A UN R. P. DE L'ORATOIRE
DOCTEUR DE SOEBONNS^
(Lettre io5 du tome I. )
Monsieur et riévérend père,
J'ai assez éprouvé combien vous favorisiez le désir que j'ai de faire quelque progrès en la recherche de la vérité, et le témoignage que vous m'en rendez encore par lettres m*oblige extrêmement. Je suis aussi très obligé au R. P. de la Barde pour avoir pris la peine de lire mes pensées de métaphysique, et m'avoir fait la faveur de les défendre
X « /a n'ai reçu aucuns exemplaires de Joli, et si i>ous lui parliez ou
faisiez parler , je crois qu'on le pourrait avertir que je Vempécherois de
jouir de mon privilège , puisqu'il n'a pas satisfait aux conditions par les-
quelles je lui ai donné, et que foi par écrit signées, de sa main, Mundèz^
moi quijBst maintenant général de l'Oratoire. Je suis^ €tc. » -
* « Point de doute qne cette lettre ne soit adressée an P. Gibienf , pcrc de l'Oratoire. Elle est écrite depuis 1641; car M. Descartes y parle de M. Amaold comme n'étant docteur qne depuis peu , et il est constant que M. Arnanld n'a pris le bonnet qu'en 1642. »
contre ceux qui m accusoient de mettre tout en doute : il a très parfkitement pris mon intention ; et si j'avois plusieurs protecteurs tels que vous et lui, je ne douterois point que mon parti ne se rendît bientôt le plus fort; mais quoique je n'en aie que fort peu , je ne laisse pas d'avoir beaucoup de satis&ction , de ce que ce sont* les plus grands hommes > et les meilleurs esprits qui goûtent et favorisent le plus mes opinions. Je me laisse aisément persuader que si le R, P. G. ' eût vécu , û en auroit été des principaux , et bien qu'il n y ait pas longtemps que M. Arnauld soit docteur , je ne laisse pas d'estimer. plus son jugement que celui d'une moi^ tié des anciens. Mon espérance n'a point été d'ob«tenir leur approbation en corps; j'ai trop bien su et prédit, il y a long-temps, que mes pensées ne seroient pas au goût de la multitude , et qu'où la pluralité des voix auroit lieu , elles seroient aisément condamnées. Je n'ai pas aussi désiré celle des particuliers , à cause que je serois marri qu'ils fissent rien à mon sujet qui pût être désagréable à leurs confrères , et aussi qu'elle s'obtient si facilement pour les autres livres, que j'ai cru que la cause pour laquelle on pourroit juger que je ne l'aï pas ne me seroit point désavantageuse ; mais cela ne m'a pas empêché d'offrir mes Méditations à votre
> « Gondraod ; le P. Gibieaf n'est mort à Saint^Magloire qne le 6 \mn i65o. »
faculté, afin de les faire d'autant mieux examind*, et que si ceux d'un corps si célèbre ne trouvoienl point de justes raisons pouir les reprendre , cela me pût assurer des vérités qu'elles contiennent.
Pour ce qui est du principe par leqnel il me sensble connôitre que l'idée que j'ai d'une cbose, non redditur a me inadaquaia fer abstractionem intellect iuê , je ne le tire qUe de ma propre pensée; car étant assuré que je ne puis avoir aucune connoissance de lie qui est hors de moi que par l'entre-» mise des idées que j'en ai en moi , je me garde bien de rapporter mes jugements immédiaten^ent auit t^oses , et de leur rien attribper de poiitif que je ne l'aperçoive auparavant en ietirs idées : mais je crois aussi que tout ce qui se trouve en ces idées ^st nécessairement dans les choses ; ainsi pour sa^ voir si mon idée n'est point rendue non complète , ou inadœquata, par quelque abstraction de mon esprit, j'examine seulement si je ne Fai point tirée, non de quelque sujet plus complet, mais de quelque autre idée plus complète et plus parfaite que J'aie en moi, et si je ne l'en ai point tirée p^r abs'îractionem iniellectus ^ c'e$t*à-<lire en détournant ma pensée d'une partie de ce qui est cornpris ea cette idée complète, pour l'appliquer ^d'autant mieux, et me rendre d'autant plus attentif k Fautre partie, comme lorsque je considère une figure sans penser à la substance ni à la quantité dont elle
est figure,. Je £m& une abstraction d'esprit que je puis aiséipenç reoonnoitre par après , en examinant $i |e n^at point tiré cette^ idée que j ai de la figure dé quelque autre que j'as^ue auparavant, et k qui elle est i^lement jointe, que , bien quon puisse penser à l'une sans avoir aucune attention À Fau-^ tre , on xké puisse toutefois la nier de cette autre lorsqu'on pense à toutes tes deux-; car je vois clai^ reœent que l'idée de la figure est ain^i jointe à l'idée de rextensioQ et de la substance, vu qu'il est impossible que je conçcâve une figure en niant qur'elle ait aucune extension , ^ en niant qu'elle soit l'extension d'unie substance; mais Tidée d'iuie substance étendue et figurée est complète, à cause que je,la puis cimcevoir toute seule, et nier d'elle toutes les ëutres choses dont j'ai des idiées. Or il est , ce me semble , £oit clair que l'idée que j 'ai d'iine substiuioe qtai pense est complète en cette faiçony et que je n^ài aucune autre idée en mon esprit quî la précède et qui lui soit tellement jointe, que je ne les puisse bien rconcevoir en les Jiiant l'une de l'autre; car il ne peut y en avoir de telle «éi moi que je he la oonnoisse. £t enfin ce ne sont que les mo** des seîds, dont les idées sont rendues non oomplè*^ tes par l'abstraction de notre esprit^ lorsque nous les considérons sans la cbose dont ils sont modes ; car pour les substances elles ne peuvent n^étre pas complètes , et même il est impossible de concevoir
aucune de ces qualités qu on nomme réelles, que par cela seul qu'on les nomme réelles, on ne les conçoive comme complètes , ce qui fait aussi qu'on avoue qu'elles peuvent être séparées de là substance, sinon naturellement , au moins surnaturellement, ce qui suffit. On dira peut-être que la difficulté demeure encore , à cause que bien que je conçoive l'âme et le corps comme deux substances qui peuvent être^l'une sans l'autre, je ne suis pas toutefois assuré qu'elles soient telles que je les crois. Mais il en faut revenir à la règle ci-devant posée, à savoir, que nous ne pouvons avoir aucune connoissance des choses que par les idées que nous en concevons, et que par conséquent nous n'en devons juger que suivant ces idées, et même penser que tout ce qui répugne à ces idées est absolument impossible et implique contradiction. Ainsi nous n'avons aucune autre raison pour assurer qu'il n'y a point de montagne sans vallée, sinon que nous voyons que leurs idées ne peuvent être complètes quand nous les considérons l'une sans l'autre, bien que nous puissions par abstraction avoir l'idée d'une montagne ou d'un lieu par lequel on monte de bas en haut^ sans considérer qu'on peut aussi descendre par le même de haut en bas. Ainsi nous pouvons dire qu'il implique contradiction qu'il y ait des atomes ou des parties de matière qui aient de re:!Ktension , et toutefois qui
soient indivisibles, à cause qu'on ne peut avoir l'idée d'aucune extension, sans avQÎr aussi celle de sa moitié ou de son tiers , ni par conséquent sans la concevoir comme divisible en deux ou en trois ; car de cela seul que je considère les deux moitiés d'une partie de matière , tant petite qu'elle puisse être, comme deux substances complètes, et tfuarum idea non redduntur a me inadœquaiœ per abstractionem intellectuSy je conclus certainement qu'elles sont réellement divisibles; et si l'on me disoit que, nonobstant que je les puisse concevoir l'une sans l'autre , je ne sais pas pour cela si Dieu ne les a point unies ou jointes l'une à l'autre d'un lien si étroit qu'elles soient entièrement inséparables, et ainsi que je n'ai pas raison de l'assurer , je répondrois que, de quelque lieu qu'il puisse le$ avoir jointes, je suis assuré qu'il'les peut séparer, et ainsi, absolument parlant, qu'elles peuvei)t être séparées , puisqu'il m'a donné la faculté de les concevoir comme séparées : et je dis tout de même de l'âme et du corps, et généralement de toutes les choses dont nous avons des idées diverses et complètes; mais je ne nie pas pour cela qu'il pe puisse y avoir dans l'âme ou dans le corps plusieurs choses dont je n'ai aucunes idées , je nie seulement qu'il y ait rien qui répugne aux idées que j'en ai , . car autrement Dieu seroit trompeur , et nous n'aurions aucune règle pour nous assurer de la vérité.
La raison pour laquelle je crois que Time pense toujows est la même qui me £siit croire que la.. lumière luit toujours, bien qu'il n'y a point d'yeux qui la regardent; que la chaleur est tou-^ jours chaude, bien qu'on ne s'y chauffe point; que le oorps ou la substance étendue a toujours de l'extension , et généralement que ce qui constitue la nature d'une chose y est toujours pendant qu'elle existe; en sorte qu'il me seroit bien plus aisé de croire q[ue l'âme cesseroit d'être quand on dit qu'elle cesse de penser, que non pas de concevoir qu'elle soit sans pensée. Et je ne vois ici aucune difficulté^ qu'à cause qu'on juge superflu de croire qu'elle pense lorsqu'il ne nous en reste aucun souvenir par après; mais si on considère que nous avqns toutes les nuits mille pensées, et même qu'en veillant nous en avons eu mille depuis une heure, doat il ne nous reste aucune trace, et dont nous ne voyons pas mieux l'utilité que de celles q\ie nous pouvons avoir eues avant que de naître, on aura bien moins de peine à se le persuader , qu'à juger qu'une substance dont la nature est de penser , puisse exister et tootefbis ne point priser. Je ne vois aussi aucune difficulté à entendre que les facultés d'imaginer et de sentir appartiennent à Fàmè , à cause que ce sont des espèces de pensées; et néanmoins elles n'àppartiennent à l'àme qu'en tant qu'elle est jointe au corps,
à cause que ce sont des espèces de pensées sans lesquelles on peut concevoir l'âoie toute pure. Pour ce, qui est des animaux, nous connoissons bien en eux des mouvements semblables à ceux qui suivent de nos imaginations ou sentiments , mais non pas pour cela des imaginations ou sentiments; et au contraire , ces mêmes mouvements se pouvant faire sans imagination , nous avons raison de croire que c'est ainsi qu'ils se font en eux, ainsi que j'espère faire voir iclaifement en décrivant par le menu toute l'airchitecture de leur corps , et Içs causes de leurs mouvements. Mais je cfalns que je ne vous aie déjà ennuyé par la longueur de cette lettre ; jp me tiendrai très heureux si vous me continues rhonneut* de votre bienveillance et la faveur de votre protection , comme à celui qui est, etc.
A M. REGIUS'
(Lettre 90 du tome I. Version.)
Monsieur,
Vous ne pouviez rien mettre de plus dur, et qui fût plus capable de réveiller les mauvaises intentions de vos ennemis, et leur fournir des sujets de plainte, que ce que vous avez mis dans vos thèses, que rhomme est un. être par accident. Je ne vois pas de plus sur moyen pour corriger cela que de dire que dans votre neuvième thèse vous avez considéré tout l'homme par rapport aux parties qui le composent , et que dans la dixième vous avez considéré les parties par rapport au tout; que dans la neuvième, dis-je, vous avez dit que l'homme est composé d'une âme , et d'un corps par accident, pour marquer qu'on pourroit dire en quelque façon qu'il étoit accideqtaire au corps d'être uni à l'âme, et à l'âme d'être unie au corps, puis-
' <c La thèse dont parle ici M. Descartes fut soutenue par un des écoliers * de M. Leroy, ce qui ayant excité un grand bmit dans l'Université y M. Leroy en donna avis à M. 'Bescartes par nne lettre que notis n'avons pas, et M. Descartes lui récrivit celle-ci vers le i5 décembre 1641 . »
que le corps peut exister sans Tâme , et rame sans le corps : car nous appelons accident tout ce qui est présent ou absent sans la corruption du sujet , quoique vc6nsidéré en isoF^tnéme ce soit peut-être ime substance, comime Thabit est accidentel à l'homme; mais que vous n^avez pas prétendu dire que l'homme soit un être par accident, et que vous aviez asse^ £aât voir dans, votre dixième thèse que vous entendiez qu^l est un être par soi-même; oàr vous y àves&dit que i'àme et le corps par rapport i lui.étoient des substances incomplètes^ et dès là qu'elles sont incomplètes; il s'ensuit que te tout qu'ils 4;omposent est un être par soi-même ; et ppur faire vcât que ce qui est im être par soi-même peut devenir ihi être par accident , lés rats , qui sont engendrés ou faits par accaident des ofdùres , sont cependant des êtres par eux-mêmes. On peut s^^^ lement vous objecter qu'il n'est point accidentel au corps humain d'être uni à l'âme, mais que c'est sa propre nature; parceque le corps ayant toutes les dispositions requises pour recevoir l'âme , «ans lesquelles il n'est pas proprement un corps hiimaijd, il ne se peut faire sans coiracle que Tàme ne lui soit unie. On nous objectera aussi cpill u'est pas acxidentel à l'âme d'hêtre jointe an corps, mais seur lement qu'il lui est accidentel après -la mort d'être séparée du corps , ce qu'il ne faut pas absolumenrt nfer, de peur de choquer derechef les théologiens;
piais cependant il faut répondre qu'on peut appeler ces d^ux substances »eci dentelles , en ce que ne considérant que le corps seul, nous n'y* voyons rien qui demande d'être uni à l'âme, et rien dans rame qui demanda d'être uni au corps; c'est pourquoi j'ai dit un peu auparavant que l'homme est en quelque façon » et non absolument parlant , un ^e accidentel. I/altération simple est oelle qui ne change point la forme du sujet, comqiie quand le bois s'échauffe, et la génération estoeUequi change la forme , comme quand le bois est consumé par le feu ; et en effet, quoique l'un ne se fasse pas d'une autre manière que l'autre , il y a cependant une grande différence, soit dans la mamère de concevoir, soit dans la vérité de la chose; car les formes , du moins les plus parfaites , sont un amas de plusieurs qualités qui ont la force de se conserver mutuellement ensemble ; mais dans le bois c'est seulement une chaleur modérée à laquelle il retourne de soi-même , fiprès qu'il s'est édhau£fé dans le feu ; c'est une chaleur véhémente qu'il conserviB toujours tant qu'il est feu. Vous ne devez pas être fâché contre le collègue qui vous conseilloit d'ajouter un corollaire pour expliquer votre thèse , il me paroît qu'il vous donnoit un conseil d'ami. Vous avez oublié un mot dans vos thèses manuscrites. Dans la dixième thèse , vous mettez ces mots toutes les autres^ et vous ne dites point ce que c'est.
Vous voulez dire toutes le9 autres qualités. Je n'ai rien à dire sur tout le reste y car je vois qu'elles ne contiennent presque autre chose que ce que vou$ avez déjà mis autre part; vous^vez raison, car ce seroit un très grand travail de vouloir inventer teajours quelque chose de nouveau. Si vous venez me voir , vous me ferez toujours un très grand plaisir. Adieu.
il M. REGIUS".
(Lettre 89 da tome I. Vision.)
MoirsiEUR,
J'ai eu l'honneur de posséder toute cette aprèsdînée l'illustre ]Vt* Al. ' ; il m'a entretenu fort longtemps des affaires d'Utrecht , avec une bonté et une sagesse qui m'ont charmé ; je suis tout-à:fait. de son avis que vous devez vous abstenir durant;
■ « D'abord Descavtes reçut la lettre de Leroy du 24 février , examina récrit qu'il loi envoyoit , lui «n.^t tûu sentiment , et fît lui-même une autre réponse à ces thèses de Voëtins; pendant qu'il travailloit à cela-, M. Leroy, qui s'impatieutoit , récrivit à M. Descartes une seconde lettt«, datée du a février. Cela hâta M. Descartes, et dès le 6 février il lui en- ▼oya son écrit et sa lettre , qui font la 89* de ce i**^ volume. »
• « Alphoaaus. »
5§Ô L£TTRES.
un certaiii temps des disputes publiques , et vouâ^ donner bien de garded'digrir personne contre vous par .des paroles trop dures. Je souhaiterois bien aussi que vous n'avançassiez aucunes ojpinions nouvelles; mais que vous vous tinssiez seulement de nom aux anciennes , vous contentant de donner
des raisons nouvelles, ce qUe personne ne pourroit reprendre:, et ceux qui prendroient bien vos raisons en concluroient . d'eux - mêmes ce que vous souhaitez qu'on enteude. Par exemple, sur les formes substantielles et sur les qualités réelles , quelle nécessité de le^' rejeter ouvertement ? Vous pouvez vous souvenir que dans mes Météores, page 173 de l'édition françoise, j'ai dit en termes exprès que je ne les rejetois ni ne les niois aucunement , mais seulement que je ne les croyois pas nécessaires pour expliquer mes sentiments. Si vous eussiez tenu cette conduite , aucun de vos auditeurs ne les auroit admises , quand il se seroit aperçu qu'elles ne sont d'aucun usage, et vous ne vous seriez pas chargé de l'envie de vos collègues : mais ce qui est fait est fait ; le seul remède que j'y trouve présentement est de défendre les propositions vraies que vous avez avancées, le plus modestement qu'il vous sera possible ; et s'il nous en est échappé quelques unes défausses, ou qui ne soient pas assez exactes, vous les corrigerez sans entêtement. Vous devez être persuadé qu'il n'y a rien de plus louable à un
philosophe que #avouer sincèreiiieiit ses erreurs> Par ewEople, lorsque vous dites que Fhomine est un être par accident, j% sais que vous n'entendez que tout ce queles autres philosophe» entendent y savoir qu'il est un composé de deux choses réellement distinctes : mais comme les écoles i^'entendent pas ce mot, être par accident, dans le même srens^ il est beaucoup mieux , supposé que vous ne puissiez pas vous servir de l'explication que je vous avois insinuée dans mes précédentes ( car je vois que vous vous détournez un peu du s^is que j'y dônue, et que vous n'évitez pas tout-à-fa)t cet écueil dans votre dernier écrit ) , il est , dis-je , beaucoup mieuK d'avouer bonnement que vous n'aviez pas tout-à-fait bien compris ce terme de l'école , que de déguiser la chose mal à propos, et qu'étant d'accord avec les autres pour le fond , vous n'avez été diffé* rent que pour les termes ; ainsi , toutes les fois que l'occasion s'en présentera, vous devez avouer , soit en particulier, soit en public , que vous croyez que l'homme est un véritable être par soi et non par accident; et que l'âme est réellement et substantiellement unie au corps , non par sa situation et sa disposition ( comme vous dites dans votre dernier écrit , ce qui est encore faux et sujet à être repris selon moi ),. mais qu'elle est, dis«-je, unie au corps par une véritable union, telle que tous les philo^ sôphes , l'admettent , quoiqu'on n'explique point
58a LETTRES.
quelle est cette ttnion , ce que volis n*étes pas tenu non plus de faire. Cependant vous pouvez l'expliquer, comme je 'l'ai fait dans ma Métaphysique, en disant que nous percevons que les sentiments de douleur, et tous autres de pareille nature, ne sont pas de pures pensées de Tâme distincte du corps, mais des perceptions confuses de cette âme qui est réellement unie au corps : car si un ange étoit uni au corps humain , il n'auroit pas les sen*timents tels que nous, mais il percevroit seulement les mouvements causés par les objets extérieurs , et par là il seroit différent d'un véritable homme.
A l'égard de votre écrit, quoique je ne voie pas bien ce que vous prétendez par là, il me semble cependant, pour vous avouer ingénument ma pensée, qu'il ne tend pas à votre but, et qu'il ne s'accorde nullement au temps présent , car vous y dites beaucoup de choses assez dures, et vous n'y expliquez pas assez clairement les raisons qui peuvent servir à la défense de la bonne cause ; en sorte qu'on diroit qu'en l'écrivant votre esprit est tombé dans une espèpe de langueur que le chagrin ou l'indignation vous ont causée. J'espère que vous excuserez la liberté que je prends; et comme il me seroit plus difficile de vous dire ce que je pense sur chaque article de votre écrit, que de vous tracer • un modèle semblable, je prendrai ce dernier partie