‹ Œuvres de DantonChapitre 18 sur 26 · SUR L'ABDICATION DES PRÊTRES ET SUR LE RÉGIME DE LA TERREUR · texte numérisé non relu

SUR L'ABDICATION DES PRÊTRES ET SUR LE RÉGIME DE LA TERREUR

CONVENTION. — Séance du 26 novembre 1793.

n y a un décret qui porte que les prêtres qui abdiqueront iront porter leur renonciation au comité. Je demande Texécution de ce décret ; car je ne doute pas qu'ils ne viennent successivement abjurer Fimposture. Il ne faut pas tant s'extasier sur la démarche d'hommes qui ne font que suivre le torrent. Nous ne voulons nous engouer pour personne. Si nous n'avons pas honoré le prêtre de Terreur et du fanatisme, nous ne voulons pas non plus honorer le prêtre de rincrédulité : nous voulons servir le peuple. Je demande qu'il n'y ait plus de mascarades anti-religieuses dans le sein de la Convention. Que les individus qui voudront déposer sur l'autel de la patrie les dépouilles de l'Église, ne s'en fassent plus un jeu ni un trophée. Notre mission n'est pas de recevoir sans cesse des députations qui répètent toujours les mêmes mots. 11 est un terme à tout, môme aux félicitations. Je demande qu'on pose la barrière.

Il faut que les comités préparent un rapport sur ce qu'on appelle une conspiration de l'étranger. Il faut nous préparer à donner du ton et de l'énergie au gouvernement. Le peuple veut, et il a raison, que la terreur soit à Tordre du jour. Mais il veut que la terreur soit reportée à son vrai but, c'est à dire contre les aristocrates, contre les égoïstes.

contre les conspirateurs, contre les traîtres amis de l'étranger. Le peuple ne veut pas que celui qui n'a pas reçu de la nature une grande force d'énergie, mais qui sert la patrie de tous ses moyens, quelque faibles qu'ils soient, non, le peuple ne veut pas qu'il tremble.

Un tyran, après avoir terrassé la ligue, disait à un des chefs qu'il avait vaincus, en le faisant tuer : « Je ne veux pas d'autre vengeance de vous. » Le temps n'est pas venu où le peuple pourra se montrer clément. Le temps de l'inflexibilité et des vengeances nationales n'est point passé; il faut un nerf puissant, un nerf terrible au peuple. Ce nerf est le sien propre, puisque d'un souffle il peut créer et détruire ses magistrats, ses représentants. Nous ne sommes, fious le rapport politique, qu'une commisfiion nationale que le peuple encourage par ses applaudissements.

Le peuple veut, après avoir fondé la République, que nous essayions tous les moyens qui pourront daoafir -plus de force et d'action au gouvernement répubiicaiu.

Que chacun de vous médite donc tous les jours ces-grands objets. U faut que le comité de salut public se dégage de beaucoup de détails, pour se livrer tout entier à ces importantes méditations. Donnons enfin des résultats au peuple. Depuis longtemps c'est lo peuple qui fait toutes lesgrandes dioses. Certes, il est beau que ses représentants s'humilient devant sa puissance souveraine. Mais il serait plus beau qu'ils s'associassent à: sa gloire, qu'ils prôvinaseut -et dirigeassent ses mouvements immortels.

Je demande que le comité de salut pubHc, réuni à celui de sûreté générale, fasse un prompt rapport sur la conspiration dénoncée, et sur les moyens de donner une action grande et forte au gouvernement provisoire.

Fatav. — ^ Je ne m'oppose pas aa roonroi; mais }e lais observer à Danton qu'il a laissé échapper des expressions qni «e me paraissent pas propres. Il a dit que le peuple. est souverain, tfest une-v^ïiiééier-

nelle. Mais il a* parlé de clémence ; il a youlà établir entre les ennemis de la patrie une distinction dangereuse en ce moment. Quant à moi^ je pense que quiconque n'a rien fait pour la liberté, ou n'a pa" fait pour elle tout ce qu'il pouvait faire, doit être compté au nombre de ses ennemis.

Danton — Je demande à relever un fait. Il est faux que j'aie dit qu'il fallait que le peuple se portât à l'indulgence; j'ai dit au contraire que le temps de l'inflexibilité et des vengeances nationales n'était point passé. Je veux que la terreur soit à l'ordre du jour ; je veux des peines plus fortes, des châtiments plus effrayants contre les ennemis de la liberté, mais je veux qu'ils ne portent que sur eux seuls.

Fatau. — Danton a dit encore que nous faisons un essai de gouvernement républicain. Je suis bien loin de partager cette opinion. N'est-ce pas donner à penser qu'un autre gouvernement peut convenir au peuple. Non, nous n aurons pas juré en vain la République ou la mort ; nous aurons toujours la République.

Danton. — Je ne conçois pas qu'on puisse ainsi dénaturer mes idées. 11 est encore faux que j'ai parlé d'un essai de gouvernement républicain. Et moi aussi je suis républicain, républicain impérissable. La Constitution est décrétée et acceptée. Je n'ai parlé que du gouvernement provisoire ; j'ai voulu tourner l'attention de mes collègues vers les lois de détail nécessaires pour parvenir à l'exécution de cette Constitution républicaine.

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