‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 17 sur 21 · DONT VOICI LA VERSION · texte numérisé non relu

DONT VOICI LA VERSION

Quant à ce que vous me mandez de l'Anglois ^ qui dit que son esprit et ma matière subtile sont la même chose, et qu'il a expliqué par son moyen la lumière et les sons dès l'année i63o, ce qu'il croit être parvenu jusqu'à moi, c'est une chose puérile et digne de risée. Si sa Philosophie est telle qu'il ait peur qu'on la lui dérobe, qu'il la publie; pour moi je lui promets que je ne me hâterai pas d'un moment à publier la mienne à son occasion. Ses derniers raisonnements que vous m'écrivez sont aussi mauvais que tous les autres que j'ai vus de lui. Car, premièrement, encore que l'homme et Socrate ne soient pas deux divers suppôts, toute-

I « Ce petit alinéa n'est pas de cette lettre. »

fois on signifie autre chose par le nom de Socrate que par le nom d'homme, à savoir les différences individuelles ou particulières; de même le mouvement déterminé n'est point différent du mou^ vement, mais néanmoins la détermination est au* tre chose que le mouvement. «

Secondement, il n'est pas vrai que la' cause efficiente du mouvement soit aussi la cause efficiente de la détermination; par exemple, je jette une balle contre une muraille, la muraille détermine la balle à revenir vers moi , mais elle n'est pas la cause de son mouvement.

Troisièmement , il use d'une subtilité très légère quand il demande si la détermination est dans le mouvement comme dans Un sujet; comme s'il étoit ici question de savoir si mouvement est upe substance ou un accident; car il n'y a point d'inconvénient ou d'absurdité à dire qu'un accident soit le sujet d'un autre accident, comme on dit que la quantité est le sujet des autres accidents; et quand j'ai dit que le mouvement étoit k la détermination du mouvement comme le corps plan est à son plan ou à sa surface, je n'ai point entendu par là faire comparaison entre le mouvement et le corps comme entre deux substances, mais seu-* lement comme entre deux choses concrètes , pour montrer qu'elles étoiept différentes de celles dont on pouvoit faire l'abstraction.

i^gO LETTB£S.

Eufiii,/ cest très in^l à^ propos qu'il conclut qu'une déteripinat;ipB étant changée , les autresi le doivent être aussi; parçeque, dit-il, toutes ces déterminations ne sont qu'un accident sous divers nonis : si cela est , il s'ensuit donc que sel<m lui l'homme et Socrate ne sont qu'une même chose spus. deux noms différents, et partant pas une différence individuelle de Socrâtp ne. sauroit périr , par exeuQple, la connois^ance qu'il a de 1^ philosophie, qu'en même temps il ne cesse d'être bonune. Ce qu'il dit ensuite, à savoir qu'un mouvement n'a qu'une détermination , est le xnêmQ que si je disois qu'une chose étendue n'a qu'une seule figure, ce qui n'empêche pas que cette figure ne se paisse diviser en plusieurs parties comme la détermination le peut aussi être.

. Ce qa'il reprend en la Dioptrique, page i8, fait voir seulement qu'il ne cherche que les occasions de reprendre, puisqu'il me veut imputer jusqu'aux fautes de l'imprimeur; car j'ai parlé en ce lieu là de la proportion double , comme de la plus simple, pour expliquer la chose plus facilement , à cause que la vraie ne peut être déterminée , pourcequ'elle chatige à raison de la diversité des sujets. Mais si dans la figure , la ligne HF n'a pas été faite justement double de la ligne AH, c'est la faute de l'imprimeur, et non pas la mienne. Et en ce qu'il dit être contre l'expérience, il se trompe entière-

ment 9 à cause qu'en cela l'expérience varie selon la variété de la chose qui est jetée dans l'eau, et de la vitesse dont elle, est mue. Et je ne me suis pas mis en peine de corriger en ee lieu-là la faute de l'imprimeur, pourœque j'ai cru aisément qu'il ne se trouveroit point de lecteur si stupide, qu^il eût de la peine à comprendre qu'une ligne fut double d'une autre, à cause que la figure en représente une qui n'a pas cette proportion , ni qui fut aussi peu juste que de dire que pour cela je méritois d'être repris. Enfin lorsqu'il dit que j'approuve cette partie de ces écrits que je ne reprends point, et dont je ne dis mot, il se trompe encore; car il est plus vrai que c'est que je n'en ai pas fait assez de cas pour croire que je dusse m'employer à la réfuter.

AU R. P. MERSENNE-

(Lettre 53 du tome II.)

MOK RÉVÉREND PÈRE,

Ce mot n'est que pour vous dire que je n'ai pu encore pour ce voyage vous envoyer ma réponse

*■ «Cette lettre Tepondant à une da P. Mersentie, datée da 19 janvier , doit être du a 8 février. »

aux objections, partie à cause que' j'ai eu d'autres occupations qui ne m'ont quasi pas laissé un jour libre , et partie aussi que ceux qui les ont faites semblent n'avoir rien du tout compris de ce que j'ai écrit, et ne l'avoir lu qu'en courant la poste, en sorte; qu'ils ne me donnent occasion que de répéter ce que j'y ai déjà mis , et cela me fait plus de peine que s'ils m'avoient proposé des difficultés qui donnassent plus d'exercice à mon esprit : ce qui soit toutefois dit entre nous , à cause que je serois très marri de les désobliger , et vous verrez par le soin que je prends à leur répondre , que je me tiens leur redevable, tant aux premiers qu'à celui aussi qui a fait les dernières , que je n'ai reçues q[ue mardi dernier, ce qui fut cause que je n'en parlai point en ma dernière , car notre messager part le lundi.

3 'ai parcouru le livret de M. Morin ' , dont le principal défaut est qu'il traite partout de l'infini, comme si son esprit étoit au-dessus, et qu'il en pût comprendre les propriétés , qui est une faute commune quasi à tous , laquelle j'ai tâché d'éviter avec soin; car je n'ai jamais traité de l'infini que pour me soumettre à lui, et non point pour déterminer ce qu'il est ou qu'il n'est pas. Puis avant que de rien expliquer qui soit en controverse dans son seizième théorème, où il commence k vouloir

■ « De Deo. »

prouver que Dieu est , ri appuie son raisonnement sur ce. qu'il prétend avoir réfuté le mouvement de la terre , et sur ce que tout le ciel tourne autour d'elle , ce qu'il n'a nullement prouvé; et il suppose aussi qu'il ne peut y avoir de nombre infini, etc.^ ce qu'il ne sauroit prouver non plus , et ainsi tout ce qu'il met jusqu'à la fin est fort éloigné de l'évidence et de la certitude géométrique qu'il semble promettre au commencement. Ce qui sôit dit aussi, s'il vous plaît, entre nous, à cause que je ne désire nullement lui déplaire.»

Je viens de recevoir voire dernière du dix -neuvième janvier, avec le papier de M. des Argues , que je viens de lire tout promptement. L'invention en est fort belle, et d'autant plus ingénieuse^ qu'elle est plus simple ; car il n'y a pas grande difficulté à reconnoître qu'elle est conforme à la théorie , en considérant seulement que ces trois premières verges représtotent trois lignes droites en la superficie du cône que décrit l'ombre du soleil ce joùr-là , et que leur rencontre est le sommet de ce cône : que le triangle est imaginé inscrit dans le cercle de l'équateur , duquel il trouve le centre par la rencontre des deux perpendiculaires sur les deux côtés de ce triangle , et que la ligne tirée de la rencontre de ces perpendiculaires à l'un des angles est le rayon de ce cercle , d'oà le reste est évident.

494 LETTBES.

Mais il ihe semble que pour la pratique, Tusage de ces deux fils de métal n'est pas si exact que s'il faisoît faire un triangle de carton ou autre matière, dont OD applîqueroit les trois angles aux trois divisions marquées sur les verges, après y avoir fait un trou rond de la grosseur du style , dont le centre seroit en la rencontre des perpendiculaires; car en passâi^t le style par ce trou et le haussant jusqu'à la reriéontre des trois verges , on le poseroit en sa juste situation.

Je vous prie de l'assurer que je suis fort son serviteur , et le remercie de ce qu'il a sotivetiance de moi , pour m'envoyer de ses écrits. Je n'ai piï encore étudier son ïraité pour la coupe des pierre , à cause que je n'en ai pas reçu les figures. Si vous m'apprenez quelque chose de ce qu'il dit avoir trouvé touchant l'algèbre, je pourrai peut-être juger ce que c'est en peu de mots; mais pour ce qui est de se servir en même façon du plus et du minus, c'est chose que nous avons toujours pratiquées. Je vous suis extrêmement obligé de tous les bons avis que vous me donnez touchant ma Métaphysique et autres choses.

Je prétends que nous avions des idées non seulement de tout ce qui est ert notre intellect , mais même de tout ce qui est en la Volonté : car nous ne sauriens rien vouloir, sans safvoîr que nous le voulons , ni le savoir que par une idée , mais je ne

îttets point que cette idée soit différente de l'action

même.

■ H n'y aura , ce me semble, aucune difficulté d'accommoder la théologie à ma façoii de philosopher; car je n'y vois rien échanger que pour latranssubstantiaition , qui est extrêmettient claire et aisée par mes principes , et je serai obligé de l'expliquer en ma Physique, avec le premier chapitre de la Genèse , ce que je me propose d'envoyer aussi à la Sorbonne, pour être examiné avant qu'on l'imprime : que si vous trouvez qu'il y ait d'autres choses qui méritent qu'on écrive un cours entier de théologie , et que vous le vouliez entreprendre , je le tiendrai à faveur , et vous y servirai en tout ce que je pourrai.

" J'ai connu autrefois un M. Chaveau, à la Flèche, qui étoît de Melun ; je serai bien aise de savoir si ce ne seroit point celui-là qui enseigne les mathématiques à Paris ; mais je crois qu'il s'alla rendre jésuite, et nous étions lui et moi fort grands amis. J'ai reçu il y a déjà quelques semaines le livre de M. de la N. , et un autre du dixième livre d'EucUde, mis en françois; mais, pour vous avouer la vérité; sur ce que M. de Z. m'avoit dît , avant que de me lès envoyer , qu'ils ne contenoient rien de fort exquis , et que j'avois d'autres occupations , je les ai laidsé reposer après avoir lu deux ou trois heures dans le premier ; sans y rien trouver que des

paroles. Je ne crois poiîit qu'il faille rien changer de ce que j'ai mis au commencement de ma Métaphysique à l'occasion du sieur N. , car c'est le moins que j'ai pu et que j 'ai cru avoir dû dire Sur ce sujet ; car je me serois fait tort de n'en avoir point du tout parlé , vu que son écrit a été vu de plusieurs , et je vous assure que je me soucie aussi peu qu'il le fasse imprimer, que j'ai fait du pentalogos que vous avez vu. Je crois donc qu'en faisant imprimer ma Métaphysique, il sera bon d'y mettre ce commencement, afin qu'on voie que ce que j'avoîs écrit dans le discours de ma Méthode n'est que la même chose que j'explique plus au long; mais il est vrai que pour faire écrire des copies ce sera assez de commencer par l'abrégé que je vous ai envoyé.

Je serai bien aise qu'on me fasse le plus d'objections, et les plus fortes qu'on pourra, car j'espère que la vérité en paroîtra d'autant mieux; mais je vous prie de faire voir ma réponse et les objections que vous m'avez déjà envoyées à ceux qui m'en voudront faire de nouvelles , afin qu'ils ne me proposent point ce à quoi j'aurai déjà répondu. J'ai prouvé bien expressément que Dieu étoit créateur de toutes choses , et ensemble de tous ses autres attributs ; car j'ai démontré son existence par l'idée que nous avons de lui , et même parcequ'ayant en nous cette idée nous devons avoir été créés par lui ; mais je vois qu'on prend plus garde aux titres

qui sont dans les livres qu'à tout le reste : ce qui me fait penser qu'au titi^e de la seconde méditation de mente humana , oti peut ajouter quod ipsa Bit no*îior quam corpus , afin qu'on ne croie pas que j'aie voulu y prouver son immortalité , et après , en la troisième de Deoquod epcistat^ et la cinquième de essentia rerum maierialium , et itérant de Deo quod existât, en la sixième de existentia rerum materiaiium , et reali mentis à corpore distinctione : car ce sont là les choses à quoi je désire qu'on prenne le plus garde ; mais je pense y avoir mis beaucoup d'autres choses, et je vous dirai entre nous que ces six méditations contiennent tous les fondements de ma physique; msih il ne le faut pas dire s'il vous plaît^ car ceux qui favorisent Aristoteferoient peutêtre plus de difficulté de les approuver; et j'espère que ceux qui les liront s^accoutumeront insensible* ment à mes priocipes, et en recoimoîtroiit la vé-rite avant que de s'apercevoir qu'ils détruisent ceux d'Aristota

AU R. P. MERSENNE'

(Lettre 109 du tome III.)

De Leyde, le 18 mars x64t.

Mon révérend peée,

Je vous envoie enfin ma réponse aux objections de M. Arnault , et je vous prie de changer les choses suivantes dans ma Métaphysique , afin qu'on puisse connoître par là que j'ai déféré à son jugement, et ainsi que les autres > voyant combien je suis prêt à suivre conseil , me disent plus franchement les raisons qu'ils auront contre moi , s'ils en oiit , et s opiniâtrent moins à me contredire sans

raisoUi

- La première correction est in synopsi ad quartam meditationem. Après ces mots quant ad reliqua in-telligenda 5 où je vous prie d'ajouter ceux-ci : ( Sed ibi intérim est advertendum nullo modo agi de peccato vel errore qui eommittitur in persecutione boni etmali, sed de eotantum qui contingit in dijudieatione veri et fatsi, nec ea spectari qu<z ad jidem pertinent j vel ad vitam agendam, sed speculativas tantum, et

I « Cette lettre est la 39" des manuscrits de Lahire. »

soUus luminis naiurali$ ope cognitas veritates), et de les enfermer dans une parenthèse , afin qu'on voie qu'ils ont été ajoutés.

Dans la sixième méditation , page 96 , après ces mots : Cum authorem meœ originis adhuc ignorarem^ je vous prie de mettre (yel saltem ignorajre me fin-gerem ) aussi entre parenthèse.

Puis dans ma réponse aux premières objections, où il est question , an Deus dici possit esse a se ut a causa , à l'endroit où sont ces mots : j^deo ut si putarem nuUam rem idem quodammodo esse posse erga se ipsam^ etc. , je vous prie de mettre à la marge : Notandumestper hœc verba nihil aliud iniel- ' ligij guam quod alicujus rei essentia talis esse possit y ut nulia causa efficiente indigeat ad existendum.;

Et un peu plus bas, où sont ces mots : Ita^ eti^m si Deus nunquam non fuerit, quia tamen ille ipse est qui se rêvera conservât y etc., je vous prie aussi de mettre à la marge : Notandum etiam hic non inielligi conservationem quœ fiât per positivum ullum causœ efficientis influxum; sed tantum, quod Dei essentia sit talis ut non possit non semper existere.

Et trois lignes plus bas , où sont ces mots : Etsi enim ii qui putant impossibile eçse ut aliquid sit causa efficiens suiipsiusy non soleantj etc. javous prie de corriger aipsi le texte : Etsi enim ii qui non nisi ad propri^m et strictam efficientis significationem atten^dentés, cogitant impossibile esse ut aliquid sit causa

5aO LETTRES.

efficienB sui tpsius , nutlumque hic atiud caustz genus efpcitnti analogum locum habere animadvertuntj non soleant , etc. Car mon intention n'a pas été de dire que aUquid potest esse causa efficiens sui ipsius y en parlant de efficiente proprie dicta y mais seulement -que lorsqu'on demande an aliquid possit esse a se y cela ne se doit pas entendre rf^ efficiente proprie dicta y parceque, comme j'ai dit, nugatoria esset^ quœstio; et que i'axioiïie ordinaire de l'école, nihil poiest esse causa efficiens sui ipsius , est cause qu'on n'a pas entendu le mot a se au sens qu'on le doit entendre; en quoi je n'ai pas voulu toutefois apertement blâmer l'école.

Je vous prie aussi de n'oublier pas la correction dont je vous ai écrit dans mes précédentes pour la fin des mêmes réponses, où sont ces mots, deinde quia cogitare non possumus y etc., car, pendant que mon écrit n'est pas imprimé, je pense avoir droit d'y changer ce que je jugerai à propos. Je pense aussi avoir quelque droit de désirer que dans les objections de M. Arnauil, vers la fin de celle où il examine an Deus sit a sent a causa, et où il cite de moi ces paroles : jideo ut si putarem nutlam rem idem esseposse erga seipsam, etc., qu'on mît, idem quodammodo esse, etc. Car ce mot qvodammodo , qu'il a oublié, change le sens, et il est ce me semble mieux que je vous prie de f ajouter dans son texte , que si je faccusois dans ma réponse de n'a-

voir pas cité le mien fidèlement , outre qu'il semble ne l'avoir omis que par oubliance. Car il conclut, cum evidentissimujn sit nihil ullo modo ^ga $0 ipsum, etc., où son ullo modo se rapporte à mon quodammodo.

Je pourrois en même façon vous prier de mettre au commencement de la même objection , où il cite de moi ces mots : lia ut Deus quodammodo idem prœstet respectu sut ipsiUs, etc., de mettre,, dis-je, ceux-ci, Ita utjiceat nobis cogitare Deum. quodammodo idem prœstare^ etc. , comme il y a dans mon texte. Et un peu plus bas où il me cite, disant que efficientis significatio non videtur iia esse resiringenda , il omet la principale raison que j'en ai donnée, qui est que nugatoriçt. qucestto esset, etc. , et rapporte seulement la moins principale; rpais j'ai remédié à cela tout doucemeat par ma réponse; c'est pourquoi il importe moins de le changer, et il ne le faudroit pas faire sans sa pei*xnission.

Je viens à votre dernière du deuxième mars, que j'ai reçue il y a huit jours, car je n'ai point eu de vos lettres à ce voyage : vous y parlez de l'opinion^ de l'Anglois qui veut que la réflexion des corps ne se fasse qu'à cause qu'ils spnt repoussés comme par un ressort, par les autres corps qu'ils rencon-, treiit; mais cela se peut réfuter bien aisément par l'expérience. Car s'il étoit vrai , il faudroit qu'en, pressant une balle contre une pierre dure, aussi

fort qu'elle frappe cette même piierre quand elle est jetée contre elle , cette seule pression la pût faire bondir aussi haut que lorsqu'elle est jetée contrefit cette expérience est aisée à faire, en tenant la balle du bout des doigts , et la tirant en bas contre une pierre qui soit si petite qu'elle puisse être entre là main et la balle , ainsi que la corde d'un arc de . bois est entre la main et la fléchis, quand on la tire du bout des doigts pour la décocher; mais on verra que cette balle ne rejaillira aucunement , si ce n'est peut-être fort peu en cas que la pierre se plie fort sensiblement comme un arc. Et pour leur faire avouer que la balle ne s'arrête en aucune façon au point de la réflexion , il leur faut faire considérer que si elle s'arrêtoit quand la réflexion se fait justement à angles droits , elle devroit aussi s'arrêter quand ils sont tant soit peu moindres, et ainsi par degrés , encore qu'ils soient les plus aigus qui puissent être , car il n'y a pas plus de raison pour l'un que pour l'autre ; mais ces angles plus aigus sont les angles de contingence , qui se trouvent en tous les points imaginables qui sont en la circonférence d'un cercle , en sorte qu'il faudroit imaginer que lorsqu'une balle se meut en rond , elle s'arrête en tous les points de la ligne qu'elle décrit , ce qui ne se peut soutenir que par une opiniâtreté ridicule; si ce n'est qu'on avoue aussi qu'elle s'arrêteen tous les points de son mouvement

LETTRES. 5o3

quand elle va en. ligne droite; car on ne voit point qu'elle aille notablement plus vite en droite ligne qu'en rond. Et si on veut qu'elle s'arrête en tous les points de son mouvement , ce n'est rien de particulier de dire qu'elle s'arrête aussi au point de réflexion; et il leur faut expliquer la cause qui lui fait reprendre son mouvement après qu'elle l'a perdu en chacun des points où elle s'arrête, ainsi qu'ils îprétendent la donner par leur ressort , qui le lui fait reprendre au point de la réflexion. Mais je ne me souviens point d'avoir dit que ses conclu-^ sions touchant la réfraction suivissent mal de ses suppositions; car en effet je crois qu'elles suivent bien , et il n'est pas malaisé de bâtir des principes absurdes dont on puisse conclure des vérités qu'on a apprises d'ailleurs; comme si je dîsois omnis equus est rationalisa omnis homo est equus; ergo omnis homo est rationalis : la conclusion est bonne , et l'argument est en forme , mais les principes ne valent rien.

Je suis bien aise que M. Petit ait pris quelque goût en ma Métaphysique ; car vous savez qu'il y a plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui se convertit , que pour mille justes qui persévèrent.

Je vous laisse le soin de tous les titres de ma Mé-r taphysique; car vous en serez s'il vous plaît le parrain : et pour les objections, il est fort bon de les nommer primœobjecttones, secundœobjectiones, etc.,

5o4 LETTRES.

et jiprès de mettre, regp^nsio ad ^àj^çtiom^ , plutôt que salutionef objeetianum y afin de laîsseï: juger au lecteur si mes réponses en contienuent les solu* tîons ou non. Car il faut laisser mettre ^lutianes^ à ceui^ qui n'en donnent que de fausses 9 ainsi que^ ce sont ordinairement ceux qui ne sont pas no^les^ qui se vantent le plus de Têtre.

Je ne vous envoie pas encore le dernier feuillet de ma réponse à M. Arnault, où j'explique la trans-^. substantiation suivant mes principes ; car je délire» auparavant lire les Conciles sur ce sujet, et ji^ b^ les ai encore pu voir. Je suis , etc.

AU R. ?• MERSENNE

(Lettre 54 du tome II.)

Mon RÉVIÉREND PÈRE ,

J'ai été deux ou trois voyages san3 vous écrire, partie à cause que j'ai eu peu de choses à vous

* « Cette lettre n'est pas datée ; mais comme dans la 40' -des manuscrits deLahire, fixement datée du 3i mars 1641» M. Bescarte» dit qu'il va demeurer à la campagne, k nue demi-lieue de XiCyde» et qu'au commencement de ceDe-ci il s'excuse d'avoir été trois semaines sans écrire , sur ce que son séjour à la campagne l'a rendu plus négligent, il est aisé de conjecturer que cette lettre est datée du 22 avril 1641. »

LETTRES. 5o5

mander, et partie aussi que' le séjour de la campagne m'a rendu un peu plus négligent.que je n'étois auparavant; je n'ai pas laissé toutefois de chercher la- question de M. des Argues, car la façon dont vous me l'aviez proposée étoit telle, qu'il n'eût pas été honnête que je m'en fusse excusé ; mais pour-ceque je n'avois pas encore achevé il j a huit jours^^ que j'appris par votre lettre que M. de Rob. l'avoit trouvée, il me sembla que je ne m'y devois pas arrêter davantage , car le calcul en est fort long et difficile , et en effet je n'y ai pas pensé depuis.

Les lieux de saint Augustin cités par M. Arnault sont en la seconde page, libri secundi de libero arbitrio , capite tertio. Puis en la neuvième page il cite, de aninuB quantitate ^ cap, 1 5, etSoLj, L i, cap, 4o. Mais au principal passage qui est en la pénultième page, tria enim sunt^ ut sapienter monet Auguiti^ nu$ 3 etc. 9 il a oublié de citer le livre. Je me remets entièrement à vous de ce qui concerne l'approbation et l'impression de ma Métaphysique, car je sais que vous en avez plus de soin que je n^en pourrois avoir moi-même , et vous pouvez mieux juger ce qui est expédient, étant sur les lieux, que je ne puis faire d'ici.

J*admire les objections de vos docteurs , à sa* voir que nous n'avons point de certitude, suivant ma philosophie, que le prêtre tient l'hostie à l'autel , ou qu'il ait de l'eau pour baptiser , etc.

5o6 LETTRES.

Car qui a jamais dit , ménie entre les philosophes de l'école, qu'il y eût autre certitude que morale de telles choses ; et bien que les théologiens disent qu'il est de la foi de croire que le corps de Jésus- Christ est en l'Eucharistie, ils ne disent pas toutefois qu'il soit de la foi de croire qu'il est en cette hostie particulière, sinon en tant qu'on suppose ex fide humana quod saeerdos habuerit voluntatem consecrandi, et quod verba pronunciarit ^ et sit rite ordinatus , et talia quœ nullo modo sunt fide.

Ppur ceux qui disent que Dieu trompe continuellement les damnés, et qu'il nous peut aussi continuellement tromper, ils contredisent au fondement de la foi et de toute notre créance , qui est que Deu8 mentiri non poiest, ce qui est répété en tant de lieux dans saint Augustin, saint Thomas, et autres, que je m'étonne que quelque théologien y contredise , et ils doivent renoncer à toute certitude s'ils n'admettent cela pour axiome que Deus non'^allere potest.

Pourcequej'ai écrit que l'indifférence est plutôt un défaut qu'une perfection de la liberté en nous, il ne s'ensuit pas de là que ce soit le même en Dieu ; ^et toutefois je ne sache point qu'il soit de fide de croire qu'il est indifférent, et je me promets que le père Gib. ' défendra bien ma cause en ce point-là, car je n'ai rien écrit qui ne s'accorde

* « Gibieuf. »

avec ce qu'il a mis dans son livre de Ubertate. Je n'ai point dit en aucun lieu que Dieu ne concourt pas immédiatement à toutes choses, et j'ai assuré expressément le contraire en ma réponse au théologien. Je n'ai pas cru me devoir étendre plus que j'ai fait en mes réponses à l'Anglois , à cause que ses objections m'ont semblé si peu vraisemblables, que c'eût été les faire trop valoir que d'y répondre plus au long.

Pour le docteur qui dit que nous pouvons douter si nous pensons ou non, aussi bien que de toute autre chose, il choque si fort la lumière naturelle, que je m'assure que personne qui pensera à ce qu'il dit ne sera de son opinion.

Vous m'aviez mandé ci-devant q^u'en ma réponse à l'Anglois j'ai mis le mot ideam deux ou trois fois fort proche l'un de l'autre, mais il ne me semble pas superflu, à cause qu'il se rapporte à des idées différentes; et comme les répétitions sont rudes^en quelques endroits, elles ont aussi de la grâce en quelques autres.

C'est en un autre sens que j^^nferméles imaginations dans la définition de cogitatio ou de la pensée, et en un autre que je les en exclus, à savoir, formœ 8tve species corporeœ quœ esse debent in cerebro ut quid imaginemur 9 non suni cogitationes j sed opératio mentis imaginantis sive ad istas species se convértentis est cogitatio.

5o8 LETTRES.

La lettre où vous m'écrivez ci-devant les objections du conarion doit avoir été perdue , si ce n'est que vous ayez oublié de les écrire, car je ne les ai point, sinon ce qiie vous m'en avez écrit depuis,, à savoir que nul nerf ne va au conarion , et qu'il est trop Kobile pour être le siège du sens commun ; mais ces deux choses sont entièrement pour moi : car &i chaque nerf étant destiné à quelque sens ou mouvement particulier, les uns aux yeux, les autrès aux oreilles, aux bras, etc, si quelqu'un d'eux se rendoit au conarion plutôt que les autres, on pourrait inférer de là qu'il ne seroit pas le siège du sens commun , auquel ils se doivent tous rapporter en même façon , et il est impossible qu'ils s'y rapportent tous* autrement que par l'entremise des esprits, comme ils font dans le conarion. Il est certain aussi que le siège du sens commun doit être fort mobile , pour recevoir toutes les impressions qui viennent des sens ; mais il doit être tel qu'il ne puisse être mû que par les esprits qui transmettent ces impressions, et le conarion seul est de cette sorte.

Anima en bon latin signifie aerem, siveoris halitumj d'où je crois qu'il a été transféré ad significandam mentem, et c'est pour cela que j'ai dit que . sœpe mmiiur pro re corporea.

L'axiome que quod potett facere maJuSj, potest etiam minus ^ s'entend in eadem raîione operandi.

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