‹ Œuvres de DescartesChapitre 11 sur 90 · 9MA · texte numérisé non relu

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41, la

et je vois ici que le plus grand angle ONP peut être de 4* degrés 3o minutes , et le plus petit SQR de 5 1,54; à ^^^ ajoutant ou ôtant environ 17 minutes pour le demi-diamètre du soleil, j'ai 4^47 pour lej)lus grand demi-diamètre de Tarc-en-ciel intérieur, et 5 1,37 pour le plus petit de l'extérieur.

28q les météores.

Il est vraf que Teau étant chaude , sa réfraction est tant soit peu moindre que lorsqu'elle est froide, ce qui peut changer quelque chose en ce calcul : toutefois cela ne sauroit augmenter le demi-diamètre de l'arc-en-ciel intérieur que d'un ou deux degrés tout au plus, et lors celui de l'extérieur sera de presque deux fois autant plus petit. Ce qui est digne d'être remarqué, pourceque par là on peut démontrer que la réfraction de Feau ne peut être guère moindre ni plus grande que je la suppose; car pour peu qu'elle fût plus grande, elle rendroit le demi-diamètre de l'arc-en-ciel intérieur moindre que 4* degrés, au lieu que par la créance commune on lui en donne 45; ^t si on la suppose assez petite pour faire qu*il soit véritablement de 45,, on trouvera que celui de l'extérieur ne sera aussi guère plus de 45» au lieu qu'il paroît à l'œil beaucoup plus grand que celui de l'intérieur. Et Maurolycus , qui est je crois le premier qui a déterminé l'un de 45 degrés , détermine l'autre d'environ 56 ; ce qui montre le peu de foi qu'on doit ajouter aux observations qui ne sont pas accompagnées de la vraie raison. Au reste , je n'ai pas eu peine à connoître pourquoi le rouge est en d^ors en l'arc-en-ciel intérieur, ni pourquoi il est en dedans en l'extérieur ; car la même cause pour laquelle c'est vers F' plutôt que vers H qu'il paroit

>. Figure ao.

au travers du cristal MNP, fait que si, ayant l'œil en la place du linge blanc FGH, on regarde ce cristal, on y verra le rouge vers sa partie plus épaisse MP, et le bleu vers N , pourceque le rayon teint de rouge qui va vers F vient de G, la partie du soleil la plus avancée vers MP ; et cette même cause fait aussi que le centre des gouttes d'eau , et par conséquent leur plus épaisse partie, étant en dehors au respect des points colorés qui forment l'arc-en-ciel intérieur, le rouge y doit paroître en dehors, et qu'étant en dedans au respect de ceux qui forment l'extérieur , le rouge y doit aussi paroître en dedans.

Ainsi je crois qu'il ne reste plus aucune difficulté en cette matière , si .ce n'est peut-être touchant les irrégularités qui s'y rencontrent, comme lorsque l'arc n'est pas exactement rond , ou que son centre n'est pas en la ligne droite qui passe par l'œil et le soleil , ce qui peut arriver si les vents changent la figure des gouttes de pluie ; car elles ne sauroient perdre si peu de leur rondeur que cela ne fasse une notable différence en l'angle sous lequel les couleurs doivent paroître. On a vu aussi quelquefois, à ce qu'on m'a dit, un arc-en-ciel tellement renversé que ses cornes étoient tournées vers en haut , comme est ici représenté FF' ; ce que je ne saurois juger être arrivé que par la réflexion

' Figure 23.

2^2 LES MiTlÉORES.

desrayonsdu soleil donnant sur l'eau de la mer ou de quelque lac; comme si, venant de la partie du ciel SS9 ils tombent sur Teau DA.E, et de là se ré« fléchissent vers la pluie CF, l'œil B verra l'arc FF, dont le centre est au point C, en sorte que CB étant prolongée jusques à A , et AS passant par le centre du soleil, les angles SAD et BAE soient égaux , et que l'angle CBF soit d'environ 42 degrés. Toutefois il est aussi requis à cet effet qu'il n'y ait point du tout de vent qui trouble la surface de l'eau vers E, et peut-être avec cela qu'il y ait quelque Çiue, comme G, qui empêche que la lumière du soleil, allant en ligne droite vers la pluie, n'efface celle que cette eau £ y envoie; d'où vient qu'il n'arrive que rarement. Outre cela l'œil peut être en telle situation au respect du soleil et de la pluie, qu'on verra la partie inférieure qui ^chève le cercle de l'arc-çn-ciel, sans voir la supérieure, et aussi qu'on la prendra pour un arcren versé, nonobstant qu'on ne la verra pas vers le ciel , mais vers l'eau ou vers la terre.

On m'a dit aussi avoir vu quelquefois un troi* sième arc-en-ciel au-dessus des deux ordinaires, mais qui étoit beaucoup plus foible, et environ aut£^nt éloigné du second que le second du prefnier; ce que je ne juge pas pouvoir être arrivé, ^i ce n'est qu'il y ait eu des grains de grêle , fort ronds et fort transparents mêlés parmi la pluie ,

DISCOURS HUITIEME. â83

dans lesquels la réfraction étant notablement plus grande que dans l'eau , l'arc-en-ciel extérieur aura dû y être bieauçoup plus grand, et ainsi paroître au-dessus de l^autre. Et pour l'intérieur, qui, par même raison , aura dû être plus petit que l'int«-^ rieur de la pluie, il se peut faire qu'il n'aura point été remarqué, à cause du grand lustre des celui-ci, ou bien que leurs extrémités s'étant jointes , on ne les aura comptés tous deux que pour un , mais pour un dont les couleurs auront été autrement disposées qu'à l'ordinaire.

Et ceci me fait souvenir d'une invention pour faire paroître des signes dans le ciel, qui pourroient causer grande admiration à ceux qui en ignoreroient les raisons. Je suppose que vous savez déjà la façon de faire voir l'arc-en^ciel par le moyen d'une fontaine. Comme si* l'eau qui sort par les petits trous ABC ^ sautant assez haut , s'épand en l'air de tous côtés vers R , et que le soleil soit vers Z , en sorte que ZEM, étant ligne droite, l'angle MER puisse être d'environ 4^ degrés , l'œil E ne manquera pas de voir l'iris vers R tout semblable à celui qui paroît dans le ciel. A quoi il faut maintenant ajouter qu'il y a des huiles, des eaux-de-vie et d'autres liqueurs dans lesquelles la réfraction se fait notable^ ment plus grande ou plus petite qu'en l'eau com^ mune, et qui ne sont pas pour cela moins claires

' Figure a4.

et transparentes : en sorte qu'on pourroit disposer par ordre plusieiu's fontaines , dans lesquelles y ayant diverses de ces liqueurs, on y verroit par leur moyen toute une grande partie du ciel pleine des couleurs de Tiris ; à savoir, en faisant que les liqueurs dont la réfraction seroit la plus grande fussent les plus proches des spectateurs , et qu'elles ne s'élevassent point si haut qu'elles empêchassent la vue de celles qui seroîent derrière ; puis à causé que , fermant une partie des trous ABC , on peut faire disparoître telle partie de l'iris RR qu'on veut sans ôter les autres, il est aisé à entendre que tout de même, ouvrant et fermant à propos les trous de ces diverses fontaines, on pourra faire que ce qui paroîtra coloré ait la figure d'une croix, ou d'une colonne, ou de quelque autre telle chose qui donne sujet d'admiration. Mais j'avoue qu'il y faudroit de l'adresse et de la dépense , afin de proportionner ces fontaines, et faire que les liqueurs y sautassent si haut que ces figures pussent être vues de fort loin par tout un peuple sans que l'artifice s'en découvrît.

Discours neuvième. ^85

DE LA COULEUR DES NUES ET DES CERCLES OU COURONNES qu'on VOIT QUELQUEFOIS AUTOUR DES ASTRES.

Après ce que j'ai dit de la nature des couleurs ,, je ne crois pas avoir beaucoup de choses à ajouter touchant celles qu'on voit dans les nues; car pre-: mîèrement, pour ce qui est de leur blancheur et de leur obscurité ou noirceur, elle ne procède que de ce qu'elles sont plus ou moins exposées à la lumière des astres ou à l'ombre tant d'elles-mêmes que de leurs voisines. Et il y a seulement ici deux choses à remarquer , dont l'une est que les superficies des corps transparents font réfléchir une partie des rayons qui viennent vers elles , ainsi que j'ai dit ci-dessus; ce qui est cause que la lumière peut mieux pénétrer au travers de trois piques d^eau qu'elle ne fait au travers d'un peu d'écume, qui n'est toutefois autre chose que de l'eau , mais en laquelle il y a plusieurs superficies, dont la première faisant réfléchir une partie de cette lumière, et la seconde une autre partie , et ainsi de

a86 LES MÉTÉORES.

suite, il n'en reste bientôt plus du tout ou presque plus qui passe outre. Et c'est ainsi que ni le verre pilé, ni la necge, ni les nues, lorsqu'elles sont un peu épaisses , ne peuvent être transparentes. L'autre chose qu'il y a ici à remarquer, est qu'encore que l'action des corps lumineux ne soit que de pousser en ligne droite la matière subtile qui touché nos yeux, toutefois le mouvement ordinaire des petites parties de cette matière, au moins de celles qui sont en l'air autour de nous , est de rouler en même façon qu'une balle roule étant à terre , encore qu'on ne l'ait poussée qu'en ligne droite. Et ce sont proprement les corps qui les font rouler en cette sorte qu'on nomme blancs; comme font sans doute tous ceux qui ne manquent d'être transparents qu'à cause de la multitude de leurs superficies , tels que sont l'écume , le verre pilé , la neige et les nues» Ensuite de quoi on peut entendre pourquoi le ciel étant fort pur et déchargé de tous nuages paroît bleu, pourvu qu'on sache que de luimême il ne retid aucune clarté , et qu'il paroîtroit extrêmement noir s'il n'y avoit point dutoutd'exha* laisons ni de vapeurs au-dessus de nous , mais qu'il y en a toujours pjus ou moins qui font réfléchir quelques rayons vers nos yeux, c'est-à-dire qui repoussent vers nous les petites parties de la matière subtileque le soleil ou les autres astres ont poussées contre elles ; et lorsque ces vapeurs sont en assez

BISGOtTHS TTEUVIÈME. 287

grand nombre, la matière subtile étant repoussée vers nous par les premières , en rencontre d'autres après qui font rouler et tournoyer ses petites parties avant qu'elles parviennent à nous ; ce qui fait alors paroître le ciel blanc , au lieu que si elle n'en rencontre pas assez pour faire ainsi tournoyer ses parties , il ne doit paroître que bleu , suivant ce qui a été tantôt dit de la nature de la couleur bleue. Et c'est la même cause qui fait aussi que l'eau de la mer , aux endroits où elle est fort pure et fort profonde, semble être bleue ; car il ne se réfléchit de sa superficie que peu de rayons, et aucun de ceux qui la pénètrent ne revient. De plus , on peut ici entendre pourquoi souvent, quand le soleil se couche ou se lève, tout le côté du ciel vers lequel il est paroît rouge; ce qui arrive lorsqu'il n'y a point tant de nues ou plutôt de brouillards entre lui et nous que sa lumière ne puisse les traverser, maâs qu'elle ne les traverse pas si aisément tout contre la terre qu'un peu plus haut ni si aisément un peu plus haut que beaucoup plus haut; c^r il est évident que cette lumière, souffrant réfraction dans^ces brouillards, détermine les parties de la matière subtile qui la transmettent à tournoyer en même sens que feroit une boule qui viendrott du même côté en roulant sur terre ; de façon que le tournoiement des plus basses est toujours augmenté par l'action de celles qui

â88 LES MÉTÉORES.

sont plus hautes, à cause qu'elle est supposée plus forte que la leur; et vous savez qu^ cela suffit pour faire paroître la couleur rouge, laquelle se réfléchissant après dans les nues, se peut étendre de tous côtés dans le ciel ; et il est à remarquer que cette couleur paroissant le matin présage des venta ou de la pluie , à cause qu'elle témoigne qu'y ayant peu de nues vers l'orient, le soleil pourra élever beaucoup de vapeurs avant le midi , et que les brouillards qui la font paroitre commencent à monter; au lieu que le soir elle témoigne le beau temps , à cause que n'y ayant que peu ou point de nues vers le couchant, les vents orientaux doivent régner, et les brouillards descendent pendant la nuit.

Je ne m'arrête point à parler plus particulièrement des autres couleurs qu'on voit dans les nues , car je crois que les causes en sont toutes assez comprises en ce que j'ai dit ; mais il paroit quelquefois certains cercles autour des astres dont je ne dois pas omettre l'explication. Ils sont semblables à l'arc-en-ciel en ce qu'ils sont ronds ou presque ronds , et environnent toujours le soleil ou quelque autre astre, ce qui montre qu'ils sont causés par quelque réflexion ou réfraction dont les angles sont à peu près tous égaux; comme aussi en ce qu'ils sont colorés , ce qui montre qu'il y a de la réfraction, et de l'ombre qui limite la

DISCOCKS NEUVIEME. 5289

• iuimère qui les produit. Mais ils dilïèrent en ce que l'arc-en-ciel ne se voit jamais que lorsqu'il pleut actuellement au Keu vers lequel on le voit , bien que souvent il ne pleuve pas au lieii où est te spectateur; et eux ne se voient jamais. où il pleut : ce qui montre qu'ils ne sont pas causés par la réfraction qui se fait en des gouttes d'eau ou en de la grêle, mais par celle qui se fait en ces petites étoiles de glace transparentes dont il a été parlé cidessus ; car on ne sauroit imaginer dans les nues aucune autre cause qui soit capable d'un tel effet ; et si on ne voit jamais tomber de telles étoiles que lorsqu'il fait froid, la raison nous assure qu'il ne laisse pas de s'en former en toutes saisons. Même , à cause qu'il est besoin de quelque chaleur

-pour faire que de blanches qu'elles sont au commencement , elles deviennent transparentes , ainsi qu'il est requis à cet effet, il est vraisemblable que l'été y est plus propre que Thiver. Et encore que la plupart de celles qui tombent paroissent à l'œil extrêmement plat^ et unies , il est certain néanmoins qu'elles sont toutes quelque peu plus épaisses au milieu qu'aux extrémités, ainsi qu'il se voit aussi à l'œil en quelques unes ; et selon qu elles le sont plus ou moins , elles font paroître ces cercles plus ou moins grands : car il y en a sans doute de plusieurs grandeurs. Et si ceux qu'on a

le plus souvent observés ont eu leur diamètre 5. 19

2g0 LES M£T£ORES.

d'environ 4^ degrés , ainsi que quelques uns ont écrit 9 je veux croire que les parcelles de glace qui les causent de cette grandeur ont Is^ convexité qui leur est la plus ordinaire, qui éftt peut-être aussi la plus grande qu'elles aient coutume d'acquérir sans achever entièrement de se fondre. Soit, par exemple , AtiC < le soleil , D l'œil , £FG plusieurs petites parcelles de glace transparentes arrangées côte à côte les unes des autres, ainsi qu'elles sont en se formant , et dont la convexilé est telle que le rayon venant par exemple du point A sur l'extrémité de celle qui est marquée G , et du point G iur l'extrémité de celle qui est marquée F , retourne vers D, et qu'il en vient vers D plusieurs autres de ceux qui traversent les autres parcelles de glace qui sont vers £, mais non point aucun de ceux qui traversent celles qui sont au-delà du cercle GG; il est manifeste qu'outre que les rayons AD, CD, et semblables , qui passent en ligne droite, font paroître le soleil de sa grandeur accoutumée, les autres qui souffrent réfraction vers ££ doivent rendre toute l'aire comprise dans le cercle FF assez brillante, et faire que la circonférence entre les cercles FF et GG soit comme une couronne peinte des couleurs de l'arc-en-ciel; et même que le rouge y doit être en dedans vers F, et le bleu en dehors vers G, tout de même qu'on a coutume de l'obser-

« Figare a 5.

ver. Et s'il y a deux ou plusieurs rangs de parcelles de glace l'une sur l'autre, pourvu que cela n'empéche point que les rayôtis du soleil ne les traversent, ceux de ces rayons qui en traverseront deux par leurs bords, se courbant presque deux fois autant que les autres , produiront encore un autre cercle . coloré beaucoup plus grand en circuit, mais moins apparetit que le premier; en sorte qu'on verra pour lors deux couronnes l'une dans l'autre, et dont l'intérieure sera la mieux peinte , comme il a aussi été quelquefois observé. Outre cela vous voyez bien pourquoi ces couronnes n'ont pas coutume de se former autour des astres qui sont fort bas vers l'horizon , car les rayons rencontrent alors trop obliquement les parcelles de glace pour les traverser ; et pourquoi leurs couleurs ne sont pas si vives que les siennes , car elles sont causées par des réfractions beaucoup moindres ; et pouiiquoi elles paroissent plus ordinairement que lui autour de la lune, et même se rémarquent aussi quelquefois autour des étoiles , à savoir lorsque les parcelles de glace interposées, n'étant que fort peu convexes,- les rendent fort petites; car d'autant qu'elles ne dépendent point de tant de réflexions et réfractions que l'arc-en-ciel , la lumière qui les cause n'a pas besoin d'être si forte. Mais souvent elles ne paroissent que blanches, non point tant par faute de lumière que pourceque la matière où

2g'J LES MÉTÉORES*

elles se forment n'est pas entièrement transpa^ rente.

On en pourroit bien imaginer encore quelques ' autres qui se formassent à l'imitation de l'arc-enciel en des gouttes d'eau , à savoir premièrement par deux réfractions sans aucune réflexion; mais alors il n'y a rien qui détermine leur diamètre , et la lumière n'est point limitée par l'ombre» ccH^time il est requis pour la production des couleurs: puis aussi par deux réfractions et trois ou quatre réflexions; mais leur lumière, étant alors grandement foible , peut aisément être effacée par celle qui se réfléchit de la superficie des mêmes gouttes, ce qui me fait douter si jamais elles paroisse.nt , et le calcul montre que leur diamètre devroit être beaucoup plus grand qu'on ne le trouve en celles qu'on a coutume d'observer.

Enfin , pour ce • qui est de celles qu'on voit quelquefois autour des lampes et des flïtmbeaux, la cause n'en doit point être cherchée dans l'air, mais seulement dans l'œil qui les regarde. Et j'en ai vu cet été dernier une expérience fort manifeste. Ce fut^n voyageant de nuit dans un navire, où, après avoir tenu tout le soir ma tête appuyée sur une main dont je fermois mon œil droit pendant que je regardois de l'autre vers le ciel , on apporta une chandelle au lieu où j'étois ; et lors ouvrant les deux yeux, je vis deux couronnes autour de la flamme,

DISCOURS NEUVIÈME. SgS

dont les couleurs étoient aussi vives que je les aie jamais vues en arc-en-ciel. AB « est la plus grande, qui étoifr rouge vers A, et bleue vers B; CD la plus petite , qui étoit rouge aussi vers C, mais vers D elle étoit blanche , et s etendoit jusqaes à la flamme. Après cela, refermant l'œil droit , j'aperçus que ces couronnes disparoissoient; et qu'au contraire, en l'ouvrant et fermant le gauche, elles continuoient de paroître ; ce qui m'assura qu'elles ne procédoient que de quelque disposition que mon œil droit avoit acquise pendant que je l'avois tenu fermé, et qui étoit cause qu'outre que la plupart des rayons de la flamme qu'il recevoit la representoient vers O, où ils s'assembloient , il y en avoit aussi quelques uns qui étoient tellement détournés, qu'ils s'étendoient en tout l'espace /O, où ils pei-^ giioient la couronne CD; et quelques autres en l'espace FG , où ils peignoient la couronne AB. Je ïïe détei:mine point quelle étoit cette disposition , car plusieurs différentes peuvent causer k même effet ; comme s'il y a seulement une ou deux petites rides en quelqu'une des superficies E, M, P, qui à cause de la figure de l'œil s'y étendent en forme d'un cercle dont le centre soit en la ligne EQ, comme il y en a souvent de toutes droites qui se croisent en cette ligne EO , et nous font voir de grands rayons épars çà et là autour des flambeaux;

* Fignre a6.

OU bien qu'il y ait quelque chose d'opaque entre E et P, ou même à coté en quelque lieu, pourvu quflil s'y étende circulairement; ou enfin que les humeurs ou les peaux de l'œil aient en quelque façon changé de tempérament ou de figure ; car il est fort commun à ceux qui ont mal aux yeux de voir de telles couronnes, et elles ne paroissent pas semblables à tous. Seulement faut-il remarquer que leur partie extérieure, comme A et C, est ordinairement rouge , tout au contraire de celles qu'on voit autour des astres, dont la raison vous sera claire , si vous considérez qu'en la production de leurs couleurs, c'est l'humeur cristalline PNM qui tient lieu du prisme de cristal dont il a tantôt été parlé, et le fond de l'œil FGf qui tient lieu du Unge blanc qui étoit derrière. Mais vous douterez peutêtre pourquoi, puisque l'humeur cristalline a ce pouvoir, elle ne colore pas en même façon tous les objets que nous voyons ? si ce n'est qiïe vous considériez que les rayons qui viennent de chaque point de ces objets vers chaque point du fond de l'œil, passant les uns par celui de ses . côtés qui est marqué N, et les autres par celui qui est marqué S, ont des actions toutes contraires et qui se détruisent les unes les autres, au moins en ce qui regarde la production des couleurs ; au lieu qu'ici les rayons qui vont vers FGf ne passent que par N. Et tout ceci se

rapporte si bien à ce que j'ai dit de la nature des couleurs, qu'il peut , ce me semble , beaucoup servir pour en confirmer la vérité.

fs ,^r^^''-

296 LES MiTÉORESn

DE l'apparition DE PLUSIEURS SOLEILS.

On voit encore quelquefois d'autres cercles dans les nues, qui diffèrent de ceux dont j'ai parlé en ce qu'ils neparoissent jamais que tout blancs, et qu'au lieu d'avoir, quelque a^re çn leur centre, ils traversent ordinairement celrtida Joleil ou de la lune, et semblent parallèles ou presque parallèles à l'horizon. Mais pourcequ'ils ne paroissent qu'en ces grandes nues toutes rondes dont il a été parlé cidessus , et qu'on voit aussi quelquefois plusieurs soleils ou plusieurs lunes dans les mêmes nues , il faut que j'explique ensemble l'un et l'autre. Soit par exemple A' le midi , où est le soleil , accompagné d'un vent chaud qui tend vers B, et C le septentrion , d'où il vient un vent froid, qui tend aussi vers B ; et là je suppose que ces deux vents rencontrent ou assemblent une nue composée de parcelles de neige qui s'étend si loin en profondeur et en largeur, qu'ils ne peuvent passer l'un au-dessus, l'autre

' Figure a; .

ail-dessous, ou entre deux , ainsi qu'ils ont ailleurs de coutume, mais qu'ils sont contraints de prendre leur cours tout à l'entour; au moyen de quoi, non seulement ils l'arrondissent , mais aussi celui qui vient du midi étant chaud, fond quelque peu la neige de son circuit • laquelle étant aussitôt regelée , tant par celui du nord qui est froid , que par la proximité de la neige intérieure qui n'est pas encore fondue, peut former comme un grand anneau de glace toute continue et transparente, dont la superficie ne manquera pas d'être assez polie , à cause que Tes vents qui l'arrondissent sont fort uniformes. Et de plus cette glace ne manque pas d'être plus épaisse du côté DEF, que je suppose exposé au vent chaud et au soleil, que de l'autre GHI, où la neige ne s'est pu fondre si aisément. Et enfin il fa\it remarquer qu'en cette constitution d'air^ et sans orage , il ne peut y avoir assez de chaleur autour de. la nue B pour y forncier ainsi de la glace y qu'il n'y çn ait aussi, assez en la terre qui est au-dessous pour y exciter des vapeurs qui la soutiennent , en soulevant et poussant vers le ciel tout le corps de la nue qu'elle embrasse. Ensuite de quoi il est évident que la clarté du soleil , lequel je suppose être assez haut vers le midi , donnant tout autour sur la glace DEFGHI , et de là se réfléchissant sur. la blancheur de la neige voisine , doit faire paroître cette neige à ceux qui seront au-»

âgS l'Es MÉTÉORES.

dessous en forme d'un grand cercle tout blanc ; et même qu'il suffit à cet effet que la nue soit ronde et un peu plus pressée en son circuit qu'au milieu, sans que l'anneau de glace doive être formé. Mais lorsqu'il l'est, on peut voir , étant au-dessous vers le point K, jusqu'à six soleils, qui semblent être enchâssés dans le cercle blanc ainsi qu'autant de diamants dans une bague ; à savoir, le premier vers E, par les rayons qui viennent directement du soleil , que je suppose vers A ; les deux suivants vers D et vers F, par la réfraction des rayons qui traversent la glace en ces lieux-là , où son épaisseur allant en diminuant, ils se courbent en dedans de part et d'autre, ainsi qu'ils font en traversant le prisme de cristal dont il a tantôt été parlé; et pour cette cause ces deux soleils ont leurs bords peints de rouge en celui de leurs côtés qui est vers E, où la glace est le plus épaisse, et de bleu en Tautre , où elle l'est moins. Le quatrième soleil paroît par réflexion au point H , et les deux derniers , aussi par réflexion, vers G et vers I , par où je suppose qu'on peut décrire un cercle dont le centre soit au point K, et qui passe par B le centre de la nue , en sorte que les angles KGB et ElBG ou BGA sont égaux , et tout de même KIB et KÇI ou BIA : car vous savez que la réflexion se fait toujours par angles égaux, et que la glace étant un corps poli , doit représenter le soleil en tous les

lieux d'où ses rayons peuvent se réfléchir vers l'œil ; mais pourceque les rayons qui viennent tout droit sont toujours plus vifs que ceux qui viennent par réfraction , et ceux-ci encore plus vifs que ceux qui sont réfléchis ^ le soleil doit paroître plus brillant vers E que vers D ou F, et ici encore plus brillants que vers G ou H ou I , et ces trois G, H et I ne doivent avoir aucunes couleurs autour de leurs bords, comme les deux D et F, mais seulement être blancs. Que si les regardants ne sont pas vers K, mais quelque part plus avancés vers B, en sorte que le cercle dont leurs yeux sont le centre, et qui passe par B, ne coupe point la circonférence de la nue , ils ne pourront voir les deux soleils G et I , mais seulement les quatre autres ; et si au contraire ils sont fort reculés vers H ou au-delà vers C, ils ne pourront voir que les cinq DjEjF, GetI; et même étant assez loin au-delà, ils ne verront que les trois D,E,F, qui ne seront plus dans un cercle blanc, mais comme traversés d'une barre blanche. Comme aussi , lorsque le soleil est si peu élevé sur l'horizon qu'il ne peut éclairer la partie de la nue GHI , ou bien lorsqu'elle n'est pas encore formée , il est évident qu'on ne doit voir que les trois soleils D, E, F.

Au reste, je ne vous ai jusques ici fait considérer que le plan de cette nue , et il y a encore diverses choses à y remarquer qui se verront fi^ux

500 LES AfETÉORES.

en son profil. Premièrement , bien que le soleil ne soit pas en la ligne droite qui vade E ' vers l'œil K, mais plus haut ou plus bas , il ne doit pas laisser de paroître vers là, principalement si la glace ne s'y étend point trop en hauteur ni profondeur ; car alors la superficie de cette glace sera si courbée ' qu'eu quelque lieu qu'il soit , elle pourra quasi toujours renvoyer ses rayons vers R. Comme si elle a en son épaisseur la figure comprise entre les lignes 1 23 et 456 , il est évident que, non seulement lorsque le soleil sera en la ligne droite Aa , ses rayons la traversant pourront aller vers l'œil K , mais aussi lorsqu'il sera beaucoup plus bas, comme en la ligne Si , ou beaucoup plus haut, comme en la ligne T3, et ainsi le faire toujours paroître comme s'il étoit vers E ; car l'anneau de glace n'étant supposé guère large, la différence qui est entre les lignes 4K ? 5R et 6K n'est pas considérable. Et notez que cela peut faire paroître le soleil après même qu'il est couché , et qu'il peut aussi reculer ou avancer l'ombre des horloges et leur faire marquer une heure tout autre qu'il ne sera. Toutefois si le soleil est beaucoup plus bas qu'il ne, paroît vers E , en sorte que ses rayons passent aussi en ligne droite par le dessous de la glace jusqu'à l'œil K , comme S7K , que je suppose paraître à S 1 , alors , outre les six soleils précédents , on en verra

' Figure a 8.

DISCOURS DIXIÈME. 3oi

encore un septième au-dessou& d'eux 9 et qui ayant le plus de lumièpe effacera l'ombre qu'ils pourraient causer dans les horloges. Tout de même s'il est si haut que ses rayons puissent passer en ligne droite vers K par le dessus de la glace , comme T8K qui est parallèle à T3 , et que la nue interposée ne soit point si opaque qu'elle les en empêche, on pourra voir un septième soleil au-dessus des six autres. Que si la glace iâ3,456 s'étend plus haut et plus bas, comme jusqu'aux points 8 et 7, k soleil étant vers A , on en pourra voir trois l'un sur l'autre vers E , à savoir aux points 8, 5 et 7; et lors on en pourra aussi voir trois l'un sur l'autre vers D * et trois vers F, en sorte qu'il en paroîtra jusques à douze enchâssés dans le cercle blanc DEFGHI. Et le soleil étant un peu plus bas que vers S ou plus haut que vers T, il en pourra derechef paroître trois vers E, à savoir deux dans le cercle blanc et un autre au-dessous ou au-dessus ; et lors il en pourra encore paroître deux vers D et deux vers F. Mais je ne sache point que jamais on en ait tant observé tout à la fois, ni même que lorsqu'on en a vutrois l'un sur l'autre , comme il est arrivé plusieurs fois^ on en ait remarqué quelques autres à leurs côtés, ou bien que lorsqu'on en a vu trois côte à côte, conune il est aussi arrivé plusieurs fois, on en ait remarqué quelques autres au-

• Figure «7.

302 LES MlixÉORES.

dessus ou au - dessous ; dont , sans doute , la rai^ son est que la kirg<eùr de la glace, marquée entre les points 7 et 8 % n'a d'ordinaire aucune proportion avec la grandeur du circuit de toute la nue : en sorte que l'œil doit être fort proche du point E lorsque cette largeur lui paroît assez grande pour y distinguer trois soleils l'un sur l'autre; et au contraire fort éloigné, afin que les rayons qui se courbent vers D et vers F , où se diminue le plus de l'épaisseur dela^glace, puissentparvenirjusques à lui. Et il arrive rarement que la nue soit si entière qu'on en voie phis de trois en même temps. Toutefois on dit qu'en l'an i6â5 le roi de Pologne eif vit jusqu'à six. Et il n'y a que trois ans que le mathématicien de Tubinge observa les quatre désignés ici par les lettres D,E,F,H; même il remarque particulièrement, en ce qu'il en a écrit, que les deux DetF étoient rouges vers ^lui du milieu E, qu'il nomme le vrai soleil , et bleus de l'autre côté, et que le quatrième H étoit fort pâle, et ne paroissoit que fort peu; ce qui confirme fort ce que j'ai dit. Mais l'observation la plus belle et la plus remarquable que j'aie vue en cetîle matière est* celle des cinq soleils qui parurent à Rome en l'an 1 629, le 20 de mars , sur les deux ou trois heures après midi ; et afin que vous puissiez voir si elle s'accorde avec mon discours , je la veux mettre ici

I FigDK 28.

DISCOURS DIXIÈME. 3o3

aux mêmes termes qu'elle fut dès lors divulguée : A observator romanus; B vertex loco observatorts ineumbens; C sot verus observatus; AB ptar num verticale, in quo et ocuius observatoris et soi observatus existant, in quo et vertex loci "bjacet, ideoqueomniaper lineamverticalem AB reprœsentan-tur; in hanc enim totumpianum verticale procumbit. Circa soient C apparuere duœ incompletœ irides eidem homocentricœ, diversicolores j quarum minor sive interiorjyEP plenioret perfectior fuit , curta tamen sive aperta aD ad¥^ et in perpetuo conatu sese claudendi stabat, et quandoque claudebat, sed mox denuo aperiebat; altéra, sed debilis, semper et vix conspicabilis fuit GHI , exterior et secundaria , va-riegata tamen et ipsa suis coloribus^ sed admodum instabilis.Tertia et unicolor, eaque valde magna iris , fuit KLMN , tota alba quales sœpe visuntur in paraselenis circa lunam. Hœc fuit arcus excentricus integer ab initio solis per médium incedens; circa finem tamen ab M versus N debilis et lacer, imo quasi nuUus. Cœterum in communibus circuli hujus iniersectiontbus cum iride exteriore GHI, emerse* runt duo parhelia non usque adeo perfecta, ^ etK, quorum hocdebilius, illud autem fortius et luculentius splendescebaU Amborum médius nitor œmulaba^ tur solarem, sed latera eoloribus iridis pingebantur; neque rotundi ac pr(Bcisi, sed inaquates et lacunosi ipsorum ambitus cemebantur* N, inquietum spec-

3o4 LES METJÉORES.

irum^ ejaculabatur caudam spissam sUbigneam NOP, * cunjugi reeiprocatione. h et M fuere trans zenit B, prioribus minus vivaces, sed rotondiores et albiy instar circuli sui eut inkœrebant ^ lac, seuargentum purum exprimentesy quanquam M média tertiajam prope disparuerat, nec nisi exigua sui vestigiu subinde prœbuit , quippt et circulas ex illa parte defecerat, Sol'N defecit ante solem K, illoque déficiente roborabatur R, qui omnium ultimus disparuit, etc. CKLMN étoit un cercle blanc dans lequel se voyoient cinq soleils; et il faut imaginer que le spectateur étant vers A , ce cercle étoit pendant en l'air au-dessus de lui , en sorte que le point B répondoit au sommet de sa tête , et que les deux soleils L et M étoient derrière ses épaules lorsqu'il étoit tourné vers les trois autres KCN , dont les deux K et N étoient colorés en leurs bords , et n'étoient ni si ronds ni si brillants que celui qui étoit vers C ; ce qui montre qu'ils étoient causés par réfraction : au lieu que les deux L et M étoient assez ronds, mais moins brillants, et tout blancs, sans mélange d'aucune autre couleur en leurs bords ; ce qui montre qu'ils étoient causés par réflexion. Et plusieurs choses ont pu empêcher qu'il n'ait paru encore un sixième soleil vers V, dont la plus vraisemblable est que l'œil en étoit si proche , à raison de la hauteur delà nue, que tous les rayons qui donnoient sur la glace vers là, se réfléchis-

DISCOURS DIXIÈME. 3o5

soient plus Jbin que le point A ; et , encore que le point B ne soit pas ici représenté si proche des soleils L etM que du centre de la nue , cela n'empêche pas que la règle que j'ai tantôt dite touchant le lieu où ils doivent paroître n'y fût observée ; car le spectateur étant plus proche de l'arc LVM que des autres parties du cercle l'a dû juger plus grand , à comparaison d'elles, qu'il n'étoit; outre que sans doute ces nues ne sont jamais extrêmement rondes, bien qu'elles paroissent à l'œil être telles- Mais il y a encore ici deux choses assez remarquables. La première est que le soleil N qui étoit vers le couchant, ayant une figure changeante et incertaine jetoit hors de soi comme une grosse queue de feu NOP, qui paroissoit tantôt plus longue tantôt plus courte. Ce qui n'étoit sans doute auti*e chose sinon que l'image du soleil étoit ainsi contrefaite et irrégulière vers N, comme on la voit souvent lorsqu'elle nage dans une eau un peu tremblante, ou qu'on la regarde au travers d'une vitredontles superficies sont inégales. Car I4 glace étoit vraisemblablement un peu agitée en cet endroit-là, et n'y a voit pas ses superficies si régulières pourcequ'elle y commençoit à se dissoudre, ainsi qu'il se prouve de ce que le cercle blanc étoit rompu et comme nul entre M et N, et que Iç soleil N disparut avant le soleil K , qui sembloit se fortifier à mesure que l'autre se dissipoit*

306 r^ÉS MrfTÏOAES.

La seconde chpse qui reste ici à remarcjuei' est qu'il y avoit deux couronnes autour du soleil C, peintes des mêmes couleurs que rarc-en-ciel,et dont Tintérieure DEF étoît beaucoup plus vive et apparente que lextérieure Gfll, en sorte que je ne doute point qu'elles ne fussent causées, en la façon que j'ai tantôt dite , par la réfraction qui se faisoit, non en cette glace continue où se voyoient les soleils K et N , mais en d'autre divisée en plusieurs petites parcelles , qui se trouvoit au-dessus et au-dessous; car il est bien vraisemblable que la même cause qui avôit pu composer tout un cercle de glace de quelques unes des parties extérieures de la nue, avoit disposé les autres voisines à faire paroître ces couronnes. De façon que si on n'en observe pas toujours de telles lorsqu'on voit plusieurs soleils , c'est que l'épaisseur de la nue ne s'étend pas toujours au-delà du cercle de glace qui l'environne, ou bien qu'elle est si opaque et obscure qu'on ne les aperçoit pas au travers. Pour le lieu où se voient ces couronnes, c*est toujours autour du vrai soleil : et elles n'ont aucune conjonction avec ceux qui ne font que paroîtfe ; car, bien que les deux R et N se rencontrent ici en l'intersection de l'extérieure et du cercle blanc , c'est chose qui n'est arrivée que par hasard, et je m'assure que le même ne se vit point aux lieux un peu loin de Rome , où ce même phénomène fut

DISCOURS DIXllÇME. S07

remarqué. Mais je ne juge pas jpour cela que leur ctotre soit toujours en la ligiie droite tirée de Tceil vers le soleil si précisétrient qu'y est celui de Farceti-del; car il y a cela dé différence , que les gouttes 4'eau étaftt rondes Causent toujours même réfraétion en quelque situation tju^elles soient; au lieu que les parcelles de glace élant, plates la causent d'autant plus grande qu'elles sont regardées plus obliquement. Et pôurceque lorsqu'elles se forment par le tournoiement d'un vent sur la circonférence d'une nue elles y doivent être couchées en autre sens que lorsqu'elles se forment au-dessus ou audessous , il peut arriver qu'on voie ensemble deux couronnes l'une dans l'autre , qui soient à peu près de même grandeur, et qui n'aient pas justement le même centre.

De plus , il peut arriver qu'outre les vents qui environnent cette nue il en passe quelqu'un pardessus-ou par-dessous qui , derechef y formant quelque superficie de glace , cause d'autres variétés en ce phénomène : comme peuvent encore faire les nues d'alentour, ou la pluie s'il y en tombe; car les rayons se réfléchissant de la glace d'une dé ces nues vers ces gouttes y représenteront des parties d'arc-en-ciel dont les situations seront fort diverses ; comme aussi les spectateurs n'étant pas audessous d'une telle nue, mais à côté entre plusieurs, peuvent voir d'autres cercles et d'autres soleils. De

3o8 LES uiTÉOUES^

quoi je ne crois pas qu'il soit besoin que je vous entretienne davantage; car j'espère que^eux qui auront compris tout ce qui a été dil^en ce traité ne verront rien dans les nues à Favenir dont ils ne puissent aisément entendre la cause, ni qui leur donne sujet d'admiration.^

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