‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 10 sur 21 · Je n'ai rien avancé que je sache qui ait pu · texte numérisé non relu

Je n'ai rien avancé que je sache qui ait pu

sefvir de fondement^ cette quatrième objection qui est, que le plus haut point de ma certitude est lorsque nous pensons voir une chose si clairement^ que nous l'estimons d'autant plus vraie que rious y pensons datantage ; et par conséquent je ne suis point obligé de répondre à ce que vous ajoutez ensuite, quoiqu'il ne seroit pas fort difficile à une personne qui sait distinguer la lumik*e de la foi de la lumière ha* turelle, et qui préfère l'autre à celle-ci.

5. Je n'ai aussi rien avancé qui ait pu serviir dfe fondement à cette cinquième objection; et je nie tout net que nous ignorionis ce que c'est qu'une chose, ce que c'est que la pensée , ou qu'il soit besoin que je l'enseigne aux autres , pourcéque tout cela est de soi si manifeste, qu'il n'y a rien par quoi on lé puisse expliquer plus clairement ; et enfin je nie que nous ne pensions à rieii qu'à dés choses corporelles.

6. Il est très vrai de dire que noua ne Concevons pas l'infini par la négation du fini ; et de ce que la limitation contient en sùi la négation de l'infini ^ c'est en vain qu'on inféré que la négation de la limita'tion ou du fini contient la connoissance de l'infini; pourcéque ce par quoi l'infini dl£Gère du fini est réel et positif, et qu'au contraire la limitation par laquelle le fini diffère de l'infini est un non-étre ou une négation d'être : or ce qui n'est point ne nous peut conduire à la connoissance de ce qui est; mais

374 i:.BXT*ES.

^u cpatraice 9 par l^ cppnoissaucetd'upe çhos^ il ç$t ^é de concevoir sa négatio». Et lorsque j'ai dît, m la pfige 564» q^^'î^ suffit que dqu3 copceyipas une chose qui u'^ point de Uuaites pour concevoir Tinfinit j'^i ^pivi en cela la façon de parler la plu3 usitée; comme aussi lorsque j'ai retenu Jiç nopa d'être infini j, qui plus proprement auroit pu être appelé Vêfre très ample ^ si nous voulions que chaque noip fût conforme à la nature de chaque chose ; mais l'usage a voulu qu'on l'exprimât par la négation de la négation : de mémie que si , pour désigner une chose très grande , je diaois qu'elle n'est pas petite, ou qu'elle n'a point du tout de petitesse ; mais par là je n'ai pas prétendu montrer que la nature positive de l'infini se connoissoit par une négation , et partant je ne me suis en aucune façon contredit.

Je demeure bien d'accord que notre esprit a la faculté d'agrandir et d apiplifier les idées des choses ; mais je nie que ces idées ainsi agrandies , et même la faculté de les agrandir de 1^ sorte, pupsent' être en lui , si Fesprit même ne tir.oit $on origine de Dieu 9 dans lequel toute§ les perfections où cette ^mpliation pei^t atteindre existent véritablement. Ce que j'ai souvent inculqué et prouvé par cette raison très claire et accordée de tout le p^onde, à savoir qu'un effet ne peut avoir aucune perfi^ction qui n'ait été auparavant dans sa cause. Et il n'y a

LBTTRK^ 373

personne qui croie qiie les atomes saieat d euxmêmes , qui puisse passer en cela pour très subtil philosophe, pourcequ'il est manifesta par la lu*> mière naturelle qu'il ne sauroit y avoir qu^m seul être souverain indépendant de tout autre. Et quand on dit qu'un sabot n'agii pas sur soi-même lors^^ qu'il se tourne en rond, mais seulement qu'il souffre par le fouet, encore qu'il soit absent ^ je voudrois bien savoir de quelle manière un corps peut souffrir d'un autrf qui est absent, et comment Tactipn et la passion sont distinguées l'une de l'autre; car j'avoue que je ne suis pas a,sse;& subtil pour pouvoir comprendre comment une chose peut souffrir d'une autre qui n'est point présente ^ et même qu'on peut supposer n'être plus, si, par eis^emple^ aussitôt que le sabot a reçu le coup de fouet , le fouet cessoit d'être. Et je ne vois pas c^ qui pourroit empêcher qu'on ne pût aussi pareillement dire qu'il n'y a plus ipaintenant 4'dGtionii dans le monde, mais que tout ce qui se fait sont des passions des premières actions qui ont ^té dès la création de l'upivers. Pour moi j'ai toujours^ cru que l'action et la passion ne sont qu'une senlç et même chose à qui on a donné deux noms dif*férent3,. selon qu'elle peut être rapportée, tantôt au terme d'où part l'action , et tantôt à celui où ell^ se termipe, ou en qui elle est reçue; en sorte qu'il

répugne qu'il y ait durant le moindre moment

2n6 LETTRES.

titie passion sans action. Enfin, bien que je demeure d'accord que les idées des choses corporelles peuvent dépendre de l'esprit, et même que j'accorde, non pas à la vérité que tout ce monde visible, ainsi qu'on m'objecte, mais bien que l'idée d'autant de choses qu'il y en a dans ce monde visible peut être produite par l'esprit humain ; c'est toutefois mal raisonner que d'inférer de là que nous ne pouvons savoir s'il y a quelque chose de corporel dans la nature. Et mes opinions ne nous jettent dans aucunes difficultés, mais Seulement les conséquences qui en sont mal déduites : car je n'ai pas prouvé l'existence des choses matérielles de ce que leurs idées sont en nous, mais de ce qu'elles se présentent à nous de telle sorte, que nous connoissons clairement qu'elles ne sont pas faites par nous , mais qu'elles nous viennent d'ailleurs.

7. Je dis ici , premièrement, que la lumière du soleil ne se conserve pas dans cette pierre de Boulogne , mais qu'une nouvelle lumière s'allume en elle parles rayons du soleil, laquelle est vue par après dans l'ombre. Et secondement , que c'est mal conclure , de vouloir inférer de là que chaque chose peut être conservée sans le concours de Dieu , parceque souvent il est permis d'éclaircir des choses vraies par des exemples faux ; et il est beaucoup plus certain qu'aucune chose ne peut exister sans le concours de Dieu , qu'il n'est certain qu'aucune

lumière du soleil ne peut exister sans le soleil. Et il ne faut point douter que si Dieu retiroit une fois son concours, toutes les choses qu'il a créées retourneroient aussitôt dans le néant, pourceque avant qu'elles fussent créées, et qu'il leur prêtât son concours , elles n'étoient qu'un néant : mais cela n'empêche pas qu'elles ne doivent être appelées des substances, parceque quand on dit de la substance créée qu'elle subsiste par elle-même, on n'entend pas pour cela exclure le concours de Dieu, duquel elle a besoin pour subsister, mais seulement on veut dire qu'elle est telle qu'elle peut exister sans le secours d'aucune autre chose créée : ce qui ne se peut dire de même des modes qui accompagnent les choses , comme sont la figiu-e, ou le nombre, etc. Et Dieu ne feroit pas paroître que Sja puissance est immense, s'il créoit des choses telles, que par après elles pussent exister sans lui; mais, au contraire, il montreroit par là qu'elle seroit finie, en ce que les choses qu'il auroit une fois créées ne dépendroient plus de lui pour être. Et je ne retombe point dans la fosse que j'avois préparée, lorsque je dis qu'il est impossible que Dieu détruise quoi que ce soit d'une autre façon que par la cessation de son concours, pourceque autrement il s'ensuivroit que, par une action positive, il tendroit au non-être. Car il y a une très grande différence entre les choses qui se font par

Fâctioii positive de Dieu^ lesquelles ne saut*oicnt être que très bonnes , et celles qui arrivent à cËttise de la cessation de cette action positive, coname tous les maux et les pécbés, et la destruction d'uû être, si jamais aucun être existant étoit détruit. Et ce que votis ajoutez dé la nature du triaiigle n'a point de force : car, comme j'ai dit souvent, quand il est question- des choses qui regardent Dieu, ou l'inâni, il né faut pa^ considérer ce que nous en pouvons comprendre (puisque nous savons qu elles ne doivent pas être comprises par irtous), mais seulement ce que nous en pouvons concevoir, ou- atteindre par quelque raison cer^ taîne. Maintenant, pour savoir en quel genre de Cause ces vérités dépendent de Dieu, voyez ma réponse a«x dixièmes objections^ article 8.

8. Je ne me souviens point d'avoir jamais écrit , ni même pensé ce que l'on m'attribue ici.

g. Je ne me ressouviens point aussi que je me sois jamais étonné de ee que tout le monde n* aperçoit pas en soi l*idée de Dieu ; car j'ai si souvent reoosiBU que tes choses que les hoipmes jugent sont diffé» rentes de celles quils conçoivent, qu'encore que je ne doute point qu'un cliacun n'ait en sor l'idée de Dieu, du moins implicite, c'est->-à-dire qu'il n'ait en soi la disposition pour la concevoir explicite^ ment et distinctement , je ne m'étonne pas pourtant de voir des hommes qui ne sentent point avoir en

eux oett€l idée , on plutôt qui tîe s'efi srper^ôivent point, et ijui peut-rétre ne s'en apercevront pas encore, après avoir Itt â)ille fois, si vous voulez, mes Méditations. Ainsi lorsqu'ils jogeiit que l'espace, qu'ils appellent tidô^ n*est rien, ils le conçoivent néanmoins Gomtne tine cbose positive; et lorsqu'ils pensent que les 2t€k:ideilts sont réels, ils se les représentent comùie des substances, encore qu'ils ne jugent pas que ce soient des substances. Ainsi , quoique dans là notion qu'ils Ont de Vkrùe ils^ne remarquent rien qui ait du rapport avec le corps, ouTétefidue, ils ne laissent pas de se la te* présenter comme corporelle, et de se servir de leur imagination pour la concevoir, et ensuite d'en juger, et d'en parler comme d'an corps ; et ainsi souvent en beaucoup d'autres choses les jugements des hamméft diifèrent de leurs perceptions. Mais ceux qui ne jugent jamais que des cboseê qu^lls conçoi-^ ▼eot clairement et distinctement , ce que je tâch^ toujours de faire autant que je puis , ne peuvent pas juger d'une même chose autrement en un temps qu'en un autre. £t encore gué les choses qui sont clui-^ rês et indubitables nous^ paroissent d'hantant plus cettaines que nous les considérons plus Souvent et Mec plus d' attsntioû^f je ne me souviens pas néanmoins d'avoir jari^ais donné cela pour la marque d'une certitude claire. et indubitable : et je ne sais pas aussi en quel endroit est ce mot de toujours ^ duquel

â80 LETTRES.

il est ici fait mentioi]; msiis jfs s£(îs très bien que lorsque nous disons qu'une certaine cbo9e se fait toujours par nous, on n^a pas coutume par ce mot de toujours de dénoter 1 éternité, mais seulement que nous la faisons toutes les fois que Toccasion se présente de faire la même chose.

i o. d'est une chose qui de soi est manifeste , que nous ne pouvons connoître les fins de Dieu, si luimême ne nous les révèle : et encore qu'il soit vrai, en morale, eu égard à nous autres hommes, que toutes choses ont été faites pour la gloire de Dieu , à cause que les hommes sont obligés de louer Dieu pour tous ses ouvrages; et qu'on puisse aussi dire que le soleil a été fait pour nous éclairer, pourceque nous expérimentons que le soleil en effet nous éclaire : ce seroit toutefois une chose puérile et absurde d'assurer en métaphysique que Dieu, à la façon d'un homme superbe , n'auroit ppim eu d'autre fin en bâtissant le monde que celle d'être loué par les hommes , et qu'il n'auroit créé le soleil , qui est plusieurs fois plus grand que la terre , à autre dessein que d'éclairer l'homme, qui n'en occupe qu'une très petite partie.

1 1 . L'on confond ici les fonctions de la volonté avec celles de l'entendement : car ce n'est pas le propre de la volonté d'entendre , mais seulement de vouloir; et encore qu'il soit vrai que nous ne voulons jamais rien dont nous ne concevions en

LETTRES. ^8l

quelque façon quelque chose, comme j'ai déjà cidevant accordé, toutefois Texpérience nous montre assez que nous pouvons vouloir d'une même chose beaucoup plus que nous n'en pouvons connoître. Et le faux n'est point aussi appréhendé sous l'apparence du vrai ; et ceux qui nient en nous l'idée de Dieu n'appréhendent ou n'aperçoivent point cela, quoique peut-être ils l'assurent, qu'ils le croient, et qu'ils le soutiennent; car, comme j'ai remarqué sur l'article 9 , il arrive souvent que les jugements des hommes sont fort différents de leur perception ou appréhension.

12. Puisqu'on ne m'oppose ici que l'autorité d'Aristote et de ses sectateurs , et que je ne dissimule point que je crois moins à cet auteur qu'à ma raison , je ne vois pas que je doive me mettre beaucoup en peine de répondre.

Or il importe fort peu si celui qui est venu aveugle au monde a en soi les idées des couleurs , ou non. Et c'est en vain que l'on apporte ici le témoignage d'un philosophe aveugle : car, encore que nous supposions qu'il a des idées tout-à-fait semblables à celles que nous avons des couleurs , il ne peut pas toutefois savoir qu'elles sont semblables aux ^nôtres, et partant elles ne doivent point être appelées les idées des couleurs , pourcequ'il ignore quelles sont les nôtres. Et je ne vois pas en quoi je suis ici inférieur aux autres , pourceque , encore

que l'esprit soit indivisible , il n'est pas pour cela lïioins capable d'acquérir diverses propriétés. Et il ne faut pas trouver étrange si durant le sommeil il n'invente aucunes démonstrations serïiblables à celles d'Archiraède; car il demeure uni au corps 5 même pendant le sommeil , et il n'est alors en aucune façon plus libre que durant la veille. Et le cerveau par une longue veille n'est pas mieux disposé à retenir les vestiges qui sont imprimés en lui ; mais , soit durant le sommeil , Soit pendant la veille, ces vestiges se retiennent d'autatit mieux qu'ils ont été plus fortement imprimés : et c'est pour cela que nous nous ressouvenons quelquefois de nos songes; mais nous nous ressouvenons beau* Coup mieux des pensées que nous avons eues étant éveillés, de quoi je rendrai clairement laraison en physique.

l3. Lorsque j'ai dit que Dieu étoit son être, je me suis servi d'une façon de parler fort usitée par les théologiens , par laquelle on entend qu'il est de l'essence de Dieu qu'il existe; ce qu'on ne peut pas dine de même du triangle , pourceque toute son essence se conçoit fort bien ^ encore qu'on supposât qu'il n'y en eut aucun dans la nature. Or j'ai dit que les sceptiques n'auroient jamais douté des vérités géométriques s'ils eussent connu Dieu comme il faut, pourceque ces vérités géométriques étant fort claires, ils n'auroient eu auc^me occasion d'en

douter, s'ils eussent su que toutes les choses que Ton conçQÎt clairement sont vraies ; et c'est ce que nous apprend la connoissance que nous avons de Dieu quand elle est entière et suffisante 9 et cela même est le moyen qu'ils n'avoient pas eâ main.

Enfin cette question , savoir si la ligne est composée de points ou de parties, ne sert ici de rien au sujet , et ce n'est pa« le lieu d'y répondre ; mais je vous avertis setilement que, dans le lieu cité en la page 5849 je n'ai pas entendu parler de tout ce qui regarde la géométrie , mais scmlement de celles de ses démonstrations dont les sceptique» dou^ toient , -quoiqu'ils les eussent clairement conçues. Et c'est mal à propos que l'on produit ici un sceptique, disant, ^ue ce mauvais génie me trompe autant qail fourra, etc. ; car quiconque parlera de la sorte, dès là il ne sera plus sceptique, pourcequ'il ne dou* tera pas de toutes choses. Et certes je n'ai jamais nié que les sceptiques mêmes , pendant qu'ils con* cevoient clairement une vérité, ne se laissassent aller à la croire , en sorte qu'ils n'étoient sceptiques que de nom , et peut-être même ne persis* toient * ils dans l'hérésie où ils étoient de douter de toutes choses, que pour ne pas démordre de leur résolution, et ne paroître pas inconstants et de lé* gère créance. Mais j ai seulement parlé des choses que nous nous ressouvenons avoir autrefois claire^^

fî84 LETTREji.

ment conçues, et non pas de cejles que présente-^ ment nous concevons clairement , ainsi qu'on peut voir en la page 84 7 3^5 et 26,

i4- J'ai déjà expliqué sur la fin de mes réponses aux sixièmes objections , par l'exemple de la pesan* teur, en tant que prise pour une qualité réelle, comment l'esprit est co^tendu à un corps étendu , encore qu'il n'ait aucune vraie extension , c'est-à-dire aucune par laquelle, il occupe un lieu et qui fait qu'il en chasse tout autre corps. Et j'ai aussi montré dans ces mêmes réponses, article 5, que lorsque l'Ecclésiaste dit que l'homme n'a rien de plus que la jument^ il parle seulement du corps, pourceque aussitôt après il parle séparément de l'âme en ces termes, qui sait si l'esprit des enfants d'Adam^ etc.

Enfin, pour reconnoître laquelle de ces deux manières de concevoir est la plus imparfaite , et marque plutôt la foiblesse de notre esprit, ou bien celle par laquelle nous ne pouvons concevoir une chose sans l'autre , comme l'esprit sans le corps , ou bien celle par laquelle nous les concevons distinctement l'une sans l'autre, comme des choses complètes , il faut prendre garde laquelle de ces deux manières de penser procède d'une faculté positive, dont la privation soit la cause de l'autre; car on concevra facilement que cette faculté-là de l'esprit est réelle, par laquelle il conçoit distinctement deux choses l'une sans l'autre , comme des

choses complètes , et que c'est la privation dé cette même faculté qui fait qu'il appréhende ces deux choses confusément, comme si ce n'en étoit qu'une, ainsi que dans la vue il y a une plus grande perfection lorsqu'elle distingue exactement chaque particule d'un objet que lorsqu'elle les aperçoit toutes ensemble comme une seule. Que si quelqu'un ayant les yeux chancelants et non arrêtés prend une chose pour deux , comme il arrive souvent aux ivrognes ; et si quelquefois les philosophes distinguent, je ne dis pas Tessence de l'existence, pourcequ'ils n'ont pas de coutume de mettre une autre distinction entre ces deux choses que celle qui y est en effet, mais bien^conçoiverit dans un même corps la matière , la forme et plusieurs divers accideiitis, comme autant de choses différentes l'une de l'autre, pour lors ils t^econnoîtront facilement , par l'obsCurité et là confusion de leur perception, que cela vient non seulement d'une faculté positive, mais aussi du défaut de quelque faculté, si j considérant dé plus près les choses , ils prennent garde qu'ils n'ont pas des idées tout-àfait différentes de ces choses qu'ils supposent ainsi être diverses.

Au reste, s'il est vrai que tous les lieux que je n'avois pas suffisamment expliqués dans mes précédentes réponses aient été marqués dans ces objections, je suis bien obligé à leur auteur de ce

286 LFTTBES.

que par son moyen j'ai un juste sujat d^ n'en plus attendre d'autres.

AU R. P. MERSENNE

(Lettre 2 du tome III.)

Dtt sa juillet 1640.

Mon REVEREND PifiE ^

Ce mot n'est que pour vous remercier de l'affection que vous m'avez témoignée en la dispute contre les thèses des jésuites. J'écris à leur recteur poiir les prier tous en général de s adresser à moi s'ils ont des objections à proposer contrç ce que j'ai écrit : car je ne veux point avoir affaire à aucun d'eux en particulier , sinon en tant qu'il sera avoué de tout Tordre, supposant que ceux qui n'en pourront être avoués n'auront pas une bonne intention: comme en effet il paroît, ce semble , par la vélitation que vous m'avez envoyée , que celui qui l'a faite a plutôt dessein d'obscurcir que d'éclaircir la vérité. J'y répondrai dans huit jours comme il mérite, et à toutes vos antres lettres, ce qui m'est impossible pour ce voyage. Au reste , je feins d'ignorer l'auteur de ces thèses d^ns la lettre que

j'écris à leur recteur, pour avoir plus d'occaBÎon 4^ m'adresser à tout le corps ; et en effet vous ne m'aviez point faiit savoir- son nom dans vos premières lettres. Mais il me semble que vous m'avez autrefois mandé que ce père est parent de M. P. *.• Si cela est, je ne m'étonne pas qu'il ait voulu engager sa réputation pour l'amour de son parent ; mais je m'étonne de ce qu'il a osé m'envoyer sa belle vélitation, vu qu'elle ne sert qu'à me montrer son impuissance , pourcequ'il ne dit pas un seul mot contre moi, mais seulement contre des chimères qu'il a feintes pour les réfuter , et me Içs attribuer à faux : comme ce qu'il me fait dire, que cessai determinaiio deorsum , tanquam si annihilaretUTy nec alla succederei sursum; et que, manet sola et eadem determinaiio dtxtrorsum ^ faisant force sur le mot de sola , auquel je n'ai jamais pensé* ' Je ne sais si j'ai bien deviné, mais je conjecture que cette vélitation a été la préface que le répondant a récitée avant que de commencer la dispute. Vous m'apprendrez, s'il vous plaît , ce qui en est. Je vous envoie ici d'autres thèses , dans lesquelles on n'a rien du tout suivi que mes opinions, afin que vous sachiez que s'il y en a qui les rejettent, il y en a aussi d'autres qui les embrassent. Peut-être que quelques uns de vos médecins ne seront pas marris de voir ces thèses , et celui qui les a faites ■ en pré-

« « Petit. » — «ce M. Leroi. »

pare encore de semblables sur toute la physiologie de la médecine, et même, si je lui voulois promettre assistance, sur tout le reste; mais je ne la lui ose promettre^ à cause qu'il y a mille choses que •j'ignore j et ceux qui enseignent sont comme obligés de dire leur jugement de toutes choses* Je suis, etc.

Page 1