‹ Œuvres de DescartesChapitre 5 sur 90 · LA DESCRIPTION DES LUNETTES · texte numérisé non relu

LA DESCRIPTION DES LUNETTES

Il est besoin premièrement de choisir une matière transparente qui, étant assez aisée à tailler, et néanmoins assez dure pour retenir la forme qu'on lui donnera, soit en outre la moins colorée et qui cause le moins de réflexion qu'il est possible. Et on n'en a point encore trouvé qui ait ces qualités en plus grande perfection que le verre, lorsqu'il est fort clair et fort pur, et composé de cendres fort subtiles. Car, encore que le cristal de montagne semble plus net et plus transparent, toutefois , pourceque ses superficies causent la réflexion de plus de rayons que celles du verre , ainsi que l'expérience semble nous apprendre, il ne sera peut-être pas si propre à notre dessein. Or, afim que vous sachiez la cause de cette réflexion , et pourquoi elle se fait plutôt sur les superficies tant du verre que du cristal que non pas en l'épaisseur de leur corps , et pourquoi elle s'y fait plus grande dans le cristal que dans le verre , il faut que vous

VOUS souveniez de la façon dojit je vous ai ci-dessus foît concevoir la nature de la lumière; lorsque j'ai dit qu'elle n'étoit autre chose dans les corps transparents que l'action ou inclination à se mouvoir d'une certaine matière très subtile qui remplit leurs pores , et que vous pensiez que les pores de chacun de ces corps transparents sont si unis et si droits que la matière subtile qui peut y entrer coule facilement tout du long sans y rien trouver qui l'arrête; mais que ceux de deux corps transparents de diverse nature, comme ceux de l'air et ceux du verre ou du cristal, ne se rapportent jamais si justement les uns aux autres qu'il n'y ait toujours plusieurs des parties de la matière subtile qui , par exemple , venant de l'air vers le verre , s'y réfléchissent, à cause qu'elles rencontrent les parties solides de sa superficie : et tout de même , venant* du verre vers l'air, se réfléchissent et retournent au dedans de ce verre, à cause qu'elles rencontrent les parties solides de la superficie de cet air; car il y en a aussi beaucoup en l'air qui peuvent être nommées solides à comparaison de cette matière subtile. Puis , en considérant que les parties solides du cristal sont encore plus grosses que celles du verre et ses pores plus serrés , ainsi qu'il est aisé à juger de ce qu'il est plus dur et plus pesant , on peut bien penser* qu'il doit causer ses réflexions encore plus fortes, et par conséquent

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donner passage à moins de rayons que ne fait ni Tair ni le verre , bien que cependant il le donne plus libre à c^u auxquels il le donne, suivant ce qui a été dît cirdesws.

Ayant donc ainsi choisi le verre le plus pur, le moiBB coloré , et celui qui cause le moins de réflexion qu'il est possible, si on veut par son moyen corriger le défaut de ceux qui ne voient pas si bien les objets un peu éloignés que las proches , ou les proches que les éloignés , les figures les plu# propres à cet effet sont celles qui se tracent par des hyp^boles. Comufce , par ex^fnple , l'œil B ou C % étant disposé à faire que tous les rayons qui^ viennent du point H ou I s'assemblent exacttement au milieu de «on fond , et non pas ceux du poi^t Y ou X, il faaxt^ pour lui faire voir distinctement l'objet qui e»t vers V ou X, mettre entre deux le verre Q ou P, dont les superficies , l'une convexe eft l'autre concave, ayant les figures tracées par deux hyperboles qui soient telles que H ou I soit le point brûlant de la concave, qui doit ^ti^e tournée vers l'œil , et V ou X celui de la convexe.

Et si on suppose le point I ou V assez éloi^ïé , comme seulement à quinze ou vingt pieds de distance, il suffira, au lieu de l'hyperbole dont il devroit être le point brûlant , de se servir dtine ligne droite , et ainsi de faire Tune des superficies du

' Figures 27 et 28.

verre toute plate, à savoir l'intérieure qui regarde vers l'œil , si c'est I qui soit assez éloigné ; ou l'extérieure , si c'est V. Car lors une partie de l'objet de la grandeur de la prunelle pourra tenir lieu d'un seul point, à cause que son image n'occupera guère plus d'ecipace au fond de l'œil que l'extrémité de l'un des petits filets du nerf optique. Et même il n'est pas besoin de se servir de verres dififérents à chaque fois qu'on veut regarder des objets un peu . plus ou moins éloignés l'un que l'autre ; mais c'est assez pour l'usage d'en avoir deux , dont l'un soit proportionné à la moindre distance des choses qu'on a coutume de regarder, et l'autre à la plus grande ; ou même seulement d'en avoir un qui soit moyen entre ces deux. Car les yeux auxquels on les veut approprier, n'étant point tout^à^fait inflexibles , peuvent aisément assez changer leur figure pour l'accommoder à celle d'un tel verrev

Que si on veut, par le moyen aussi d'un seul verre , faire que les objets accessibles , c'est-à-dire ceux qu'on peut approcher de l'œil autant qu'on veut, paroissent beaucoup plus grands et se voient beaucoup plus distinctement que sans lunettes , le plus commode «efa de faire celle des superficies de ciB verre qui doit être tournée vers l'œil toute plate, et donner à l'autre la figure d'une hyperbole dont le point brûlant soit au lieu où on voudra

mettre l'objet; mais notez que je dis le plus commode, car j'avoue bien que, donnant à la superficie de ce verre la "figure d'une ellipse dont le point brûlant soit aussi au lieu où on voudra mettre l'objet, et à l'autre celle d'une partie de sphère dont le centre soit au même lieu que ce point brûlant , l'effet en pourra être un peu plus grand; mais en revanche un tel verre ne pourra pas si commodément être taillé. Or ce point brûlant , soit de l'hyperbole , soit de l'ellipse , doit être si proche , que l'objet, qu'il faut supposer fort petit, y étant mis , il ne reste entré lui et le verre que justement autant d'espace qu'il en faut pour donner passage à la lumière qui doit l'éclairer. Et il faut enchâsser ce verre en telle sorte qu'il n'en reste rien de découvert que le milieu , qui soit environ' de pareille grandeur que la prunelle ou même un peu plus petit; et que la matière en quoi il sera enchâssé soit toute noire du côté qui doit être tourné vers l'œil, ou même aussi il ne sera pas inutile qu'elle soit garnie tout autour d'un bord de panne ou velours noir, afin qu'on la puisse commodément appuyer tout contre l'œil , et ainsi empêcher qu'il n'aille vers lui aucune lumière que par l'ouverture' du verre; mais en dehors il sera bon qji'elle soit toute blanche ou plutôt toute polie, et qu'elle ait la figure d'un miroir creux, en sorte qu'elle renvoie sur l'objet tous les rayons de la lumière qui viennent vers

DISCOURS NEUVIÈME. Iâ5

ella Et, pour soutenir cet objet en l'endroit où il doit être posé pour être vu , je ne désapprouve pas ces petites fioles de verre ou de cristal fort transparent, dont l'usage est déjà en France assez commun ; mais, pour rendre la chose plus exacte , il vaudra encore mieux qu'il y soit tenu ferme par un ou deux petits ressorts, en forme de bras, qui sortent du châssis de la lunette. ^Enfin, pour ne manquer point de lumière , il faudra, en regardant cet objet, le tourner tout droit vers le soleil. Comme si A ' est le verre , C la partie intérieure de la matière en laquelle il est enchâssé , D l'extérieure, E l'objet , G le petit bras qui le soutient, H l'œil , et I le soleil , dont les rayons ne vont point en l'œil directement, à cause de l'interposition tant de la lunette que de l'objet, mais donnant contre le corps blanc ou le miroir D, ils se réfléchissent premièrement de là vers E, puis de E ils se réfléchissent vers l'œil;

Que si on veut faire une lunette la plus parfaite qui pubse être pour servir à voir les astres ou autres objets fort éloignés et inaccessibles, on la doit composer de deux verres hyperboliques, l'un convexe et l'autre concave, mk dans les deux bouts d\in tuyau en la façon que vous voyez ici représentée \ Et premièrement, abc, la superficie du verre concave abcdef, doit avoir la figure d'une

' Fignre 58. — • Figure 5g.

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hyperbole qui ait son point brûlant à la distance k laquelle l'œil pour lequel on prépare cette lunette peut voir le plus distinctement ses objets. Comme ici l'œil G étant disposé à voir plus distinctement les objets qui sont vers H qu'aucuns autres , H doit être le point brûlant de l'hyperbole abc ; et pour les vieillards qui voient mieux les objets fort éloignés que les proches , cette superficie abc doit être toute plate ; au lieu que pour ceux qui ont la vue fort courte elle doit être assez coticave. Puis, l'autre superficie def doitî avoir la figure d'une autre hyperbole, dont le point brûlant I soit éloigné d'elle de la largeur d'un pouce ou environ , en sorte qu'il se rencontre vers le fond de l'œil lorsque ce verre est appliqué tout contre sa superficie. Notez toutefois que ces proportions ne sont pas si absolument nécessaires qu'elles ne puissent beaucoup être changées; en sorte que, sans tailler autrement la superficie abc pour ceux qui ont la vue courte ou longue que pour les autres , on peut assez commodément se servir d'uûè même lunette pour toutes sortes d'yeux en alongeant seulement ou accourcissant le tuyau. Et pour la superficie def^ peut-être qu'à cause de la difficulté qu'on aura à la creuser tant, comme j'ai dit, il seî*a plus aisé de lui donner la figure d'une hyperbole dont le point brûlant soit un peu plus éloigné^ ce que Texpérience enseignera mieux que mes raisons. Et

DISCOURS NETTVIÈME. I27

je puis seulement dire en général que les autres choses étant égales^ d'autant que ce point I sera plus proche, d'autant les objets paraîtront plus grandSf à cause qu'il faudra disposer l'œil comme s'ils étoient phis près de lui ; et que la vision pourra être plus forte et plus claire , à cause que l'autre verre pourra être plits grand ; mais qu'elle ne sera pas si distincte, si on lé rend par trop proche, à cause qu'il y aura plusieurs rayons qui tomberont trop obliquement sur sa superficie au prix des au* très- Pour la grandeur de ce verre, la portion qui en demeure découverte, lorsqu'il est enchâssé dans le tuyau KLM , n'a besoin d'excéder que de fort peu la plus grande ouvCTture de la prunelle. Et pour son épaisseur, elle, ne sauroit être trop petite; car, encore qu'en l'augmentant on puisse faire que ^nmage des objets soit un peu plus grande, à cause " que les rayons qui viennent de divers points s'écartent un peu plus du côté de l'œil, on fait aussi en revanche qu'ils paroissent en moindre quantité et moins clairs; et l'avantage de faire que leurs images deviennent plus grandes se peut mieux gagner par autre moyen. Quant au verre convexe NOPQ , sa superficie NQP, qui est tournée vers les objets, doit être toute plate; et l'autre NOP doit avoir la figure d'une hyperbole dont le point brôlant 1 tombe exactement au même lieu que celui de l'hyperbole def de l'autre verre , et soit d'autant

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plus éloigné du point O qu'on veut avoir une lunette plus parfaite. Ensuite de quoi la grandeur de son diamètre NP se détermine par les deux lignes droites WN et IfPj tirées du point brûlant I, par d et f, les extrémités du diamètre du verre hyperbolique defs que je suppose égaler celui de la prunelle ; où toutefois il faut remarquer qu'encore que le diamètre de ce verre NOPQ soit plus ptetit, les objets n'en paroîtront que d'autant plus distincts , et n'en paroîtront pas moindres pour cela ni en moindre quantité , mais seulement moins éclairés : c'est pourquoi , lorsqu'ils le sont trop j on doit avoir divers cercles de carton noir ou autre telle matière , comme i,2,3, pour couvrir ses bords, et le rendre par ce moyen le plus petit que la force de la lumière, qui vient des objets pourra permettre. Pour ce qui est de l'épaisseur dé ce verre , elle ne peut de ^ rien profiter ni aussi de rien nuire, sinon en tant "* que le verre n'est jamais si pur et si net qu'il n'empêche toujours le passage de quelque peu plus de rayons que ne fait l'air. Pour le tuyau KLM, il doit être de quelque matière assez ferme et solide , afin que les deux verres, enchâssés en ses deux bouts, y retiennent toujours . exactement leur même situation; et il doit être tout noir par le dedans et même avoir un bord de panne ou velours noir vers M, afin qu'on puisse, en l'appliquant tout contre l'œil , empêcher qu'il n'y entre aucune lumière que

DISCOURS NEUVIÈME. 1 ag

par le verre NOPQ'; et pour sa longueur et sa largeur, elles sont assez déterminées par la distance et la grandeur des deux verres. Au reste, il est besoin que ce tuyau soit attaché sur quelque mackine , comme RST, par le moyen de laquelle il puisse être commodément tourné de tous côtés, et arrêté vis-à-vis des objets qu'on veut regarder ; et à cet effet il doit y avoir aussi une mire ou. deux pinnules, comme W, sur cette machine; et même, outre cela, pourceque d'autant que ces lunettes font que les objets paroissent plus grands^ d'autant en peuvent-elles moins faire voir à chaque fois, il est besoin d'en joindre avec les plus parfaites quelques autres de moindre force par l'aide desquelles on puisse, comme par degrés, venir à la connoissance du lieu où est l'objetjpiue ces plus parfaites font apercevoir. Comme sont ici XX et YY, que je suppose tellement ajustées. avec la plus parfaite QLM , que si on tourne la machine en telle sorte que , par exemple, la planète de Jupiter paroisse au travers des deux pinnules YY , elle paroitra aussi au travers de la lunette XX, par laquelle, outre Jupiter, on pourra aussi distinguer ces autres moindres planètes qui l'accompagnent • et si on fait que quelqu'une de ces moindres planètes se rencontre justement au milieu de cette lunette XX, elle se verra aussi pjir l'autre YY, où, pàroissant seule et beaucoup plus grande que par

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la précédente , on y pourra distinguer diverses régions : et derechrf, entre ces ^diverses régions , celle du nailieu se verra par la lunette KLM, et on y pourra distinguer plusieurs choses particulières par son moyen; mais on ne pourroit savoir que ces choses fussent en tel endrœt de la telle des planètes qui accompagnent Jupiter sans l'aide des deux autres , ni aussi la disposer à montrer ce qui est en tout autre endroit déterminé vçrs lequel on veut regarder.

On pourra encore ajouter une ou plusieurs autres lunettes plus parfaites avec ces trois-, au moins si l'artifice des hommes peut passer si avant ; et il n'y a point de différence entre la façon de ces plus parfaites et de-celles qui le sont moins, sinon que leur vg|re convexe doit être plus grand, et leur poin^ brûlant plus éloigné; en sorte que, si la main des ouvriers ne nous manque , nous pourrons par cette invention voir des objets aussi particuliers et aussi petits dans les astres que ceux que nous voyons communément sur la terre.

Enfin, si on veut avoir une lunette qui fasse voir les objets proches et accessibles le plus distinctement qu'il se peut, et beaucoup plus que celle que j'ai tantôt décrite pour même efifet , on la doit aussi composer de deux verrez hyperboliques, l'un concai^ et l'autre convexe, enchâssés dans les deux bout$ d'im tuyau , et dont le con-

DISCOURS NEUVIÈME. l3l

cave abcdef* soit tout semblable à cehii de la précédente; comme aussi NOP la super6cie intérieure du convexe. Mais pour l'extérieure NRP, au lieu qu'elle étoit toute plate, elle doit ici être fort convexe et avoir, la figure d'une hyperbole, dont le point brûlant extérieur Z so^t si proche, que l'objet y étant mis, il ne reste entre lui et le verre qu'autant d'espace qu'il en faut pour donner passage à la lumière qui doit l'éclairer. Puis le diamètre de ce verre n'a pas besoin ti'étre si grand que pour la lunette précédente , ni ne doit pas aussi être si petit quei celui du verre A* de l'autre d'auparavant , mais il doit à peu près être tel que la ligne droite NP passe par le point brûlant intérieur de l'hyperbole NRP; car, étant moindre , il recevroit moins de rayons de l'objet Z y et étant plus grand il n'en recevroit que fort peu davantage; en sorte que son épaisseur, devant être à proportion beaucoup plus augmentée qu'auparavant, elle leur ôteroit bien autant de leur force que sa grandeur leur en donneroit ; et , outre cela, l'objet ne pour* roit pas être tant éclairé. Il sera bon aussi de poser cette lunette sur quelque machine comme SX, qui la tienne directement tournée vers le soleil. Et il faut enchâsser le verre NOPR dans le milieu d'un miroir creux parabolique comme OC , qui rassepable tous les rayons du soleil au point Z sur l'objet

» Figure 60. — » lï'ignre 58.

l32 LA DIOPTRIQUE.

qui doit y être soutenu par le petit bras G, qui sorte de quelque endroit de ce miroir : et ce bras

^ doit aussi soutenir autour de cet objet quelque corps noir et obscur, comme HH, justement de la grandeur du verre NOPR, afin qu'il empêche qu'aucuns des rayons du soleil ne tombent directement sur ce verre; car de là, entrant dans le tuyau,

' quelques uns d'eux se pourroient réfléchir vers l'œil et afïbiblir d'autant la vision; pourcequ'enoore que ce tuyau doive être tout noir par le dedans, il ne le peut être toutefois si parfaitement qi;ie sa matière ne cause toujours quelque peu de réflexion lorsque la lumière est fort vive ainsi qu'est celle du soleil. Outre cela, ce corps noir HH doit avoir tua trou au milieu, marqué Z, qui soit de la g;randeur de l'objet , afin que , si cet objet est en quelque façon transparent, il puisse aussi être éclairé par les rayons qui viennent directement du soleil ; ou même encore, si besoin est, par ces rayons ramassés au point Z par un verre brûlant, comme II , de la grandeur du verre NOPR , en sorte qu'il vienne de tous côtés autant de lumière sur l'objet qu'il en peut souffrir sans en être consumé, et il sera aisé de couvrir une partie de ce miroir CC ou de ce verre II, pour empêcher qu'il n'y en puisse venir trop. Vous voyez bien pourquoi j'ai ici tant de soin de faire que l'objet soit fort éclairé , et qu'il vienne beaucoup de ces rayons vers l'œil; car le verre

NOPR, qui en €ette« lunette feiit l'office de la prunelle, et dans lequel se croiseiat ceux de ces rayons qui viennent de divers points ^ étant beaucoup plus proche de l'objet que de l'œil, est cause qu'ils s'étendent sur les extrémités du fierf optique tn lin espace beaucoup plus grand que n'eât la superficie de l'objet d'où ils viennent; et vous savez qu'ils y doivent avoir d'autant moins de force qu'ils y sont plus étendus , comme on voit , au contraire , qu'étant rassemblés en un plus petit espace par un miroir ou verre brûlant , ils en ont plus : et c'est de là que dépend la- longueur de cette lunette, c'està-dire la distance qui doit être entre l'hyperbole NOP et son point brûlant; car d'autant qu'elle est plus longue, d'autant l'image de l'objet est plus étendue dans le fond de l'œil, ce qui fait que toutes ses petites parties y sont plus distinctes : mais cela même affoiblit aussi tellement leur action qu'enfin elle ne pourrôit pli;s être sentie si cette lunette étoit' par trop longue; en sorte que sa plus grande longueur ne peut être déterminée que par l'expérience, et même elle varie selon que les objets peuvent plus ou moins avoir de lumière sans en être consumés. Je sais bien qu'on pourrôit encore ajouter quelques autres moyens pour rendre cette lumière plus forte; mais , outre qu'ils seroient plus malaisés à mettre en pratique; à peine trouveroir-on des objets qui en pusseiit souffrir da-

l34 LA DIOPÏRIQBE.

vantage. On pourroit bien aas^i, au lieu du verre hyperbolique' NOPH, en trouver d'autres qui recevroient quelque peu plus' grande quantité de rayons , mais on ils ne feroient pas que ces rayons , vemsMit de divers points de Fobjet^ s'assemblassetit si exactement vers l'œil en autant d'autrcis divers points, ôu il faudroit y employer deux verres au Keu d'un , en sorte que la force de ces rayons ne seroit pas moins diminuée par la multitude des superficies de ces verres qu'elle seroit augmentée par leurs figures, et enfin l'exécution en seroit de beaucoup plus difficile* Seulemertt vous veux-je encore avertir que ces lunettes ne pouvant être appliquées qu'à un seul œil, il sera mieux de bander l'autre ou^le couvrir de quelijue voile fort obscur, afin que sa priinelle demeure *la plus ouverte qu'il se pourra, que de le laisser exposé à la lumière ou de le fermer par Taîde des muscles qui meuvent ses paupières ; car il y a ordinairement telle connexion entre les deux yeux que^Fùn ne sauroit guère se mouvoir en aucune façon que l'autre ne se dispose à l'imiter. De plus, il ne sera pas inutile non seulement d'appuyer cette lUncftte tout contre l'œil , en sorte qu'il ne puisse venir vers lui aucune lumière que par elle, mais aussi d'avoir auparavant attendri sa vue en se tenant en lieu obscur, et d'avoir l'imagination disposée comme pour regarder des choses fort éloignées et fort

obscures , afin que la prunelle -s'ouvre d'autant plus, Qt ainsi qu'on en puisse voir un «objet d'aur tant plus grand. Car vous savez que cette action de la prunelle ne suit pas immédiatement de la volonté qu on a de l'ouvrir, mais plutôt de l'idée ou du sentiment qu'on a de robscurité et de la distance des choses qu'op regarde.

Au reste, si vous fiâtes un peu de réflexion sur tout ce qui a été dit ci-dessus , et particulièrement sur ce que nous avons requis de la part des orga<nés extérieurs pour rendre la vision la plus par^ faite qu'elle puisse être , il ne vous sera pas mal* aisé à entendre que , par ces diversa^façons de iu*nettes, on y ajoute tout ce que l'art y peut ajouter, sans qu'il soit besoin que je m'arrête à vous en déduire la preuve plus au long. Il ne vous sera pas malaisé non plus à connoitre que toutes celles qu'on a eues jusques ici n*ont pu aucunement être parfaites , vu qu'il y a très grande différence entre la ligne circulaire et l'hyperbole, et qu'on a seulement tâché en les faisant à se servir de celle-là pour les effets auxquels j'ai démontré que celle-ci étoit requise ; en sorte qu'on n'a jamais su rencontrer que lorsqu'on a failli si heureusement, que , pensant rendre sphériques les superficies des verres qu'on a taillés , on les a rendues hyperboliques , ou de quelque autre figure équivalente. Et ceci a principalement empêché qu'on n'ait pu bien faire

Digitizecfby

l36 , LA DIOPTRIQUE.

les lunettes qui servent à voir les objets inaccessi* blés , car teur verre convexe doit être plus grand que celui des autres; et, outre qu'il est moins aisé de rencontrer en beaucoup qu'en peu, la différence qui est entre la figure hyperbolique et la isphérique est bien plus sei^ible vers les extrémités du verre que vers son centre. Mais, à cause que les artisans jugeront peut*étre qu'il y a beaucoup de difficulté à tailler les verres exactement suivant cette figure hyperbolique, je tâcherai encore ici de leur donner une invention par le moyen de la* quelle je me persuade qu'ils en pourront assez commodément venir à bout.

DISCOURS DIXIÈME. l5'J

DE LA FAÇOir DE TAILLER LES VERRES.

. Après avoir choisi le verre ou le cristal dont on a dessein de se servir , il est premièrement besoin de chercher la proportion qui, suivant ce qui a été dit ci-dessus , sert de mesure à^es réfractions, et on la pourra commodément trouver par l'aide d'un tel instrument. EFI' est une planche ou une règle toute plate et toute droite , et faite de telle matière qu'on voudra , pourvu qu'elle ne soit ni trop luisante ni transparente, afin que la lumière donnant dessus puisse facilement y être discernée de l'ombre. EA etFL sont deux pinnules, c'est-à- Hlire deux petite» lames de telle matière aussi qu'on voudra, pourvu qu'elle ne soit pas transparente, élevées à plomb sur EFI, et dans lesquelles il y a deux petits trous ronds A et L, posés justement vis-à-vis l'un de l'autre, en sorte que le rayon AL, passant au travers , soit parallèle à la ligne £F; puis RPQ est une pièce du verre que vous voulez éprou ^

* Figure 6i.,

l38 I>A DIOPTRIQUE.

ver, taillée en forme de triangle, dont Fangle RQP est droit , et PRQ est plus, aigu que RÇQ. Les trois côtés RQ , QP et RP, sont trois faces toutes plates et polies , en sorte que la face QP étant appuyée contre la plaache EFI, et l'autre face QR contrôla pinnule FL , le rayon du soleil qui passe par les deux trous A et L pénètre jusques à B au travers du verre PQR sans y souffrir aucune réfraction , à cause qu'il rencentre perpendiculairement sa superficie RQ; mais, étant parvenu au point B^ où il rencontre obliquement son autre superficie RP^ il n'en peut sortir sans se courber vers quelque point de. la planche EF, comme par exemple vers I. ,Et tout l'usage de cet instrument ne consiste qu'àfaire ainsi passer le rayon du soleil par ce» trous A et L , afin de connoître par ce moyeu le rapport qu'a le point 1 , c'est-à-dire le centre de la petite ovale de lumière que ce rayon décrit sur la planche EFI , avec les deux autres points B et P, qui sont, B, celui où la ligne droite qui passe par les centres des deux trous A et L se termine sur la superflu ^ cie RP, et P, celui où cette superficie RP et celle de la planche EFI sont coupées par le plan qu'on imagine passer par les points B et I, et ensemble par les centres des deux trous A et L.

Or, connoissant ainsi exactement ces trois points BPI', et par conséquent aussi le triangle qu'ils dé-

» Figure 62.

DISCOURS DIXIÈME. 1 Sg

terminent , on doit transférer ce triangle avec un compas sur dn papier ou quelque autre plan fort uni, puis du centre B décrire par le point P le cercle NPT, et, ayant pris Tare TïP égal à PT, tirer la ligne dioite BN, qui coupe IP prolongée au point H , puis derechef du centre B par H décrire le cercle HO, qoii coupe BI au point O, et on aura la proportion qui est entre les lignes HI et OI pour la mesure commune de toutes les réfractions qui peuvent être causées par la différence qui est entre Tair et le verre qu'on examine ; de quoi si on n'est pas encore certain, on pourra faire tailler du même verre d'autres petits triangles rectangles différents de celui-ci, et se servant d'eux en même sorte pour chercher cette proportion , on la trouvera toujours semblable, et ainsi on n'aura aucune occasion de douter que ce ne soit véritablement celle qu'on (^erchoit; que si, après cela, dans la ligne droite HI, on prend MI égale à OI, et HD égale à DM, on aura D pour le sommet , et H et I pour les points brûlants de l'hyperbole dont ce verre doit avoir la figure pour servir aux lunettes que j'ai décrites.

Et on pourra rendre ces trois points HDI plus ou moins éloignés qu'ils ne sont de tant qu'on voudra , en tirant seulement une autre ligne droite parallèle à HI plus loin ou plus près qu'elle du point B , et tirant de ce point B trois lignes droites BH,

l40 LA DIOPTRIQUE.

BD,BI qui la coupent; comme vous voyez ici qu'il y a même rappcxrt entre les points HDI et hdi qu'entre les trois hdi.

Puis il est aisé , ayant ces trois points , de tracer rhyperbole en la façon qui a été ci - dessus expliquée, à savoir, en plantant deux piques aux points H et 1% et faisant que la corde mise autour du piquet H soit tellement attachée à la règle qu'elle ne puisse se replier vers I plus avant que jusquesàD.

Mais si vous aimez mieux la tracer avec le compas ordinaire, en cherchant plusieurs points par où elle passe , mettez l'une des pointes de ce compas au point H et l'ayant tant ouvert que son autre pointe passe un peu au-delà du point D •, comme jusques à i, du centre H décrivez le cercle i33; puis ayant fait M2 égale à Hi, du centre I , par le point 2, décrivez le cercle 233, qui coupe le précédent aux points 33 , par lesquels cette hyperbole doit passer, aussi bien que par le point D, qui en est le sommet. Remettez par après tout de même l'une des pointes du compas au point H , et l'ouvrant en sorte que son autre pointe pasçe un peu au-delà du point 1 , comme jusques k ^^ du centre H décrivez le cercle 466 ; puis , ayant pris M5 égale à H4, du centre I par. 5, décrivez le cercle 566 , qui coupe le précédent aux pailits 66 qui

' Fi^re 4a. — • Figure 63.

DISCOURS DIXIÈME. l4l

sont dans l'hyperbole; et ainsi , continuant de mettre la pointe du compas au point H, et le reste comme devant, vous pouvez trouver tant de points qu'il vous plaira de cette hyperbole.

Ce qui ne sera peut-être pas mauvais pour faire grossièrement quelque modèle qui représente à peu près la %ure des verres qu'on veut tailler. Mais, pour leur donner exactement cette figure, il est besoin d'avoir quelque autre invention par le moyen de laquelle on puisse décrire des hyperboles tout d'un trait, comme on décrit des cercles avec un compas ; et je n'en sache point de meilleure que la suivante : premièrement , du centre T ' , qui est le milieu de la ligne HI , il faut décrire le cercle HVI, puis du point D élever une perpendiculaire sur HI , qui coupe ce cercle au point V ; et de T, tirant une ligne droite par ce point V, on aura l'angle HTV, qui est tel. que, si on l'imagine tourner en rond autour de l'essieu HT, la ligne TV décrira la sup^ficie d'un cône dans lequel la section faite par le plan VX parallèle à cet essieu HT et sur lequel DV tombe à angles droits , sera une hyperbole toute semblable et égale à la précédente. £t tous les autres plans parallèles à celui-ci couperont aussi dans ce cône des hyperboles toutes semblables , mais inégales , et qui aur<Hit leurs points brûlants plus ou moins éloi-

» Figure 64.

l4a LA DIOPTRIQUE.

gnés , selon que ces plans le seront de cet essieu. Ensuite de quoi on peut fiaire une telle machine. AB ' est un tour ou rouleau de bois ou de métal qui, tournant sur les pôles i,2, représente Tessieu HI de l'autre figure. CG , EF sont deux lames ou planches toutes plates et unies principalement du côté qu'elles s'entre-touchcnt , en sorte que la superficie qu'on peut imaginer entre ^Ues deux, étant parallèle au rouleau AB, et coupée à angles droits par le plan qu'on imagine passer par les points 1,3 et G,0,G, représente le plan VX qui coupe le cône. Et NP, la largeur de la supérieure CG, est égale au diamètre du verre qu'on veut tailler, ou tant soit peu plus grande. Enfin KLM est une règle qui , tournant avec le rouleau AB sur les, pôles 1,2, en sorte que l'angle ALM demeure toujours égal à HTV, représente la ligne TV qui décrit le cône. Et il £aut penser que cette règle est tellement passée au travers de ce rouleau qu'elle p^it se hausser et se baisser en coulant dans le trou L, qui est justement de sa grosseur; et xûéme qu'il y a quelque part, comme vers K., un poidsrou ressort qui la presse tQujour3 contre la lame CG, par qui elle est soutenue et empêchée de passer outre. Et de plus , que son extrémité M est une pointe d'acier bien trempée qui a la force de couper cette lame CG, mais non pas l'autre EF qui est

> Figure 65.

dessous; d'où il est manifeste que, si on faitmou- Yoîf cette règle KLM sur les pôles i,a, en sorte que la pointe d'acier M pass^ de N par O vers P , et réciproquement de P par O vers N , elle divisera cette lame CG en deux autres, CNOP et GNOP, dont le côté NOP sera terminé d'une ligne tranchante, Qonvexe en CNOP et concave en GNOP, qui aura exactement la^ figure d^une hyperbole; et ces deux lames CNOP, GNOP, étant d'acier ou autre mati^e fort dure, pourront servir non seulement de modèles , mai^ peut-être aussi d'outils ou instruments pour tailler certaines roues , dont je dirai tantôt que les verres doivent tirer lem*s figures. Toutefois il y a encore ici quelque défaut en ce que la pointe d'acier M étant un peu autrement tournée lorsqu'elle est vers N ou vers P que lorsqu'elle est vers O , le fil ou le tranchant qu'elle donne à ces outils ne peut être partout égal. Ce qui me fait croire qu'il vaudra mieux se servir de la machine suivante, nonobstant qu'elle soit un peu plus composée; • •

ABRLM'ja'est qu-tme seule pièce qui se meut tout entière sur les poks i ,2 , et dont la partie ABK peut avoir telle figure qu'on voudra; mais KLM doit avoir celle d'une règle ou autre tel corps dont les lignes qui terminent ses superficies soient parallèles; et elle doit être tellement inclinée, que la

1 Figare66.

l44 L^ DIOPTRIQUE.

ligne droite 45, qu'on imagine passer par le centre cfe son épaisseur, étant prolongée jusques à cdle qu^on imagine passer par les pôles i,â , y Êisse un angle 234 ^g^^ ^ celui qui a tantôt été marqué des lettres HTY. CG, £F sont deux planches parallèles à Tess^u 1 2 , et dont les superficies qui se regardent sont fort plates et unies, et coupées à angles droits par le plan i a GOC ; mais , au lieu de s'entretoucher comme devant, elles sont ici justement autant éloignées Tune de l'autre qu'ji-est besoin pour donner passage entre elles deux à un cylindre ou rouleau QR, qui est exactement rond et partout d'égale grosseur; et, de plus, elles ont chacune une fente NOP, qui est si longue et si large que la règle KLM, passant par dedans, peut se mouvoir çà et là sur les pôles i ,2 tout autant qu'il est besoin pour tracer entre ces deux planches une partie d'une hyperbole de la grandeur du diamètre des verres qu'on veut tailler. Et cette règle est aussi passée au travers du rouleau QR en telle £aiçon que, le faisant mouvoir avec soi sur les pôles 1,2, il demeure néanmoins toujours enfermé entre les deux planches CG,£F, et parallèle *à l'essieu 12. Enfin , Y67 et Z89 sont les outils qui doivent servir à tailler en hyperbole tel corps qu'on voudra , et leurs manches YZ sont de telle épaisseur que leurs superficies, qui sont toutes plates, touchent exactement de part et d'autre celles des deux planches

DISCOURS DIXIÈME. l45

CG,EF sans qu'ils laissent pour cela de glisser entre deux, à cause qu'elles sont fort polies; et ils ont chacun un trou rond5,&dans lequel l'un des bouts du rouleau QR est tellement enfermé , que ce rouleau peut bien se tourner autour de la ligne droite 55, qui est comme son essieu, sans les faire tourner avec soi , à cause que leurs superficies plates étant engagées entre les planches les en empêchent; mais qu'en quelque autre façon qu'il se meuve il les contraint de se mouvoir aussi avec lui. Et de tout ceci il est manifeste que , pendant que la règle KLM est poussée de N vers O et de O vers P, ou de P vers O et de O vers N , faisant mouvoir avec soi le rouleau QR , elle fait mouvoir par même moyen ces outils Y67 et Z89 en telle façon que le mouvement particulier de chacune de leurs parties décrit exactement la même hyperbole que fait Fintersection des deux lignes 34 et 55, dont l'une , à savoir 54 , par son mouvement décrit le cône , et l'autre, 55, décrit le. pian qui le coupe. Pour les jointes ou tranchants de ces outils, on les peut t Éaire de diverses façons, selon les divers usages auxquels on les veut employer. Et pour donner la figure aux verres convexes il me semble qu'il sera bon de se servir premièrement de l'outil Y 67, et d'en tailler plusieurs lames d'acier presque semblables à CNOP', qui a tantôt été décrite; puis, tant

■ Figure 65.

l46 LA DJOPTRIQUE.

par le moyen de ces lames que de l'outil Z89 , de creuser une roue comme d tout autour selon son épaisseur abc y en sorte que toutes les sections qu'on peut imaginer y être faites par des plans dans lesquels se trouve ee, l'essieu de cette roue, aient la figure de l'hyperbole que trace cette machine; et enfin d'attacher le verre qu'on veut tailler sur un tour, comme hiky et rappliquer contre cette roue d en telle sorte que , faisant mouvoir ce tour sur son essieu hk en tirant la corde // , et cette roue aussi sur le sien en la tournant, le verre mis entre deux prenne exactement la figure qu'on lui doit donner.

Or, touchant la façon de se servir de l'outil Y 67, il est à remarquer qu'on ne doit tailler que la moitié des lames cnapkvLn^ fois, par exemple, que celle qui est entre les points n et (? / et à cet effet il faut mettre une barre en la machine vers P qui empêche que la règle KLM, étant mue de N vers O, ne se puisse avancer vers P qu'autant qu'il faut pour faire que la ligne 34 , qui marque le milieu de son épaisseur ,« parvienne jusques au plan i2G(Xî, qu'on imagine • couper les planches à angles droits; Et le fer de cet outil Y67 doit être de telle figure que toutes les parties de son tranchant soient en ce même plan lorsque la ligne 34 s'y trouve; et qu'il n'en ait point d'autres ailleurs qui s'avancent au-delà vers le côté marqué P, mais que tout le talus de son épais-

DISCOURS DIXIÈME. l^'j

seur se jette vers N. Au reste, on le peut faire si mousse ou si aigu, et tant ou si peu incliné, et de telle longpbieur qu'on voudra, selon qu'on le jugera plus à propos. Puis, ayant forgé les lanies cnop, et leur ayant donné avec la li)pe la figure la plus approchante qu'on aura pu de celle qu'elles doivent avoir, il lés faut appliquer et presser contre cet outil R67, et faisant mouvoir la règle KLM de N vers O, et réciproquement de O vers N , on taillera l'une de leurs moitiés ; puis, afin de pouvoir rendre l'autre toute semblable , il doit y avoir une barre ou autre telle chose qui empêché qu'elles ne puis* sent être avancées vers cet outil au-delà du lieu où elles se trouvent lorsque leur moitié NO est ache* vée de tailler; et lors, les en ayant un peu re-r culées, il faut changer le fer de cet oiitil Y67, et en mettre un autre en sa place dont le tranchant soit exacteoient dans le même plan et de même forme, et autant avancé que le précédent, mais qui ait tout le talus de son épaisseur jeté vers P, en sorte que, si on appliquoit ces deux fers de plat l'un contre l'autre, leurs deux tranchants semblassent n'en faire qu'un. Puis, ayant transféré vers N la barre qu'on avoit mise aupara- \^nt vers P pour empêcher le mouvement de la règle KLM, il faut faire mouvoir cette règle de O vers P et de P vers O jusques à ce que les iames cnop soient autant avancées vers l'outil Y67

l48 LA DIOPTRIQUE.

qu'auparavant , et , cela étant , elles seront achevées^ de tailler.

Pour la roue d^ qui doit être de quelque matière fort dure , après lui avoir donné avec la lime la figure la plus approchante de celle qu elle doit avoir qu'on aura pu , il sera fort aisé de l'achever^ premièrement avec les lames cnop , pourvu qu'elles aient été au commencement si bien foi^éès que la trempe ne leur ait rien ôté depuis de leur fiigure, et qu'on les applique sur cettCv roue en telle sorte que leur tranchant nop et son essieu ee soient en un même plan , et enfin qu'il y ait un ressort ou contrepoids qui les presse contre elle pendant qu'on la fait tourner sur son essieu. Puis aussi avec l'outil Z89, dont le fer doit être également talhié des deux côtés ; et avec cela il peut avoir telle figure quasi qu'on voudra , pourvu que toutes les parties de son tranchant 89 soient dans- un plan qui coupe le$ superficies des planches CGEF à angles droits. Et pour s'en servir on doit faire mouvoir la règle KLM sur les pôles 1,2 , en sorte qu'elle passe tout de suite de P jusques à N, puis réciproquement de N jusques à P, pendant qu'on fait tourner la roue sur son essieu. Au moyen de quoi le tranchant de cet outil ôtera toutes les inégalités qui se trouveroat d'un côté à l'autre en l'épaisseur de CQtte roue , et sa pointe toutes celles qui se trouveront de haut en bas : car il doit avoir un tranchant et une pointe.

Googîe

DISCOURS DIXIFIME. 1 49

Après que cette roue aura ainsi acquis toute la pel^ection qu'elle peut avoir, le verre peurra facilement être taillé par les deux divers mouvements d'elle et du tour sur lequel il doit être attaché, pourvu seulement qu'il y ait quelque ressort ou autre invention qui, sans erppêcher le mouvement que le tour lui donne, le presse toujours contre la roue, et que le bas de cette roue soit toujours plonge dans un vase qui contienne le grès , ou Témerî. Ou le tripoli, oU la potée, ou autre telle matière dont il est besoin de se servir pour tailler et polir le verre.

Et à l'exemple de ceci vous pouvez assez entendre en quelle sorte on doit donner là figure aux verres concaves, à savoir en faisant premièrement des lame» comme cnop avec l'outil Z89, puis tail-. fent une roue tant avec ces lames qu'avec l'outil Y67, et tout le reste en la façon qui vient d'être expliquée. Seulement faut-il observer que la roue dont on se sert pour les contexes peut être aussi grande qu'on la voudra faire , mais que celle dont on se sert pour les concaves doit être si petite , que , lorsque son centre est vis-à-vis de la ligne 55 de la machine qu'on emploie à la tailler, sa circonférence ne paise point au-dessus de la ligne 1 2 de la même machine. Et on doit faire mouvoir cette roue beaucoup plus vite que le tour pouTr polir ces verres concaves, au lieu qu'il est mieux pour les con-

l5o LADIOPTRIQUE.

vexes de faire mouvoir le tour plus promptement ; dont la raison est que le mouvement du tour use beaucoup plus les extrémités du verre que le milieu , et qu'au contraire celui de la roue les use moins. Pour l'utilité de ces divers mottVements , elle est fort manifeste; car, polissant les verres avec la main dans une forme en la façon qui seule a été en usage jusques à présent , il seroit impossible de rfen faire de bien que par hasard , encore que les formes fussent toutes parfaites; et les polissant avec le Seul mouvement du tour sur un modèle , tous les petits défauts de ce modèle marqueroient des cercles entiers siu* le verre.

Je n'ajoute pas ici les démonstrations de plusieurs choses qui appartiennent à la géométrie , car .ceux qui sont un peu versés en cette science les pourront assez entendre d'eux-mêmes, et je m^ persuade que les autres seront plus aises de m'en croire que d'avoir la peine de les lire. Au reste , afin que .tout se fasse par ordre, je voudrois premièrement qu'on s'exerçât à polir des verres , plats d'un côté et convexes de l'aUtrè , qui eussent la figure d'une hyperbole dont les points brûlants fiissent à deux ou trois pieds l'un de l'autre : car cette longueur est suffisante pour une lunette qui serve à voir asse» parfaitement les objets inaccessibles. Puis je voudrois qu'on fit des verres concaves de diverses figures en les creusant toujours de

plus en plus jusques à ce qu'on eût trouvé par expérience la juste figure de celui qui rendroit cette lunette la plus parfaite qu'il soit possible et la mieux proportionnée à l'œil qui auroit à s'en servir. Car vous savez que ces verres doivent être un peu plus concaves pour ceux qui ont la vue courte que pour les autres. Or, ayant ainsi trouvé ce verre concave, d'autant que le même peut servir au même œil pour toute autre sorte de lunettes, il n'est plus besoin pour les lonçttes qui servent à voir les objets inaccessibles, que de s'exercer à faire d'autres verres convexes qui doivent être posés plus loin du concave que le premier, et à en hire aussi par degrés qui doivent être posés de plus en plus loin jusques à la plus grande distance qu'il se pourra , et qui soient aussi plus grands à proportion. Mais notez que, d'autant que ces verres convexes doivent être posés plus loin des concaves et par conséquent aussi de l'œil, d'autant doivent-ils être taillés plus exactement, à cause que les mêmes défauts y détournent les rayons d'autant plus loin de l'endroit où ils doivent aller. Comme si le verre F ' détourne le rayon CF autant que le verre E détourne AE, en sorte que les angles AEG et CFH soient égaux , il est manifeste que CF, allant vers H, s'éloigne bien plus du point D où il iroit sans cela, que AE ne fait du point B

' Figure 67.

l52 LA DIOPTRIQUE.

allant vers G. Enfin , la Gbrbière et principale chose à quoi je voudrois qu'on s'exerçât, c'est à polir les verres convexes des deux côtés pour les lunettes qui servent à voir les objets accessibles , et que , s'étant premièrement exercé à en faire de ceux qui rendent ces lunettes fort courtes, à cause que ce seront les plus aisés, on tâchât après, par degrés , à en faire de ceux qui les rendent plus longues , jusques à ce qu'on soit parvenu aux plus longues dont on se puisse servir. Et , afin que la difficulté que vous pourrez trouver en la construction de ces dernières lunettes ne vous dégoûte , je vous veux avertir qu'encore que d'abord leur usage n'attire pas tant que celui de ces autres qui semblent promettre de nous élever dans les cieux,et denous y montrer sur les astres des corps aussi particuliers et peut-être aussi divers que ceux qu'on voit sur la terre , je les juge toutefois beaucoup plus utiles , à cause qu'on pourra voir par leur moyen les divers mélanges et arrangements des petites parties dont les animaux et les plantes , et peut* être aussi les autres corps qui nous environnent, sont composés , et de là tirer beaucoup d'avantage pour venir à la connoissance de leur nature : car déjà , selon l'opinion de plusieurs philosophes , tous ces corps ne sont faits que des parties des éléments diversement mêlées ensemble ; et., selon la mienne, toute leur nature et leur essence, au moins

DISCOURS DIXIÈME. l55

de ceux qui sont inanimés, ne consiste qu'en la grosseur, la figure, l'arrangement et les mouvements de leurs parties.

Pour la difficulté qui se rencontre, lorsqu'on voûte ou creuse ces verres des deux côtés , à faire que les sommets des deux hyperboles soient directement opposés l'un à l'autre , on y pourra remédier en arrondissant sur le tour leur circonférence, et la rendant exactement égale à celle des manches auxquels on les doit attacher pour les polir; puis, lorsqu'on les y attache , et que le plâtre ou la poix et le ciment dont on les y joint est encore frais et flexible, en les faisant passer avec ces manches par un anneau dans lequel ils n'entrent qu'à peine. Je ne vous parle point de plusieurs autres particularités qu'on doit observer en les taillant, ni aussi de plusieurs autres choses que j'ai tantôt dit être requises en la construction des lunettes , car il n'y en a aucune que je juge si difficile qu'elle puisse arrêter les bons esprits. Et je ne me règle pas sur la portée ordinaire des artisans ; mais je veux espérer que les inventions que j'ai mises en ce traité seront estimées assez belles et as^ez importantes pour obliger quelques uns des plus curieux et des plus industrieux de notrel siècle à en entreprendre l'exécution. V

Qpogle

DE LA JTATURE DES COHPS TERRESTRES.

Nous avons naturellemant plus d'admiration poiu* les choses qui sont au-dessus de nous que pour celles qui sont à pareille hauteur , ou audesseus; et quoique les nues n'excèdent guère les sommets de quelques montagnes, et qu'on en voie même souvent d(B plus basses que les pointes de nos clochers , toutefois , à cause qu'il faut tourner les yeux vers le ciel pour les regarder , nous les imaginons si relevées, que même les poètes et les peintres en composent le trône de Dieu , et font que là il emploie ses propres mains à ouvrir et fermer les portes des vents, à verser la rosée sur les fleurs , et à lancer la foudre sur les rochers. Ce qui me fait espérer que si j'explique ici leur nature, en telle sorte qu'on n'ait plus occasion d'admirer rien de ce qui s'y voit , ou qui en descend , on croira facilement qu'il est possible en même

l58 L£S MÉTJÊORES.

façon de trouver les causes de tout ce qu'il y a de plus admirable dessus la terre.

Je parlerai en ce premier discours de la nature des corps terrestres en général, afin de pouvoir mieux expliquer dans (e suivant cel|p des exhalaisons et des vapeurs. Puis à cause que ces vapeurs s'élevant de l'eau de la mer forment quelquefois du sel au-dessus de sa superficie, je prendrai de là occasion de m'arrêter un peu à le décrire, et d'essayer en lui si on peut connoître les formes de ces corps que les philosophes disent être composés des éléments par un mél^ge parfait, aussi bien que celles des météores, qu'ils disent n'en être composés que par un mélange imparfait. Après cela, conduisant les vapeurs par l'air, j'examinerai d'où viennent les vents; et les faisant assembler en quelques endroits, je décrirai la nature dei^ nues; et faisant dissoudre ces nues, je dirai ce qui cause la pluie, la grêle et la neige, où je n'oublierai pas celle dont les parties ont la figure de petites étoiles ^ à six pointes très parfaitement compassées , et qui, bien qu'elle n'ait point été observée par les anciens, ne laisse pas d'être l'une des plus rares merveilles de la nature. Je n'oublierai pas aussi les tempêtes, le tonnerre , la foudre-, et les divers feux qui s'allument en l'air, ou les lumières qui s'y voient; mais, surtout, je tâcherai de bien dépeindre l'arcen-ciel , et de rendre raison de ses couleurs, ep

DISCOURS PREMIER. vbg

telle sorte qu'on puisse aussi entendre la nature de toutes celles qui se trouvent en d'autres sujets; à quoi j'ajouterai la cause de celles qu'on voit communément dans les nues , et des cercles qui environnent les astres, et enfin la cause des soleils, ou des lunes , qui paroissent quelquefois plusieurs ensemble.

Il est vrai que la connoissance de ces choses dépendant des principes généraux de la nature , qui n'ont point encore été, que je sache, bien expliqués, il faudra que je me serve, au commencement, de quelques suppositions, ainsi que j'ai fait en la Dioptrique; mais je tâcherai de les rendre si simples et si faciles, que vous ne ferez peut-être pas difficulté de les croire , encore que je ne les aie point démontrées.

Je suppose premièrement que l'eau, la terre, l'ai^ et tous les autres tels corps qui nous en* vîro'nnent, sont composés de plusieurs petites parties de diverses figures et grosseurs, qui ne sont jamais si bien arrangées, ni si justement jointes ensemble, qu'il ne reste plusieurs intervalles autour d'elles ; et que ces intervalles ne sont pas vides , mais remplis de cette matière fort subtile, par l'entremise de laquelle j'ai dit ci-dessus que se communiquoit l'action de la lumière. Puis , en particulier, je suppose que les petites parties dont l'eau est composée sont longues, unies et

l60 LES MIÊTÉORES.

glissantes, ainsi que de petites anguilles , qui , quoi- . quelles se joignent et s'entrelacent, ne se nouent ni ne s'accrochent jamais pour cela en telle façon cfu'elles ne puissent aisément être séparées ; et au contraire que presque toutes celles, tant de la terre que même de l'air , et dfe la plupart des autres corps, ont des figures fort irrégulières et imégales, en sorte qu elles ne peuvent être si peu entrelacées qu'elles ne s'accrochent et se lient les mies aux autres, ainsi que font les diverses branches des arbrisseaux qui croissent ensemble dans une haie ; et lorsqu'elles se lient en cette sorte , elles composent des corps durs comme de la terre, du bois, ou autres semblables, au lieu que si elles sont simplement posées l'une sur l'autre , sans être que fort peu ou point du tout entrelacées, et qu'elles soient avec cela si petites qu'elles puissent être mues et séparées par l'agitation de la matière subtile qui les environne, elles doivent occuper beaucoup d'espace , et composer des corps liquides fort rares et fort légers, comme des huiles ou de l'air. De plus il faut penser que la matière subtile qui remplit les intervalles qui sont entre les parties de ces corps est de telle nature qu'elle ne cesse jamais de se mouvoir çà et là grandement vite, non point toutefois exactement de même vitesse , en tous lieux et en tous temps, mais qu'elle se meut communément un peu plus vite vers la su»

DISCOURS PA£MI£R. l6l

perfide de la terre, qu'elle ne fait au haut de Fair où sont les nues^ et plus vite vers les lieux proches de Féquateur , que vers le pôle , et au même lieu plus vite l'été que l'hiver , et le joftr que la nuit. Dont > la raison est évidente, en supposant que la lumière n'est autre chose qu'un certain mouvement, ou une action dont les corps lumineux poussent cette matière subtile de tous cotés autour d'eux en ligne droite., ainsi qu'il a été dit en la Diopirique^ Gar. il suit de là que les rayons du soleil, tant droits que réfléchis, la doivent agiter davantage le jour que la nuit , et l'été que l'hiver , et sous l'équateur que sous les pôles , et contre la terre que vers lea nues. Puis il faut aussi penser que cette matière subtile est composée de diverses parties , qui , bien qu'elles soient toutes très petites, le sont toutefois beaucoup moins les unes que les autres y et que les plus grosses, ou, pour mieux parler, les moins petites , ont toujours le plus de force y ainsi que généralement tous les grands corps en ont plus que les moindres, quand ils sont autant ébranlés. Ce qui fait que moins cette matière est subtile, c'est-à-dire composée de parties moins petites, plus elle peut agiter les parties des autres corps; et ceci fait aussi qu'elle est ordinairement le moins subtile aux lieux et aux temps où elle est le plus agitée , comme vers la superficie de la terre que vers les nues , et sous l'équateur que sous les

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