‹ Œuvres de DescartesChapitre 68 sur 90 · CHOSES A REMARQUER · texte numérisé non relu

CHOSES A REMARQUER

Remarquez premièrement que tous les sens sont capables de quelque plaisir.

Secondemait , que ce plaisir des sens consiste en une certaine proportion et correspondance de l'objet avec le sens; d'où vient par exemple qu'une décharge de mousqueterie ou que le bruit du tonn^?re seroît un son peu propre pour la musique, d'autant qu'il bleâseroit l'oreille, de même que l'éclat brillant des rayons du soleil blesse les yeux de celui qui le regarde directement.

Troisièm.ement , cet objet pour plaire doit être de telle façon qu'il ne paroisse pas confus au sens, qui ne doit pas travailler pour le connoitre et le

distinguer. De là vient 'qu'une figure , si régulière soit-elle, n'est pas agréable à la vue lorsqu'elle est embarrassée de plusieurs traits , comme est cette partie de l'astrolabe qu'on appelle la mère ,• au lieu qu'une figure comme pourroit être l'araignée du même astrolabe , dont les parties sont plus égales et observent plus de symétrie, gêne moins l'œil qui le regarde; dont la raison est que le sens se satisfait bien davantage en ce dernier objet qu'en l'autre , où il y a un amas de parties qu'il ne peut apercevoir assez distinctement.

En quatrième lieu, cet objet est plus aisément aperçu par les sens dont les parties sont moins différentes entre elles.

En cinquième lieu , ces parties-là ont moins de dififérence entre elles entre lesquelles il y a plus de proportion.

En sixième lieu , cette proportion doit être arithmétique et non pas géométrique , d'autant qu'en celle-là il y a moins de choses à considérer, les différences étant partout égales ; et ainsi le sens ne travaille pas tant pour connoître distinctement et en détail tout ce qui s'y rencontre. Comme la proportion des lignes â, 3, 4 {fig- 0 ^st plus aisément connue que celle des lignes 2 , ^/8, 4 {fié- ^) ? d'autant qu'en la première figure il ne faut considérer que l'unité dont une ligne excède l'autte, au lieu qu'en la deuxième figure il faut connoître aussi

les parties AB et BC qui , étant incommensurables , ne peuvent à mon avis être parfaitement connues en même temps par le sens, mais seulement par rapport à la proportion arithmétique, en sorte qu'il connoisse par exemple deux parties en AB, dont il y en a trois en BC.

En septième lieu, entre les objets de chaque sens, celui-là n'est pas le plus agréable à l'âme qui eu est ou très aisément ou très difficilement aperçu, mais celui qui n'est pas tellement facile à connoître qu'il ne laisse quelque chose à souhait^ à la passion avec laquelle les sens ont accoutumé de.se porter vers leurs objets, ni aussi tellement difficile qu'il fasse souffrir les sens en travaillant à le connoître.

Enfin, il faut remarquer que la variété est très agréable en toutes choses , ce qui étant posé , parlons de la première propriété du son , savoir :

nu NOMBRE ET DU TEMPS Qu'oN DOIT OBSERVER DANS LES SONS.

Le temps dans les sons doit être composé ou de parties égales , parceque ce sont elles qui , comme nous avons remarqué au quatrième lieu , sont les plus aisées à connoître ; ou de parties qui soient en proportion doujj^le ou triple sans aller au-delà, d'autant qu'elles sont les plus propres pour être entendues distinctement, comme nous avons dit en la cinquième et sixième remarque.

Or si les mesures étoient plus inégales , l'oreille ne pourroit qu'avec peine et grande application connoître leurs différences , ainsi que l'expérience nous enseigne ; car si je voulois mettre cinq notes égales en valeur contre une seule , on^ ne pourroit la chanter qu'avec difficulté.

Mais vous direz peut-être qu'on en peut mettre quatre ou même huit contre une: donc, etc. A quoi je réponds que ces nombres ne sont pas . nombres premi^s entre eux , et partant ne produisent pas de nouvelles proportions , mais seulement multiplient la raison double ; ce qu'on peut aisément connoître , parcequ'on ne s'en peut servir , sinon étant prises deux à deux. Car je ne puis me servir de ces notes seules A ( fig. 3 ) dont la seconde n'est que le quart de la première , mais bien de celles-ci B , où les deux dernières font la moitié de la première. Ainsi la proportion de l'un à l'autre est seulement la double multipliée. /

De ces deux sortes de proportions dans le temps sont venues les deux mesures qui sont en usage dans la musique , savoir , par la division en trois temps , et celle qui se fait en deux temps. Or cette division est marquée par un mouvement de la main , qu'on appelle batterie , qui se fait pour soulager notre imagination, et par laquelle on peut connoître plus aisément tous les membres d'une

pièce ou chanson , et se divertir en contemplant les proportions qui s y rencontrent.

Or cette proportion est souvent gardée avec tant d'exactitude dans les membres d'une chanson, qu'entendant encore la fin d'un temps, nous nous ressouvenons par son moyen du commencement et de la suite de la même chanson ; ce qui arrive ordinairement si toute la chanson est composée de 8 , 1 6 , 32 ou 64 membres et davantage , pourvu que toutes les divisions augmentent en proportion double ; car alors ayant entendu les deux premiers membres, nous les concevons comme un seul ; ayant entendu le troisième , nous le joignons avec les deux premiers, en sorte que la proportion est triple: lorsque nous entendons le quaitrième, nous le joignons au troisième , et de ces deux derniers nous n'en faisons qu'un ; puis , joignant les deux premiers aux deux derniers, on concevra ces quatre membres ensemble comme un seul , et c'est ainsi que notre imagination se conduit jusques à la fin, où elle se représente toute là chanson comme un corps entier composé de plusieurs membres.

Peu V de personnes observent comment l'oreille s'aperçoit de cette mesure ou batterie , dans une musique composée de plusieurs voix et chantée en diminution. Or cela arrive , à mon avis , par une Certaine élévation ou intensité de voix dans la mu-

sique vocale, ou par la force du pincement ou trait d'archet dans celle qu'on exprime sur des instruments et qui rend le son plus fort et plus distinct au commencement de chaque batterie , ce que les musiciens qui chantent ou ceux qui touchent les instruments savent naturellement remarquer, particulièrement dans les chansons aux mesures et branle desquelles lious avons coutume de danser et d'ajuster nos pas ; car c'est là principalement que cette rè^e s'observe, de distinguer exactement chaque mesure de musique par les gestes et les mouvements réglés de notre corps , à quoi il semble même que la musique nous porte naturellement. Car il est certain que le son a la force d'ébranler tous les corps d'alentour, comme on peut remarquer par le son des cloches un peu grosses , ou par le bruit du tonnerre , dont je laisse à chercher la raison aux physiciens; mais ce fait étant très certain , selon l'aveu de tout le monde, et le son étant plus fort et plus distinctement aperçu au commencement de chaque mesure que dans la suite , ainsi que nous avons dit ci-dessus, il faut aussi demeurer d'accord qu'il ébranle et meut plus fortement nos esprits animaux , ce qui excite tout le corps et le rend disposé à se mouvoir* D'où il est évident que des bétes pourrôient danser avec mesure , si oIq les y instruisoit , ou si on les y accoutumoit de longue main, parcequ'ii

n'est besoin pour cela que d'un effort et mouvement naturel.

Pour ce qui regarde les différentes passions que la musique peut exciter en nous par la seule variété des mesures, je dis en général qu'une mesure lente produit en nous des passions lentes , telles que peuvent être la langueur , la tristesse^ la crainte ,et Porgueil , etc. ; et que la nlesure prompte , au contraire, fait naître des passions promptes et plus vives , comme est la gaieté et la joie, etc;

Il faut dire la même chose de deux manières de battre la mesure, que celle qui est carrée ou qui se résout toujours en parties égales est plus lente et moins vive que celle qu'oa bat en triplât, ou qui est composée de trois tempsj dont la raison est que celle-ci arrête et tient le sens plus attentif, d'autant qu'elle renferme plus de choses à observer , à savoir trois membres, au lieu qu'en celle-là il n'y en a que deux. Mais une recherche plus exacte de cette matière suppose aussi une connoissance plus profonde des passions de l'smie , aiosi je n'en dirai pas davantage.

Je ne puis néanmoins oublier que la mesure a tant de puissance et de force ' dans la musique , qu'elle seule est capable de faire sentir à l'oreille quelque plaisir , comme l'expérience le fait voir en un tambour qu'on touche pour régler la marché ou avertir les gens de guerre ; car toute son

harmonie consiste en la mesure , qui peut être alors composée non seulement de deux ou de trois temps , mais aussi de cinq ou sept ou même davantage; car l'oreille n'ayant alors à considérer que le temps, on peut se servir d'une plus grande diversité de mesure, afin de l'occuper et de l'entretenir davantage.

DE LA DIVERSITÉ DES SONS A l'ÉGARD DU GRAVE ET DE l'aigu.

Cette diversité des sons peut être considérée en trois manières, ou dans les sons que divers corps produisent en même temps, ou dans ceux qui naissent successivement d'une même voix, ou dans les sons enfin que plusieurs voix ou instruments différents font entendre successivement.

La première manière a donné lieu aux consonnances et accords, la seconde aux degrés, et la troisième aux dissonances qui approchent le plus des consonnances ; tellement qu'il doit y avoir une moindre diversité de sons dans les accords que dans les degrés, parceque' autrement cela travailleroit trop l'oreille , qui souffre plus à vouloir distinguer tous les sons qui se font ensemble que ceux qui ne se produisent que successivement et l'un après l'autre. Il faut aussi, par proportion, dire la même chose de la différence qu'ont les degrés avec ces dissonances qui se souffrent dans le rapport de plusieurs voix ou instruments.

DES COWSONNANCES.

Il faut premièrement remarquer que Tunisson n'est pas une consonnance, d'autant qu'on n'y rencontre pas la condition nécessaire pour en faire une , savoir , la différence des sons à l'égard du grave et de l'aigu ; mais qu'il a même rapport aux consonnances que l'unité aux nombres.

Secondement, des deux termes qu'on suppose dans la consonnance , celui qui est le plus grave domine bien davantage , et contient l'autre en quelqutB façon.

Comme on peut voir dans les cordes de luth , car si on en pince une ^ celles qui sont plus élevées qu'elle d'une octave ou d'une quinte tremblient et résonnent d'elles-mêmes.

Or celles qui sont plus basses n'en font pas de même , du moins n'observe-t-on point qu'elles remuent en aucune façon , dont il semble que voici laraison : le son est au son comme la corde à la corde ; or chaque corde contient en soi toutes les atitres cordes qui sont moindres qu'elle, et non pas celles qui sont plus grandes ; par conséquent aussi , dans chaque son , tous les aigus sont contenus dans le grave , mais non pas réciproquement tous les graves dans celui qui est aigu*

D'où il est évident que l'on doit chercher le terme plus aigu par la division du plus grave , laquelle

division doit être arithmétique, c'est-à-dire en parties égales , ainsi que nous avons remarqué ci-dessus. Soit donc AB ( fig. 4)1® terme le plus grave ; si j'en veux trouver le terme le plus aigu , pour en former la première de toutes les consonnances , alors je le divise en deux ( ce noml)re étant le premier de tous), comme vous voyez qu'on a£ait au point G, et alors AC , AB sont éloignées l'une de l'autre par la première des consonnances, qui est appelée octave ou diapason. Que si je veux avoir les autres consonnances qui suivent immédiatement la première, je divise AB en trois parties, et alors il n'en résultera pas seulement un terme aigu, mais deux , savoir AD et AE , d'où naîtront deux consonnances de même genre, savoir une douzième et une quinte. Je puis encore diviser la ligne AB en quatre ou en dnq ou en six parties , et non pas davantage, parceque la capacité des oreilles ne s'étend pas au-delà , et que leur délicatesse ou imbécillité est telle , qu'elles ne pourroient pas sans peine distinguer une plus grande différence de sons.

Où il faut remarquer qu'il ne résulte qu'une consonnance de la première division , deux de la seconde, trois de la troisième , et ainsi du reste, comme on peut voir en cette table ( fig. 5 ) , où toutes les consonnances ne sont pas encore comprises ; mais , afin que nous puissions trouver celles

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qui y manquent , il faut auparavant que nous traitions de l'octave.

DE l'octave.

De ce qui a été dit ci-dessus , il est manifeste que Toctave est la première de toutes les consonnances, et celle qui, après l'unisson, est la plus aisément aperçue par l'oreille; cela se confirme par l'expérience des flûtes , qui , étant embouchées et remplies de vent plus qu'à l'ordinaire, passent d'un ton grave à uii autre plus aigu d'une octave entière. Or il n'y a pas de raison pourquoi on passe tout d'un coup à l'octave, et non pas à la "quinte et aux autres consonnances, sinon parceque l'octave est la première de toutes et qui diffère le moins de l'unisson; d'où il suit, je pense, qu'on n'entend jamais aucun 5(7n que son octave en dessus ne me semble frapper les oreilles en quelque façon; et de là vient aussi qu'au luth on ajoute des cordes menues et plus aiguës d'une octave aux grosses qui rendent un son plus grave , afin qu'étant touchées ensemble, on entende les grosses distinctement; d'où il est manifeste qu'il est impossible qu'aucun son qui sera d'accord avec un des termes d'une octave puisse discorder avec ' l'autre terme de la même octave.

Il y a une autre chose à remarquer dans l'octave : savoir, qu'elle est* la plus ample de toutes les con-

sonnances, c'est-à-dire qu'elle les renferme toutes , ou bien qu'elle les compose étant jointe avec quelqu'une de celles qu'elle contient; ce qu'on peut démontrer de cela seul que toutes les consonnances sont composées de parties égales, de façon que si leurs termes sont plus éloignés l'un de l'autre que d'une octave, je puis, sans diviser davantage le terme le plus grave , ajouter une octave au plus aigu, ce qui fera voir qu'il est composé de cette octave et de son reste. Comme si on divise AB ( fig. 4) en trois parties égales dont AD, AB soient éloignées l'une de l'autre d'une douzième, je dis que cette douzième est composée d'une octave et de son reste, savoir la quinte. En effet , elle est composée de AD et AE qui est une octave, et de AE et AB qui sont une quinte, et ainsi des autres. C'est pourquoi, lorsque l'octave compose les autres consonnances , elle ne multiplie pas tant que les autres le nombre des proportions, étant la seule qui puisse être doublée. Car en effet, si on la double une fois, elle produit seulement 4; si c'est deux fois, elle produit 8; mais si on double une quinte, qui est la première consonnance après l'octave, elle donne 9; car il y a 'une quinte de 4 à 6, et de même de 6 à 9 , lequel nombre est beaucoup plus gtand que 4i et excède l'ordre ou la suite des six premiers nombres dans lesquels nous avons ci-dessus renfermé toutes les consonnances.

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De toutes ces choses il s^ensuit que toutes les cousonnauces se doivent réduire à trois espèces : la première est simple 9 l'autre est composée d'une simple pt d'une octave , et la troisième est composée d'ime simple et de deux octaves. Et on n'ajoute pas à ces trois une autre espèce de consonnance qui soit composée de trois octaves et d'une consonnance simple, d'autant que ce sont les bornes où notre faculté peut aller, qui ne peut s'étendre audelà de trois octaves, parcequ'alors les nombres des proportions se multiplieroient trop. De là on a tiré le catalogue général de toutes les consonnances tel qu'on le voit en la fig. 6.

Nous avons ici ajouté la sexte mineure, que nous n'avions pas encore trouvée entre les autres ci-dessus; mais on la peut tirer de l'octave, car en ayant ôté le diton , ce qui restera sera la sexte mineure. Mais nous en parlerons incontinent plus clairement.

Ayant donc dit que tous les accords se rencontrent dans l'octave , il faut voir comment cela se fait, et comment ils naissent de sa division, afin de mieux connoître leur nature.

Premièrement , il est certain , suivant les remar* ques qui sont au commencement de ce traité, que cette division doit être arithmétique o^ en parties égales. Or on peut voir dans la corde AB ( fis- 7 ) ^^ q^î ^^* ^^^ divisé ; car cette corde

AB est distante ou différente de AC, de la partie CB : or le son AB est distant ou différent de AC dune octave; et partant, l'espace et la distance de l'octave sera la partie du son CB. C'est donc cette partie CB qui doit être divisée en deux parties égales , afin que toute l'octave soit divisée, ce qui se fait en D. Et afin de savoir quel accord doit naître proprement de cette division , il faut considérer que AB, qui est le terme le plus grave, est divisé en D , non par rapport à soi-même, car alors il le faudroit diviser en C, comme nous avons fait ci-dessus, parceque ce n'est plus maintenant un unisson qu'on divise, mais une octave qui a deux termes. C'est pourquoi quand le plus grave est divisé, cela se fait par rapport à l'autre qui est aigu, et non pas par rapport à soi-même ; tellement que l'accord qui s'engendre proprement de cette division doit être entre les termes AC et AD qui font une quinte, et non pas entre AD et AB qui font une quarte , parceque DB est seulement ce qui reste, et qui par accident engendre un accord, d'autant que le son qui fait un accord avec un terme d'une octave doit aussi s'accorder avec l'autre.

Derechef, après avoir divisé l'espace CB en D, on poiyra , par la même raison , diviser CD en E , ce qui naturellement engendrera un diton , et en même temps tous les autres accords par accident,

et il n'est pas besoin de diviser encore après cela CE; mais en cas qu'on le voulût faire , ce seroit, par exemple, en F, d où naîtroît le ton majeur, et par accident le ton mineur, et les demi-tons dont nous parlerons ci après; car ils ont lieu successivement dans la voix, et ^on pas dans les accords.

Or il ne faut pas s'imaginer que ce soit sans fondement qu'on ait dît qu'il n'y a que la quinte et le diton qui s'engendrent de la division de l'octave, et que les autres ne s'engendrent que par accident; car j'ai reconnu par expérience dans les cordes de luth ou de quelque autre instrument que ce soit, que si vous en touchez une, la force du son ébranlera toutes les autres cordes qui seront plus aiguës d'une quinte ou d'un diton , sans que j'aie pu observer que la même chose soit arrivée dans les quartes ou autres accords. Or cette force des accords ne peut venir sans doute que de leur perfection ou imperfection , en ce que les premiers sont des accords essentiellement et par eux-mêmes, au lieu que les autres ne le sont que par accident, en tant qu'ils viennent et descendent de ceux-là.

H faut maintenant examiner si ce que nous avons dit ci-dessus est véritable , savoir , que toutes les consonnances simples sont renfermées, dans l'octave; ce que nous ferons aisément, si nous faisons un cercle de CB ( fig. 8 ) , moitié du son AB

qui comprend l'octave, en sorte que B se vienne joindre à C, et que ce cercle soit ensuite divisé en D et en E, comme CB en la figure précédente a été divisé. Or la raison pour laquelle tous les accords se doivent ainsi trouver est que rien n'est d'accord avec un terme d'une octave qui ne soit en même temps d'accord avec l'autre terme de la même octave, ainsi que nous l'avons prouvé cidessus; et partant, si dans la figure une partie du cercle fait un accord , le reste aussi en doit renfermer quelqu'un.

On connoîtra par cette figure pour quelle raison on appelle l'octave diapason , savoir^ pârcequ'elle renferme en soi tous les intervalles des autres consonnances.

Au reste, nous n'y avons rapporté que les consonnances simples, étant très aisé d'ajouter à chacun des intervalles supérieurs un ou deux cercles entiers, en cas qu'on voulût aussi y trouver les accords composés ; et il sera toujours évident que tous les accords sont composés de l'octave.

Nous pouvons inférer de ce que nous avons déjà dit que toutes les consonnances ou accords se réduisent à trois genres; car, ou elles naissent de la première division de l'unisson , ainsi que font les octaves, ou bien de la division de l'octave même en parties égales , comme les quintes et les quartes, ou enfin de la division de la quinte

même. Les premières de ces consonnances s'appellent coDsonnances ou accords du premier genre; les secondes, accords de la seconde division; les troisièmes sont les accords de la troisième et dernière division.

De plus, nous avons encore divisé les accords en ceux qui , proprement et par eux-mêmes , naissent de ces divisions, en ceux qui en naissent seulement par accident; et nous avons dit qu'U n'y en avoit que trois de ceux-là, ce qu'on peut même prouver par la cinquième figure, dans laquelle nous avons exposé les accords avec leurs nombres , car il faut bien prendre garde qu'il n'y a que trois nombres accordants, 2 , 3 et 5 , les nombres 4 et 6 étant composés d'eux , et ainsi n'ayant lieu entre les accordants que par accident, comme il est évident par la même figiu'e , dans laquelle on voit que ces nombres , de leur nature et en droite ligne, ne produisent pas de nouveaux accords, mais ceux-là seulement qui sont composés des premiers, comme, par exemple, 4 produit une quinzième, 6 une dix-neuvième; mais par accident et au bout de la ligne, 4 produit une quarte, et 6 une tierce mineure ; où je vous prie de r^oiarquer en passant que, dans le nombre de quatre, la quarte naît immédiatement de l'octave comme un monstre défectueux et imparfait.

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