‹ Œuvres de DantonChapitre 17 sur 26 · SUR LES RÉQUISITIONS · texte numérisé non relu

SUR LES RÉQUISITIONS

CONVENTION. — Séance du 14 août Ï793.

^B*p«rlai}t à rénei^natiODOtle, tn faisant appel au peU- ]^, je crois cpae tous ay^ pris une grande mesure, et le comité <le ealut publte^a MX un Tapport digue de iui, eu faieaut le tableau des daojgers que court la patrie, et des ressources qu'elle a, eu parlant des sacrifices que devaient faire les riches, mais il ne nous a pas tout dit. Si les tyrans mettaient notre liberté en danger, nous les surpasserions en audace, nous dévasterions le sol français avant qu^ils pussent le parcourir, et les riches, ces vils égoïstes, seraient les premiers la proie de la fureur populaire. (Vifs applaudissements : Oui, oui, s'écrie-t-on dans toutes les parties de la salle et dans les tribunes,) Vous qui m'entendez, répétez ce langage à ces mêmes riches de vos communes; dites leur ; Qu'espérez-vous, malheureux; voyez ce que serait la France si l'ennemi l'envahissait, prenez le système le plus favorable. Une régence conduite par un imbécile, le gouvernement d'un mineur, l'ambition des puissances étrangères, le morcellement du territoire dévoreraient vos biens; vous perdriez plus par l'esclavage que par tous les sacrifices que vous pourriez faire pour soutenir la liberté. [On applaudit.)

Il faut qu'au nom de la Convention nationale, qui a la foudre populaire entre les mains... (Applaudissements.) il faut que les envoyés des assemblées primaires, là où l'en-

Ihousiasme ne produira pas ce qu'en a droit d'en attendre» fassent des réquisitions à la première classe. En réunissant la chaleur de l'apostolat de la liberté à la rigueur de la loi, nous obtiendrons pour résultat une grande masse de forces. Je demande que la Convention donne des pouvoirs plus positifs et plus étendus aux commissaires des assemblées primaires, et qu'ils puissent faire marcher la première classe en réquisition. [On applaudit) Je demande qu'il soit nommé des commissaires pris dans le sein de la Convention pour se concerter avec les délégués des assemblées primaires, afin d'armer cette force nationale, de pourvoir à sa subsistance, et de la diriger vers un même but. Les tyrans, en apprenant ce mouvement sublime, seront saisis d'effroi, et la terreur que répandra la marche de cette grande masse, nous en fera justice. Je demande que mes propositions soient mises aux voix et adoptées.

SDR LA FORMATION D'UNE ARJUÉE SEGTIONNAlRB.

CONVENTION. — Séance du 4 septembre 1793.

Je pense comme plusieurs membres, notamment comme Billaud-Varennes, qu'il faut savoir mettre à profit l'élan sublime de ce peuple qui se presse autour de nous {On applavr dit). Je sais que quand le peuple présente ses besoins, qu'il offre de marcher contre ses ennemis, il ne faut prendre d'autres mesures que celles qu'il présente lui-même, car c'est le génie national qui les a dictées. Je pense qu'il sera bon que le comité fasse son rapport, qu'il calcule et qu'il propose les moyens d'exécution : mais je vois aussi qu'il n'y a aucun inconvénient à décréter à l'instant même une armée révolutionnaire. {On applaudit.) Élargissons, s'il se *peut, ces mesures.

Vous venez de proclamer à la face de la France qu'elle est encore en vraie révolution active; eh bien, il faut la consommer cette révolution. Ne vous effrayez point des mouvements que pourront tenter les contre-révolutionnaires de Paris. Sans doute ils voudraient éteindre le feu de la liberté dans son foyer le plus ardent, mais la masse immense des vrais patriotes, des sans-culottes, qui cent fois ont terrassé leurs ennemis, existe encore; elle est prête à s'ébranler : sachez la diriger, et elle confondra encore et

déjouera toutes les manœuvres. Ce n'est pas assez d^une armée révolutionnaire, soyez révolutionnaires vous-mêmes. Songez que les hommes industrieux qui vivent du prix de leurs sueurs, ne peuvent aller dans les sections. Décrétez donc deux grandes assemblées de sections par semaine, que l'homme du peuple qui assistera à ces assemblées politiques, ait une juste rétribution pour le temps qu'elles enlèveront à son travail. [On applaudit.)

11 est bon encore que nous annoncions à tous nos ennemis que nous voulons être continuellement et complètement en mesure contre eux. Vous avez décrété 30 millions à la disposition du ministre de la guerre pour des fabrications d'armes; déérétez que ces fabrications extraordinaires ne cesseront que quand la nation aura donné à chaque citoyen un fusil. Annicnçoas la ferme résolution d'avoir autant de fusils et presque autant de canons que de sansculottes. {On applaudiu) Que ce soit la Républiaue qui mette le fusil dans la main du citoyen, dtivrai patriote; qu'elle lui dise : la patrie te coQUe cette arme pour :8a défense; tu ie représenteras tous les mois et quand tu en seras requis par l'autorité nationale. Qu'un fusil soit la chose la plus sacrée parmi nous; qu'on perde plutôt la vie qne 6on fusil. (On applaudit.) Je d^nande donc que vous décrétiez au moins cent millions pour faire des armes de toute ^ nature; car si nous avions eu des armes, nous aurions ' tous marché. C'est le besoin d'armes qui nous enchaîne. Jamais la patrie en danger ne manquera de citoyens. (Mêmes applaudissements.)

Mais il reste à punir et Fennemi intérieur que vous tenez, et celui que vous avez à saisir. Il faut que le tribunal révolutionnaire soit divisé <sn un assez grand nombre de sections.

Plusieurs voix. — C'est fait.

P^inr que tous les jours un aristocrate, un scélérat paie de sa tète ses forfaits. [Applaudissements.]

Je dematide donc qu'on TûeHe-aTïKiranfd'aûord la proposition de Billattd.

2® Qu'on décrète également que les sections de Paris s'assembleront extraordinairement les dimanches et les jeudis, et que tout citoyen faisant partie de ces assemblées, qui Toudra, attendu ses besoins, réclamer nne iadeomité^ ia recevra, à raison de 40 sols par assemblée.

4» Qu'il soit décrété par la Convention qu'elle met à la disposition du ministre de la guerre 100 millions pour des fabrications d'armes, et notamment pour des fusils; que ces manufactures extraordinaires reçoivent tous les encouragements et les additions nécessaires, et qu'elles ne cessent leurs travaux que quand la France aura donné à chaque citoyen un fusil.

Je demande enfin qu'il soit fait un rapport sur le mode d'augmenter de plus en plus l'action du tribunal révolutionnaire. Que le peuple voie tomber ses ennemis, qu'il voie que la Convention s'occupe de ses besoins. Le peuple est grand, et il vous en donne en cet instant même une preuve remarquable : c'est que, quoi qu'il ait souffert de la disette factice machinée pour le mener à la contre-révolution, il à senti qu'il souffrait pour sa propre cause; et, sous le despotisme, il aurait exterminé tous les gouvernements. (On applaudit.)

Tel est le caractère du Français éclairé par quatre années de révolutions.

Hommage vous soit rendu, peuple sublime! A la grandeur vous joignez la persévérance ; vous voulez la liberté avec obstination; vous jeûnez pour la liberté, vous devez l'acquérir. Nous marcherons avec vous, vos ennemis seront confondus, vous serez libres!

Des applaudissements universels éclatent à la fois dans toutes les parties de la salle ; des cris de vive la République! se font entendre à plusieurs reprises, — Tous les citoyens qui remplissent la salle et les tribunes se lèvent par

me même impulsion] les uns lèvent leurs m^ins en l'air; d'autres agitent leurs chapeaux; l'enthousiasmée paraîi

universel.)

Les trois propositions de Danton sont décrétées.

{De nouvelles acclamations se font entendre. — La salle retentit des cris de vive la République.)

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