‹ Œuvres de Descartes (volume 2)Chapitre 18 sur 21 · L£TT££S · texte numérisé non relu

L£TT££S

vel in iis quœ requirunt eandem potentiam. Car, inter komines , qui doute que tel pourra faire un. bon discours qui ne saaroit pour cela faire une lanterne. Le mathématicien de Tubinge est Schickardas , auquel j'ai cru faire plus d'honneur en le nommant par le noip de sa ville que par le sien , à cause qu'il est trop rude et peu connu; mais pour ceux qui disent que j'ai pris quelqu'autre chose de lui que la simple observation que je cite, ils ne disent pas la vmté : car je vous assure qu'il n'y a pas un seul mot de raisonnement en son livret allemand, que j'ai ici , qui fût à mon usage , non plus que dans la lettre latine que M. Ga.' a écrite à M. R." sur ce même phénomène, car je juge que c'est lui qui vous a Élit ce discours. Mais il a tort s'il s'offense de ce que j'ai tâché d'écrire la vérité d'une chose dont il avoït auparavant écrit des chimères , ou s'il a cru que je le devois citer en ce lieu-là, où je ti'ai pas eu de lui une seule chose, sinon que c'est de ses mains que l'observation du phénomène de Rome , qui est à la fin de mes Météores , est venue à M. Ren., et de là à moi , comme par les mains des messagers et sans qu'il y ait rien contribué ; et j'aurois cru lui faire plus de tort si j'avoîs averti les lecteurs qu'il a écrit de ce phénomène , que je n'ai fait de m'en taire.

> « Gassendi. »

" « Renery. »

5lO LETTRES.

Pour les objections qui pourront encore venir contre ma Métaphysique, je tâcherai d'y répondre ainsi qu'aux précédentes , et je crois que le meilleur sera de les faire imprimer telles qu'elles seront, et au même ordre qu'elles auront été faites , pour conserver la vérité de l'histoire, laquelle agréera plus au lecteur que ne feroit un discours continu, où je dirois toutes les mêmes choses. Je crois avoir ici répondu à tout ce qui a été dans vos lettres.

Je' ne fais point encore réponse aux deux petits feuillets d'objections que vous m'avez envoyées, à cause que vous me mandez que je les pourrai joindre avec celles que je n'ai pas encore reçues, bien que vous me les ayez envoyées il y a huit jours, mais à cause que celui qui demande ce que j'entends par le mot idea semble promettre davantage d^pb|ections , et que la façon dont il commence me fait espérer que celles qui viendront de lui seront des meilleures et des plus fortes qui se puissent faire : si par hasard il attendoit ma réponse à ceci, avant que d'en vouloir envoyer d'autres, vous lui en pourrez faire savoir la substance, qui est que par le mot idea j'entends tout ce qui peut être en notre pensée , et que j'en ai distingué de trois sortes, à savoir quœdam $unt adventitiœ y comme Fidée qu'on a vulgairement du soleil , aliœ

> « Cet article n'est point de cette lettre , mais de la 42^ des manascrits de Lahire, datée le 16 juin 164 t. »

LETTRES. 5li

facUB vel faetitiœ, au rang desquelles on peut mettre celles que les astronomes font du soleil par leur raisonnement, et aliœ innatœ, ut idea Dei, mentis, corporisj trianguliy et generaliter omnes quœ aitqua$ essentias ver as ^ immutabiles etœternas, représentant Jam vero si ex idea facta, concluderem id^ quod ipsam faciejido explicite posuij esset manifesta petitioprineipii^ sed quod ex idea innata aliquid eruam quod quidem in ea implicite continebatur, sed tamen prias in ipsa non advertebam, ut ex idea trianguU, quod ejus très anguli sint (zquales duobus rectis; aut ex idea Deiquod existât ^Mc, , tantum abestut sitpetitio principii, quin potius est etiam secundum Aristotelem modus demonstrandi omnium perfectissimus ^ nempe in quo verc^ rei definitio habetur pro^ medio.

A M. REGIUS"

( Lettre 84 du tome I. Version. ) MOIMSIEUR,

J'aurois torf de me plaindre de votre honnêteté et de celle de M. de Rais de m'avoir fait l'honneur

> « Cest naeréponae à une lettre de M. Leroi, datée da ikx mars 1641 ; e*est pourquoi je la date du ix mai 1641.»

5lO LETTRES.

Pour les objections qui pourront encore venir contre. ma Métaphysique, je tâcherai d'y répondre ainsi qu'aux précédentes , et je crois que le meilleur sera de les faire imprimer telles qu'elles seront, et au même ordre qu'elles auront été faites , pour conserver la vérité de l'histoire, laquelle agréera plus au lecteur que ne feroit un discours continu, où je dirois toutes les mêmes choses. Je crois avoir ici répondu à tout ce qui a été dans vos lettres.

Je' ne fais point encore réponse aux deux petits feuillets d'objections que vous m'avez envoyées, à cause que vous me mandez que je les pourrai joindre avec celles que je n'ai pas encore reçues, bien que vous me les ayez envoyées il y a huit jours, mais à cause que celui qui demande ce que j'entends par le mot idea semble promettre davantage d^pbjections , et que la façon dont il commence me fait espérer que celles qui viendront de lui seront des meilleures et des plus fortes qui se puissent faire : si par hasard il attendoit ma réponse à ceci, avant que d'en vonloir envoyer d'autres, vous lui en pourrez faire savoir la substance, qui est que par le naot idea j'entends tout ce qui peut être en. notre pensée, et que j'en ai distingué de trois sortes, à savoir quœdam $tmt adventitiœ ^ comme l'idée qu'on a vulgairement du soleil , aliœ

> « Cet article n'est point de cette lettre , mais de la 42*' des manuscrits de Lahire, datée le 16 jnin 1641. »

LETTRES. 5ll

factfz veifaetiti(By aux rang desquelles on peut mettre celles que les astronomes font du soleil par leur raisonnement, et aliœ innatœ, ut idea Dei, mentis^ corporiSy trianguli^ et generaliter omnes qu(Z aitqua$ essentias ver as ^ immutabiles etœternas, repreêentanL Jam vero si ex idea facta, concluderem idj quod ipsam faciejido explicite posai ^ esset manifesta petitioprincipii^ sed quod ex idea innata aliquid eruam quod quidem in ea implicite continebatur, sed tamen prias in ipsa non advertebam, ut ex idea trianguli, quod ejus très anguli sint cequales duobus rectis; aut ex idea Deiquod existât ^Mc, , tantum abestut sitpetitio principii ^ quin potius est etiam secundum Aristotelem modus demonstrandi omnium perfectissimus ^ nempe in quo verc^ rei definitio habetur pro^ medio.

A M. REGIUS'

(Lettre 84 du tome I. Version.)

Monsieur,

J'aurois torf de me plaindre de votre honnêteté et de celle de M. de Rais de m'avoir fait l'honneur

> « C'est une réponse à une lettre de M. Leroi, datée da âk mars 1641 ; e*est poarqaoi je la date du 1 1 mai 1641. ••

5l4 I.ETTBES.

tipgupng p^ faciltement en elles la pas^ icoi dé i'ac-

Quant ^ rpb^eryatiû» que votre Yoëtiusafai te sur cet article » ejle ne voua porte aucun coup ^ car lorsque, les théologiens disent qu'aucune substance qréée n'est le principe imn^édiat de soa opération , iU entendent que nulle créature ne peut agir sans le concours de Dieu , et non qu'elle doive avoir une faculté créée distincte d'elle -- même par le moyen de laquelle elle agisse ; car il serait absurde de' dire que cette faculté créée peut être le principe immé^ diat de quelque opération, et que la substance eller même ne le peut pas. le ne trouve pas ses autres observations dans ce que ^ous m'ayez envoyé , ainsi je ne saurois en porter aucun jugement. Dans l'en-r droit où vous parlez des couleurs, je ne vois pas pourquoi vous ôtez le noii* de ce nombre , puisque les autres coulwrs ne sont a,ussi que des modes; je dirais donc seulement 3 on range aussi le noir parmi les autres couleurs , cependant il n'est autre chose qu'une certaine disposition , etc.

Sur le jugement où vous dites , si elle n'est panermelle et exacte , il faut qu'en décidant nécessairement, etc. : au lieu de nécessairement 9 j^ mettrois facilement; et peu après au lieu de ces mots, c'est pourquoi elle peut être suspendue, je mettrois, et elle peut être suspen4i4e ; car ce qu^ vous ajoutez ne suit point de ce que vgtus avez dit auparavant, CQU^ine

LETTRES, 5l5

46 mot, o*e8i pourquoi , semble le signifier^ Ce que vous dites des passions que leur siège est dans le cerveau, cela est fort paradoxe, et même, à ce que je crois , contraire à vos sentiments ; car bieiY que les esprits qui ébrante^^ les mtisdes viennent du cerveau, il faut cependant assigner pour place aux passions là partie du corps qui en est la plus altérée , laquelle partie est sans Contredit le côeur ; c'est pourquoi je dirois! le principal siège des passions , en tant qu'elles regardent le corps , est dans le cœur, parceque c'est lui qui en est le plus altéré; mais leur place est dans le cerveau , en tant qu'elles affectent l'âme , parceque l'âme ne peut souffrit immédiatement que par lui ; c'est aussi un para-^ doxe de dire que la réception est une action , puifr que dans le fond elle n'est qu'une passion contraire à l'action; cependant vous pouvez, ce me sfeûible, rMenir vos positions en les expliquait dé cette sorte : La réception est une action ou plutôt une passion animaie semblable à celle des automates , par laquelle nous recevons le mouvement des choses ; car pour renfermer sous le même genre tout ce qui se passe en l'homme , nous avons joint les passions avec les actions.

Je n'ai point examiné ce que vous dites à la fin de la température qui tourne au chaud et au ft'Did, parceque je ne crois pas qu'il faille croire à ces choses comme à TÉvangile. Je suis charmé que

5l6 LETTRES.

votre répondant ait bien fait son devoir. Je ne crois pas que vous ayez rien à craindre de ceux qui voudront exercer leur plume contre vous. Je lirai volontiers tout ce mie vous m'enverrez, et je vous écrirai tout ce que j'enl^ense avec ma liberté ordinaire. Je n'ai rien écrit du centre de gravité , mais du différent poids des choses graves , selon leur différente distance du centre de la terre; ce que je n'ai que dans mon livre , où j'ai assemblé en même temps plusieurs autres choses. Si cependant vous voulez les lire, je vous les ferai tenir par M. Van S/ , la première fois qu'il ira à Utrecht. Je n'approuve pas que vous refusiez d'appeler les écailles des poissons des corps luisants , parcequ'elles ne poussent pas elles-mêmes les globules de la substance éthérée ; car le charbon allumé ne le fait même pas> mais seulement la matière très subtile, qui pousse tantôt les parties terrestres du charbon , tantôt les globules éthérés. Je ](ie suis pas bien certain aussi que les veines mésaraïques reçoivent le chyle des veines lactées dans le pancréas; vous ne devez point l'assurer sans une expérience très certaine , ni écrire là-dessus, comme si aucunes veines lactées ne portoient le chyle jusqu'au foie, parcequ'il y en a qui assurent en avoir fait l'expérience, et cela me piuroît tout-à*fait vraisemblable '. Je voudrois

■ « Snrecb. »

> <c C'est Topiniou de Bartholio. Voyez la remarque de Laforgê sur Tarticle S de V Homme , »

aussi que vous effaçassiez ce que vous dites contre Walée du mouvement du cœur, parceque c'est un homme pacifique, et qu'il ne peut vous revenir aucune gloire de le contredire. Je ne suis pas aussi de votre sentiment lorsque vous définissez les actions des opérations que l'homme produit par la force de son âme et de son corps ; car je suis du sentiment de ceux qui disent que l'homme ne comprend point par lemoyen du corps, et l'argument par lequel vous tâchez dé prouver le contraire ne me fait aucune impression ; car quoique le corps empêche quelques fonctions de l'âme, il ne peut néanmoins lui être d'aucun secours pour la connoissance des choses immatérielles, et il ne petit en cette occasion que lui nuire. levons répondis, il y a trois jours, dans ma dernière, sur la triple âme que vous établissez; je n'ai rien à ajouter à celleci, que de vous assurer dy parfait attachement de celui qui est , votre , etc.

5lO LETTRES.

Pour les objections qui pourront encore venir coDtre.nia Métaphysique, je tâcherai d'y répondre ainsi qu'aux précédentes, et je crois que le meilleur sera de les faire imprimer telles qu'elles seront, et au même ordre qu'elles auront été faites , pour conserver la vérité de l'histoire, laquelle agréera plus au lecteur que ne feroit un discours continu, où je dirois toutes les mêmes choses. Je crois avoir ici répondu à tout ce qui a été dans vos lettres.

Je' ne fais point encore réponse aux deux petits feuillets d'objections que vous m'avez envoyées, à cause que vous me mandez que je les pourrai joindre avec celles que je n'ai pas encore reçues, bien que vous me les ayez envoyées il y a huit jours, mais à cause que celui qui demande ce que j'entends par le mot idea semble promettre davantage d'objections , et que la façon dont il commence me fait espérer que celles qui viendront de lui seront des meilleures et des plus fortes qui se puissent faire : si par hasard il attendoit ma réponse à ceci, avant que d'en vouloir envoyer d'autres, vous lui en pourrez faire savoir la substance, qui est que par le mot idea j'entends tout ce qui peut être en notre pensée, et que j'en ai distingué de trois sortes, à savoir quœdam stmt advenùtiœ , comme l'idée qu'on a vulga' ■ -■ ■--■' -'--

' • Cet article n'cat point de ceu« Uti de Lthire, datée le i6 juin 1641. »

LETTRES. 5l I

faeta velfaetitiœ, au raog desquelles on peut mettre celles que les astronomes font du soleil par leur raisonoement, et alicg. innatœ, ut idea Dei, mentis, corporis, trianguti, et generaliter omnes quœ aliqua» essentias veras, immutabiles et œtemas, représentant. Jam vero si ex idea faeta, concluderem id, quod iptam faciefido explicite posai, etset manifesta petitioprincipii, sed quod ex idea innata aliquideruam quod quidem in ea implicite continebatur, sed tamen prius in ipsa non advertebam, ut ex idea trianguti ^ quod ej'us très anguli sint œquales duobus rectis; aut ex idea Dei quod existât, etc. , tanium abest ut sit petitio principii, quin potius est etiam secundum jiristotelem modus demonstrandi omnium perfectissimus , nempe in quo vera rei definitio habetur pro medio.

A M. REGIUS'

(Lettre 84 du tome I. Version.)

MonsiEUR,

faurois tort de me plaindre de votre honnêteté f.t de cell(> de M. de Rais de m'avoir fait Hionoeur

5lO LETTRES.

Pour les objections qui pourront encore venir contre.ma Métaphysique, je tâcherai d'y répondre ainsi qu'aux précédentes, et je crois que le meilleur sera de les faire imprimer telles qu'elles seront, et au même ordre qu'elles auront été faites , pour conserver la vérité de l'histoire, laquelle agréera plus au lecteur que ne feroit un discours continu, où je dirois toutes les mêmes choses. Je crois avoir ici répondu à tout ce qui a été dans vos lettres.

Je' ne fais point encore réponse aux deux petits feuillets d'objections que vous m'avez envoyées, à cause que vous me mandez que je les pourrai joindre avec celles que je n'ai pas encore reçues, bien que vous me les ayez envoyées il y a huit jours, mais à cause que celui qui demande ce que j'entends par le mot idea semble promettre davantage d'objections , et que la façon dont il commence me fait espérer que celles qui viendront de lui seront i\s& meilleures et des plus fortes qui se puissent faire : si par hasard il attendoit ma réponse à ceci, avant que d'en vouloir envoyer d'autres, vous lui en pourrez faire savoir la substance, qui est que par le mot idea j'entends tout ce qui peut être en notre pensée, et que j'en ai distingué de trois sortes, à savoir quœdam $unt adventitiœ^ comme ridée qu'on a vulgairement du soleil, aliœ

> « Cet article n'est point de cette lettre, mais de la 4a ^ des mannscrits de Lahire, datée le x6 jnin 164 t. »

LETTRES. 5ll

fact(B vel faciitiœ, au rang desquelles on peut mettre celles que les astronomes font du soleil par leur raisonnenient, et aliœ innatœ^ ut idea Dei, mentis j corporis, trianguli^ et generaliter omnes quœ aliguas essentias ver as j immutabiles etœtemas, représentant Jam vero si ex idea facta, concluderem id^ quod ipsam faciefido explicite posai ^ esset manifesta petitioprincipiij sed quod ex idea innata aliquid eruam quod quidem in ea implicite continebatury sed tamen prias in ipsa non advertebam, ut ex idea triangulij quod ejus 1res anguli sint œquales duobus rectis; aut ex idea Dei quod existât ^Mc. , tantum abestut sitpeîitio principii ^ quin potius est etiam secundum Aristotelem modus demonstrandi omnium perfectissimus ^ nempe in quo vera rei definitio habetur pro^ medio.

A M. REGIUS'

( Lettre 84 du tome I. Version. )

Monsieur,

J'aurois tort de me plaindre de votre honnêteté et de celle de M. de Rais de m'avoir fait l'honneur

1 « Cest une réponse à tme lettre de M. Leroi, datée da ^ i mars 164 1 ; e'esti pourquoi je la date du 1 1 mai 1641. »

5lO LETTRES.

Pour les objections qui pourront encore venir contre. ma Métaphysique, je tâcherai d'y répondre ainsi qu'aux précédentes , et je crois que le meilleur sera de les faire imprimer telles qu'elles seront, et au même ordre qu'elles auront été faites, pour conserver la vérité de l'histoire, laquelle agréera plus au lecteur que ne feroit un discours <:ontinu, où je dirois toutes les mêmes choses. Je crois avoir ici répondu à tout ce qui a été dans vos lettres.

Je' ne fais point encore réponse aux deux petits feuillets d'objections que vous m'avez envoyées, à cause que vous me mandez que je les pourrai joindre avec celles que je n'ai pas encore reçues, bien que vous me les ayez envoyées il y a huit jours, mais à cause que celui qui demande ce que j'entends par le mot idea semble promettre davantage d^pbj[ections , et que la façon dont il commence me fait espérer que celles qui viendront de lui seront des meilleures et des plus fortçs qui se puissent faire : si par hasard il attendoit ma réponse à ceci, avant que d'en vouloir envoyer d'autres, vous lui en pourrez faire savoir la substance, qui est que par le mot idea j'entends tout ce qui peut être en notre pensée, et que j'en ai distingué de trois sortes, à savoir quœdam $unt adveniiiiœ ^ comme Vidée qu'on a vulgairement du soleil , aliœ

> « Cet article n'est point de ceUe lettre , mais de la 4a ^ des manascrits de Lahire, datée le x6 jain 164 t. »

LETTRES. 5ll

fact(Z velfactiticBy au rang desquelles on peut mettre celles que les astronomes font du soleil par leur raisonnenient, et aliœ innatœj ut idea Dei, mentis ^ corporisj triangulij et generaliter omnes quœ aliquas essentias veras, immutabiles etœternas, repre- BentanL Jam vero si ex idea facta, concluderem id, quod ipsam faciejido explicite posai ^ esset manifesta petitioprincipii, sed quod ex idea innata aliquideruam quod quidem in ea implicite continebatur^ sed tamen prias in ipsa non advertebam, ut ex idea trianguli, quod ejus très anguli sint œquales duobus rectis; aut ex idea Deiquod existât ^Mc , tantum abestut sitpeîitio principii ^ quin potius est etiam secundum Aristotelem modus demonstrandi omnium perfectissimus y nempe in quo verq rei definitio habetur pro^ medio.

A M. REGIUS'

(Lettre 84 du tome I. Version.)

Monsieur,

J'aurois tort de me plaindre de votre honnêteté et de celle de M. de Rais de m'avoir fait l'honneur

> « C'est nae réponse à tme lettre de M. Leroi, datée da ^i mars 1641 ; e'est pourquoi je la date du 11 mai 1641.»

5a4 tETTRES.

AD R. P. MERSENNE'

R^POirSJB-A. LA P&ÉGÉDENTE.

(Lettre laS du tome III.) MOW RivÉREND PÈRE ,

^ Si je ne nie trompe, celui dont vous m'avez £stit voir la lettre latine qu'il vous a écrite n'est pas encore à prendre parti dans le jugement que nous devons faire des choses; il s'exprime trop bien quand il explique ses propres pensées, pour croire qu'il n'ait pas entendu celles des autreg; je me persuade bien plutôt qu'étant prévenu de ses opinions , il a de la peine à goûter ce qui s'oppose à ses jugements. Ainsi je prévois que ce ne sera pas là le dernier différent que nous aurons ensemble; au contraire , je m'imagine que cette première lettre est comme un cartel de défi qu'il me présente pour voir de quelle façon je le recevrai , et si , après avoir moi-même ouvert le champ de bataille à tous venants, je ne feindrai point de mesurer mes armes avec les siennes , et d'éprouver mes forces

* « i**^ juiUet 1641. Voyez les raisons dans le gros cahier. »

LETTRES. buS

contre lui. Je vous avoue que jeprendrois un singulier plaisird'avoîr affairea^c des personnes d'esprit comme lui, si, par ce qu^il m'en a fait paroître, il ne me sembloit déjà trop engagé; mais je crains qu'à son égard tout mon travail ne soit inutile, et que,, quoique soin que je prenne pour le satisfaire et pour tacher de le retirer du malheureux engagement où je le vois , il ne s'y replonge plus avant de lui-même, en cherchant les moyens de me contredire.

£st-il croyable qu'il n'ait pu comprendre, comme il dit, ce que j'entends par l'idée de Dieu , par l'idée de l'âme et par les idées des choses insensibles, puisque je n'entends rien autre chose par elles que ce qu'il a dû nécessairement comprendre lui-même quand il vous a écrit qu'il ne l'entendoit point? Car il ne dit pas qu'il n'ait rièntionçu par le nom de Dieu, par celui de l'âme, et par ce* lui des choses insensibles, il dit seulement qu'il ne sait pas ce qu'il faut entendre par leurs idées ; mais s'il a conçu quelque chose par ces noms, comme il n'en faut point douter, il a su en même temps ce qu'il falloit entendre par leurs idées, puisqu'il ne faut entendre autre chose que cela même qu'il a conçu : car je n'appelle pas simplement du nom d'idée les images qui sont dépeintes en la fantaisie; au contraire, je ne les appelle point de ce nom en tant qu'elles sont dans la fantaisie corporelle ;

526 ^ETTRBS.

mais j^appelle généralonent du ncon d'idée tout ce qui est dans notre esprit,, ^sque nous oonoerons une chose, de quelque maoière que nous lacoti^i» ceTioos«

Mais j'appréhende qu'il ne soit dq ceux qui croient ne pouvoir concevoir une chose quand ils i^ se la peuvent imaginer, comme s'il n'y avoit en nous que cette seule manière de penser et de con** cevoir* Il a bien reconnu que je n etois pas de ce sentiment; et il a aussi assez montré qu'il n'en étoit pas non plus, puisqu'il dit lui-même que Dieu ne peut être conçu par. l'imagination : mais si ce n'est pas par l'imagination qu'il est conçu , ou l'on ne conçoit rien quand on narle de Dieu (ce qui mai^ queroit unépouvantabi eaveuglement)yOu on le conçoit d une autre manière; mais de quelque manière qu'ili\le conçoive, on en a l'idée , puisque nous né saurions rien exprimer par nos paroles, lorsque nous entendons ce que nous disons , que de cela même il ne soit certain que nous avons an nous l'idée de la phose qui est signifiée par nos paroles»

Si donc il veut prendre le mot d'idée en la façon que j'ai dit très expressément que je le prenois, sans s'arrêter à l'équivoque de ceux qui le restreigi^ent aux seules images des choses matérielles qui sp forment dans l'imagination , il lui sera facile de reconnoître que par l'idée de Dieu je n'entends autre .chose que ce que totis les hommes ont cou-

LETTRES. b^J

tume d'entendre lorsqu'ils en parlent, et que ce qu'il faut aussi de nécessité qu'il ait entendu lui^ même; autrement , comment auroit-il pu- dire que Dieu est infini et incompréhensible, et qu'il ne peut pas être représenté par notre imagination; et comment pourroit*îl assurer que xses attributs, et une infinité d'autres qui nous expriment sa grandeur lui conviennent, s'il n'en avoit l'idée? Il faut donc demeurer d'accord qu'on a l'idée de Dieu , et qu'on ne peut pas ignorer quelle est cette idée, ni ce que l'on doit entendre par elle; car sans cela nous ne pourrions du tout rien connoître de Dieu; et l'on auroit beau dire, par exemple 9 qu'on croit que Dieu est^ et que quelque attribut ou perfection lui appartient, cène sel'oit rien dire, puisque cela ne porteroit aucune signification à notre esprit ; ce qui seroit la chose la fdus impie et la plus impertinente du monde.

Pour ce qui est de l'âme , c'est encore une chose plus claire; car n'étant, comme j'ai démontré, qu'une chose qui pense, il ^st impossible que nous puissions jamais penser à aucune chose , que pous n'ayons en même temps l'idée de notre âme comme d'une chose capable de penser à tout ce que nous pensons. Il est vrai qu'une chose de cette nature ne se sauroit imaginer, c'est-à-dire ne se saurolt rQprésenter par une image corporelle; niais il ne s'en faut pas étonna : car notre iinagin^tiQu j;)'est pro-

5a8 LETTRES*

pre qu'à se représenter des choses qui tombent sous les sens; et pourceque notre âme n a ni couleur , ni odeur, ni saveur, ni rien de tout ce qui appartient au «corps, il n'est pas possible de se 11maginer ou d'en former l'image; mais elle n'est pas pour cela moins concevable; au contraire ^ comme c'est par elle que nous concevoBs toutes choses , elle est aussi elle seule plus concevable que toutes les autres choses ensemble.

Après cela je suis obligé de vous dire que votre ami n'a nullement pris mon sens, lorsque, poiir marquer la distinction qui 'est entre les idées qui sont dans la fantaisie et celles qui sont dans l'esprit , il dit que celles - là s'expriment par des noms, et celles-ci par des propositions : car qu'elles s'expriment par des noms ou par des propositions , ce n'est pas cela qui fait qu'elles appartiennent à l'esprit ou à l'imagination; les unes et les autres se peuvent exprimer de ces deux manières; mais c'est la manière de les concevoir qui en fait la différence; en sorte que tou^ ce que nous concevons sans image est une idée du pur esprit , et que tout ce que nous concevons avec image en est une de l'imagination. £t comme les bornes de notre imagination sont fort courtes et fort étroites, au lieu que notre esprit n'en a presque point, il y a peu de choses même corporelles que nous puissions imaginer, bien que nous soyons capable^ de les concevoir. Et même

toute cette science que Ton pourroit peut-être croire la plus soumise à notre imagination, parcequ*elle ne considère que les grandeurs, les figures V et les qiouvements , n'est nullement fondée sur ses fantômes, mais seulement. i^ur les notions claires et distinctes de notre esprit ; ce que savent assez ceux qui Font tant spit peu approfondie.

Mais par quelle induction a-t-il pu tirer de mes écrits que l'idée de Dieu se doit exprimer par cette proposition, Dieu existe ^ pour conclure, Comme il a fait , que la principale raison dont je , me sçrs pour prouver 3on existence n'est rien autre chose qu'une "pétition de principe? Il faut qu'il ait vu bien clair pour y voir ce que je n'ai jamais eu intention d'y mettre, et ce qfçi ne m'étoit jamais venu en pqnsée devant que j'eusse vu sa lettre. J'ai tiré la preuve de l'existence de Dieu de l'idée que je trouve en moi d'un être souverainement parfait , qui e$t la notion ordinaire que l'on en a ; et il est vrai que la simple considération d'un tel être nous conduit si aisément à la connoissance de son existence , que c'est presque la même chosQ de concevoir Dieu , et de concevoir qu'il existe ; mais cela n'empêche pas que l'idée que nous avons de Dieu ou d'un être souverainement parfait ne soit fort différente de cette proposition. Dieu existe , et que l'un ne puisse servir de moyen ou d'antécédent pour prouver l'autre.

De même, il est certain qu'après être venu à connoissance de la nature de notre âme par tes degrés que j'y suis venu, et avoir par ce moyen connu qu'elle est un^ substance spirituelle , parceque je vois que tous les attributs qui appartiennent aux substances spirituelles lui conviennent , il n'a pas fallu être grand philosophe pour conclure , comme j'ai fait , qu'elle n'est donc pas corporelle ; mais sans doute qu'il faut avoir l'intelligence bien ouverte, et faite autrement que le commun des hommes , pour voir que l'un ne suit pas bien de l'autre , et trouver du vice dans ce raisonnement : c'est ce que je le prie de me faire voir , et ce que j'attends d'apprendre de lui , quand il voudra bien prendre la peine de m 'instruire. Quant à moi , je ne lui refuserai pas mes petits éclaircissements , s'il en a besoin , et s'il veut agir avec moi de bonne foi. Je suis etc.

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AU R. P. MERSENNE

(Lettre 55* du tome II;)

Mon KivéREND pèrs ,

Je vpus renvoie les sixièmes objections avec mes réponses , et pourceque ces objections sont de plusieurs pièces, que vous m'avez envoyées à diverses fois 9 je les ai transcrites de ma main , en la façon qu'il m'a semblé qu'elles pouvoi^nt le plus commodément être jointes ensemble ; à savoir , vous m'aviezenvoyé deux nouveaux articles en l'une de vos lettres, l'un desquels j'ai ajouté à la fin du cinquième point , après les mpts non paterit repeffY^^ ainsi que vous m'aviez mandé ; et pour l'autre, à cause que vous n'aviez point marqué le lieu où

> «c Qclte lettre #$t postérieure à la 48f* des ^antucrîts de Lahire , datée da a3 juin, puisque daus celle-ci il dit que M. Gassendi a tort de se plaindre, ce qu'il n'auroit pas pu dire avant la 4.3* des manuscrits de Lahire , puisque ce fut par cette lettre-là qu'il renvoya au P. Mersenne les iréponses à M. Gassendi. Qtii plAs est', dbni 6ette 55^ il èUToiA au P. Bfi!rsenqelet fbdtees objections, qui n^ont pu être envoyées airaot les cinquièmes f |iii|si donc cette 55*^ est postérieure à la 4 3' des manuscrits de Iiahire, datée fixement du 23 juin 1641 ; et comme le livre des Méditations a paru imprimé le 2 S août 164 r , je fixe 'cette lettre le r$ juillet r64r.» t ,

53il LETTRES.

îl devoit être , j'ai trouvé à propos de le diviser en deux parties , et de faire le septième point de là première , et de mettre la seconde à la fin du troisième : puis enfin j'ai trouvé une nouvelle objection dans la seconde copie que vous m'avez envoyée, de laquelle j'ai composé le huitième point.

Pour les fautes de l'impression, je sais bien qu'elles ne sont pas de grande importance , et je vbus assure que je ne vous suis pas moins obligé des soins qiuê vous avez pris de les corriger , que s'il n'en étoit resté aucune; car je sais que cela vous a donné beaucoup de peine, et qu'il est moralement impossible d'empêcher qu'il n'en demeure toujours quelques unes, principalement dans les écrits d'un autre. J'approuve fort que vous ayez retranché ce que j'avois mis à la fin de ma réponse à M. Arnâult, principalement si cela peut aider à obtenir une approbation , et encore que nous ne l'obtenions pas , je m'assure îjue je ne m'en mettrai pas fort en peine.

Pour M; Gas., il me semble qu'il seroît fort injuste s'il s'offensoit de la réponse que je lui ai faite , car j^ai eu soin de ne lui rendre que la pareille, tant à ses compliments qu'à ses attaques , nonobstant que j'aie toujours ouï dire que \e pi^emier coup en vaut deux ; en sorte que, bien qire je lui eu^e rendu le double, je ne laurois pas justement payé; mais peut-être qu'il est touché de mes réponses , à

cause qu'il y reconnoit de la vérité , et moi je ne l'ai» point été de ses objections pour une raison toute contraire ; si cela est , ce n'est pas ma faute. Pour-" ceque j'ai mis que satis commode possum respondere, le mot mtis, commode ne regarde pas la force des raisons , mais seulement la facilité que j'aurai à les trouver , et ainsi il ne signifie autre chose que facile y mais il m'a semblé plus modeste. Et l'autre v' que exiitentia Dei partem divinœ e$$eniiœ facity il est bien clair que je n'entends pas parler de partA physica, mais seulement qtCextstentia est, comme vous dites, de intrinseco conceptu essentiœ divinœ.^ Et ppôr ceux qui voudroient fonder des objections sur des telles pointillés, ils ne feroient que témoin gner par là qu'ils n'auroient rien à dire qui fut sot lide ; et ainsi se feroient plus de tort qu'à mcH. Au reste j'ai lu votre Hy peraspistes , auquel je répondrai très volontiers ; mais pourceque ces réponses se font pour être imprimées, et ainsi que jedoiscon*sidérer l'intérêt du lecteur, lequel s'ennuieroit de voir des redites , ou des choses qui sont hors de sujet , obligez^moi , s'il vous plaît , de le prier auparavant de ma part de revoir ses objections, pour en retrancher ce à quoi j'ai déjà répondu ailleurs , et ce où il a pris tout le contraire de mon. sens , comme en son huitième article et ailleurs ; ou du moins , s'il juge que ces choses ne doivent point en être retranchées, qu'il permette qu'on

534 LETTKlîS.

imprime son nom^ pour me tervir d^excùse en^mi^s \e^ lecteurs , ou bien enfin je lui répondrai pour vous prier de lui faire vohr ma réponse , et k ceux qui auront vu ses objections ^ taai^ mon point pour les faire imprimer , de craînte qu'on ne «'accuse d'avoir voulu grossir le livre de choses superflues, le n'entends pas bien la question que vous me faites, savoir si nos idées s'exfmauent par un sim^ pie terme , car les paroles étant de l'inveûtioii des hommes , on peut toujours se s^vir d'une ou de plusieurs pour expliquer une même choses mçia j!ai expliqué en ma réponse ud primêts objections comment un triangle inscrit dans un carré peut être pris pour une seule idée ou pour plusieurs^ et enfin je tiens que toutes celles qui n'enveloppent aucune affirmation ni négation nous sont innatœf car les organes des sens ne nous rapportent rien qui sôit tel que l'idée qui se réveille en nous à l^ur occasion , et ainsi cette idée a du être en npUs au*» paravant. Je suis , etc.

Ji>

A MONSIEUR ***•

(Lettre 56 du tome II.)

Monsieur,

Jetiensàtrèsgrandefaveur d'être en la souvenance d'une personne de votre mérite, et je suis très obligé au révérend père Gibieuf des soins qu'il daigne prendre pour moi ; ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il a commencé à me témoigner de la bienveillance , comme aussi l'éminence de sa vertu et de son savpir m'a donné il y a long-temps une très particulière inclination à l'honorer. La réputation du révérend père de La Barbe a passé aussi jusqu'à moi dans le désert , et je serois bien aise de pouvoir entièrement satisfaire aux trois points où vous avez pris la peine de m'avertir qu'il trouve principalement de la difficulté dans ces petits commencements de métaphysique que j'ai ébauchés; mais

> <* colite len^re fst éerite k M* Tabbé BeUnxAji Voyez la i'^ pa^^ de bi 43^ des mafin^ri|8.4f AI. de Lahire. Elle est écrite en même temps que la 55^ , paisqn'ici il dit qa*il envoie les dernières objections en réponse an P. Mersenne, pour imprimer; et comme c'est dans la lettre 55^ , datée dn i5 jaillet 1641,' qa*il a envoyé an P'. Men)eAne ses âeniières objections^ je fixe cette letlre-ci an i5 juillet 164 1. »

pourceque vous ne les avez touchés qu'en trois mots, j'ai peur de n'avoir pu deviner la source des difficultés qu'il y trouve , ce qui est cause que j'ai seulement parlé à là fin dès dernières objections que j'envoie au révérend père Mersenne de la plus générale occasion pour laquelle il me semble que la plupart ont de la peine à remarquer la distinction qui est entre l'âme et le corps : c'est à savoir y que les premiers jugements que nous avons faits dès notre enfance , et depuis aussi la philosophie vulgaire, nous ont accoutumés à attribuer au corps plusieurs choses qui n'appartiennent qu'à l'âme , et d'attribuer à l'âme plusieurs choses qui n'appartiennent qu'au corps ; et qu*ils mêlent ordinafrement ces deux idées du corps et de l'âme en la composition des idées qu'ils forment des qualités réelles et des formes substantielles , que je crois devoir être entièrement rejetée; au lieu qu'en bien examinant la physique, on y peut réduire toutes les choses qui tombent sous la connoissance de l'entendement à si peu de genres ? et desquels nous avons des notions si claires et si distinctes les unes des autres , qu'après les avoir considérées , il ne me semble pas qu'on puisse manquer à reconnoître si , lorsque nous concevons une chose sans Une autre , cela se fait seulement par une abstraction de notre esprit , ou bien à cause que ces choses sont vérita- ]>lement diverses : car en tout ce qui n'est se-

paré que par abstraction d'esprit, on y remarque nécessairement de la conjonction et de l'union, lorsqu'on les considère l'un avec l'autre; et on n'en sauroit remarquer aucune entre l'âme et l.e corp§, pourvu qu'on ne les conçoive que comme il les faut concevoir,, à savoir l'un comme ce qui remplit l'espace, et l'autre comme ce qui pense; et en sorte qu'après l'idée que nous avons de Dieu , qui est extrêmement diverse de toutes celles que nous avons des choses, créées , je n'en sache point deux en toute la nature qui soient si diverses que ces deux-là; mais je ne propose en ceci que mon opinion, et je ne l'estifne point tant, que je ne fusse prêt de la changer , si je pouvois apprendre mieux de ceux qui ont plus de lumière. Et je suis, etc.

»/^/*ifc'»^^-»'m'*'^fc<'^»/»'»'»'-v»%'*^«>»-'*-»-%^*'*%^-^'«*"*'»»i»»»^fc«/^/%r%,'«,'kv^/^. '-^^ %'»<r».%-^-»,»,-%.^

(Lettre 57 du tome IL)

Mon révérend père,

Je vous suis ^trémement obligé de tous les soins que vous prenez pour moi , et du zèle que vous témoignez avoir pour ce qui me touche; mais pourceque j'en ai incomparablement moins que vous , je croirois commettre une injustice si je lûanquois à vous supplier de mépriser entièrement tout ce qu'oii vous peut dire à mon désavantage , et de ne prendre pas seulement la peine de l'écouter ni de m'en écrire : car , pour moi , il y a long-temps que je sais qu'il y a des sots dans le monde, et je fais si peu d'état de leurs jugements, que je serois très marri-.de perdre un seul moment de mon loisir ou de mon repos à leur sujet.

Et pour ma Métaphysique je cessai entièrement

' «Cette lettre n*est point datée, mais comme M. Descartes écrit au p. .Merseftne snr des objections qa*il lai avoit envoyées toachant sa Métaphysique , il y a bien de l'apparence qu'elle n'étoit pas entièrement achevée d'imprimer, ce qui n'a été fait que le 28 août 1641 ; c'est pourquoi je fixe cette lettre au 5 d'août 1641* *>

d*y penser dès le jour que je vous envoyai ma ré* ponse tti kypiraspUt^n ; en sorte que même je n^ l'ai pas eue.depuîs ce temps-là entre mes mains, et ainsi je ne puis répondre à aucune chose de tout ce que vous m'en écriviez il y a hujt jours, sinon que je vous supplie de n'y penser non plus que moi. J'ai fait, en la publiant, ce à quoi je pensois être obligé pour la gloire de Dieu, la décharge de ma conscience : que si mon dessein n^a pas réussi , et qu'il y ait trop peu de gens au monde qui soient capables d'entendre mes raisons , ce n'est pas ma ' faute, et elles n'en sont pas moins vraies pour cela; mais il y auroit de ma faute si je m'en fâchois , ou que j'employasse davantage de temps à répondre aux impertinentes objections de vos gens.

J'admire que vous vous soyez avisé de m'envoyer une des lettres de feu M. N* après sa mort, vu que vous ne les aviez pas jugées dignes que je les visse pendant sa vie, car cet homme n'a jamais été ca-^ pable de rien écrire que des paralogismes très impertinents , quand, il a même cherché la vérité : ce seroit merveille s'il l'avoit rencontrée en n'ayant dessein que de médire d'un homme qu'il haïssoit , et je ne réponds autre chose à sa belle lettre , sinon qu'il n'y a pas un seul mot contre moi qui ne soit faux et sans preuve. Je serois bien marri que vous prissiez la peine de m'envoyer ses autres lettres , car nous avons ici assez de papier pour le dernier

540 LETTRBS.^

usage , et elles ne peuvent servir à autre chose. Si le jeune Schooten ne les entend pas^ ce n'est pas ma faute 9 et en vous le recon^mandant je ne crois pas vous avoir assuré qu'il fût fort judicieux et fort savant. Je vous ai déjà mandé, touchant la question de géométrie , que je n'ai que faire de perdre du temps à enseigner des gens qui ne m'en sauroient point de gré, et j^ajoute que je les reconnois fort peu capables d'être enseignés, vu qu'ils n'ont pas même su comprendre que quadraUim AKœquatur quadratis ex KH et jiU ; car AH étant la perpendiculaire qui tombe du sommet du cône sur le centre de l'ellipse cherchée , et HK étant la commune section de cette ellipse et de la parabole donnée , il est évident que l'angle AHK est droit; et pour la ligne PB elle n'a garde d'être perpendiculaire sur AH, à cause qu'elle n'est pas dans le même plan , mais elle est parallèle à sa perpendiculaire. Je vous prie derechef de ne m'envoyer plus ni aucunes objections contre ma Métaphysique , ni touchant la géométrie , ni choses semblables , ou du moins de n'attendre plus que j'y fasse aucunes ré-« ponses.

AU R. P. MERSENNE'

(Lettre 58 du tome 11.^

X Mon RIÉVÉREND PÈRE,

Je n*ai point reçu de vos lettres à ces deux derniers voyages, et j'ai peu de chose à vous répondre touchant celles que j'avois reçues auparavant; mais j'çii à vous dire que mes Itféditations s'impriment en ce pays, et qu'ayant été averti par un de mes amis q^e plusieurs libraires en a voient envie, ,et que je ne les pourrois empêcher, d'autant que le privilège d^ libraire n'est que pour la France , et qu'ils usent ici de toute liberté , en sorte même qu'un privilège des États ne les retiendroitpas, j^ai miepx aimé qu'il y en eûl; un qui le fît avec mon ^consentement et mes corrections , que non pas que d'^^tres.le fissent sans mon su, et avec beaucoi^ 4e fautes : ce qui m'a fait, consentir qu'un libraire d'Amsterdam appelé Ëlzevier l'imprimât, à condition toutefois qu'il n'en enverroit aucuns exemplaires en France , afin de ne point faire tort au

> « Cette lettre est du 17 noTembre 1641. Voyez la 44*^ des manuscrits de Lahire. »

libraire', duquel toutefois je n'ai pas de satisfaction , en ee qu'il ne m'a encore envoyé aucun exemplaire, ni au Maire non plus; car il m'a dit il y a cinq ou six jours qu'il n'avoit pas seuleibent encore reçu avis du libraire qu'il lui en eût envoyé par mer, mais qu'il jui avait seulement^ écrit il y a deux ou trois mois que le livre s'imprimoit, et qu'il lui en enverroit. Ainsi il ne doit pas trouver mauvais qu'on l'imprime ici, puisqu'il n'y en veut point envoyer. J'ai seulement à vous deitiander si vous jugez à propos que j'y fosse ajouter ce que vous aviez retranché de la fin de ma réponse à M. ArnaultV et l'hyperaspistes avec ma réponse; et en suite de cela que je fasse mettre au titre erfttio secundaj priori Parisiis faeta emendatior et aac^ tior. Cette impression ne sera achevée de deux mois, et si les cent exemplaires que VoUs m'avez hiandé que le libraire envoyoit ici sont par les chemins, ils pourront aisément étre\débités avant ce temps*là , et s'ils n'y sont pas , il les peut retenir si bon lui sembla J'ai une prière à vous^ faire de la part d'un d^ mes intimes amis, qui est dfe nous en^ voyer le plan du jardin de Luxembourg , et même aussi des bâtiments, mais principalement du jardin : on nous a dit qu'il y en ttvoit des plans imprimés; si cela est, vous m'obligerez, s'il vous pJalt^

* «« Joly. »

* « Touchant rKucharistie» »

tiETTRBS. 543

de m'en envoyer un, ou, s'il n'y en a point, de tâcher à l'avoir du jardinier qui l'a fait ; ou , si vous ne pouvez mieux , de le faire tracer par le jeune homme qui a fait les figures de ma Dioptriqae y et de lui recommander . qu'il observe bien toute Tordonnance des arbres et des parterres^, car c'est principalement de cela qu'on a affaire* Je me ser* virai des adresses de M. P.' pour^ faire donner à Paris l'argent que cela coûtera , et je ne plaindrai pas d'y employer sept ou huit pistoles, si cela ne se peut faire à moins.

Pour vos questions, la première est touchant une boule de; mail, à qui j'ai dit qu'un mail de deux fois autant de matière n'imprime que le tiers de son mouvement : ce qui vous sera facile à entendre si vous considérez le mouvement, ou la force à se mouvoir, comme une quantité qui n'augmente ni ne diminue jan^ais , mais qui se trana<met seulement d'un corps en un autre , selon qu'un corps en pousse un autre, et qui se répand égal^ ment en toute la matière qui se meut de même vitesse. Car vous m'avouerez que pendant que le mail touche et pousse la boule ils se meuvent ensemble, et ainsi que toute la force à se mouvcàr qui étoit auparavant dans le mail seul est alors répandue également en toute la matière du mail et de la boule ; et que celle qui compose la boule

* « Picot. »

n'étant que le tiers de toute cette matière, d'autant que le mail est supposé double de la boulé, elle ne peut aussi i^ecevoir que la troisième partie de cette foi!ce. Il est certain qu'une goutte d'eau peut être si petite, (qu'elle ne pourra descendre dans l'air; et j'en ai -^u l'expérience en des brouillards que je voyois à* l-*o^l n'éfre composés que de fort petites gouttes d'eau qui ne descendoient point ; mai» l'air étant taiit soit peu ému , elles se joignoient plusieurs ensem}>te, et ainsi devenant plus grosses descendoient en pluie'.

Pour votre expérience de la boule A, qui, étant poussée contre les boules B et C, pousse la petite par l'entremise de la grosse sans faire quasi mouvoir cette grosse B , la raison s'en peut aisément reândre : car bien qu'au premier moment que ces deux boules B et C sont touchées, elles se meuvent sans doute de même vitesse , toutefois à oiuse que B est plus pesante que C , elle est beaucoup plus arrêtée par les inégalités du plan sur lequel elles roulent ; et ce sont ces inégalités qui arrêtent la boule B, et qui ne sont pas capables d'arrêter la boule C : même encore que ces deux boules fassent de même grosseur, celle de devant pourroit aller plus vite que l'autre , car toutes les illégalités du plan qui lui résistent, résistent aussi à celle

« « i/tf lyous assure que M. Picot ne va pùint en Perse , et quil n'en a an aucune pensée. **

qui la suit, et elles emploient conjointement leurs forces pour les surmonter; mais ce qui résiste à la suivante n'empêche point pour cela la précédente , qui pour ce sujet se peut éloigner d'elle incontinent.

Les enfants en remuant les jambes montent sur les chevaux , à cause que ce remuement leur aide à remuer les côtes et les muscles de la poitrine', par l'aide desquels ils se glissent sur le dos du cheval, mais non pas parcequ'ils battent l'air avec les jambes. Je ne trouve rien de plus en vos lettres à quoi je puisse répondre , car pour la descente des eaux je ne m'en suis pas encore éclairci moi-même, et c'est une étude que je veux faire à la première occasion. Je suis', eta

* « F'ous m'obligerez y s'il vous jplaft , éC envoyer V incluse à Rennes, »

A MONSIEUR

* Tk Â

(Lettre ç^o àa tome II.)

MoirsiEUK,

Je yous 9uis très obligé du souvenir qu'il vous plait avoir de moi , et je tiens à hooneur que vous vouliez savoir mon opinion touchant l'éducation de M. votre fils* Le désir que j'aurois de vous pouvoir rendre quelque service çn sa personne m'empêcheroit de vous dissuader de l'envoyer en ces quartiers, si je pensois que le dessein que vous avez touchant ses études s'y put accomplir ; mais

> « La 90" est de M. Descartes à nn de ses unis de Tours on de Rennes , poisqa'il dit qne Pair de La Flèche est voisin de celai à qui il écrit. Cette lettre ne pent être écrite avant la fin de mars 1641 , puisque Descartes y dit : J'ai logé à Lejrde , etc. Or , par la 40" des manuscrits de Lahire , datée du 3z mars 1641 , Descartes quitta cette maisûii au mois d'ayril , pour aller loger à Eyndegeest ; il est donc constant que cette lettre n*est pas écrite avant la fin de mars 1641 ; elle ne peut non plus être reculée dans Tannée 164a , puisqu^îl dit qu'il n'y a que quatre ou cinq ans que s*est faite l'érection de l'université d'Utrecht , qui , par la première page du Narnttio kùtorica,tk*e8t faite l'an i636; donc on pent fixer cette lettre an mois d'août 1641. Ajoutez encore qnHl fait l'éloge de M. Leroy, et il est constant que c*aété durant 1641 et 1642 qu'a été lapins grande union entre Descartes et M. Leroy. >»

LETTRSS. * 547

la philosophie ne s'ei^seigne ici que très mal; les y professeurs p'y font que discourir une heure le jour , environ la moitié de ïmné^, sans dicter jt« m^is ai^ci^i^, écrits , ni achever le cours en aucun temps déteroiioé , en sorte que ceux qui en veulent tant soit pea savoir sont contraints de s^ faire instruire en parti^çt^ier par quelque maître , ainsi qu'on fait ep France pour le droit lorsqu'on veut entrer en office. Or, encore que mon opinion ne soit pas que toutes les choses qu'on enseigne eu philosophie soient aussi vraies qu^ l'Évangile , toutefois, à cause qu'elle a la clef des antres sciences , je crois qu'il est très utile d'en avoir étudié le cours entier, en. la façon qu'il s'enseigne dans leà écoles des jé^ «uitçs, fivaQt qu'pu entreprenne d'élever son esprit au-dessqs de la pédanterie fto\\p se faire savant eu la bonne sorte. Et je dois rendre cet honneur à mes maîtfejs , que de dire qu'il p'y a lieu au monde où je juge qu'elle s'enseigne mieux qu'à La Flèche- Ou-^ tre que c'e^t , ce xûb semble , un grand changement pour la première sortie de la maison , que de pas* ser tout d'un coup en un pays différent de langue , de façons de vivre et de religion , au lieu que l'air de La Flèche est voisin du vôtre ; et à cause qu'il y va quantité de jeunes gens de tous les quartiers de la France, ils y font un certain mélange d'humeurs , par la conversation les uns des autres, qui leur

apprend quasi la même chose que s'ils voyageoient;

et enfin l'égalité que les jésuites mettent entre eux, en ne traitant guère d'autre façon les plus relevés que les moindres , est une invention extrê- , mement bonne pour leur ôtèr la tendresse et les autres défauts qu'ils peuvent avoir acquis par la coutume d'être chéris danîs les maisons de leurs parents. Mais, monsieur, j'appréhende qtie la trop bonne opinion que vous m'avez fait avoir de moimême, en prenant la peine de me demaoder mon avis, ne m'ait donné occasion de vous l'écrire plus librement que je ne devois; c'est pourquoi je n'y ose^rien ajouter, sinon que si M. votre fils vient en ces quartiers , je le servirai en tout ce qui me sera possible. J'ai logé à Léyde en une maison où il pourroit être assez bien pour la nourriture ; mais pour les études, je crois qu'il seroit beaucoup mieux à Utrecht, car c'est une umversité qui, n'étant étigée que depuis quatre ou cinq ans , n'a pas encore eu le temps de se corrompre, *et il y a un professeur , appelé M. le Roy, qui m'est intime ami, et qiii, selon mon jugement, vaut plus que tous ceux de Leyde. Je suis , etc.

A M. REGIUS

(Lettre SB du tome I. Version. )

Monsieur,

J'ai reçu vos thèses, et je vous en fais mon re-< merciment ; je n'y ai rien trouvé qui ne m'y plût. Ce que vous y dites de l'action et de la passion ne me paroit point faire de difficulté , pourvu que l'on comprenne bien ce que signifient ces noms : c'està-dire que dans Içs. choses corporelles toute action ,et passion consistent dans le seul mouvement local, et on l'appelle action lorsque ce mouvement est considéré dans le moteur, et passion lorsqu'il est considéré dans la chose qui est mue ; d'où il s'ensuit aussi que, lorsque ces noms sont appliqués à des choses immatérielles, il faut conaidérer en elle quelque chose d'analogue au mouvement, et qu'il faut appeler action celle qui est de la part du moteur,; telle qu'est la volition dans l'âme, et passion de la part de la chose mue, comme l'intellçction et la, vision dans la même âme. Quant à ceux qui croient

I H Les trois lettres sniyantes ont été écrites dans le mois de novembre. Je ne les date pas, de pear de me tromper. *>

5&a LETTRES.

qu'il faut donner le noin d'action à la perception , ils semblent prendre le notn d'action poui^ toute puissance réelle , et celui de' passion pour la seule négation de'^puissancé ; car comme 'ils croient que la perception est une action, ils ne feroient pas aussi difficulté de dire que la réôeptioti du mouvement dans le corps dur , ou la force par laquelle il reçoit le mouvement des autres corps , est une action, ce qui ne peut pas se dire, parceque la passion qui est corrélative à cette action seroît dans le Éooteur , et l'action dans la chose mue. A l'égard de ceux qui disent que toute action peut être ôtée de l'agent, ils ne se trompent pas, si par action ils eîilendent le seul mouvement, sans vouloir comprendre sous le nom d'action toute force telle qu'est la longueur , la largeur, la profondeur et la force de recevoir toutes sortes de figures et de mouvements; car ces choses ne peuvent non plus être ôtées de la matière ou de la quantité, que la pensée le peut être de l'âme. Dans les papiers que - vous m'avez envoyés, P^g^ ^ 5 ligne ^ , sur ces mots, et surtout du c(Bur^ il paroît y avoir quelque erreur de copiste , car les parties ne sont pas pressées par le cœur, mais le sang envoyé au foie des autres parties et surtout du coeur facilite la coctîon. Je ne comprends pas aussi ce qui suit sur cette double ligature , et alternativement dissolue à la page 4 • à moins que vous ne fassiez rexpérience du coeur

LETTRE^. 55l

qu'on peut enfler avec des soufflets, je ne vous conseille pas de mettre cela, car je crains que le cœur étant arraché et froid ne devienne si roide , qu'il ne soit pas possible de l'enfler ainsi ; mais l'expérience est facile à fsiire, et si elle réussit, vou^ la mettrez copime certaiqe, sans vous servir de ces expressions , je juge^ il me ^mbie que cela est ainsû J'omettrois , si j'étois à votre place , ce que yous dites page 5 de l'aimant, car cets choses ne ^ont pas encore bien certaines, non plus que celles de la page 6, touchant les jumeaux et la ressemblance du sexe. Adieu , monsieur , aimez--moi toujours un peu, et faites bien mes compliments à nos amis communs.

A M. REGIUS

( Lettre 87 du tome I. Version. )

J'ai l)u fort rapidement tout ce que vous ui'aviez orxlonné de lire , c'est-à-dire une partie du premier cahier, et une partie du second, et les cinq autres tout entiers. Je n'approuve point ce que vous dites dans votre premier cahier touchant les

choses astringentes , celles qui épaississent et les narcotiques ; car vous donnez comme universelle une matière particulière dont une chose peut arriver , quoiqu'on puisse imaginer plusieurs autres manières qui probablement peuvent produire le même effet. Dans le second vous dites que Fidiopathie est une maladif subsistante par elle-même ; j'aimerois mieux dire qu'elle ne dépend point d'une autre , de peur qu'il ne prenne fantaisie à quelque philosophe de conclure que vous faîtes les maladies des substances. Je vais vous dire'en deux mots ce que je pense des fièvres > afin que m^ lettre contienne quelque chose , car je ne parlerai presque

pas du reste. La fièvre est donc {Le reste ne se

trouve point.)

Si M. Regius veut agir en galant homme , il aura la bonté d*y suppléer j en nous renvoyant ce qu'il a devers lui. (Note de Clerselier.)

A M. REGIUS

(Lettre 88 du tome I. Version.)

J'ai reçu votre lettre dans laquelle vous me proposez deux difficultés sur ce que je vous avois écrit touchant les fièvres. Dans la première vous demandez pourquoi j* ai dit que la cause des accès des fièvres réglées vient presque toujours de la ma-tièrCj qui a besoin de se mûrir en quelque façon avant de se pouvoir mêler au sang, et que les accès de celles qui ne sont pas réglées proviennent d'une matière qui, se logeant dans quelque cavité^ gonfle tellement les parties j qu'elle oblige les pores de s'ouvrir. Il ne vous sera pas difficile de comprendre tout cela , si vous faites attention qu'il n'y a point de raison qui montre que ces cavités puissent être assez grandes et qu'il s'y amasse assez de matière pour qu'elle se vide régulièrement dans tous les hommes ou chaque jour, ou de deux jours l'un, ou de quatre jours l'un; mais qu'il y en a line qui nous fait voir pourquoi certaine humeur a besoin d'un jour pour se mûrir, une autre de deux, et une troisième

de trois. Quant à la seconde question , pourquoi les pores étant ouverts ^ toute la matière ou du moins presque toute la matière se purge , vous en trouverez facilement Ja solution en remarquant qu'il est beaucoup plus difficile d'ouvrir des pores entièrement fermés, que d'empêcher qu'ils se referment quand une fois ils ont été ouverts, en sorte qu'une assez grande abondance de matière doit s'écouler avant qu'ils soient fermés : elle doit même s'écouler presque tpute, lorsqu'il n'y a d'autre cavité que celle qui est formée par le concours de cette matière qui dilate par force les parties , parceque les parties dilatées doivent retourner à leur situation naturelle avant que les pores soient fermés. Que s'il y a une cavité produite par quelque humeur qui aura rongé tes parties, j'avoue qu'après l'expurgation elle demeure pleine de matière corrompue , en sorte que quand les pores sont ouverts , il n'y a que la partie surabondante et qui pousse les cotés de la cavité qui sorte , qui peut être seulement la dixième ou la vingtième partie de la matière contenue dans celte cavité; mais comme il n'y a que cette partie surabondante qui allume l'accès de la fièvre , il me semble par conséquent qu'on doive la compter seule : ainsi il est toujours vrai que toute la matière de la fièvre se purge dans chaque accès. Quant à la gangrène , quoique la circulation du sang arrêtée en quelque partie puisse être quel-

quefois sa cause éloignée , sa cause prochaine est seulement une corruption ou pourriture^ la partie qui peut provenir d'autres causes que de la circulation qui a été arrêtée , laquelle corruption étant déjà formée peut empêcher la circulation. Ce que vous dites de la palpitation ne me satisfait point, et je crois qu'elle peut avoir tant de différentes causes , que je n'oseroîs entreprendre d'en faire ici Fénumération. Je ne crois pas non plus que les excréments sortent plus difficilement parles cheveux coupés que par ceux qui ne le sont pas : ces excréments doivent même sortir plus facilement, à moins que les cheveux ne fussent arrachés jusqu'à la racine, et que les pores par lesquels ils seroient sortis ne fussent entièrement bouchés. Plusieurs personnes sentent des maux de tête lorsqu'ils ont les cheveux fort longs. Le remède est de les couper. Je crois que la cause pourquoi les cheveux coupés croissent, est que les excréments sortent en plus grande abondance dans le bout des cheveux coupés; l'expmence confirme encore cela, parcequ'ils reviennent plus longs que si on ne les avoit jamais coupés, parceque la grande abondance d'excréments qui passent par leurs racines les fait devenir plus grands. Ënfiji, je ne crois pas que la convulsion arrive à cause deTépaisseur des tuniques, mais seulement parceque certaines petites valvules qui sont dans les petits tuyaux des nerfs s'ouvrent et se fer-

ment contre la règle ordinaire , ce que la grossièreté des esprits et la lésion de l'organe peuvent causer, comme une piqûre dans un tendon ou dans un nerf.

A M, REGIUS-

(Lettre gS du tome I. Version.)

Monsieur,

J'ai lu assez rapidement tout ce que vous m'avez envoyé; mais cependant j'y ai donné assez d'attention pour croire que de tout ce qui y est contenu il n'y a rien que je condamne. Pour vos thèses , il y a à la vérité bien des choses que je n'entends pas , et plusieurs même auxquelles, en tant que je puis les entendre , je donnerois une autre explication que la vôtre, ce qui ne me surprend pas : car il est bien ' plus difficile d'exphquer son sentiment sur toutes les parties de la médecine, ce qui est du devoir du

> «e Cette lettre est certainement de Fannëe 1641 9 mais il y a diificnlté ponr le mois. Cependant, s'il n*y a pas de fante dans la lettre, il est constant qae cette lettre est dn commencement de décembre ; car M. Descartes y dit qn'il y a pins de trois mois que l'impression de ses Méditations est achevée à Paris.' Or il est constant qne cette impression n'a été ache- Tée qne le 28 aont i64i> H est aisé de voir par U qne cette lettre anroit été écrite le 3 décembre 1641. »

professeur, que de choisir ce qu*on connoît de plus facile sur cette matière, et garder un profond silence sur tout le reste , comme j^ai fait dans les autres sciences. J'approuve fort votre dessein de ne plus répondre aux questions de M. Silvius. Tout ce que vous pouvez faire^ c'est de lui marquer en peu de mots que ses lettres vous font très grand plaisir , que le zèle qu'il a pour la recherche de la vérité vous est très agréable , et que vous le remerciez bien affectueusement de vous avoir choisi pour vous demander votre avis; mais que vous croyez avoir suffisamment répondu dans vos précédentes à tout ce qui regardé le mouvement du cœur, qu'il semble à présent qu'il n'a plus d'autre vue que de continuer la dispute , et passer d'une question à une autre , ce qui iroit à l'infini ; que vous le priez de l'excuser si vous ne lui réponde^; plus, parceque vous êteà fort occupé d'ailleurs. Eu effet , au commencement de sa dispute , où il demande si les veines ressei*rées selon la mesure du sang qu'elles contiennent doivent être dites pleines ou non pleines , il agite seulement 4ine question de nom, et ensuite lorsqu'il demande qu'on lui montre le sang arrêté par le fer , et quelle est la véritable nature de la pesanteur des corps , il remue de nouvelles questions , et telles que les plus ignorants sont en état d'en proposer en si grand nombre , que le plus savant homme du monde n'en pour-

558 LETTRKS. ^

raît jamais résoudra dans tout le cours de sa vie. Quand ^ de ce que le sang peut sauter des veines dans le cœur, il infère de là que les veines doivent donc battre , il se joue sur Téqiii voque du mot imiUre^f sauter» comme si vous disiez que le sang saute dans les veines ; loraqu'il remarque quelque différence dans la comparaison d'utiei vessiie enflée, comme qu elle est dans un état violent , et qu'elle se désenflç aussitôt qu'on dte la bouche de dessus l'ouverture , il ne f^ne rien à cela, parceque toute comparaison cloche : comme lorsqu'il veut expliquer l'action par laquelle le sang est chassé conti* nuellement par une autre raison que par la con^ traction naturelle des veines ; car de dire que ce» fibres resserrent les vaisseaux, ou que les veines se contractent , c'est précisément la même chose* Je parcourrons le reste de mêm^ , mai* you^ êtes en état de le faire mieux que moi , et vous y av?z déjà répondu en partie dans vos thèses, dans lesquelles vous ajoutez pourtant un corollaire sur le flux et reflux de la mer , que je n'approuve pas ; car vous n'expliquez pas assez la chose pour la rendre iu'telligible ni même probable, ce que plusieurs personnes trouvent aussi à redire dans plusieurs autres propositions que vous avez avancées de la même manière. Ceux qui disent que la mouvement du cœur est animal , ne disent pas davantage que s'ils avouoient bonnement qu'ils ne savent point

la cause du raouveipent du cœur , parcequ'ils ne savent pas ce que c'est que ce mouvement animal. A l'égard des parties des anguilles qui se remuent après avoir été coupées, il n'y en a point d'autre cause que celle qui fait battre la pointe du cœur quand elle est aussi coupée, et la même qui fait que des cordes de boyaux coupées en morceaux, et conservées dans un lieu chaud et humide, se replient comme des vers de terre , quoique ce mouvement s'appelle artificiel , et le premier animal. Dans toutes ces expériences, la seule et véritable cause est la disposition des parties solides et le mouvement des esprits ou des parties fluides qui pénètrent les solides. Il y a trois mois que l'impression de mes Méditations a été achevée à Paris ; je n'en ai pourtant pas encore reçu aucun exemplaire , c'est ce qui me fait consentir à une seconde édition dans ces pays. Je crois que ce qui fait que des corps unis dans un tourbillon sont chassés au centre , c'est que l'eau mètkie agitée circulairement fait effort pour s'écarter en tout seiis , et par ce moyen repousse vers le centre les parties étrangè- . res qui n'ont pas encore acquis toute sa vitesse. Je félicite M. Vander H. " de son nouveau consulat; je le crois digne d'une dictature perpétuelle. Je vous féUdte aussi d'avoir en ce sage magistrat un si

fidèle et si puissant défenseur. Adieu.

< «( Hocilrk. »

560 LETTSES.

(Lettre 28 du tome III.)

Mon révérend, père ,

. Vos lettres ont été gelées par les chemins, car la datte m'apprend que je les devois recevoir il y a quinze jours, ce qui est cause que je n'ai pu répondre plus tôt. Je vous remercie de ce que vous m'écrivez de la part des pères jésuites, et vous verrez en ma lettre latine de quelle façon j'y réponds; mais je vous prfe de la faire voir à leur provincial; et je voudrois bien qu'une autre fois, s'ils vous prient derechef de me faire savoir quel* que chose* de leur part, vous le refusassiez, si ce n'est qu'ils le naissent eux*mémes par écrit , à cause qu'ils peuvent mieux désavouer leur parole que leur écriture : et je prévois déjà qu'ils désavoueront une partie de ce que vous m'ayez cette fois écrit de leur part, et à quoi j'ai été obligé de répondre ; mais n'importe , cela vous servira d'excuse^ pour ne vous plus charger de leurs commissions, s'ils ne les écrivent. Je vous renvoie la lettre du père Bourdin, que j'ai trouvée peu judicieuse ,

« « Fixement a a décembre 1641. »

LETTRES. 56l

mais je n en ai pas voulu toucher un seul mot, à cause que vous me l'aviez défendu. Je crois bien que son provincial Fà envoyé pour vous demander s'il étoit vrai que j'écrivisse contre eux , mais non pas pour me menacer des choses qu'ils savent bien que je ne crains pas , et qui peuvent bien plus m'obliger à écrire que m'en empêcher. Il est certain que j'auroîs choisi le Compendium du père Eustache, comme le meilleur, si j'en avois voulu réfuter quelqu'un; mais aussi est-il vrai que j'ai entièrement perdu le dessein de réfuter cette phi losophie, car je vois qu'elle est si absolument et si clairement détruite par le seul établissement de la mienne » qu'il n'est pas besoin d'auti'e réfutation : mais je n'ai pas voulu lem* en rien écrire, ni leur rien promettre, à cause que je pourrai peut-être changer de dessein , s'ils m'en donnent occasion. Et cependant je vous prie de ne craindre pour moi aucune chose ; car je vous assure que si j'ai quelque intérêt d'être bien avec eux , ils n'en ont peut-être pas moins d'être bien avec moi^ et de ne se point opposer à mes desseins : car s'ils le faisoient, ils m'obligeroiept d'examiner quelqu'un de leurs cours , et de l'examiner de telle sorte que ce leur seroit une honte à jamai^. J'ai feint de n'oser pas vous prier de faire voir ma lettre au père provipcial, mais je serois pourtant bien marri qu'il ne la vît point. Je suis , etc.

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