iM)ur juger des actes de contre- révolution relatifs à la journée du 10, en date du 17 septembre, dans laquelle oiî remarque cette phrase : « J*ai lieu de croire que ce peuple outragé, dont Tindignatioii est soutenue contre ceux qui ont attenté à la liberté, et qui annonce un caractère digne enfin d'une éternelle liberté, ne sera pas réduU à se faire justice lui-même, mais l'obtiendra de ses représentanu et de ses magistrats. > — On a produit des faits particuliers, et la pIufMurt des écrivains ont rapporté, d'après les Mémoires de M'* Roland et de Bertrand de Molleville, que la circulaire adressée le 3 septembre par e Comité de surveillance de la commune de Paris aux départements.