PAR SAINT-JUST
Danton Técnt avec Lafayette et ayec les Lameth ; il eat à Mirabeau une obligation bien remarquable : celui-ci lui fit rembourser sa charge d^avocat au conseil; on assure même que le prix lui en a été payé deux fois. Le fait du remboursement est facile à prouver. (C'est par la protection de Mirabeau que Danton fut nommé administrateur du département de Paris, en 1790, dans le temps où l'Assemblée électorale était décidément royaliste.)
Les amis de Mirabeau se vantaient hautement d'avoir fermé la bouche à Danton; et, tant qu'a vécu ce personnage, Danton resta muet.
Je me rappelle une anecdote à laquelle j'attachais dans le temps trop peu d'importance: dans les premiers mois de la révolution^ me trouvant à dîner avec Danton, Danton me reprocha de gâter la bonne cause, en m'écartant de la ligne où marchaient Bamave et Lameth, qui alors commençaieDt à dévier des principes populaires.
Danton tâchait d'imiter le talent de Fabre ! mais sans suc: ces, comme le prouvent les efforts impuissants et ridiculeg qu'il fit pour pleurer, d'abord à la tribune des Jacobins^ ensuite chez moi.
Il y a un trait qui prouve une âme ingrate et noire : il avait hautement préconisé les dernières productions de Desmoulins : il avait osé aux Jacobins, réclamer en leur faveur la liberté de la presse, lorsque je proposais pour elles les honneurs de la brûliire. Dans la dernière visite dont je parle, il me parla de Desmoulins avec mépris : il attribua ses écarts à un vice pmë «l hontewx, maife absolument étranger à la révolution. Laignelot était témoin. La contenance de laignelot m'a paru équivoque : il a gardé obstinément le silence. Cet homme a pour principe de briser luimême les instruments dont il s'est servi, quand ils sont décrédités; il n'a jamais défendu un seul patriote, jamais attaqué un seul conspirateur; mais il a fait le panégyrique de Fabré à l'assemblée électorale dernière; il a prétendu qtie >les ;Ii&idon8 de fstte avec lesao^tdcfraite^et ^&elg 4<»ijgiies éclipses sur rhodtion rêvohitHmnai^e étaient un e^pîdttti^ge coa^rtéeoAi^ ed&tpocrr Odiûatl^e lespl«ojefs âer^KrifeKK>cratîe.
PenAooM; ^o^ 06«rt M^^ièt&, $1 n Mt pt«édëlA « ¥mpt, qu'il avait choisi pc^rdonsecrélaîre ân'scéftu et ^^(citil* sim secrêtaspe sstime^ 'des^Hâfles con^dérables pvisééd dans le trésor public. 11 a lui-même avancé 1î6,0©6 #fiH5Cs. Je4'aâ ent6tiâu«vcsi^ les ^esopoquét^ ^ ieâ v«ols cLe 4Pal»rè, 4els que des «ouMers ^apçartendfit à Fermée, dotft il ^^^^liez lui magasin.
Il ne "dovsa ^nt vsilè à •Mrteft Oupoit le^Mie il «est dit «dans le rs^ort; mâs Adrien D«piat^ qui, le iO ftobtj'COBcertait avec 4a cour ie massacre <d«i peuple, «^^al^éCé asrrélé 'et détenu asseK ioàglefi^gtlfo&s te jprisoAS ^ Melon, fat mis en libené pvt ^Mte âù âiiMë^e de la ^stt^, t)(fttiiem... Danton rejeta hautement l;efutes to pr^posUlens^êie. j«lm ^ fis d'éci»as6r4a conspiiration et d^tfttrpédhdr Bnssot <de renouer 868 traiâes, «otft le ittëteictè <pill ne f aUaK ^^occjip&t que de la guerre.
Au mois de septembre, il envoya Fabre efi waàsMgBM
auprôs de Dumoliriez. H prétendit que Tobjet de sa mission' était de réconcilier Dumonriez et Kellermann qu'il snppo- ■ sait brouillés. Or,^Dumourie2 et Kellermann n'écrivaient jamais à la Convention nationale sans parler de leur intime amitié. Dumouriez, lorsqu*il parut à la barre, appela KeTlermann son intime ami ; et le résultat de cette union fut le salut du roi de Prusse et de son armée. Or, quel conciliateup que Fabre pour deux généraux orgueilleux qui prétendaient faire les destinées de la France.
^ C'est en vain que dès lors on se plaignait à Danton 'et à Fabre de la faction girondine; ils soutenaient qu'il n'y avait point là de faction, et que tout était le résultat 'de la vanité et des animosités persoutienes. Dans le même t^mps, (^tes Pétion, où j'eus une explication sur les projets ^ B!*is!tot, Fabre et Danton se réunirent à Pétion pour attester i'inho* cence de leurs vues.
Quand je montrais à Danton le système de cAlonmie de Roland et des Brissotins, développé dans tau* les "papiers publics, Danton me répondait :'(Jue m'importe'! lk)pinioa publique est une putain, la postérité tme sottise. Leteet de vertu faisait rire Danton : il n'y avait pas de vertu phisso*lide, disait-il plaisatomeffft, que celle qu'il déployait ttfntes les -nuits airec sa femme. Comment ira bomme à qui toute Idée morale était étrangère, potfvaft-il être le défeiaseur de la liberté? Une autre maxime de Danton était qu'il fallait •se servir des fripons: awssi était-Il eirtôuré des intrigants les plus impurs. Il professait pour le vice uneldléfande qui devait lui donner autant de partisantt qu'il y 'a dlK>mme& corrompus dans le monde. C'était sans dotite le Secret de sa t)oH trique qu'il révéla lui-même par un mot *femarqflable : ce qui rend notre canse faible, ^sait-il à un vrai pêttdote, •<fn teignant de partager mes principes, c'eët que la ^ëfvérité de nos principes effarouche beaucoup de monde.
Il ne faut pas oublier les thés de Robert, où •Û'Orléams disait i«i-môme le punch, où Fabre, Danton et Wimpfen assis-
taient. C'était là qu'on cherchait à attirer le plus grand nombre des députés delà Montagne qu'il était possible, pour les séduire ou pour les compromettre.
Dans le temps de l'assemblée électorale, je m'opposai de toutes mes forces à la nomination de d'Orléans; je voulus en vain persuader mon opinion à Danton : il me répondit que la nomination d'un prince du sang rendrait la Convention nationale plus imposante aux yeux des rois de l'Europe, surtout s'il était nommé le dernier de la députation. Je répliquai qu'elle serait donc bien plus imposante encore s'il n'était nommé que le dernier suppléant; je ne persuadai point : la doctrine de Fabre d'Églantine était la même que celle du maître ou du disciciple, je ne sais trop lequel...
Analysez maintenant toute la conduite politique de Danton : vous verrez que la réputation de civisme qu'on lui a faite était l'ouvrage de Tintrigue et qu'il n'y a pas une me; sure liberticide qu'il n'ait adoptée.
On le voit dans les premiers jours de la révolution montrer à la cour un front menaçant et parler avec véhémence dans le club des Cordeliers; mais bientôt il se lie avec les Lameth et transige avec eux; il se laisse séduire par Mirabeau et se montre aux yeux observateurs l'ennemi des principes sévères. On n'entend plus parler de Danton jusqu'à l'époque des massacres du Champ-de-Mars ; il avait beaucoup appuyé aux Jacobins la motion de La Clos qui fut le prétexte de ce désastre et à laquelle je m'opposai. Il fut ?iommé le rédacteur de la pétition avec Brissot. Deux mille patriotes sans armes furent assassinés par les satellites de Lafayette. D'autres furent jetés dans les fers. Danton se retira à Arcis-sur-Aube, son pays, où il resta plusieurs mois, et il y vécut tranquille. On a remarqué, comme un indice de la complicité de Brissot, que, depuis la journée du Ghamp-de- Mars, il avait continué de se promener paisiblement danr Paris ; mais la tranquillité dont Danton jouissait à Arcis sur Aube était-elle moins étonnante? Si l'on ne suppose pas un
concordat tacite entre lui etLafayette, était-il plus difficile de ratteindre là qu'à Paris, s'il eut été alors pour les tyrans un objet de haine ou de terreur?
Les patriotes se souvinrent longtemps de ce lâche abandon de la cause publique; on remarqua ensuite que» dans toutes les crises^ il prenait le parti de la retraite.
. Tant que dura l'Assemblée législative il se tut. Il demeure neutre dans la lutte pénible des Jacobins contre Brissot et contre la faction girondine. 11 appuya d'abord leur opinion sur la déclaration de guerre. Ensuite, pressé par le reproche des patriotes dont il ne voulait pas perdre la confiance usurpée, il eut Tair de dire un mot pour ma défense, et annonça qu'il observait attentivement les deux partis et se renferma dans le silence. C'est dans ce temps-là que, me voyant seul, en butte aux calomnies et aux persécutions de cette faction toute- puissante, il dit à ses amis : « Puisqu'il veut se perdre, qu'il se perde I nous ne devons point partager son sort. y> Legendre lui-même me rapporta ce propos qu'il avait entendu. Tandis que la cour conspirait contre le peuple, et les patriotes contre la cour, dans les longues agitations qui pi^éparèrent la journée du 10 août, Danton était à Arcis-sur-Aube : les patriotes désespéraient de le revoir. Cependant, pressé par leurs reproches, il fut contraint de se montrer et arriva la veille du 10 août; mais, dans cette nuit fatale, il voulait se coucher, si ceux qui l'entouraient ne l'avaient forcé de se rendre à sa section où une portion dubataiilon de Marseille était rassemblée. 11 y parla avec énergie ; l'insurrection était déjà décidée et inévitable. Pendant ce temps-là Fabre parlementait avec la cour. Danton et lui ont prétendu qu'il n'était là que pour tromper la cour. J'ai tracé quelques faits de «on court ministère.
Quelle a été sa conduite durant la Convention? Marat fut accusé par les chefs de la faction du côté droit. Il commença par déclarer qu'il n'aimait point Marat, et par protester cu'il était isolé et qu'il se séparait de ceux de ses collègues
qii« la. c&iomiii€p(Mirsaimt; et il fît soq {mpiie^oge on «i propre apologie.
Robespierre fut accusé: ii lie dit f^aswidi^l mot, si ce n'est pour s'isoler de fai.
La Ikm-tagne fét aocitsée cMqim |our; il gi^da le sileDce. 11 fut atta<pé lui-môme, il papâdumai'; il se ^moctra sans cesse auK conspwaAeiiTs comaie un o(»oiIi»teur tolérant^ il se fît un mérite publicfnieitieiLt de n'avoir jttims déotsioé ni firissot, m t&aadet, m (^ensoimé, maBoim eanetoi ée la liberté ! Ihkâ «eiKtait ^ns (sesse la ^nhm >de llelïvier et Je gage d'Que iiâlftiiN^ oosrtre te^pub^MoiiiB sévènes. Ia ^aile fois qu*il perla air«c «éœrgie, oe fat la ^OîitagQe *^i Ty forjca ; et il iffie f st4a 4pie «de i^oi^vieiiie. Lorsque Dooos )m reprooliaéeii^^oirpas reirdti ses^ comptes, il menaça 4e côté •dr<»t de 4a ^tmàre populaire isimane d*an instraoïenc dont il ;)dava1t lâispose}*., «et terim^ta son dtaccnirs ^r 4^ propositioas de çmx . Pendant le «oo^rs ^tes crrageaix débris de la liberté et die la t^i>anïtie, les patrro^ de k Montagoe s'indignaient de son ^sesce ; ses amis et Im «^ :chei«cbaient l'excnsedafns sa paresse, dansi9on<einbm]pmt, dan^ son tempérament. Il savait bien sortir de son engonré^ssement lorscfu^l s'agissait de défendre (teBaOB«»îet-et les généraux, ses complices, de Mre l'éloge de BeumiGniviiie «ipie !tes intrigues de Faln« avaient porté an ministère.
Lorsque quelque traMspn^euvelte da&s l^srffléëdoBiiait aux patrâoftes le prétexte <te pro^qner quekpies mesores rigonreuses contre iefe ^nspiT»iBtears du dedans -et o«itre les traîtres de la ^Convention, il araitmin de tes ifaire oublier tMi de les altéra, en touriKffît'eMolusiveiBent TaO^stion de l'Assemblée vers des noavélles levées d^taemmes.
Il ne voulait pas la mort du t^an:; ii vot^ùt qtiV)n se Contentât de le bannir, comme DÔ^oiiTiez cpaA éâdlt vaiu à Paris avec Westexmana, le messager de Dnmonriez auparès de ^easonné, et tons les généranix ses complices, poor égorger iesçatriiotes ut sauver Louis XVl. La force de Topi-
nîon pui>liqtte déteiorâa Vk mim^^ et il taI» cwtre son premier avis, ainsi que Lacroix, conspirateur décrié, avec tecpj^l U ne e«t s'iuiir tem I9 fielgiqu» cpo^ par te crème. Q^ q3û le pïoum le plua, c'esl \» bisarre Bi0liii{|u'il donse h.cem jmm : ce motif étaâila. eonYasiâs de Lacroix qtir'H prétendait avoir déterminé à voter la. mort iu tjran. CorniBii^. aiirailrii Uii W fcmctiscffl^ i» wimoJ}Tmt& auprès d'un péchenér aussi eudiirci,. pmn l'attirer k «fta docksiiie q^'il réi^ouvait lui-oa^tad t
IL a vu avec doultHir 1» cé^idlitei to 31 mal; il a chor» ché «Lia. faire avoFtoff ou I ^ toursiar eoutre laltiDetté ei dez&godaiDit k tâte du gteér^l Htmnot,. aoie ^irétnte qu'il avait g^é la liberté dee m^mbte&ddlaGcm^euâoB par une eoBsigne, nécessaire pour part esûr au h^ de Vinsiinrection, qui était l'arre^ti^u deaeofispkaittiis;
JSnsuite,, peodaai Tindigue iffoeesisioQ qnk eut Heu dans 1q9 Tuileries, Hérault, Lacroii et lui: voulureul faire arrêter Beuriot, et lui lireut eui^uite ua crime du mouvem^t qu'il fit pour se soustraire à ua acte d'oppcession qui devait as* surei: le triomphe de k tyramiie. d!est ainsi que Oantou déploya toute sa pej^ieu N'ayant pu consommer son crime, il regarda Hc^axiot en riant et lui dit : « N'aie pas. peur; va loiôours ton train! » Voulant lui f^re entendre qu'il avait eu Tsâr de le blâmer par bienséance et par politique, mais qu'au fond il était de son avis. Un momeut après, il aborda le général à la buvette, et lui présenta un verre d'un air eai^essaitt, m lui disant. « Trinquons, ek point de rancune! » Cependant le lendemain, irrité sane dout» du dénoûment b^reux de l'insurrection^ il osa le calomnier de la manière la plud atnoce à la tribune^ et dit entre autres choses qn'oir avait voulu l'assassiner, lui et quelque&*uns de ses ci^ lègues. Hérault et Lacroix ne cessèrent de propager la même calomnie contre le général que l'on voulait immoler.
J'ai entendu Lacroix et Danton dire : « Il faut que Brlssot
passe tine heure sur les planches à cause de son faux passeport... »
Danton fit tous ses efforts pour sauver Brissot et ses complices. Il s'opposa à leur punition ; il voulait qu'on envoyât des otages à Bordeaux. Il envoya un ambassadeur à Wimpfen dans le Calvados.
Danton et LacroÛL voulaient dissoudre la Convention nationale et établir la Constitution du 24 juin 1793.
Danton m'a dit un jour : « Il est fâcheux qu'on ne puisse pas proposer de céder nos colonies aux Américains : ce serait un moyen de faire alliance avec eux. » Danton et Lacroix ont depuis fait passer un décret dont le résultat vraisemblable était la perte de nos colonies.
Leurs vues furent de tout temps semblables à celles des Brissotins. Le 8 mars, on voulait exciter une fausse insurrection, pour donner à Dumouriez le prétexte qu'il cherchait de marcher sur Paris, non avec le rôle défavorable de rebelle et de royaliste, mais avec Talr d'un vengeur de la Convention. Desfieux en donna le signal aux Jacobins : un attroupement se porta au club des Cordeliers, de là à la Commune. Fâbre s'agitait beaucoup dans le môme temps, pour exciter ce mouvement, dont les Brissotins tirèrent un si grand avantage. On m'a assuré que Danton avait été chez Pache, qu'il avait proposé d'insurger, en disant que, s'il fallait de l'argent» il mettrait la main dans la caisse de la Belgique.
Danton voulait une amnistie pour tous les coupables; il s'en est expliqué ouvertement, il voulait donc la contrerévolution. Il voulait la dissolution de la Convention, ensuite la destruction du gouvernement : il voulait donc la contre-révolution.