SUR L'ABOLTOOW DE -L'ESCLAVAGE
CONVENTION. — Séancô du & février 1794.
Représentants du peuple français, jusqu'ici nous n'avions décrété la liberté qu'en égoïstes et pour nous seuls. Mais aujourd'hui nous proclamons à la face de l'univers, et les générations futures trouveront leur gloire dans ce décret, nous proclamons la liberté universelle. Hier, lorsque le président donna le baiser fraternel aux députés de couleur, je vis le moment où la Convention devait décréter la liberté de nos frères. La séance était trop nombreuse. La Convention vient de faire son devoir. Mais après avoir accordé le bienfait de la liberté, il faut que nous en soyons pour ainsi dire les modérateurs. Renvoyons au comité de salut public et des colonies, pour combiner les moyens de rendre ce décret utile à l'humanité, sans aucun danger pour elle.
Noue avions déshonoré notre gloire en tronquant nos travaux. Les grands principes développés par le vertueux Las Casas avaient été méconnus. Nous travaillons pour les générations futures, lançons la liberté dans les colonies, c'est aujourd'hui que l'Anglais est mort. [On applaudit.) En jetant la liberté dans le Nouveau Monde, elle y portera des fruits abondants, elle y poussera des racines profondes. En vain Pitt et ses complices voudront par des considérations politiques écarter la jouissance de ce bienfait, ils vont ôtre entraînés dans le néant, la France va reprendre
le rang et Tinfluence que lui assurent sou énergie, son sol et sa population. Nous jouirons nous-mêmes de notre générosité, mais nous ne retendrons point au delà des bornes de la sagesse. Nous abattrons les tyrans comme nous ayons écrasé les hommes perfides qui voulaient faire rétrograder la révolution. Ne perdons point notre énergie, lançons nos frégates, soyons sûrs des bénédictions de l'univers et de la postérité, et décrétons le renvoi des mesures à Texamen du comité.
SUl L'EXAMEN DE LA CONDUITE DE TOUS LES FONCTION- NAIRES PUBLICS.
CONVENTION. — Séance du 19 mars 1794.
La représentation nationale, appuyée de la force da peuple, déjouera tous les complots. Celui qui devait ces jours derniers perdre la liberté, est déjà presque en totalité anéanti. Le peuple et la Convention veulent que tous les coupables soient punis de mort. Mais la Convention doit prendre une marche digne d'elle. Prenez garde qu'en marchant par saccade on ne confonde le vrai patriote avec ceux qui s'étaient couverts du masque du patriotisme pour assassiner le peuple. Le décret dont on vient de lire la rédaction n'est rien ; il s'agit de dire au comité de salut public : examinez le complot dans toutes ëes ramifications; scrutez la conduite de tous les fonctionnaires publics; voyez si leur mollesse ou leur négligence a concouru, même malgré eux, à favoriser les conspirateurs. Un homme qui affectait l'empire de la guerre se trouve au nombre des coupables. Eh bien, le ministre est, à mon opinion, dans le cas d'être accusé de s'être au moins /'aissé paralyser. Le comité de salut public veille jour et nuit; que les membres de la Convention s'unissent tous; que le révolutionnaires qui ont les premiers parlé de République, face à face avec Lafayette, apportent ici leur tête et leurs bras pour servir la patrie. Nous sommes tous responsables
au peuple de sa liberté. Français, ne vous effrayez pas, la liberté doit'bouiilonner jusqu'à ce que Técume soit sortie. {On applaudit).
Nos comités sont Tayant-garde politique; les armées doivent vaincre quand Tavant-garde est en surveillance. Jamais la République ae fut à mon sei», plus graade. Voici le nouveau temps marqué pour cette sublime révolution. Il fallait vaincre ceux qui singeaient le patriotisme pour tuer la liberté ; nous les avons vaincus.
Je demande que le comité de salut public se concerte avec celui de sûreté générale pour examiaeria' conduite de tous les fonctionnaires. Il faut que chacun de nous se prononce. J'ai demandé le premier le gouvernement révo- i lutionnaire. On rejeta d'abord mon idée, on lia ndoplée ! ensuite; ce gouvernement révolutiotoiaire a «âravé ^République; ce gouvernement c'est vcnis. Union, "vigilanee, méditation parmi les membres de la Gonfentjkm.
t DfflWBK MSCCyflRS DE DANTON A LA CONVENTION.
3é0ncerdu t9 mars 1794.
F&<Ato Tiest aa nom de la Gommane protester de son dévonement à l3 Go»f«iHion. Le préaident de rÂssemblée^Rhnll, lui reproche d'être venu im peor tard faire cette protestation que néanmoins il se plaît à refBidw commft sincère. Quelques membres demandent que la réponse da président soit impriiBée< dans l&Hoilali&'v — Danfon inter-
Je demande la parole sur cette propositioa. La repxtésentation nationale doit toujeurs avoir une marche digne d'«lle« Elle ne doit pas avilir un corps entier, et frapper d'uiie prévention collective, une- administration collective, parce que quelques individus de ce coi^pa peuvent ôtrecoupables» Si nx)us ne réglons pas. nos mouvementsv nous pouvons confondre des patriotes éner^quea avec des seélérats qui u'javaient que le masque da patriotisme. Je suis convaincu qiie la grande majgrité du conseil général da la Commune de Paris est di^ne de toute la confiance dapaaple et de.ses représentants; qu'ellâ est composée. d^e]u:eUoat8 patriotes, d'ardents révolutionnaires.
J'aime à saisir cette occasion pouf lui faira individuellement homma^ de mûn estime.. Ld^conseil générales! venu déclarer qu'il fait cause conuouna avec ^ous. Le. président de la Conventioa a senti vivemyent sa. dignités la réponse qu'il a faite est, par le sens qu'elle renlermetet par Tinteotion dans laquelle elle est rédigée^ digne de la majesté du peuple que nous représentons, h^accentpattriarchalet le tan solemofil doat il Ta prononcée, donnaieat à^ ces. paroles un
caractère plus auguste encore. Cependant ne devons-nous pas craindre, dauB ce moment, que les malveillants n^abusent des expressions de Rhull, dont Tintention ne nous est point suspecte, et qui ne veut sûrement pas que des citoyens qui viennent se mettre dans les rangs, sous les drapeaux du peuple et de la liberté, remportent de notre sein la moindre armertume? Au nom de la patrie, ne laissons pas 'aucune prise à la dissension. Si jamais, quand nous serons vainqueurs, et déjà la victoire nous est assurée, si jamais des passions particulières pouvaient prévaloir sur l'amour de la patrie, si elles tentaient de creuser un nouvel abîme pour la liberté, je voudrais m*y précipiter tout le premier.
Mais loin de nous tout ressentiment
Le temps est venu oti Tonne jugera plus que les actions. Les masques tombent, les masques ne séduiront plus. On ne confondra plus ceux qui veulent égorger les patriotes avec les véritables magistrats du peuple, qui sont peuple euxmêmes. N'y eût-il parmi tous les magistrats qu'un seul homme qui eût fait son devoir, il faudrait tout souffrir plutôt que de lui faire boire le calice d'armertume; mais ici on ne doute pas du patriotisme de la plus grande majorité de la commune. Le président lui a fait une réponse où règne une sévère justice ; mais elle peut être mai interprétée. Épargnons à la commune la douleur de croire qu'elle a été censurée avec aigreur.
LE PRÉSIDENT.— Je vais répondre à la tribune ; viens, mon cher collègue, occupe toi-même le fauteuil.
DANTON. — Président, ne demande pas que je mi;nte au fauteuil, tu l'occupes dignement. (On applaudit.) Ma pensée est pure, si mes expressions l'ont mal rendue, pardonne-moi une inconséquence involontaire ; je te pardonnerais moi-même une pareille erreur. Vois en moi un frère qui a exprimé librement son opinion. [Rhull descena de la tribime, et se jette dans Us bras de Danton. Cette scène excite le plus vif enthousiasma dans V Assemblée,)