I.ETTRCS
toutefois la même déterminaticm peut être jointe à une plus grande ou moindre force ^ et la méoste force peut rester , quelque changement qui arrive en la détermination : de même que^ bien que la sa* perficie n'existe point sans le corps , elle peut oéan* ipoins être changée, c'est-à-dire être augmentée ou diminuée, quoique le corps ne change point; et bien que, par exemple, la superficie d un cube soit divisée en six faces carrées, toutefois ce même cube n'est pas pour cela divisé en six parties , mais tout son corps repose sur chacune de ces six faces.
Il argumente ici aussi justement en forme que s'il disoit, pour écrire il faut nécessairement de l'encre et du papier : or est-il que ie papier est blanc, donc il faut aussi que l'encre soit blanche. A votre avis n'est-ce pas bien raisonner , et n'est-ce pas bien ajuster ses raisons au niveau ou aux règles d'une exacte analyse ? Et de vrai, encore qu'ici , où il s'agit seulement de la réflexion , on ne laissât pas de pouvoir tirer une conséquence véritable , en feignant que la force et la détermination sont conjointement divisées , néanmoins il ne le faudroit pas feindre, parceque la conclusion ne procèderoit pas de la force de cette division imaginaire et supposée, et cela ne serviroit qu'à faire naître de nou** velles et inutiles difficultés, quand on viendroit à
expliquer commentées diVersesforces,rune de trois pieds et Tnutre de quatre ( ainsi qu'il parle ), pour-
roient, étant jointes ensemble, composer la force de cinq pieds , etc. ; et de plus, lorsqu'il s'agiroit des réfractions , on ne pourroit plus de semblables fictions tirer aucunes conclusions véritables, mais seulement d'absurdes et entièrement fausses.
Il demeure ici d'accord de la vérité d'une chose qui seule suffit et est requise pour la force de ma conclusion.
Jl fautTemarquer que tout ce qu'il ne veut pas ici admettre dépend du mot de seule ^qu*i\ m'attribue à tort, et dont il s'est fait une chimère qu'il a entrepris de combattre , ce qui est ici très évident , en ce qu'il ne prouve rien autre chose , sinon que la détermination vers la droite ne reste pas seule , parcequ'il y en a encore line autre qui tend vers le haut.
Il ne prouve encore rien ici ; mais , comme s'il étoit- lassé du combat, il semble vouloir capituler et traiter des conditions de paix; et premièrement il demande que je prouve pourquoi la détermina* tion vers la droite demeure toujours la même sans être augmentée ni diminuée, et secondement pourquoi la déteripination de haut en bas se change en celle de bas enliaut, sans devenir plus grande ni moindre.
Or il est aisé de satisfaire à ces deux demandes, tant par ce qu'il accorde ici, que par ce qu'il a admis un peu auparavant : car cei^tainement puis-
que la même force qui étoit auparavant demeure , et que la superficie CBE n'est point opposée à la détermination vers la droite , on ne sauroit rien imaginer par quoi cette détermination puisse être changée, et par conséquent elle doit persévérer sans être augmentée ni diminuée : et d'autant qu'il est possible que le mobile dans la seconde minute parcoure une ligne de cinq pieds , et qu'en même temps la même force demeure déterminée vers la droite comme auparavant (c'est-àdire en telle sorte que lé mobile avance de quatre pieds vers la droite pendant cette seconde minute), à moins que la détermination de haut en bas ne soit changée en une de bas en haut qui ne soit ni plus grande ni moindre , il s'ensuit de là qu'elle doit être ainsi changée.
Mais néanmoins il se tourne ici derechef vers sa chimère , et se mettant en posture pour la com-^ battre , il y a , dit-il , ici beaucoup de choses emr brouillées , il est vrai; mais c'est lui-même qui les a ainsi brouillées et confondues : il y en a d'autres, ajoute-t'il, qui ne sont pas bien liées; j'en demeure d'accord : mais ce sont celles qu'il a lui-même désunies et détachées* Il ne trouve rien qui soit bien déduit des antécédents; mais il ne s'en faut pas étonner, puisqu'il les a tournés à contre-sens par ce misérable mot de seule^ qu'il a lui-même intror duit sur la scène , comme je le ferai voir tout main-
tenant; et tout de même que les gentils et idolâtres adûroient des cëeux cju'ils avoient crux-ihémes fabriqués de leurs propres mains , ainsi cet homme redoute un monstre qu'il sW forgé Ini-ménié en sa fantaisie , et qui n'^t autre que cette façon de parlai impropre que j'ai marquée plus himt. Cependant, pour faire voir combien exacte est l'a** nalyse dont il se sert, et combien fortes ont été les raisons qu'il a eues de se figurer un tel monstre , incontinent après il me met en jeu , et me fait dire, la même force demeure; et un peu après, ta dét&nninaiian vers la droite demeure (car ici le mot de seule ne fait rien au sujet), donc le inobile se ttiouvera vers ïa droite , et avaiseera autant vers ce côté-là en la seconde minute qu'en la première , c'est-à-dire qu'il avancera de ce eôté*là de quatre pied^i, ou qu'il sera autant mû vers la droite qu'auparavant ; mais en tout cela il n'y a rien d'embrouillé , rien qui ne s'entretienne ou qui SQÎt mal déduit des antécédents : mais, afin qu^il puisse avoir ici un fantôme à combattre , il feint que }'aî clit que la déterminatioD vers la droite a fait quatre pieds, ne se ressouvenant pas que cela vient d'être dit tout à l'heure du mobile , et non pas de la détermination.
Il continue jusqu'à la fin de se tourmenter beau« coup et de ne rien faire. Il interrc^ , il presse , il répond, et écrit de telle sorte , qu'il semble se tré^
mousser f et être tout ep sueur; car or retrouverai piàs dans toute cettev .e^eUç^nt^ pièce la moindre chose que j'aie ou écrite o|i pensé^ ^i|i soit ttet 9oit peu combattue y et tout son feu o'est eipplpjré qu'à insulter contre ces deux vaines fictions qufe j'ai ci^devant remsirquées.
Toutefois ii veut pâroître ici avoir vainqu ; car il m'a, dit-il , contraint d'avouer que la force d§ cinq pieds et la déterminatipi^ vers la droite demeure , non plus Mule (comme il prétend que j'ai« dit ) , parcequ'à la détermination de haut en bas il en succède une autre toute semblable de bas en haut, ce qui devoit, dit^il, avoir été dit dès le commencement, oui bien "par lui, s'il eut voulu agir de bonne foi. .
Mais je m'aperçois ici qu'il se dispose à une nour velle expédition ; car je vois qu'il prépare de nouvelles chimères qu'il doit peut-être combattre une autre fois : car il répète ici qu'une force ou une vertu de cinq pieds est la même chose qu'une force de trois pieds et une autre de quatre, et qu'à la détermination de haut en bas il en succède une autre toute semblable de bas en haut , ou dans le mot de semblable il y a de la captation.
Mais certes, qu'il combatte en l'air tant qu'il lui plaira , s'il ne dit rien meilleur , je ne crois pas que cela vaille la peine que je lui réponde davantage : car ceux qui liront ceci connoîtront assez quel il
e«t ; et encore que je pusse écrire beaucoup de choses, je ne pourrois pas néanmoins faire en sorte qu'elles fiissent' lues de plusieurs , et de plus j'attends des objections sur ce même sujet de la part des révérends pères jésuites; car j'apprepds quedepuis peu ils ont impugné dans leurs thèses publiques ce que j'ai écrit de la réflexion et de la réfraction, c'est pourquoi je les ai priés, il y a huit jour^, par mes lettres, de me vouloir apprendre les raisons qu'ils allèguent contre mes opinions ; et je m'assure qu'ils ne refuseront pas de me les apprendre : et même je vous dirai que j'ajmerois mieux être vaincu par ces vieux guerriers armés de toutes pièces, que de triompher de ce carabin armé à la légère. Je s^s , etc. '
tETTRES. 377
,^/%^»^/».%/%/^%/*o.%<'»<^^<»«^v%'^<.^^ivW^«/»/*'*^'<fc%/*'*'*/*<%'V^^^»^>^ %,^-».^fc'»/^%**^»/v»
AU R. P. MERSENNE "
(Lettre 4 4. du tome IL)
Mon révérend pare,
Je ne saurois assez vous exprimer combien vous m'avez obligé lorsque vous dîtes publiquement au père B. dans sa classe , que s'il avoit quelque chose de bon à m'objecter il me le devoit envoyer : c'a été le plus insigne trait d'ami que vous pouviez jamais faire. ^Je m'assure qu'il se fût bien gardé de m'envoyer sa vélitation sans cela ; mais c'est une pièce que je garderai pour m'en servir à bonne bouche: car enfin s'ils s'abstiennent dorénavant lui et les siens de parler de moi , je serai bien aise d'oublier le passé, et de ne point publier les fautes qu'il a faites en me reprenant ; mais si j'apprends qu'il y en ait aucun qui blâme mes opinion^ sans m'envoyer les raisons pour lesquelles il les blâme, je croirai avoir droit de publier ce ^qui s'est passé entre eux et moi ; et afin d'avoir toutes les pièces en bonne forme, je vous écris encore ici une lettre
* « Cette lettre est la 37" des manascrits de Labire, datée de Leyde, da a8 octobre 1640. Elle est assez conforme à Toriginal. »
latine pour servir de réponse à celles que vous m'avez envoyées de leur part. Vous leur ferez voir, s'il vous plaît, et même, s'ils en désirent copie, je serai bien aise qu'ils l'aient, aussi bien que les précédentes, afin qu'ils aient plus de temps à les voir, et qu'ils prennent mieux tnon intention , car je n'ai point envie de les surprendre , et s'ils n'y font réponse que de bouche, je serois bien aise, si cela ne vous importune , que vous voulussiez prendre la peine de mettre en latin en cinq ou six lignes ce que vous aurez à m'écrire sur cq sujet , et même vous leur pourriez faire voir avant que dé me l'envoyer , et y faire mention en passant que vous leur avez fait voir ou donné copie de ce que je vous ai envoyé pour eux. Je vous prie aussi , en cas que le père B. voulût en son particulier vous donner quelques objections pour m'envoyer, de ne me les envoyer qu'après en avoir averti ses supérieurs , ce que vous avez raison de faire pour l'amour d'euxmêmes , à cause que je vous ai ci-devant mandé que je prendrai dorénavant tout ce qui viendra de quelques uns des leurs comme s'il venoit de tout leur corps. Ce qui me fait prévoir ' à ceci , est qu'il pourroit arriver que le père B. , pour n'avoir pas la honte de se dédire et de souffrir que le démenti lui demeure, seroît bien aise de m'envoyer quelques objections tant mauvaises qu'elles
» •• Pourvoir. *
LETTaSS. 379
puissent être, pour gagna: cependant du temps et m'en faire perdre ; mais quand ils verront qu'il y ya de Thonneur de toute la société , je crois qu'ils aimeront mieux le faire taire, car je sais bien qu'il n'a rien de bon à dire.
M. de Ztiytlichem m'a envoyé quatre traités que vous lui avez fait copier , l'un des cercles qui se font dans l'eau, où je vois que l'auteur a fort bon style, et qu'il tache de philosopher à la bonne mode; mais les fondements lui manquent , et il emploie beaucoup de paroles pour une éhose dont la vé* rîté se pourroit expliquer en peu de mots. Le second est la lettre du géostaticien contre M. des Argues , auquel je ne vois pas qu'il fasse grand mal. Le troisième est de'M . F. ' , pour les tangentes, où le premier point n'est rien de nouveau , et pour le second qu'il dit que j'ai jugé difficile , il n'est aucunement résolu ; et bien qu'en l'exemple qu'il donne delà roulette le fait ' viennebten, ce n'est pas toutefois par la force' de sa règle , mais plutôt il pa* roit qu'il a accommodé sa règle à cet exemple. Le quatrième est pour le mouvement journalier de la terre, où je ne vois guère rien qui ne soit ailleurs. Pour les Caractères des passions, il ne me les a point envoyés, non plus que Tlnslitutiôn du dauphin.
■ Fermât.
• «< Facit, » Ce mot est souligné dans Texemplaire de la bibliothèque de rinstitnt.
Vous <leinandez d'où je sais que la balle venant de D ' vers B retourne vers E plutôt que de s'opiniâtrer à demeurer vers B; ce que j'apprends par la connoîssance des lois de la nature, dont l'une est que , quidquid est, manei in eodem statu in quo est ^ nisi a causa externa mutetur^ ainsi, quoi est quadratum manet quadratum^ etc, , ei^quod est semet in motUy semper movetur y donec aliquid impediat; et la seconde est que, unum corpus non potest aller iusmotum tollerey nisi illum in se sumat. D'où vient que si la superficie ABG est fort dure et immobile , elle ne peut empêcher que la balle qui va de D vers B ne continue vers £; mais si cette superficie est molle , elle ne peut l'arrêter, et c'est pour cela que j'ai supposé en ma Dioptrique qife la superficie et la balle sont parfaitement dures , et que la balle n'a ni pesanteur ni grosseur, etc., pour rendre ma démonstration mathématique. Car je sais bien que la réflexion d'une balle commune ne se fait jamais exactement à angles égaux, ni peut-être celle d'aucun rayon de lumière; mais toutefois pour les rayons , d'autant qu'ils peuvent venir du ciel jusqu'à nous sans perdre leur force, ce qu'ils en peuvent perdre en donnant contre un corps poli n'est aucunement considérable.
Les expériencel de frapper des boules également fort avec un grand et petit mail, ou tirer des,
' Figare 36.
LETTRES. 58i
flèches avec un grand ou petit arc , sont presque impossibles à faire , mais la raison est très évidente et très certaine. Car soit que l'arc ou le mail soient grands ou petits , s'ils touchent de même force et vitesse, ils auront le même effet; mais ce qui trompe est qu'il faut sans comparaison moins de force à la main pour frapper avec. un grand mail aussi fort qu'avec un petit,- ou pour bander un grand arc en sorte qu'il ait autant de forcé qu'un petit; et pour les longues arquebuses, ellçs ne portent plus loin que les courtes qu'en tant que la balle demeurant plus long-temps" dans le canon est plus long-temps poussée par la poudre, et par conséquent aussi plus vite. De dire qu'im boulet tiré d'un canon ait plus de force après ses derniers bonds , que s'il étoit poussé de la main , en sorte qu'il se mût de même vitesse , je crois que ce n'est qu'une imagination, et j'en .ai vu l'expérience en une cuirasse faussée par le bond d'un boulet ^ns que celui qui la portoit fût tué ; car sans doute que si le boulet eût été jeté par une moindre force, mais qui eût été capable de lui flaire faire un bond de quatre ou cinq pieds de haut comme il avoit fait en venant contre la cuirasse, il n'avoit pas moins fait que la fausser. Il est vrai que la blesr sure d'un boulet tiré d'un canon est plus dangereuse que s'il n'étoit que poussé de la main ; mais c'est pour ime autre raison , à savoir qu'il est plus
échauffé, et souvent tournoie autour de son centre, et qu^ïl retient encore autour de soi le vent de la poudre qui peut aisément causer une gangrène.
La difficulté des parties des métaux qui flottent dans Teau-forte se peut résoudre par ce que j'ai dît en mes Météores de celles du sel qui flottent dans l'eau , à savoir que leurs parties se m^ent et s'engagent en telle façon dans celles de Teau-forte que celles-d en sont aidées en leur mouvement et non empêchées : mais ce n'est pas le même de la poussière; et il n'y a point de doute que la ma^ tière subtile ne soit dans l'eau et dans tous les corps terrestres en grande abondance.
Quand j'ai dit qu'une boule qui en rencontre une autre qui lui est double en grosseur lui doit don^ ner les deux tiers de son mouvement, cela s'entend afin qu'elle se joigne à elle, et qu'elles se mieuvent cmscsmble après cela, et qu'elles soient parfaitemont dures et sur un plan parfaitement poli, etc.; d'où il est facile à calculer, suivant la loi de la nature que j'ai tantôt touchée, à savoir que si un corps en meut un autre , il doit perdre autant de son mouvement qu'il lui en donne : car si A et B se meuvent ensemble, diaque moitié de B a au^ tant de mouvement qu'A, et ainsi B a deux tiers et A un tiers de tout le mouvement qui étoit auparavant en A seul.
Pbur le flux et reflux, il n'y a aucune apparence
L£TTR£S. 385
que les étangs oo lacs en puissent avoir, par la raison que j'en donne, si ce n'est qu'ils communiquent avec rOcéan par plusieurs conduits souterrains , ainsi que font quelques uns , et même aussi quelques puits qui ont flux et reflux. Car il n'y a que cette grande masse d'eau qui environne la terre qui puisse sentir en même temps en toutes ses parties, de deux côtés, plus grande liberté que devant pour se hausser , et de deux autres un peu de contrainte pour se baisser.
Je passe à la lettre du médecin de Sens, où je trouve qu'en tout le raisonnement qu'il fait du sel , il prouve seulement que les corps terrestres se font les uns des autres , mais non point que l'air ou ]a terre se fassent du sel plutôt que le sel de l'air ou de la terre ; et ainsi il devoit seulement conclure que tant le sel que tous les autres corps ne sont faits que d'une même matière; ce qui est très vrai et s'accorde tant à la philosophie de l'école qu'avec la mienne, sinon qu'en l'école on n'explique pas bien cette matière , en ce qu'on la fait puram potenîiam, et qu'on lui ajoute des formes subslantielies et des qualités réelles qui ne sont que des chimères*
Pour la force de la percussion, il est certain qu'elle peut être égalée par la pesanteur; et ce qu'il dit que ie poids F dessus B est en son tepos, etc., n'est nutlemeat recevable; car il est certain qu'un corps ainsi appuyé sur un autre ne pèse pas moins
pour être appuyé sur lui ; et l'exemple que vous donnez de la pressé dont on marque les pistoles est fort à propos : car on peut aisément calculer par SjOn moyen.de combien de livres pesant devroit être le poids qui , étant appuyé sur une pistole sans percussion, seroit suffisant pour la marquer , et ainsi égaler la force du coup de marteau qui la peut aussi marquer. '^
Je viens à l'autre lettre d'un de vos religieux de Blaye; et pourceque je ne sais point quels s#nt les deux points dont vous vouliez avoir mon sentiment, je dirai ici un mot de chacun de ceux qu il traite. 1 ** Je vois bien qu'on peut expliquer un même effet particulier en diverses façons qui soient possibles , mais je crois qu'on ne peut expliquer la possibilité des choses en général que d'une seule façon , qui est la vraie. 2"" Il a raison de dire qu'on a eu grand tort d'admettre pour principe que nul corps ne se meut de soi-même : car il est certain que de cela seul qu'un corps a commencé de se mouvoir, il a en soi la force de continuer à se mouvoir , ainsi que de pela seul qu'il est arrêté en son lieu , il a la force de continuer à y demeurer ; maïs pour le principe de mouvement qu'il imagine différent en chaque corps , il est du tout imaginaire. S*" Je n'approuve point non plus ces iiidi visibles, ni les naturelles inclinations qu'il leur donne ; car je ne puis concevoir de telles inclinations sans entendement, et je n'en
attribue pas même aux animaux sans raison ; mais j'explique tout ce que nous appelons en eux appétits ou inclinations parles seules règles des mécani* ques. Je n'approuve point non plus tous ces éléments qui sont autant de choses non intelligibles ^ qu'il en veut faire entendre d'autres par son moyen. 4^ Deux indivisibles ne pourroient faire, à tout rompre , qu'une chose divisible en deux ; mais de dire qu^ils puissent faire un corps, il faut savoir ce qu'on entend par le nom de corps, à savoir une chose longue, large et étendue; ce qui ne peut être com* posé d'indivisibles, à cause qu'un indivisible ne peut avoir aucune longueur, largeur et profondeui^ ou bien , s'il en avoit , nous pourrions derechef le diviser par notre imagination , ce qui suffit pour montrer qu'il n'est pas indivisible; car si nous la pouvons ainsi diviser , un ange , ou Dieu même le peut diviser réellement. Pour ce qu'il ne veut pas qu'on n'admette point d'autres principes que la figure et le mouvement , à cause qu'il craint qu'on ne puisse expliquer par leur moyen toutes les diverses qualités qai sont dans le vin , vous pourrez lui ôter cette crainte en l'assurant qu'on les a déjà toutes expliquées et avec cela toutes les autres qui se peuvent présenter à nos sens. Pour le miracle qu'il rapporte ici, il auroit besoin d'être vu pour être cru* 5* Je n'entends pas le sujet de. cet article, faute d'avoir vu votre lettre à laquelle il répond; mais il
386 lETTKES*
est certain que la plus grande vitesse de la corde n'est pas ni au commencement ni à la fin, mais environ le milieu de chaque tour ou retour. 6" Je ne dis rien à tout cet article qui regarde la lumière^ à cause qu'il n'y a rien que je ne croie que vous puissiez aisément résoudre; et ce n'est pas mer-^ veille que ceux qui n'ont ouï que quelques mots de xnes pensées touchant cela les interprètent mal , et y trouvent plusieurs choses incompréhensibles* 'f Pour ce qu'il dit ici que ce qui lui fait admettre *tous ces éléments est qu'il ne voit pas qu'on puisse expliquer les phénomènes de la nature avec moins de suppositions, je m'assure que si on les lui ex* plique tous par les seules figures et mouvements, on pourra aisément le convertir : car aussi bien ne peut-il pas entendre tous ces éléments qu'il suppose, et ainsi il ne fait que tâcher d'expliquer obscurutnper obscurtu8\ 8^ Je ne vois pas pourquoi il confond la doctrine des athées avec celle de ceux qui expliquent la nature par les figures et par les mouvements, comme s'il y avoît quelque affinité entre l'une et l'autre ; mait quand il dit que l'idée d'un être simple que nous concevons contenir tout être ne pourroit être conçue si elle n'avoit un exemplaire véritable , et que nous ne pouvons concevoir (supple distinctement) que les choses possibles et vraies, il semble avoir lu mes écrits, car
' « ytut sfiltem asque obscurum. »
LEÏTUKS. 337
ils contiennent cela même; mais il met ensuite beaucoup de choses que je ne puis approuver, comme que cet être ait des dimensions, et qu'on puisse concevoir des dimensions sans composition de parties , ou au moins sans que ce qui a des di« ^mensions soit divisible, etc. Il a raison aussi, que tout ce que nous ne concevons pas distinctement n'est pas faux pour cela, et il l'applique bien au mystère de la Trinité , qui est de la foi , et qui ne peut être connu par la seule raison naturelle. Je ne trouve rien aux autres articles à remarquer '. Je suis, ^c.
AU R. P. MERSENNE
(Lettre 4^ du tome II.)
Mojr RÉVÉREND PÈRE ,
Je VOUS remercie des nouvelles du sieur N •. Je n'y trouve rien d'étrange , sinon qu'il ait ignoré ce
' « J?r mon papier manque, Tespère vous envoyer ma Métaphysique
dans huit ou quinze jours ^ pour le plus tard, puisqu'il vous platt de la
prendre sous votre protection. Je ferwerrois dés à présent , sinon que fen
veux /aire/aire auparavant une copie. Je l'enverrai peut-être par M. de
Zuytlichem, »
' « Voëtios* »
que je vous suis; car il n*y a personne ici qui mé connoisse tant soit peu qui ne le sache : c'est le* plus franc pédant de la terre , et il crève de dépit de ce qu'il y a un professeur en médecine en leur académie d'Utrecht, qui fait profession ouverte de ma philosophie, et fait même des leçons particu-' lières de physique , et en peu de mois rend ses disciples capables de se moquer entièrement de la vieille philosopÉie. Voëlius et les autres professeurs ont fait tout leur possible pour lui faire défendre par le magistrat de l'enseigner; mais tout au contraire le magistrat lui a permis malgt*é eux. ^^ Ce Voëtius a gâté aussi la demoiselle de Schurmans ; car au lieu qu'elle avoit l'esprit excellent pour la poésie , la peinture , et autres telles gentillesses, il y a déjà cinq ou six ans qu'il la possède ; si entièrement , qu'elle ne s'occupe plus qu'aux ^ controverses de la théologie, ce qui lui fait perdre la conversation de tous les honnêtes gens ; et pour son frère, il n'a jamais été connu que pour un homme de petit esprit. J'ai fait rendre une lettre pour Voëtius au messager, afin qu'il en paie le port , comme si elle n'étoit point venue sous couvert , et que; vous soyez par là un peu vengé des six livres qu'il vous a fait payer pour ses thèses.
Pour la philosophie de l'école, je ne la tiens nullement difficile à réfuter, à cause des diversités de leurs opinions; car on peut aisément renverser
tous les fondements desquels ils sont d'accord entre eux , et cela fait , toutes leurs disputes particulières paroissent ineptes. J'ai acheté la Philosophie du frère £ust. à Sancto P. % qui me semble le meilleur livre qui ait jamais été fait en cette matière, je serai bien aise de savoir si l'auteur vit encore.
Votre supputation de la force de la presse, composée avec la pesanteur, est fort bonne , et je n'y saurois rien ajouter. Pour la vis d'Archimède , elle n'a point d'autre raison , sinon que le creux ou la concavité qui contient l'eau monte toujours, à mesure que la vis tourne : car , par exemple , le creux A^, dans lequel est l'eau, sera monté à B lorsque la vis aura fait un tour , et cette eau ne peut sortir de ce creux pendant que la vis tourne , ou bien il faudroit qu'elle montât; car A est plus bas que C et D , et B est aussi plus bas que C et E.
. Je répondrois très volontiers à ce que vous demandez touchant la flamme d'une chandelle, et choses semblables ; mais je vois bien que je ne vous pourrai jamais bien satisfaire touchant cçla, jus^ ques à ce que vous ayez vu tous les principes de ma philosophie ; et je vous dirai que je me suis ré-* solu de les écrire avant que de partir de ce pays , et de les publier peut-être avant qu'il soit un an..
' « Eustachius à Sancto Petulo, vtdgo le Feuillsnt. » •- Figure 37.
SgO XiETTRSS.
Et mon dessein est d'écrire par ordre tout un cours de ma philosophie en forme de thèses , où , sans aucune superfluité de discours , je mettrai seulement toutes mes conclusions avec les vraies raisons d'où je les tire, ce que je crois pouvoir faire en fort peu de mots ; et au même livre , de faire •imprimer un cours de la philosophie ordinaire^ tel que peut être celui du frère Eus^che , avee me^ 'notes àla fin de chaque question , où j'ajouterai les diverses opinions des autres ^ et ce qu'on do(it. croire de toutes; et peut-être à la fin je ferai uwe comparaison de ces deux philosophies : mais je voua supplie de ne rien encore dire à p^sonne de ce dessein , surtout avant que ma Métaphysique soit imprimée; car peut-être que si les régents le savoient, ils feroîeat leur possible pour me donner d'autres occupations, au lieu que, quand la chose sera faite, j'espère qu'ils en seront tous bien aises. ■Gela pourroit aussi peut-être empêcher l'approbation de la Sorbonne , que je désire, et qui me semble pouvoir extrémenïent servir à mes desseins : car je vous dirai que ce peu de métaphysique que }ê vous envoie contient tous les principes de ma physique. La raisoii pour la divinité du livre dont Yùvts m'écrivez, que si le soteil a lui éternelleiMUt il tf 'a pu illuminer un hémisphère avant l'ctutre , etc. , ne prouve rien, sinon que notre âme étant finie ^ ne peut comprendre l'infini. Je vous ai déjà écrit
LETTRES. Sgi
que j'ai vu quatre des diseours qUe vous avez fait écrire pour M. Huygens '; j'aurai soin de lui deman-d^ encore celui du flux et reflux, et celui àt la ré*» flexion. Je verrai aiTssi le cours de philosophie de M. Draconis % qui, je crois, se trouvera ici : car s'il étoit plus court que l'autre, et autant reçu , je rai-* mçrois mieux; mais je ne veux rien faire en cela sur les écrits d'un homme vivant, si ce n'est avec sa permission, laquelle il me semble que je devrois aisément obtenir, lorsqu'on saura mon intention , qui sera de considérer ^elui que je choisirai conime le meilleur de tous ceux qui ont écrit de la philosophie , et de ne le reprendre point plus que tous • les autres. Mais il n'est point temps de parler de ced qiSe ma Métaphysique n'ait passé.
Pmir la vitesse des balles qui sortent d'un mousquet, je crois qu'elle est plus grande en sortant de la bouche du canon qu'en aucun autre lieu , et la raison que vous m'écrivez est du tout nulle ; car l'impétuosité qui est dans la balle ne sert qu'à lui faire conserver son mouvement , et non point à l'augmenter, au lieu que la pesanteur produit à chaque.moment une nouvelle impétuosité , et ainsi augmente la vitesse. Je suis bien aise de ee que M. le cardinal de Bagne se souvient encore de moi ^ il lui faudra envoyer ma Métaphysique lorsqu'elle
> « Hnygens et Zaytlichem est le même nom. » .•«])« Ra«oiiis. »
sera imprimée. Il n'est poinl besoin que vous m'adressiez rien pour M. de. Znytlichem , mais plutôt lorsque vous m'enverrez quelque paquet un peu gros vbiis lui pourrez adresser, pendant qu'il n'est point à l'armée ; car j'ai pris garde qu'on me rend ici souvent de vos lettres qui ont été ouvertes y ce que j'attribue à l'infidélité du messager, qui s'ac>corde avec quelqu'un qui est curieux de savoir ce que vous m'écrivez. Le bon est qu'il n'y a jamais rien qui ne puisse bien être vu. J'ai envoyé dès hier ma Métaphysique à M. de Zuytlichem pour vous l'adresser , mais il ne l'enverra que dans huit jours ^ car je lui ai donné ce temps pour la voir. Je n'y ai point mis de titre , mais il me semble que le plus propre sera de mettre Renati Descartes Me^ ditationes de prima philosophia ; car je ne traite point en particulier de Dieu et de l'âme , mais eu général de toutes les premières choses qu'on peut connoître en philosophant. Vous verrez assez par les lettres que j'y ai jointes quel est mon dessein ; et je n'en dirai ici autre chose sinon que je crois qu'il n'y aura pas. de mal , avant que de la faire imprimer , de stipuler avec le libraire qu'il nous en donne autant d'exemplaires que nous en aurons de besoin ^ et même qu'il les donne tout reliés ^ car ij n'y a pas plaisir d'acheter ses propres écrits ; et je m'assure que le libraire pourra bien faire cela sans y perdre. Je n'aurai besoin ici que d'environ trente
exemplaires ; pour Paris c'est à vous de juger combien il nous en faudra. Je suis , etc.
De Leyde, 11 novembre 1640.