‹ Œuvres de DantonChapitre 15 sur 26 · SUR LA DÉMONÉTISATION DES ASSIGNATS · texte numérisé non relu

SUR LA DÉMONÉTISATION DES ASSIGNATS

•ONVENTiON. — Séance du Zi juillet i793.

Je demande à parler contre l^ajoumement^ Il y a plus de six mois que j^ai dit ici qu'il y a trop de signes représentatifs en circulation; il faut que ceux qui possèdent immensément payent la dette nationale. Quels sont ceux qui supportent la misère publique, qui versent leur sang pour la liberté, qui combattent Taristocratie financière et bourgeoise? ce sont ceux qui n'ont pas en leur pouvoir un assignat royal de cent livres. Frappez, que vous importent les clameurs des aristocrates ; lorsque le bien sort en masse de la mesure que vous prenez, vous obtenez la bénédiction nationale. (On applaudit.) On a dit que cette loi aurait un effet rétroactif, c'est ici une loi politique, et toutes les lois politiques qui ont rasé le despotisme n'ont-elle pas eu un effet rétroatif? Qui de vous peut lesbl&mer?

On a dit que celui qui n'a qu'un assignat de cent livres sera grevé, parce qu'il sera obligé de vendre. son assignat. Je réponds qu'il y gagnera, car les denrées baisseront; d'ailleurs ce ne sont pas les hommes de la Révolution qui oni des assignats. Soyez comme la nature, elle voit la conser-

i. Il s'agissait d'ane proposition de Gambon formulée en ces termes : « Si TOUS démonna^ez dès aujourd'hui les assignats de SO L'* vres« vous allez occasionner une secousse; mais je ne vois pas dd danger à démonnayer ceux d'une valeur d'au-dessus de cent Uvres. •

vation^e l'espèce; ne regardez pas les individus. {AppUmdùsement.) Si le despotisme triomphait, il ferait disparaître tous les signes de la liberté. Eh bien, ne souillez pas les yeux- des amis de la liberté de Pimage du tyran dont la tète est tombée sous le glaive de la loi. Les despotes de l'Europe diront: qttelle est cette nation puissante qttî par un seul décret améliore la fortune publique, soulage le peuple, fait revivre le crédit national, et prépare de nouveaux moyens de combattre tes ennemis? Cette mesure n'est pas nouvelle, Gambon l'a longtemps méditée ; il est de votre devoir de l'adopter; si vous ne l'adoptez pas, la discussion qui Tieqt d'atoir lieu praduira las incoavéiUieiits «pil peuvent être attachés à la ioi, et n'eu présentera auciui awo tage. Je ne lœ oonaais pas grandement en âtan^esi raaia je suis saifiaai dans le bonheur âe mon pays. Lus ricbeft frémissenl de €e étoet; mais je sais que ee ^est fuiMsta à ces geas eti; avantageux pear le pwifks^ {On OtppkMdit." Le renchérissement des d^narées vient 4» la trop gcande masse d'issi^Qats en curcuialioo; gae l'épdQge aatioaftlr' épuise oette gnmde masse, l'équilibre se rtebbca. te éeh mande qae la prepositiofi de Gambon mÀi adc^ptée .

SUR L'ÉRECTION DU COMITÉ DU SALUT PUBuIC EN GOUYStNËMENT PROYISOISS.

jappui6 d'autant plus ces propositiom^ que le moïïï&ûX e&t arrivé d'être politique ^ Sans doute ua .peuple républicain ne fait pas la guerre à ses ennemis par la corruption, l'assassinat et le poignard. Mais le vaisseau 10 la caison doit avoir son gouvernail, c^est la saine politique. Nous n'aurons de succès qne lorsque la Convention, se rappelant que rétablissement du comité de salut public est une des conquêtes de la liberté, donnera à cette institution l'énergie et le développement dont elle peut être susceptible, lia, en effet, rendu assez de services pour qu'elle perfectionno ce genre de gouvernement* N'en doutez pas» ce Gobouig qui s'avance sur votre territoire, rend le plus gflind service à la République. Les mêmes circonstances que Tannée dernière se reproduisent aujourd'hui; les mêmes^ dangers nous menacent... Mais le peuple n'est poins usé, puisqu'il a accepté la ooastitution; j'en jure par l'entbousiasme sublime qu'elle vient de produire. Il a par cette acceptation, contracté l'engagement de se déborder tout

1. Covtliofi tenait d« proposer que l'on décrétât que tons ks Fnençais qui placetaientdes fonds sur la bao^oe^ de Londres» Asi$8eniooa« damiiée à «ne amende égale à la somme placéSb

entier contre les ennemis. (On applaudit.) Ëh bien, soyons terribles, faisons la guerre en lions. Pourquoi n'établissonsnous pas un gouvernement provisoire qui seconde, par de puissantes mesures, Ténergie nationale. Je le déclare, je n'entrerai dans aucun comité responsable. Je conserverai ma pensée tout entière, et la faculté de stimuler sans cesse ceux qui gouvernent, mais je vous donne un conseil, j'espère que vous en profiterez. Il nous faut les mêmes moyens qu'emploie Pitt, à l'exception de ceux du du crime. Si vous eussiez, il y a deux mois, éclairé les départements sur la situation de Paris; si vous eussiez répandu partout le tableau iidèle de votre conduite ; si le ministre de l'intérieur se fût montré grand et ferme, et qu'il eût fait pour la Révolution ce que Roland a fait contre elle, le fédéralisme et l'intrigue n'auraient pas excité de mouvements dans les départements. Mais rien ne se fait. Le gouvernement ne dispose d'aucun moyen politique.

Il faut donc, en attendant que la Constitution soit en activité et pour qu'elle puisse l'être, que votre comité de salut public soit érigé en gouvernement provisoire; que les ministres ne soient que les premiers agents de ce comité de gouvernement.

Je sais qu'on objectera que les membres de la Convention ne doivent pas être responsables. J'ai déjà dit que vous êtes responsables de la liberté, et que si vous la sauvez, et alors seulement, vous obtiendrez lesbénédictions du peuple. Il doit être mis à la disposition de ce comité de gouvernement, les fonds nécessaires pour les dépenses politiques, auxquelles nous obligent les perfidies de nos ennemis. La raison peut être servie à moindres frais que la perfidie; ce comité pourra enfin mettre à exécution des mesures provisoires fortes, avant leur publicité.

N'arracbons point en ce moment aux travaux de la campagne, les bras nécessaires à la récolte. Prenons une première mesure, c'est de faire un inventaire rigoureux de

tous les grains. Pitt n'a pas seulement joué sur nos finances; il a accaparé, il a exporté nos denrées. 11 faudrait ayant tout assurer tous les Français que si le ciel et la terre nous ont si bien servis nous n'aurons plus à craindre la disette factice dans une année d'abondance. Il faudra, après (a récolte, que chaque commune fournisse un contingent d'hommes qui s'enrôleront d'autant plus volontiers que le terme de la campagne approche. Chez un peuple qui veut être libre, il faut que la nation entière marche quand Sc^ liberté est menacée. L'ennemi n'a encore vu que l'avantgarde nationale. Qu'il sente enfin le poids des efforts réuni? de cette superbe nation. Nous donnons ali monde un exemple qu'aucun peuple n'a donné encore. La nation française aura voulu individuellement, et par écrit, le gouvernement qu'elle a adopté ; et périsse un peuple qui ne saurait pas défendre un gouvernement aussi solennellement juré!

Remarquez que dans la Vendée on fait la guerre avec plus d'énergie que nous. On fait marcher de force les indifférents. Nous qui stipulons pour les générations futures; nous que l'univers contemple; nous qui, même en périssant tous, laisserions des noms illustres, comment se fait-il que nous envisageons dans une froide inaction les dangers qui nous menacent? Gomment n'avons-nous pas déjà entraîné sur les frontières une masse immense de citoyens? Déjà dans plusieurs départements le peuple s'est indigné de cette mollesse, et a demandé que le tocsin du réveil général fût sonné. Le peuple a plus d'énergie que vous. La liberté est toujours partie de sa base. Si vous vous montrez dignes de lui, il vous suivra; et vos ennemis seront exterminés* 'On applaïuiit,)

Je demande que la Convention érige en gouvernement provisoire son comité de salut public; que les ministres ne soient que les premiers commis de ce gouvernement provisoire; qu'il soit mis 30,000,000 à la disposition de ce gouvernement, qui en rendra compte à la fin desacfession.

mais qui aura la facuUé de ies eioployer tous ea ua joari si elle le juge utile«

Une immense prodigalité pour la <»ase de la lil^ertô eai un placement à usure. Soyons donc |[randft et poUti(|iieg partout. Nous avons dans la Franco une foule de tnâires & découvrir et à déjouer. Ëh bien, un gouTersAmeot adroit , aurait une foule d'agentâ : et reaaarqneK que c'est par ce moyen que vous avez découvert pluisleurs correspoodaâoes précieuses. Ajoutez à la force des armes» au dévelo^^posi^M; de la force nationale^ tous les moyens additionnels qmles bons esprits peuvent vous suggérer* 11 ne faut pas que l'orgueilleux ministre d'un despote surpasse en génie et en moyens^ ceux qui sont chargés de régénérer le monde.

Je demande au ncnn de la postérité, car û vous ne taies pas d'une main ferme les rênes du gouvernement, vouB affaiblissez plusieurs générations par l'épuisement dé la population; enfm voue les condamneriez à la servitude et àla misère ; je demande, dis*je, que vous adoptiei sans délai ma proposition.

Après, vous prendrez une mesure pourinveiiiorier tosles les récoltes. Vous ferez surveiller les tnua«poxtSt afin que rien ne puisse s'écouler par les ports ou par les IroatièreB. Vous ferez faire ausâ l'invcaitaire des armes. A partir d'aujourd'bui vous mettrez à la disposition du gouvameiaent c^t millions pour fondre des canonsi faire de» fusilB et des piques. Dans toutes les viUesun peuconsidéeaUfts, V&tclume ne doit être frs^pée que pour la f abricatioa du &r que vous devez tourner contre les ennemis. Dès que la moisson sera finie» vous prendrez dans chaque commune une force additionnelle, et vous verrez que rien s'est désea* péré» Au moins à présent, von^ êtes purgés des iiitrigants; vous n'êtes ^us ^nës dans votre marche; vous n'êtes pkaa tiraillés par les factjkms; et nos enneims ne peuvent pti» se vanter, comme Dumouriez, d*être maîtres d'une partie de la invention. Le peuple a confiance en voua. Soyez

grands et dignes de lui ; car si votre faiblesse vous empêchait de le sauver, il se sauverait sans vous et l'opprobre vous resterait. {Il ^éiève de nombreux applavdissements.)

Barrère se récrie, et déclare que si le comité da salât public a le maniement des deniers publics, il donnera sa démission. Danton reprend }

Ce n'est pas être homme public que de craindre la calomnie. Lorsque Tannée dernière dans le conseil exécutif, je pris seul sur ma responsabilité les moyens nécessaircâ pour donner la grande impulsion, pour faire marcher la nation sur les frontières; je me dis : qu'on me calomnie, je le prévois, il ne m'importe; dût mon nom être flétri, je sauverai la liberté. Aujourd'hui la question est de savoir s'il est bon que le comité de gouvernement ait des moyens de finances, des agents, etc., etc. Je demande qu'il ait à sa disposition cinquante millions, avec cet amendement, que les fonds resteront à la trésorerie nationale, et n'en seront tirés que sur des arrêtés du comité.

Je déclare que puisqu'on a laissé à moi seul le poids ae la proposition que je n'ai faite qu'après avoir eu l'avis de plusieurs de mes collègues, même des membres du comité de salut public; je déclare, comme étant un de ceu;x qui ont toujours été les plus calomniés, que je n'accepterai jamais de fonctions dans ce comité; j'en jure par la liberté de ma natrie.

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