SUR LES RAPPORTS AVEC DUMOUBIIZ
CONVENTION. — Séance du 1»'' avril 1793.
Je commence par bien préciser Fînterpellation qui m'est faite \ elle se réduit à ceci : Vons avez dit, Danton, que si
1. Cette interpeUation avait été faite par Peniôres. Voici comment le MowiieWTKçpott» Tincident :
^ PsmÈABft,^ Qmelqttes joan a{ffisl^airiréedeIU«l«&6tde IMa^- «Nix de ta 8dfiq«e, «e lettre ëcrile par Damonriez fut mvoyée^m coaité de diéfenae gé&érate, saDs^^voir été tue à YAsaosaMe. (Puj- S1B0RS ji&MBi6B&, — Gela n'est pas iraL) La lettre fut -aj^rtée a« comité de défense générale, où Danton fut appelé pour en entendre la lecture ; Bréard, qui ^tait alors président, dit qu'il était de son devoir d^en donner connaissance à l'Assemblée. Delacroix lui répondit en ces termes : « Quant à moi, si fêtais président, je ne balance* tais pas un moment àeiposer ma respoftsabilité, ^ la lettre ne serait inffltteî ear siim déeret d^ftccosation devait être porté owAre 2hb*> «Miries, j'ainMrais la&snx fiiema tète toaMt que iaaieiiae : Ou» aesrie& est utile à l'armée. » à^ièi c«tte eaLptieaCioo* il liU asrfétô foele lendemain on ferait renvoyer cette leUre au comité, sans eft faire la lecture. Après que ce renvçi fut décrété, Danton nous dit qu'il repartirait avec Delacroix et qu'il promettait de faire rétracter Dumouriez ; et il ajouta que dans le cas où Dumouriez s*y refuserait, ^Vl dismanderait lui-même le décret d'accusation contre lui. Qu'fest-il arrivé? Dairton de retour -de )a Belgique, ne se présenu ni à l'Assembtée ni au comité, fe lui dèiMidde en oe moment pourquoi ayant ^Muis de faire i^tracter Dnmovriez, et ne l'ayant pas fait, n'a-t-il pas demandé contre lui le décret d'aocuM^wn* »
vous ne parveniez pas à faire écrire à Damouriez une lettre qui détruisit l'effet de la première, vous demanderiez contre lui le décret d'accusation. Cette lettre n'ayant point eu lieu, pourquoi n'avez-vous pas tenu votre promesse?
Voilà la manière dont je suis interpellé. Je vais donner les éclaircissements qui me sont demandés.
D'abord, j'ai fait ce que j'avais annoncé : la Convention a reçu une lettre par laquelle Dumouriez demandait qu'il ne fût fait de rapport sur sa première qu'aprèff que la Convention aurait entendu les renseignements que devaient lui donner ses commissaires. Cette lettre ne nous satisfit pas, et, après avoir conféré avec lui, nous acquîmes la conviction qu'il n'y avait plus rien à attendre de Dumouriez pour la République.
Arrivé à Paris à neuf du soir, je ne vins pas au comité; mais le lendemain j'ai dit que Dumouriez était devenu tellement atroce, qu'il avait dit que la Convention était composée de trois cents imbéciles et de quatre cents brigands, l'ai demandé au comité que tout fût dévoilé; ainsi tous ceux qui s'y sont trouvés ont dû voir que mon avis était qu'il fallait arracher Dumouriez à son armée.
Mais ce fait ne suffit pas, il importe que la Convention et la nation entière sachent la conduite qu'ont tenue vos commissaires à l'égard de Dumouriez, et il est étrange que ceux qui constamment ont été en opposition de principes avec lui soient aujourd'hui accusés comme ses complices.
Qu'a voulu Dumouriez? Établir un système financier dans la Belgique. Qu'a voulu Dumouriez? Point de réunion. Quels sont ceux qui ont fait les réunions?, Vos commissaires. La . réunion du Hainaut, dit Dumouriez, s'est faite à coups de sabre. Ce sont encore vos commissaires qui l'ont faite. C'est nous que Dumouriez accuse des malheurs de la Bel' gique; c'est nous qu'il accuse d'avoir fait couler le sang dans le Hainaut, et, par uhe fatalité inconcevable, c'est nous qu'on accuse de protéger Dumouriez.
Pai dit que Lumouriez avait conçu un plan superbe d'invasion de la Hollande : si ce plan eût réussi, il aurait peut-être épargné bien des crimes à Dumouriez; peut-être Paurait-il voulu faire tourner à son profit; mais l'Angleterre n'en aurait pas été moins abaissée, et la Hollande conquise.
Voilà le système de Dumouriez : Dumouriez se plaint des sociétés populaires et du tribunal extraordinaire; il dit que bientôt Danton n'aura plus de crédit que dans la banlieue de Paris. (Une voix. — Ce sont les décrets de l'Assemblée, et non de vous.)
On m'observe que je suis dans l'erreur; je passe à un autre fait plus important : c'est que Dumouriez a dit à l'armée que si Danton et Delacroix y reparaissaient, il les ferait arrêter. Citoyens, les faits parlent d'eux-mêmes; on voit facilement que la commission a fait son devoir.
Dumouriez s'est rendu criminel, mais ses complices seront bientôt connus. J'ai déjà annoncé que Dumouriez été égaré par les impulsions qu'il a reçues de Paris, et qu'il était aigri par les écrits qui présentaient les citoyens les plus énergiques comme des scélérats. La plupart de ces écrits sont sortis de cette enceinte ; je demande que la Convention nomme une commission pour débrouiller ce chaos et pour connaître les auteurs de ce complot. Quand on verra comment nous avons combattu les projets de Dumouriez, quand on verra que vous avez ratifié tous les arrêtés que nous avons pris, il ne restera plus aucun soupçon sur notre conduite.
Citoyens, ce n'est point assez de découvrir d'où viennent nos maux; il faut leur appliquer un remède immédiat. Vous avez, il est vrai, ordonné un recrutement, mais cette mesure est trop lente; je crois que l'Assemblée doit nommer un comité de la guerre,, chargé de créer une armée improvisée. Les ennemis veulent se porter sur Paris; leur complice vous l'a dévoilé; je demande qu'il soit pris des me-
sures pour qu'un camp de cinquaute mille bommes soit formé à vingt lieues de Paris; ce camp fera échouer leg projets de nos emiemis, et pourra au besoin servir à compléter les armées.
Je demande aussi que mes colUgaes dans la Belgique soient rappelés sur-le-champ. [Plusieurs membres^ — Gela est fait.)
Je demande enfin que le conseil exécutif rende un conipte exact de nos opérations dans la Belgique ; FAssemblés acquerra les lumières qui lui sont nécessaires, et elle v^rra que nous avons toujours été en contradiciion avec Du*mouriez.
Si vos commissaires avaient fait enlever Dumoiiriez ua moment où il était à la tête de son armée, on aurait r^^ sur eux.. la désoi^anisation de cette armée. Vos eonunjfisaires, quoique investis d'un grand pouvoir, n'ont rieil pour assurer le snccès de leurs opérations; les soldatsne nous prennent en arrivant aux armées, qm pour desimpies secrétaires de commission ; il aurait fallu qfie la Convention donnât à ceux qu'elle charge de promulgoer ses lois à la tête des armées^ une aorte de décoration moitié civile et moitié militaire.
Que pouvaient faie de plus i»»8 eoiBmifisaiiKfl, siaoa de dire : il y a urgence, il faut ariaeher promptement Du* mouriez de la tête <ie son anmée?Si nousca^ÛMSifr vonbi e«i» ployer la force, elle sous eût sama^; <»rqael génôfal,.«a moment où Dumouriez exécutait sa retraite, et loraqiLll était entouré d'une armée qui lui était dévouée,. eiûut voulu exécuter nos ordres? DumouriazélaittQoastamment joioret nuit à ebaval,.et iamais il n'yaeadeuK iieMas de n^inaile sans un comhat : aiasi il nous était imseisçiMe de li^ faiiïe arrêter. Nous awm ùit notre iemix^ çt j'ai^peUé sur bm. tête toutes les dénonciations» s^r que laa tête, kin . de tomber, sera la tête de Méduse <oU;fera IvemUer tous te aristocrates.
Lasouhcs. — Ce n'est poiat une aecnnUon fenaelle que j« rais porter contre Danton; mu» ce sont des eonjeetareB que }e vais sonmettre à FAssemblée. Je ne sais point déguiser ee que je pense, ainsi je Tais dire franchement l'idée que la oondnite de Detacmn et de Danton a fait naitre dans mon esprit.
Dnmonriez a ourdi nn plan de contre-révolalion; Ta-t-il oardi seul, oui ou non?
Danton a dit qu'il n'avait pu, qu'il n'avait osé séyir contre Dumounaz, parce qu'an moment où il se battait ancnn oifieier général n'auxait voulu exécuter ses ordres. Je réponds à Danton qn'il est Inen étonnant qu'il n'ait osé prendre aucune mesure contre Damonriei^ tandis qu'il nous a dit que l'armée était tellement répuUieaine, que, jDftlgré la confiance qu'elle avait dans son général, si elle lisait dans un journal que Dumouriez a été décrété d'aoeusatioB, elle l'amkierait elle-même à la barre de l'Assemblée.
Danton vient de dire qu'il avait assuré le comité que la r^bliqae n'avait nm à espérer de Dumouriez. J'observe à l'Assemblée que Dumouriez avait perdu la tète en politique, mais qu'il conservait tous ses talents militaires ; alors Robespierre demanda que la conduite de Dumouriez fût examinée; Danton s'y opposa, et dit qu'il ne fallait prendre aucune mesure contre lui avant que la retraite de la Belgique fût entièrement effectuée. Son opinion fut adoptée.
Voilà les faits, voici comme je raisonne.
Maure. — - Je demande à dire un fait, c'est qu'on a proposé d'envoyer Gensonné, qui avait tout pouvoir sur Dumouriez^ afin de trai« ter avec lui du salut de la patrie.
Plusieurs KEmass. — ^ C'est vraL
LasouacE. — Voici comment je raisonne. Je dis qn'il y avait un plan de formé pour rétablir la royauté, et que Dumouriez était à la tète de ce plan. Que fallait-il faire pour le faire réussir? Il fallait maintenir Dumouriez à la tôte de son armée. Danton est venu à 1» tribune, et a fait le plus grand éloge de Dumouriez. S'il y avait nn plan de formé pour faire réussir les projets de Dumouriez, que fallait-il faire? Il fallait se populariser. Qu'a fait Delacroix? Delacroix en arrivant de la Belgique, a affecté un patriotisme exagéré dont jus* jusqu'à ce moment il n'avait donné aucun exemple. {De violcnitmur' mures se font entendre.) JSt pour mieux dire, Delacroix se déclare Montagnard. L'avait fait-il fait jusqu'alors? Non. 11 tonna contre les citoyens qui ont voté l'appel au peuple, et contre ceux qu'on dési-
goe sons le nom d'hommes d'État. L'avaiUi fait jnsqn*alors? Non.
Ponr faue rénssir la conspiration tramée par Dnmonriez, il fallait acquérir la confiance populaire, il fallait tenir les deux extrémités dn fil. Delacroix reste dans la Belgique; Danton vient ici; il y vient pour prendre des mesures de sûreté générale; il assiste au comité, il se tait.
Danton. — Cela est faux !
Plusieurs voix. — C'est faux.
Làsource. — Ensuite Danton, interpellé de rendre compte des motifs qui lui ont fait abandonner la Belgique^ parle d'une manière insignifiante. Comment se fait-il qu'après avoir rendu son compte, Danton reste à Paris? Avait-il donné sa démission? Non. Si son intention était de ne pas retourner dans la Belgique, il fallait qu'il le dît, afin qud l'Assemblée le remplaçât; et dans le cas contraire, il devait y retourner.
Pour faire réussir la conspiration de Dumouriez, que fallait-il faire ? Il fallait faire perdre à la Convention la confiance publique. Que fait Danton? Danton parait à la tribune, et là il reproche à l'Assemblée d'être au-dessous de ses devoirs; il annonce une non- , velle insurrection ; il dit que le peuple est prêt à se lever, et cependant le peuple était tranquille. Il n'y avait pas de marche plus sûre pour amener Dumouriex à ses fins que de ravaler la Convention et de faire valoir Dumouriez ; c'est ce qu'a fait Danton.
Pour protéger la conspiration, il fallait exagérer les dangers de la patrie, c'est ce qu ont fait Delacroix et Danton. On savait qu'en parlant de revers, il en résulterait deux choses : la première, que les âmes timides se cacheraient; la seconde, qne le peuple, en fureur de se voir trahi, se porterait à des mouvements qu'il est impossible de retenir.
En criant sans cesse contre la faction des hommes d'État, nesemble-t-il pas qu'on se ménageait un mouvement, tandis que Dumouriez se serait avancé à la tête de son armée?
Citoyens, voilà les nuages que j'ai vus dans la conduite de vos commissaires. Je demande, comme Danton, que vous nommiez une commission ad hoc pour examiner les faits et découvrir les coupables. Cela fait, je vous propose une mesure de salut public. Je crois que la conduite de Dumouriez, mal connue de son armée, pourrait produire quelques mouvements funeetes. Il faut qu'elle et la France entière sachent les mesures que voue avez prises; car Dumouriez est
comme le fut jadis Lafayette, l'idole de la République. (De vîolenis murmures et des cris : Non, nont s*élèvent dans toutes les parties de la salU.) Pour les inquiétudes que nos revers ont pu faire naître dans rame des Français, il faut que la nation sache que si l'armée a été battue, c'est qu'elle a été trahie; il faut que ]a nation sache que tant que son général a voulu la liberté, l'armée a marché à des triomphes.
Je termine par une observation : vous voyez maintenant à découvert le projet de ceux qui parlaient au peuple de couper des têtes, vous voyez s'ils ne voulaient pas la royauté. Je sais bien que le peuple ne la voulait pas, mais il était trompé. On lui parle sans cesse de se lever. Eh bient peuple français, lôve-toi, suis le conseil de tes perfides ennemis, forge-toi des chaînes, car c'est la liberté qu'on veut perdre, et non pas quelques membres de la Convention.
Et v6us, mes collègues, souvenez-vous que le sort de la liberté est entre vos mains; souvenez-vous que le peuple veut la justice. Il a vu assez longtemps le Capitole et le trône^ il veut voir maintenant la roche Tarpéienne et Féchafaud. (Applaudissements.) Le tribunal que vous avez créé ne marche pas encore ; je demande :
i« Qu'il rende compte tous les trois jours des procôs qu'il a jugés et de ceux qu'il instruit; de cette manière on saura s'il a fait justice.
2« Je demande que les citoyens Égalité et Sillery, qui sont inculpés, mais que je suis loin de croire coupables, soient mis en état d'arrestation chez eux.
3o Je demande que la commission demandée par Danton soit à l'instant organisée.
40 Que le procès-verbal qui vous a été lu soit imprimé, envoyé aux départements et aux armées, qu'une adresse soit jointe à ce procèsverbal j ce moyen est puissant; car, lorsque le peuple voit une adresse de l'Assemblée nationale, il croit voir un oracle. Je demande enfin, pour prouver à la nation que nous ne capitulerons jamais avec on tyran, que chacun d'entre nous prenne l'engagement de donner la mort à celui qui tenterait de se faire roi on dictateur. (Une acela' motion unanime se fait entendre : Les applaudissements et les cris : Oui, oui! se répètent à plusieurs reprises. L'assemblée entière est levée; tous les membres, dans VattUude du serment, répètent celui de Lasource, Les tribunes applaudissent.)
BiROTEAU. •* Je demande la parole pour un fait personnel.
Au comité de défense générale, où Ton agita les moyens de sauver la patrie, Fabre d*£glantine^ qu'on connaît très-Iié avec Danton ; qai, dans une séance précédente avait fait son éloge, Fabre d'Églantine^ dis'je, annonce qu'il avait un moyen de sauver la République, mais qu'il n'osait pas en faire part, attendu qu'on calomniait sans oesse les opinions. On le ras8ura> en lui disant que les opinions étaient libres, et que d'ailleurs tout ce qui se disait au comité y demeurait enseveli. Alors Fabre d'Églantine à mots couterts proposa tm roi. (De vUdenis murmures se font entendre.)
Plusieurs membbbs s'écrient à la fois. — Gela n'est pas vrai!
Danton. •»— C'est une scélératesse : vous avez pris la défense du rûi, et yùnê voulez rejeter vos crimes sur nous.
BiROTEAU. -^ Je vais rendre les propres paroles de Fabre avec la réponse qu'on lui fit. 11 dit: (De nouveaux murmures ^élèvent,)
DBLMÀd. •— Je demande la parole au nom du salut public.
Citoyens, je me suis recueilli; j'ai écouté tout ce qui a été dit à cette tribune. Mon opinion est que l'explication qu'on provoque dans ce moment, doit perdre la République. Le peuple vous a envoyés pour sauver la chose publique; vous le pouvez; mais il fautéloigmr <i8tté explication; et moi atnsij'ai clee soupçons, mais ce n'est p«s le moment de les éclaircir.
Je demande que Ton nomme la commission proposée par Lasouree; qu'on la charge de recueillir tous les f^its» et ensniie on les fera connaître au peuple français.
La proposition de Delmas est adoptée unanimement.
Danton. — Je somme Gambon, sans personnalités, sans s'écarter de la proposition qui vient d'être décrétée, de s'expyquer sur un fait d'argent, sur 100 mille écus qu'on annoiiYsé avoir été remis à Danton et à Delacroix, et de dire la conduite que la eommisBioB a tenue re*lativement à la réunion...
Plusieurs voix. «— Le renvoi à la commission t
Cette proposition est décrétée.
Dattton retourne à sa place; tonte l'extrême fausse lève, et l'ôt^ vite à retournera la tribune pour être entendu. {Dttnp^uâtsaemjsnk s*èlèvent â»n» ks ^tditft^ et se prolongent pendant qu^ws instsmts,)
Danton s'élance à la tribune. {Les applaudisiements des Uribmnies eonHnuent amc ceux d'une grande partie ée VÂssemblèe.)
Le président se couvre pour rétablir Tordre et le silence* -^ (Le calme rèneU,)
Le Président. — Citoyens, j^ demande la parole, et je tous prie de m*écouter en silence.
Différentes propositions ont été faites : on avait proroqné une explication sur des faits qui inculpaient des membres de la GonyeAtion. Delmas a demandé la nomination d'une commission charçée d*exa- Ainer les faits et d'en rendre compte à rAssemblée. Cette proposi-^ tion a été adoptée à Tunanimité. Danton s'y était rendu, maintenant il demande la parole pour des explications; je consulte l'Assemblée.
TouTB LA PARTIE aAuoHB. — Nou, Bou t il a la parole de droit.
Un grand nombre de membres de l'autre côté réclament avec la même chaleur le maintien du décret. — (V Assemblée est longtemps agitée.)
Lasource. — Je demande que Danton soit entendu, et je déclare qu'il n'est entré dans mon procédé aucune passion.
I^ PftiÊsiDENT. -^ Citoyens» dans cette crise aflligeaiite le yœu de TAssamblee ne sera pas équivoque. Je vais le prendre.
L'Assemblée consultée aooonle la parole à Danton, à une trôsgrande majorité.
DANTON. — le dois commencer par vous rendre hommage comme vraiment amis du salut du peuple, citoyens qui êtes placés à cette montagne (se tournant vers Tamphithéâtre de l'extrémité gauche) ; vous avez mieux jugé que moi. J'ai cru longtemps que, quelle que fût l'impétuosité de mon caractère, je devais tempérer les moyens que la nature m'a départis; je devais employer dans les clrconstanccB diiliciles où m'a placé ma mission, la modération que m'ont paru commander les événements. Vous m'accusiez de faiblesse, vous aviez raison, je le reconnais devant la France entière. Nous, faits pour dénoncer ceux qui, par impéritie ou scélératesse, ont constamment voulu que le tyran échappât au glaive de la loi... (Un très-grand nombre démembres se lèvent en criant : Oui, oui! et en indiquant du geste les fnembres placés dans la partie droite. — Des rumeurs et des récriminations violentes s'élèvent dans cette partie,) Eh Men! ce âont ces mêmes hommes.*. {Les
murmures continuent à la droite de la tribune. — L'orateur se toumaut vers les interrupteur^s.) Vous me répondrez, vous me répondrez... Citoyens, ce sont, dis-je, ces mêmes hommes qui prennent aujourd'hui l'attitude insolente de dénonciateurs... {Grangeneuve interrompt. —Les murmwes d'une grande partie de l'Assemblée couvrent sa voix.)
Grangeneuve. — Je demande à faire une interpellation à Danton...
Un grand nombre de voix. — Vous n'avez pas la parole... A l'Abbaye!
Danton. — Et d'abord, avant que d'entrer aussi à mon tour dans des rapprochements, je vais répondre. Que vous a dit Lasource? Quelle que soit l'origine de son roman, qij'il soit le fruit de son imagination ou la suggestion d'hommes adroits... (De nouveaux murmures s'élèvent dans la partie de la salle à la droite de la tribune.)
Albitte. — Nous avons tranquillement écouté Lasource, soyez tranquilles à votre tour.
Danton. — Soit que cet homme, dont on s'est emparé plusieurs fois dans l'Assemblée législative, ait voulu préparer, ce que j'aime à ne pas croire, le poison delà calomnie contre moi, pour le faire circuler pendant l'intervalle qui s'écoulera entre sa dénonciation et le rapport général qui doit vous être fait sur cette affaire, je n'examine pas maintenant ses intentions. Mais que vous a-t-il dit? Qu'à mon retour de la Belgique, je ne me suis pas présenté au comité de défense générale; il en a menti : plusieurs de mes collèguesm'ontcruarrivé vingt-quatre heuresavant mon retour effectif, pensant que j'étais parti le jour même de l'arrêté de la commission; je ne suis arrivé que le vendredi 29, à huit heures du soir. Fatigué de ma coiirse et du séjour que j'ai fait à l'armée,, m ne pouvait exiger que je me transportasse immédiatement au comité. Je sais que les soupçons de l'inculpation m'ont précédé. On a représenté vos commissaires
comme les causes de la désorganisation de Farmée. Nous désorganisateurs! nous, qui avons rallié les soldats français, nous qui avons fait déloger Pennemi de plusieurs postes importants! Ah! sans doute tel a dit que nous étions venus pour sonner l'alarme, qui, s'il eût été témoin de notre conduite, vous aurait dit que nous étions faits pour braver le canon autrichien, comme nous braverons les complots et les calomnies des ennemis de la liberté.
J'en viens à la première inculpation de Lasource. En arrivant, je n'étais pas môme instruit qu'il dût y avoir comité ce jour-là. Me fera-t-on un crime d'avoir été retenu quelques heures chez moi pour réparer mes forces affaiblies par le voyage et par la nécessité de manger? Dès le lendemain, je suis allé au comité; et quand on vous a dit que je n'y ai donné que de faibles détails, on a encore menti. J'adjure tous mes collègues qui étaient présents à cette séance : j'ai dit que Dumouriez regardait la Convention comme un composé de trois cents hommes stupides et de quatre cents scélérats. « Que peut faire pour la République, ai-je ajouté, un homme dont l'imagination est frappée de pareilles idées? Arrachons-le à son armée. » (L'orateur se tournant vers l'extrémité gauche de la salle.) N'est-ce pas cela que j'ai dit? {Plusieurs voix. — Oui! oui!)
Il y a plus. Camus, qu'on ne soupçonnera pas d'être mon partisan individuel, a fait un récit qui a coupé le mien; et ici j'adjure encore mes collègues. Il a fait un rapport dont les détails se sont trouvés presque identiques avec le mien» {Plusieurs voix. — Cela est vrai!)
Ainsi, il en est résulté de ce que nous avons dit en commun un rapport effectif au comité,
Lasource trouve étrange que je sois resté à Paris, tandis que ma mission me rappelait dans la Belgique ; il cherche à faire croire à des intelligences entre Delacroix et moj; dont l'un serait resté à l'armée, et l'autre à Paris, pour dirififer à la fois les deux fils de la conspiration.
•~— 1 lO -*—
Lasource n'est pas de bonne foi; Lasource sait bien que je ne devais partir qu'autant que j'auraiâ des mesures à porter avec moi; que j'avais demandé et déclaré que je voulais rendre compte à la Convention d6 ce que je savais. Il n'y a dpnc dans ma présence ici aucun rapport avt c les événements de la Belgique, aucun d^it, rien qui puisse laire soupçonner une connivence. Lasource vous a dit : Danton et Delacroix ont proclamé que si un décret d'ac* cusation émit porté contre Dumouriez, il s'exécuterait, et qu'il suffirait que le décret fût connu par les papiers publics, pour que l'armée l'exécutât elie«méme. Gomment donc ces mêmes commissaires n'ont-ils pas fait arrêter Du» mouriez?... Je ne nie pas le propos cité par Lasource; maig avions-nous ce décret d'accusation dont j'ai parlé? Pouvions-nous prendre la résolution d'enlever Dnmouriez, lorsque nous n'étions à l'armée que Delacroix et moi, lorsque la commission n'était pas rassemblée? Nous nous sommes rendus vers la commission, et c'est elle qui a exigé que Delacroix retournât vers rôtat-major, e^ qui a jugé qu'il y aurait du danger pour la retraite même de Tarmée, à enlever Dnmouriez. Gomment se fait-il donc qu'on me reproche, à moi individu, ce qui est du fait de la commission? La correspondance des commissaires prouve qu'ils n'ont pu se saisir de l'individu Dumouriez. Qu'auraient^ils donc fait en notre place, ceux qui nous accusent? eux qui ont signé des taxes, quoiqu'il y eût un décret contraire. (On applaudit dans une grande partie de l'Assemblée.)
Je dois dire un fait qui s'est passé dans le comité même de défense générale. C'est que lorsque je déclarai que je croyais du danger à ce qu'on lût la lettre de Dumouriez, et à s'eicposer d'engager un combat au milieu d'une armée en retraite, en présence de l'ennemi, je proposai cependant des mesures pour que l'on parvînt à se saisir du général, au moment où on pourrait le faire sans inconvénient. Je demandai que les amis même de Dumouriez, que Guadet,
Geosonné se rendisseot à Tarmée; que pour lui ôter tonte défiance, les commissaires fussent pris dans les deux partis de la Convention, et que par4à 11 fût prouvé en môme temps que, quelles que soient les passions qui vous divisent, vous êtes unanimas pour ne jamais consentir à recevoir la loi d'un seul Itonmie. (On cpplaudiL) Ou nous le guérirons momentanémeot, l^r disais-je, ou nous legarnotteroos. Je dfloiaiide si rhomme qui proférait ces paroles peut être ac* cusé d'avoir eu. des ménagement pour Dumouriez.
Quels sont ceux qui ont pris coastamoient des. ménagements? Qu'on consulte les canaux de l'opinion, qu'on exa» mine ce qu'im disait partout, par exemple» dans le journal qui s'intitule Patriote français. On y disait que Dumouriez était Udn d'associer ses lauriers au>x cyprès du 2 sep^ kmbre. C'est contre moi qu'on excitait Dumouriez. Jamais on a'a eu la pensée de nous associer dans J^ mikoe» com* plots; ootts oe voulions pas prendre sur nous la responsaiûUlé do reniôvement de Dumouriez; mais je demande si l'on ne m'a pas vu déjouer constamment la politique de ce général, ses projets de finances, les projets d'ambition qu'il pouvait avoir sur la Belgique; je les ai constamment mis à jour. Je le demande à Gambon, il dira, par exemple, la conduite que j'ai tenue relativement aux 300,000 livres de dépenses qui ont été secrètement faites dans la Belgique.
Et aujourd'hui, parce que j'ai élé trop sage et trop dr- GDQspect^ panse qu'on a eu l'art de répandre que j'avais un parti* cpie je voulais être dictatmir^ parce que je n'ai pas voulu, eo répooiant à mtà adveisairai, produire de trop mdes combats, occasionner des déc^emeats dans cette assemialée, ou m'accuse de mépriser et d'avilir ia Constitution.
jMnUir la GoBvaiitioftl Et qui {^âsqua moi a oonstamment dierobé à letever sa dignité, L fortifier soa autorité? ^*ai-je pas pailé de mes eonemis même avec unç sorte de respect?
{Se tournant vers la partie droite.) Je vous interpelle, vous qui m'accusez sans cesse... {Plusieurs voix» — Tout à l'heure vous venez de prouver votre respect.)
Tout à l'heure, cela est vrai; ce que vous me reprochez est exact; mais pourquoi ai-je abandonné le système du silence et de la modération? parce qu'il est un terme à la prudence, parce que quand on se sent attaqué par ceux-là même qui devraient s'applaudir de ma circonspection, il est permis d'attaquer à son tour et de sortir des limites de la patience. (On applaudit dans une grande partie de l'Assemblée.)
Mais comment se fait-il .que l'on m'impute à crime la conduite d'un de mes collègues? Oui, sans doute, j'aime Delacroix; on l'inculpe parce qu'il a eu le bon esprit de ne pas partager, je le dis franchement, je le tiens de lui ; parce qu'il n'a pas voulu partager les vues et les projets de ceux qui ont cherché à sauver le tyran. {De violents murmures s'élèvent dans la partie droite. — Les plus vifs applaudissements éelatent dans une grande partie du côté opposé et dans les tribunes.)
Quelques voix s'élèvent pour demander que Danton soit rappelé à l'ordre.
DuHEM. — Oui, c'est vrai, on a conspiré chez Roland, et je coùnais le nom des conspirateurs.
Maure. -- C'est Barbaroux, c'est Brissot, c'est Guadet.
Danton. — Parce que Delacroix s'est écarté du fédéralisme et du système perfide de l'appel au peuple; parce que lorsqu'après l'époque de la mort de Lepelletier, on lui demanda s'il voulait que la Convention quittât Paris» il fit sa profession de foi, en répondant : « J'ai vu qu'on a armé de préventions tous les départements contre Paris, je ne suis pas des vôtres. » On a inculpé Delacroix, parce que, patriote courageux, sa manière de voter dans l'Assemblée a tou- - jours été conséquente à la conduite qu'il a tenue dans
la grande affaire du tyran. Il semble aujourd'hui que, moi, j'en aie fait mon second en conjuration. Ne sont-ee pas là les conséquences, les aperçus jetés en avant par Lasource? [Plusieurs voix à la droite de la tribwae : Oui, oui! Une autre voix, — Ne parlez pas tant, mais répondez!)
Danton. — Eh! que voulez-vous que je réponde? J'ai d'abord réfuté pleinement les détails de Lasource : j'ai démontré que j'avais rendu au comité de défense générale le compte que je lui devais, qu'il y avait identité entre mon rapport et celui de Camus, qui n'a été qu'un prolongement du mien; que si Dumouriez n'a pas été déjà amené pieds et poings liés à la Convention, ce ménagement n'est pas de mon fait. J'ai répondu enfin assez pour satisfaire tout homme de bonne foi {plusieurs voix dam Vextrémité gauche : Oui, oui I); et certes, bientôt je tirerai la lumière de ce chaos. Les vérités s'amoncelleront et se dérouleront devant vous. Je ne suis pas en peine de ma justification.
Mais tout en applaudissant à cette commission que vous venez d'instituer, je dirai qu'il est assez étrange que ceux qui ont fait la réunion, contre Dumouriez, qui, tout en rendant hommage à ses talents militaires, ont combattu ses opinions politiques, se trouvent être ceux contre lesquels cette commission paraît être principalement dirigée.
Nous, vouloir un roi ! Encore une fois les plus grandes vérités; les plus grandes probabilités morales restent seules pour les nations. Il n'y a que ceux qui ont eu la stupidité, la lâcheté de vouloir ménager un roi, qui peuvent être soupçonnés de vouloir rétablir un trône; il n'y a, au contraire, que ceux qui constamment ont cherché à exaspérer Dumouriez contre les sociétés populaires et contre la majorité de la Convention ; il n'y a que ceux qui ont présenté notre empressement à venir demander des secours pour une armée délabrée, conmie une pusillanimité; il n'y a que ceux qui ont manifestement voulu punir Paris de son civisme, armer contre lui les dénartements... {Un grand nombre de mem^
bres s$ Uvtmty et indiqiuifU du geste m partie droite : Oui, oui, ilfi ToQt voulu !)
MxiuT. — Et leurs petits soupers !
Danihw. ^ Il a'y a que ceux qui ont £ut des «oupers clandestins avec Dutnouriez quand il était à Paris... {On appluvdii dans une grande partie de la salie.)
IfAAAT. — Lasourcel,.... Lasoiiroe «a étaiiL^.. Ok\ je dénoncerai tous les traîtres.
Danton. ^ Oui, eux seuls sont les complices de la conjuration. {De vifs applaudissements s^étèvent à rextrémité
gawehe et dans les trièmies.) Et c'est oioi qu'on accuse !
i»oi !«..., le ne crains rien de Duaiouriez^ ni de tous ceux av«c qui j'ai été en r^ation. Que DUiUsouriez produise une ftenfte ligne de inoi qiû piiisse donner lieu k Tombre d'une inculpation, «t je livre ma tête.
llAftAT. ^ 14 a les lettres de fîensonné^. C^st Gensonné qui était en relation intime avec Duinouhez.
<v£NSONNÉ. ^ Danton, j'interj^elle votve bonne foi. Vous avez dit avoir vu la nûnute d« mes lettres, dites ce qu'eUes contenai-eat.
Danton. — Je ne parle pas textudlement de vos lettres, je n'ai point parlé de vous; je reviens 4 ce qui me concerne.
i^i, moi, quelques lettres de Dumouriez : elles prouveront qu'il a été obligé de me rendre justice; elles prouveront qu'il n'y avait nulle identité entre son système politi- 4pie et le mien : c'est à ceux qui ant voulu le lédéralisme...
PtosœiiRS voiX. — Nomaiôz-lesl
llâftàT (se tournant vers les membres de la partie droÉte). <^ Nooi vous ne parvi«nd«ex pas à égor^r la patrie!
DASïim» ^ ¥ottte«Hirous qua je dise quâls sont ceux que je désigne?
Un G9ià»B MOHSBE Dfi VOIX* -* Ooi^Mil
Danton. —Écoutez!
IfÂBÀT (se teursuit yen k partie droite). — Écoutes ! Djlxton. ^ Vottlei-toiis entendre un mot qui paye pour
Lbs m^ves gris s^létemt. -- Oui, oui !
Damtob. -^ Eh bien! je crois qu'il n'e&l pli» de Irdve entre la Montagne, entre les patriotes qui ont vonfo la toort du tyran et les lâdies qui, mi yqulant le sauver, nous ont ealoDHoés dans la France. (Un grand mmàre éfe mêméfts de ia pên'tie gàmhe se lèvent nmuUcmimmtj Bt applaxh dissetU. -^ Hummn vmx se font entendre : NbuesniTeroBd la patrie!)
Bhl qui pourrait se dispenser de proférer ces Tentés, quand malgré la conduite immolÂle que f ai tenue dans cette asseiBblée, quand -^^ous représentez eeux qui ont le plue de sang-froid et de courage, comme des ambitieux ; quand, tout en semblani; me caresser, vous me couTree de calomnies, quand heaucoup d'iKunmes qui me rendent justice indirkiHeUemeiit, me présentent à la France entière dans leiur cocresponâanoe, comme voulant miner la Mbeité de mon pays? Cent projets absurdes de cette natore i^ m'ont^lg pas été snceessivement prétest Mais jamais la catomôe n^a 6té conséquente dans ses syslteii^s, elle s'est fepbée décent façons but mon convpte, cent forâ elle s'est ccmtitxîite. Dès le commencement de la Révolution, j^nsais fait mon devoir, et vous vous rappelez que je fus alors car Icmiaié, j'ai été de quelque utilité à mon paye, iorsi^ la révolution du 10 août, Oamoadea Ini'^méttie reconnaissait que jlavais apporté du courage dans le conseil, et que je n'aTUs pas peu c(mtribué à nos sucoès. Aujourd'hui tes homélies misérables d'un vieiUard cauteleux, reconnu M, ont élé le texte de nouvelles incolpalions; et pQssqute veut des âiits, je vais v^ous en dire sur Bodand; lel est Pexcès desonééiire, et Garât lui«méme m*a dit que ce vieit^ lard avait teHemeuit perdu la tête, qu'il ne voyait que la mort; qu'il croyait tous les citoyens prêts à le frapper;
qu'il dit un jour, en parlant de son ancien ami, qu^il avai lui-même porté au ministère : Je ne mowrrai que de le main de Pache^ depuis qu'il se met à la tête des factieua. de Paris... Eh bien! quand Paris périra, il n'y aura pluî de République. Paris est le centre constitué et naturel de Is France libre. C'est le centre des lumières.
On nous accuse d'être lés factieux de Paris : Eh bien nous avons déroulé notre yie devant la nation, elle a ét^ eelle d'hommes qui ont marché d'un pas ferme vers k révolution. Les projets criminels qu'on m'impute, les épithètes de scélérats, tout a été prodigué contre nous, e Ton espère maintenant nous effrayer! Oh! non. {De vifs applaudissements éclatent dans l'extrémité gauche de la salle; ils sont suivis de ceux des tribunes. — Plusieurs membres demandent qu'elles soient rappelées au respect qu^elles doivent à V Assemblée.) Eh bien ! les tribunes de Marseille ont aussi applaudi à la Montagne... J'ai vu depuis, la Révolution, depuis que le peuple français a des repréprésentants, j'ai vu se répéter les misérables absurdités que je viens d'entendre débiter ici. Je sais que le peuple n'est pas dansées tribunes, qu'il ne s'y en trouve qu'une petite portion, que les Maury, les Gazalès et tous les partisans du despotisme calomniaient aussi les citoyens des tribunes.
Il fut un temps où vous vouliez une garde départementale. (Quelques murmures se font entendre.) On voulait l'opposer aux citoyens égarés par la faction de Paris: £h bien ! vous avez reconnu que ces mêmes citoyens des départements, que vous appeliez ici, lorsqu'ils ont été à leur tour placés dans les tribunes, n'ont pas manifesté d'autres sentiments que le peuple de Paris, peuple instruit, peuple qui juge bien ceux qui le servent [on applaudit dans les tribunes et dans une très-grande partie de V Assemblée); peuple qui se compose de citoyens pris dans tous les départements; peuple exercé aussi à discerner quels sont ceux cful prostituent leurs talents; peuple qui voit bien
que qui combat avec la Montagne, ne peut pas servir les projets d'Orléans. (Mêmes applaudissements) Le projet lâche et stupide qu'on avait conçu d'armer la fureur populaire contre les Jacobins, contre vos commissaires, contre moi, parce que j'avais annoncé que Dumouriez avait des talents militaires, et qu'il avait fait un coup de génie eu accélérant Tentreprise de la Hollande : ce projet vient sans doute de ceux qui ont voulu faire massacrer les uatriotes; car il n'y a que les patriotes qu'on égorge.
Un grand nombre de voix. — Oui, oui.
Marat. — Lepelletier et Léonard Bourdon.
Danton. ^ Eh bien! leurs projets seront toujours déçus, le peuple ne s'y méprendra pas. J'attends tranquillement et impassiblement le résultat de cette commission. Je me suis justifié de l'inculpation de n'avoir pas parlé de Dumouriez. Tai prouvé que j'avais le projet d'envoyer dans la Belgique une commission composée de tous les partis pour se saisir^ fioit de l'esprit, soit de la personne de Dumouriez.
Marat. — Oui, c'était bon, envoyez-y Lasourceî
Danton. — J'ai prouvé, puisqu'on me demande des preuves pour répondre à de simples aperçus de Lasource, que si je suis resté à Paris, ce n'a été en contravention à aucun de vos décrets. J'ai prouvé qu'il est absurde de dire que le séjour prolongé de Delacroix dans la Belgique, était concerté avec ma présence ici, puisque l'un et l'autre nous avons suivi les ordres de la totalité de la commission, que si la commission est coupable, il faut s'adresser à elle et la juger sur des pièces après l'avoir entendue; mais qu'il n'y a aucune inculpation individuelle à faire contre moi. J'ai prouvé qu'il était lâche et absurde de dire que moi, Danton, j'ai reçu cent mille écus pour travailler la Belgique. N'est-ce pas Dumouriez qui, comme Lasource, m'accuse d'avoir opéré à coups de sabre la réunion? Ce n'est pas moi qui ai dirigé les dépenses qu'a entraînées l'exécution du décret du 15 décembre. Ces dépenses ont été nécessitées nour dé-
jouer les prêtres ^attques qui ralanaleDl le peuple malhetrretrx ; ce n'est pas k moi qu^il féal m deniaii^ter compte, c'est h Lebnm.
CAMBeif . -~ Ces cent mflle éens sent tout sinqileiiieBt k dépenses indispensablement néeessairee pour rexéeuliim te i^êcretdu 15 décembre.
Danton. — Je proo^rsâ «Bbeéquemment que je soie m rérolntionnaire itnmmdtie^ qae je résisterai à toutes fes atteintes, et je vous prie, <)iloïeBB (se toumaul vers les menn^ bres de la partie gaucbe), d^enr accepter l'âkagiire. J'âwai la satisfaction de voir la nation entière se lever ea masse pev combattre lea ennemis extérieurs^ et eu même temps puor adhérer aux mesures que tous afet décrétéep lUBrmee piopositions.
A-t-on pu croire un instant, a»t-oii mu ht stopidité de croire que moi je me sois coalisé a^ec Dumouikai? Goiitie qni Dumouriez s'élèye-t-il? Contre le tribunal réfolaliDU« naire : c'est moi qui ai provoqué Fétablissemait de ce tdr bunal. Domouriez veut dissoudre la Couvention. Quattd on a proposé, dans le même objet, la convocation des zaBotblées primaires, ne m'y sui8*je pas pas opposé? Si j'avais été d'accord avec Dumouriez, aurals-je combattu ses projets de finances sur la Belgique t Âurals*je d^ouôeou pro* ^et de rétablissement des trois États? Les citoyens de Mous» de Liège, de Bruxelles, diront si je n'ai pas été redoutable aux aristocrates, autant exécré par eux qu'ils méritent de rëtre: ils vous diront qui servait les projets de Duoioaries^ de moi pu de ceux qni le vantaient dans tes papiers pubBcs^ ou de ceux qui exagéraient les troubtes de Paris, et pu» bliaient que des massacres avaient lieu dans la me des Lombards.
Tous les citoyens vous diront : quel fut sou crime? c'eel d*avoir défendu Paris.
A qui BumourieK déèlare^t^ii le giRrre? aux sociétés populaires. Qui d^ nous a dit que sans tes sociétés populaires»
«sans le peuple w masse, bous ne ponrrioi» nous sauTer? De telles mesureâ coineidmit-etlee afee celles de Dumouriez û« la complicité ne seraH-elle pas plutôt de la part de ceux q«i eut cadomnié è Tafranoe les eomn^saircB peor fiiire Huaqiier leur miasion? (Apfhaudissemmt^,) Qiti a pressé renvoi des comiaissaires? Qui a aceélârô. le reerutement, le oompléteQieQt des armdes Y G^est moi; moi, je le déclare à toute la Frauce, qui ai le plus pnissammeut agi sur ce complètement, Ài«}e, moi, comme Durnoories, calomnié les sol* dais de la liberté qui courent en foule pour recueillir les débris de noa aimées? N'ai*je pas dit que j'aTais vu ces hommea intr^ides porter aux armée» le dTlsme qu'ils ayai^t puisé dans l'intérieur? N'al-je pas dit que cette portion de l'armée, qui, depuis qu'elle haMtait sur un terre ^rangère, ne montrait plus la même vigueur, repren*drait, comme le géant de la i^ble, en posant le pied sur la terre de Ut liberté, toute l'énergie républicaine ? Est-ce là le langage de celui qui aurait voulu tout désorganiser? M'ai«<}e pas nKmtré la conduite d'un citoyen qui voulait vous tenir en mesure contre toute TEurope?
Qu'on cesse donc de reproduire des fantômes et des cbimôres qui ne résisteront pas à la lumière et aux explica^ tions.
Je demande que la commission se mette sur-le-champ en activité, qu'elle examine la conduite de chaque député depuis Touverture de la Convention. Je demande qu'elle ait caractôre surtout pour examiner la conduite de ceux qui, postérieurCTient an décret pour ^indivisibilité de la Repu-* blique, ont manœvré pour la détruire ; de ceux qui, après la rejectioD de leur système pour l'appel au peuple^ nous* Oftt câlomnié&; et si, ce que je crois, il a y ici une majorité vraioient républicaine, elle en fera justice. Je demande qu'elle examine la conduite de ceux qui ont empoisonné l'opinion publique dans tous les départements; on verra ce qa^on doit penser de eus hommes qui ont été assez auda-
cieux pour notifier à une administration qu'elle devait arrêter des commissaires de la (louyention; de ces hommes qui ont voulu constituer des citoyens, des administrateurs, juges des députés que vous avez envoyés dans les départements pour y réchauffer Tesprit puhlic et y accélérer le recrutement. On verra quels sont ceux qui^ après avoir été assez audacieux pour transiger avec la royauté, après avoir désespéré, comme ils en sont convenus, de l'énergie populaire, ont voulu sauver les débris de la royauté ; car on ne peut trop le répéter, ceux qui ont voulu sauver Tindividu, ont par-là même eu intention de donner de grandes espérances au royalisme. {Applaudissements d'une grande partie de V Assemblée.) Tout s'éclaircira ; alors on ne sera plus dij^e de ce raisonnement par lequel ou cherche à insinuer qu'on n'a voulu détruire un trône que pour en rétablir un autre. Quiconque auprès des rois est convaincu d'avoir voulu frapper un d'eux, est pour tous un ennemi mortel.
Une voix. — Et Cromwell?... (Des murmures s'élèvent dans une partie de r Assemblée.)
Danton, se tournant vers Vinterhcuteur. Vous êtes bien scélérat de me dire que je ressemble à Cromwell. Je vous cite devant la nation. [Un grand nombre de voix s'élèvent simultanément pour demander que Vinterrupteursoitcenr sure; d' autres pom* qu'il soit envoyé à V Abbaye.)
Oui, je demande que le vil scélérat qui a eu l'impudeur de dire que je suis un Cromwell soit puni, qu'il soit traduit à l'Abbaye. {On applaudit.) Et si, en dédaignant d'insister sur la justice que j'ai le droit de réclamer, si je poursuis mon raisonement, je dis que quand j'ai posé pn principe que quiconque a frappé un roi à la tête, devient l'objet de l'exécration de tous les rois, j'ai établi une vérité qui ae pourrait être contestée. {Plusieurs voix. — C'est vrai !)
Eh bien ! croyez- vous que ce Cromwell dont vous me
parle? ait été Tami des rois? {Une voix. — 11 a été roi luimême!
Danton. — Il a été craint, parce qu'il a été le plus fort. Ici ceux qui ont frappé le tyran de la France seront craints aussi. Ils seront d'autant plus craints que la liberté s'est engraissée du sang du tyran. Us seront craints, parce que la nation est avec eux. Gromwell n'a été souffert par les rois que parce qu'il a travaillé avec eux. Eh bien ! je tous interpelle tous. (Se tournant vers les membres de la partie gauche.) Est-ce la terreur, est-ce l'envie d'avoir un roi qui vous a fait proscrire le tyran? (L'Assemblée presque unanime : Non, non !) Si donc ce n'est que le sentiment profond de vos devoirs qui a dicté son arrêt de mort, si vous avez cru sauver le peuple, et faire en cela ce que la nation avait droit d'attendre de ses mandataires, ralliez-vous (s'adres- ç-^ sant à la môme partie de l'Assemblée), vous qui avez pro- \ nonce Tarrét du tyran contre les lâches (indiquant du geste les membres de la partie droite) qui ont voulu l'épargner {une partie de V Assemblée applaudit]', serrez-vous ; appelez le peuple à se réunir en armes contre Tennemi du dehors, et à écraser celui du dedans, et confondez, par la vigueur et l'immobilité de votre caractère, tous les scélérats, tous les modérés (l'orateur, s'adressant toujours à la partie gauche, et indiquant quelquefois du geste les membres du côté opposé); tous ceux qui vous ont calomniés dans les départements. Plus de composition avec eux 1 (Y ifs applaudissements d'une grande partie de V Assemblée et des tri- . ' hunes,) Reconnaissez-le tous, vous qui n'avèï-ja.mais su tirer de votre situation politique dans la nation le parli que vous auriez pu en tirer; qu'enfin justice '«^ous soit rendue. Vous voyez, par la situation où je me trouve en ce moment, la nécessité où vous êtes d'être fermes, et de déclarer la guerre à tous vos ennemis, quels qu'ils soient. (Mêmes applaudissements.) l[ïàu\ former une phalange indomptable. Ce n'est pas vous, puisque vous aimez les sociétés popu-
laireset te peuple, ce n'est pas ¥oas qiu Touorez on rou
[Les applaudissevaenU recommencent, —Non, non! s'é&ri»^ t-on avec force dans la grande majorité de l'Assembtéé,) C'est à Yons à en ôter l'idée à ceux qai ont madijuié pour conserver l'ancien tyran. Je marche à lu RëpaUique ; nmp* diox^-y de concert, nous Terrons qui de bous ou de uds détracteurs atteindra le bût.
Après avoir démontré que loin d'avoir été jamais d'accord avec Dumouriez, il nous accuse textudtemeut d'avoir fait la rémiion à coups de sabre, qu'il a dit publi(pemeiit qu'il nous ferait arrêter, qu'il était impossiUte à Ddacroix et à moi, qui ne sommes pas la commission, de l'arracher à son armée ; après avoir répondu à tout; après avoir ranpli cette tâche de manière à satisfaire tout homioe sensé et dé bonne foi, je demande que la commission des six, que vous venez d'instituer, examine uon*seulemeat la conduite de ceux qui vous ont calomniés^ qui ont machiné contre l'indivisibilité de la République, msis de ceux encore qui ont cherché à sauver le tyran [rmuveaws applawUssemenis d'une partie de l'Assemblée et des tribwnes\ enfin de tous les coupables qui out voulu ruiner la liberté, et Voa verra si je redoute les accusateurs.
Je me suis retranché dans la citaddle de la raison ;. j'ea sortirai avec le canon de la vérité, et je pulv^iserai les scélérats qui ont voulu m'accuser. (Dation descend de la tri-bune au milieu des plus vifs applaudissements d'une très grande partie de V Assemblée et des citoyens. Plusieurs membres de l'extrémité gauche se précipitent vers bu |9dur Vembrasse^n — Les applaudissement se^^oUmgeaRÀ.^
SUR U PBISE DE MORT CONTRE CEUX QUI PROPOSENT DE TRAKSIGBR AVEC LES ËNNfiUlS'Dtt LA RÉPUfiLlQy&
CONVENTION. — Séauce du 13 qmtU 1793.
Il faut bien saisir le véritable objet de la motion qui vient d'être faite, et ne pas lui donner une étendue que n'a pas voulu lui attribuer son auteur. Je demande qu'elle soit ain^i posée : « La peine de mort est décrétée contre quiconque proposerait à la République de transiger avec des ennemis qui, pour préliminaire, ne reconnaîtraient pas la souveraineté du peuple. » Il est temps, citoyens, que la Convention nationale fasse connaître à l'Europe que la France sait allier à la politique les vertus républicaines. Vous avez rendu, dans un moment d'enthousiasme, un décret dont le motif était beau sans doute, puisque vous vous êtes obligés à donner protection aux peuples qui voudraient résister à Toppression de leurs tyrans. Ge décret semblerait vous en^ger
secourir quelques patriotes qui voudraient faire une*révolution en Chine. 11 faut, avant tout, songer à la conservation de notre corps politique, et fonder la grandeur française. Que la République s'affermisse, et la France, par ses lumières et son énergie, fera attraction sur tous les peuples.
Mais voyez ce que votre position a d'avantageux malgré les revers que nous avons éprouvés. La trahison deDumourieznous donne l'occasion de faire un nouveau scrutin épuratoire deTarmée. L'ennemi va être forcé de reconnaître que
la nation veut absolument laliberté, puisqu'un générai victorieux qui avait promis à nos ennemis de leur livrer et son armée tout entière et une partie de la nation, ne leur a porté que son misérable indimdu. Citoyens, c'est le génie de la liberté qui a lancé le char de la révolution. Le peuple tout entier le tire, et il s'arrêtera aux termes de la raison. Décrétons que nous ne nous mêlerons pas de ce qui se passe chez nos voisins; mais décrétons aussi que la République vivra, et condamnons à mort celui qui proposerait une transaction autre que celle qui aurait pour base les principes de notre liberté. (On applaudit.)