KAPPORT SUR LE MANIFESTE DES ROIS LIGUÉS CONTRE U RÉPUBLIQUE
CONVENTION. — Séance du 5 décembre 1793.
( 15 frimaire an ii de la Répnbliqde française. ) «
Les rois coalisés contre la république nous font la guerre avec des armées, avec des intrigues et avec des libelles. Nous opposerons à leurs armées des armées plus braves; à leurs intrigues, la vigilance et la terreur de la justice nationale; à leurs libelles la vérité.
Toujours attentifs à renouer les fils de leurs trames secrètes, à mesure qu'ils sont rompus par la main du patriotisme; toujours habiles à tourner les armes de la liberté contre la liberté même, les émissaires des ennemis de la France travaillent aujourd'hui à renverser la République par le républicanisme, ^t à rallumer la guerre civile par le pbilosophisme. Avec le grand système de subversion et d'hypocrisie coïncide merveilleusement un plan perfide de diffamation contre la Convention nationale, et contre la nation elle-même.
Tandis que la perfidie ou Timprudence, tantôt énervait l'énergie des mesures révolutionnaires commandées parle salut de la patrie, tantôt les laissait sans exécution, tantôt les exagérait avec malice, ou les expliquait à contre sens; tandis qu'au milieu de ces embarras, elles excitaient les agents des puissances étrangères, mettaient en œuvre tous les mobiles, détournaient notre attention des véritables dangers et des besoins pressants de la République, pour la tourner tout entière vers les idées religieuses; tandis qu'à une révolution politique, ils cherchaient à substituer une révo-
'lution nouvelle, pour donner le change àlaraison publique et à Fénergie du patriotisme ; tandis que les mômes hommes attaquaient ouvertement tous les cultes et encourageaient secrètement le fanatisme, tandis que sans aucun intérêts ils faisaient retentir la France entière de leurs déclamations insensées, et osaient abuser du nom de la GonventioiL nationale pour justifier les extravagances réfléchies de l'aristocratie déguisée sous le manteau de la folie, les ennemis de la France marchaodaient de nouveaux, ports;. vos généraux rassuraient le fédéralisme épouvante'; vos agents intriguaient chez. tous lespeupks étrangers, pour. multiplier Yos ennemis, armaient contre vous les.préjugés de toutes les nations; ils opposaient Pcmpire des opinions religieuses à Tascendant naturel de vos principes moraux et politiques, et les manifestes de tous les gouvernements vous dénonçaient à l'univers comme, un peuple de fous et d'athées.
C'est à la Convention nationale d'intervenir entre le fanatisme qu'on. réveille et. le patriotisme qu'on veut égarer, et dérailler tous les citoyens. xmx, principes de la liberté, de la raiâontet<de.i£i;juâtice; car. les législateurs qui aiment la patrie, et qui ont le courage de la sauver,, ne doivent plus ressembler à des roseaux sans, cesse agités parle souffle des factioosétraipgères. Il est du devoir du comité de salut public de Youfi les dôvoileir, et de vouSiproposer les. mesures nécessaires pour les étouffer : il le remplira sans doute. En attendant, .il m'a chargé devons présenter .un objet d'adresse dont le but est de confondre. les lâches impostures des tyrans ligués .contre Ja.R^publiquQ, .et de dévoiler aux yeuxdôl'universileur hideuse hypocrisie.
Dans ce^combaide :1a .tiyIannie^ contre ;la liberté, nous avons tant d'avantsigç, qu'il y. aurait .de .b.folie de notre part à l'éviter^ et: puisque les. oppresseurs du.genre. humain ont la témérité de vouloir plaider leur cause devant lui, bâtons-nous de les suivre à ce tribunal redoutable, pour buter l'inévitable arrêt qui les attend.
Ecpome de la Convention nationale aux manifestes des rois ligués contre la République.
La Convention nationale répondra-t^lte aux nmnifestes des tyrans ligués contre la République française^ Il est naturel de les mépriser, mais il est utile de les eonfondre, il est juste de les punir.
On manifeste du despotisme contre la liberté! Quel bizarre phénomène! Gomment ont-ils osé prendre des hommes pour arbitres entre eux et nous ? Gomment n'ont-ils pas craint que le sujet de la querelle ne réveillât le souvenir de leurs crimes, et ne bâtât leur ruine?
De quoi nous accusent-ils? De leurs propres forfaits.
Us nous accusent de rébellion. Esclaves révoltés contre la souveraineté des peuplesjgnorez- vous que ce blasphème ne peut-être justifié que parla victoire. Mais voyez donc Téchafaud du dernier de nos tyrans, voyez le peuple français armé pour punir ses pareils; voilà notre réponse.
Les rois accusent le peuple français d'immoralité ! Peuples, prêtez une oreile attentive aux leçons de ces respectables précepteurs du genre' humain. La morale d6S rois, juste ciel! et la vertu des courtisans! Peuples, célébrez la bonne foi de Tibère et la candeur de Louis XVI; admirez le bon sens ' de Glande et la sagesse de George ; vantez ■■ la tempérance et la justice de Guillaume et de Léopold; exaltez la chaàteté de Messaline, la fidélité conjugale de Catherine et la modestie d*Antoinette ; louez Tinvincible horreur de tonales despotes passés, présents et futurs, pour les usurpations et pour la tyrannie, leurs tendres égards pour TinnoceiTce opprimée, leur respect religieux pour les droits de rhumanilé.
Us nous accusent d'irréligion, ils publient que nous avons
déclaré la guerre à la divinité même. Qu'elle est édi&ante la piété des tyrans! et combien doivent être agréables au Ciel t les vertus qui brillent dans les cours, et les bienfaits qu'its répandent sur la terre! De quel Dieu nous parlent-ils ? En connaissent-ils d'autres que Torgûeil, que la débauche et tous les vices? Ils se disent les images de la Divinité! est-ce pour forcer l'univers à déserter ses autels I ils prétendent que leur autorité est son ouvrage. Non, Dieu créa les tigres, mais les rois sont les chef-d'œuvre de la corruption humaine. S'ils invoquent le ciel, c'est pour usurper la terre ; s'ils nous parlent de la Divinité, c'est pour se mettre à sa place. Ils lui renvoient les prières du pauvre et les gémissements du malheureux: ils sont eux-mêmes les dieux des riches, des oppresseurs et des assassins du peuple. Honorer la Divinité et punir les rois, c'est la môme chose. Et quel peuple rendit jamais un culte plus pur que le nôtre à ce grand être, que celui sous les auspices duquel nous avons proclamé les principes immuables de toute société humaine? Les lois de la justice éternelle étaient appelées dédaigneusement les rêves des gens de biens ; nous en avons fait d'importantes réalités. La morale était dans les livres des philosophes : nous l'avons mise dans le gouvernement des nations. L'arrêt de mort des tyrans dormait oublié dans les cœurs abattus des timides mortels: nous Pavons mis à exécution. Le monde appartenait à deux ou trois races de tyrans, comme les déserts de l'Afrique aux tigres et aux serpents; nous l'avons restitué au genre bumain.
Peuples, si vous n'avez pas la force de reprendre votre part de ce commun héritage, s'il ne vous est pas donné de faire valoir les titres que nous vous avons rendus, gardez-vous du moins de violer nos droits, ou de calomnier notre courage. Les Français ne sont point atteints de la manie de rendre aucune nation heureuse et libre malgré elle. Tous les roi's auraient pu végéter ou mourir sur leurs trônes euiianglantés
s'Ds avaient su respecter l'indépendance du peuple français. Nous ne voulons que vous éclaireir sur leurs impudentes calomnies.
Vos maîtres vous disent que la nation française a proscrit toutes les religions; qu'elle a substitué le culte de quelques hommes à celui de la Divinité ; ils nous peignent à vos yeux comme un peuple idolâtre ou insensé. Ils mentent. Le peuple français et ses représentants respectent la liberté de tous les cultes, et n'en proscrivent aucun. Ils honorent la vertu des martyrs de Thumanité sans engouement et sans idolâtrie; ils abhorrent Tlntolérance et la persécution, de quelques prétextes qu'elles se couvrent; ils condamnent les extravagances de philosophisme, [comme les crimes du fanatisme. Vos tyrans nous imputent quelques irrégularités, inséparables des mouvements orageux d'une grande révolution ; ils nous imputent les effets de leur propres intrigues et les attentats de leurs émissaires. Tout ce que la Révolution française a produit de sage et de sublime est l'ouvrage du peuple français. Tout ce qui porte un caractère différent appartient à nos ennemis. Tous les hommes raisonnables et magnanimes sont du parti de la République. Tous les êtres perfides et corrompus sont de la faction de vos tyrans. Galomnie-t-on Tastre qui anime la nature pour des nuages légers qui glissent sur son disque éclatant? L'auguste liberté perd-elle ses charmes divins, par ce que les vils émissaires de la tyrannie cherchent à la profaner? Nos malheurs et les vôtres sont les crimes d s ennemis communs de l'humanité. Est-ce pour vous une raison de nous haïr? Non ; c'est une raison de les punir!
Les lâches osent vous dénoncer les fondateurs de la république française. Les Tarquins modernes ont osé dire que le sénat de Rome était une assemblée de brigands. Les valets mômes de Porsenna traitèrent Scévola d'insensé. Suivant les manifestes de Xerxès, Aristide a pillé le trésor de la
Grèce. Les maios pleines de rapines et teintes du. sang des Romains, Octave, Antoine et Lépide ordonnent à tous les Romains de les croire seuls Justes et seuls vertueux. Tibère et Séjan ne voient dans- Brutus et^Gassios. que des hommes de sang et même des fripons^
Français, hommes de tous les pays, c'est vous qu'on- outrage) ^insultant à la liberté dans la personne de vos représentants ou de vos défenseurs; onA-reproché à plusieurs membres delà Gouvention des fadblesses;. à d'autres des crimes. Eh I qu'a de commun avec tout cela.le peuple français ! Qu'a de commun avec ces faits particuliers laTeprésentation. nationale, si ce n'est la force qu'elle imprime aux faibles^ et la peine qu'elle inflige aux coupables? Toutes les armées des tyrans de l'Europe, repoussées» malgré cinq années de trahisons^ de conspirations et de discordes intestines ; Téchafaud/ des représentants^ infidèles élevé à côté de celui: dii dernier tyran des> Français; Les tables immortelles où la main» des- représentants^ du. peulde a gravé au milieu des orages le pacte aaoial. des Français; tous les hommes égaux devant la. loi ; tons les grands coupables tremblant devant la justice: l'innocence, sans appui, charmée de trouver enfin uu asile dans les triba.^ naux; l'amour de la patrie triomphant» malgré tous les vices des esclaves, malgré toute la perildie de nos eomemis; le peuple, énergique et saga, redoutable et juste, seralhuit à la voix de la sagesse, et apprenant à distinguer) ses ennemis sous le masque, mémedu patriotisme; le peuple* français oourant aux: araieaipauri défeildre le magnifique ouvrage de son' courage et de sa raison : voilà Texpliation que nous présentons au monde,. et pour nos propres erreunS) etpour les. crimes de nos. en-* nemisi
S'il le faut, nous pouvons enoore lui pri^êsiterdlaulras titres. Notre sang a aussi coulé pour la^ patricL LaiGou*vention nationale peut montrer aux ami&et auK ameaiis
de la France d^tioDûitânles cicatrices et de glonenses mutîlatioDs.
Ici, deux illustres adt/^rsaîTBs de la tyrannie sont tombés à ses yeux sans les oonpspariiddesd^uDe faction crimi^ nellè *; là un digne émule de leur/vortu républicaine, renfermé dans une ville assiégée, a osé former la résolution généteuse de se faire, arec quelque» compagnons, un passage an travers dès pbalanges ennemies; noble victime d'une odieuse trahison, il tombe entre les mains des satellites de rAntriche, et il expie, dans de longs tourmentai son dévonement sublime à la cause de la liberté ^! D'autres représentants pénètrent au travers dea^ contrées reb^le» du Midi, échappent avec peine à la fureur des traîtres; sauvent Tannée française livrée par de» chrfs perfides, et' reportent la terreur et la fuite aux satellites des tyrans de TÀtitriche, de l'Espagne et du Piémont.
Dans cette ville exécrable, Topprobe dû nom français, Baylè et> Beauvais,, rasseâés des outrages de la tyrannie, sont morts pour la patrie et pour ses : saintes lois. Devant les murs de cette cité sacrilège, Gîaf^aria, dirigeant la foudre qui devait la. punir. Gasparin emflàmsnant la valeur lépublic&ine de nos guerriers, a péri victime de son courage et de la scélératesse du) plus i&che de tous ses ennunis K
Le Nord' et le Midi^ les» Alpes etJes Pyrénées, le Rhône et l'Eseaut; le Rhin et; la Loire, la. Moselle et la Sambre, ont VU' nos bataillons réfiublicains se rallies à la voix des représentants du)peEaple,.aQUS les drapeaux de la liberté et dd là victoire: le&uns^ontpéri^ les autres ont.triomphé.
I'. LepeUetier et llarat.
SL Dfoaet, f it piisonmer par les AttUidttensyerslafin d'octobre.
3jGaipsan moarat à Orange le^ 11 noyeoibre (21. brumaire 1793). — Los vm& diient qpe.sa- hiUe sanlé n'ayaii pu suffire au rudemë^ tier.d6repré6dolaikt4a poap^e, d'autres qpi'il mourut empoisonSé.
La Gonvention tout entière a affronté la mort et biavê la lareur de tous les tyrans.
Illustres défenseurs de la cause des rois, princes, ministres, généraux, courtisans, citez-nous vos lertus civiques; racontez-nous les importants services que vous avez rendus à rhumanité : parlez-nous des forteresses conquises par la force de vos guinées ; vantez-nous le talent de vos émissaires, et la promptitude de vos soldats à fuir devant les défenseurs de la République; vantez-nous votre noble mépris pour le droit des gens et pour l'humanité ; nos prisonniers égorgés de saug-froid» nos femmes mutilées par vos janissaires, les enfants massacrés sur le sein de leurs mères, et la dent meurtrière des tigres autrichiens déchirant leurs membres sanglants ; vantez-nous vos exploits d'Amérique, de Gènes et de Toulon ; vantez-nous surtout votre suprême habileté dans Part des empoisonnements et des assassinats: iyrans, voilà vos vertus !...
Illustre parlement de la Grande-Bretagne, citez-nous vos héros. Vous avez un parti de l'opposition.
Chez vous, le despotisme triomphe; la majorité est donc corrompue. Peuple insolent et vil, ta prétendue représentalion est vénale, sous tes yeux et de ton aveu ; tu adoptes toi-même leurs maximes favorites : Que le talent dq tes députés mêmes est un objet d'industrie comme la laine de tes moutons, et Pacier de tes fabriques; et tu oserais parler de morale et de liberté ! Quel est donc cet étrange privilège de déraisonner sans mesure et sans pudeur, que la patience ctupide des peuples semble accorder aux tyrans ! Quoi ! ces petits hommes dont tout le principal mérite consiste à connaître le tarif des consciences britaniques ; qui s'efforcent de transplanter en France les vices et la corruption de leur pays ; qui font la guerre, non avec des armes, mais avec des crimes, osent accuser la Gonvention nationale de corruption, et insulter dux vertus du peuple français ! Peuple généreux, nous jurons, par toi-même, que tu seras vengé : avant
de Dous faire la guerre, nous exterminerons tous nos ennemis/ la maison d'Autriche périra plutôt que la France ; Londres sera libre avant que Paris redeyienne esclave ; les destinées de la République et celles de la terre ont été pesées dans les balances éternelles : les tyrans ont été trouvés plus légers.
Français, oub1ion»nos querelles et marchons aux tyrans ; domptez-les, vous, par vos armes, et nous par nos lois. Que les traîtres tremblent, que le dernier des lâches émissaires de nos ennemis disparaisse, que le patriotisme triomphe, et que l'innocent se rassure. Français, combattez ; votre cause est sainte, vos courages sont invincibles; vo? représentants savent mourir» ils peuvent faire plus : ils savent vaincre!
Table
iNTtODUGTION HISTORIQUE 1
Disooars d'installation comme sabstitat du procHienr de la
cmmone 109
DisoourS'de Danton, ministre de la justice, sur les mesures ré-
'ipolutionnaires 115
Second discours sur le même snjet 117
Sur les principes révolutionnaires et le maintien des propriétés. 119
Sur le droit des juges parmi tous les citoyens 121
Sur les accusations de dictature • 125
Sur le rapport de Roland 127
Sur le salaire des prêtres.- 131
Sur l'assassinat de Lepelletier 133
Sur la réunion de la Belgicpie à la France 137
Str la défense de la Belgicpie 130
Sur l'abolition de la contrainte par corps 143
Sur l'unité du pouvoir 145
Sur les désastres de nos troupes 149
Sur l'organisation du tribunal révolutionnaire. . .'- 153
Sur l'activité révolutionnaire 157
Sur sa conduite en Belgique 161
Sur ses rapports avec Dumouricz 167
Sur la peine de mort contre ceux qui proposent de transiger
avec les ennemis de la république 191
Sur la liberté des cultes 493
Sur l'impôt sur les riches , 195
Sur les nouyelles levées de volontaires* i99
Sur rinsnrrection da 31 mai ' 203
Sur la guerre 907
Sur la démonétisation des assignats 909
Sur l'érection du comité de salut public en gouvernement pro-
yisoire 21i
Sur Tarrestation des suspects 2i7
Sur rinstruction gratuite et obligatoire 219
Sur les réquisitions 223
Sur la formation d'une armée sectionnaire 215
Sur l'abdication des prêtres et le régime de la terreur. . • . 229
Sur l'organisation de l'instruction publique • 233
Contre les arrêtés des représentants 235
Sur les moyens de rendre justice aux victimes des mesures et
arrestations arbitraires 239
Sur la misa en liberté de Vincent et de Ronsin 213
Sur l'abolition de l'esclavage 247
Sur l'examen de la conduite de tous les fonctionnaires publics. 249 .
Derniers discours de Danton à la Convention. .•'...•• 251