‹ Œuvres de DescartesChapitre 75 sur 90 · Zz · texte numérisé non relu

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elle , si elle se meut par degrés , comme en cet exemple (/îg'. 19 >

La syncope se fait lors(jue, dans une partie, la fin d'une note est entendue en même temps que le commencement d'une note de la partie opposée , comme on peut voir en cet exemple, où le dernier temps de la note B n'est pas d'accord avec le commencement de la note C : ce qu'on souffre néanmoins , à cause que l'oreille est encore remplie du son de lanote A, avec qui elleétoit d'accord; et ainsi B est au respect de C , comme une voix seulement relative, dans laquelle on souffre les dissonances. Leur variété même fait que les accords entre lesquels elles sont mêlées en sont mieux entendus , et réveillent l'attention; car la dissonance BC fait qu'on s'attend à quelque chose de nouveau, et qu'on tient son jugement en suspens, touchant la beauté de la symphonie , jusques à ce qu'on entende la note D , où l'oreille commence à se satis* faire, et encore davantage en £, avec laquelle ^ après que la fin de la note D a entretenu l'attention , la note F , qui lui succède aussitôt , fait un accord parfait, à savoir une octave.

On se sert de ces syncopes dans les cadences , parcequ'on goûte mieux ce qu'on a désiré longtemps. Ainsi le son se repose et s'arrête plus doucement dans un accord parfait ou un unisson ^ lorsque quelque dissonance les précède ; les de-

grés même doivent être mis entre les dissonances : car tout ce qui n'est point un accord passe ici pour une cKsspnance.

Il faut encore observer que l'oreille se plaît d*vantage à entendre finir les parties par une octave que par une quinte, et encore mieux par l'unisson; non pas que la quinte ne soit le plus agréable de tous les accords , mai& parcequ'à la fin on doit chercher le repos , qui est plus grand dans les sons entre lesquels il y a peu ou point de difFérence , comme dans l'unisson. Or non seulement ce repos ou cette cadence est agréable à la fin, mais même dans le milieu d'une pièce; la fuite de cette cadence est merveilleusement agréable, lorsqu'une partie semble se vouloir reposer , tandis que l'autre avance toujours et ne laisse pas de passer outre. Et cette sorte de figure dans la musique a du rapport à celles de rhétorique dont on use dans le discours , auxquelles on peut aussi compiarer les fugues , les échos , et autres semblables figures , qui se font lorsque deux parties chantent successivement et en différents temps la même chose , ou même tout le contraire ; ce qu'elle^ peuvent faire aussi en même temps, et même cette contrariété n'est pas quelquefois désagréable en certaines parties de musique : mais pour ce qui regarde ces contre-points ou autres figures dans lesquelles on observe un semblable artifice depuis le commen-

cernent; jusqu'à la fin, ils n'appartiennent pas autrement à la musique que les acrostiches ou vers rétrogrades, et autres semblables jeux de- l'esprit ipnt à 1a poésie , qui , comm^ notre musique , a été inventée pour nous récréer l'esprit et exciter en l'âme diverses passions.

DES BIODES.

Ce traité est fort célèbre parmi les praticiens , et chacun sait assez ce que c'est que des modes, ainsi il seroit inutile d'en vouloir ici parler à fond. Remarquez seulement qu'ils viennent de ce que l'octave n'est pas divisée en degrés égaux , car tantôt le ton et tantôt le demi-ton s'y rencontre ; de plus,ils viennent aussi de la quinte, à cause qu'elle est très agréable et que toutes les pièces semblent n'être faites que pour elle : car l'octave ne peut être divisée en degrés qu'en sept modes ou manières différentes, dont chacun peut encore être divisé en deux diverses manières par la quinte, hormis deux, en chacun desquels la fausse quinte se rencontre une fois au lieu de la quinte ; d'où sont venus douze modes seulement , entre lesquels même il y en a quatre qui sont peu agréables, d'autant qu'il se rencontre un triton dans leurs quintes; en sorte qu'ils ne peuvent monter ou descendre par degrés de la principale quinte , pour qui toute la pièce semble être composée , qu'il n'y

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ait nécessairement une fausse relation du triton ou de la fausse quinte.

Il y a trois termes principaux en chaque mode , par lesquels il faut commencer, et principalement finir, comme chacun sait. On les appelle modes, tant parcequ'ils empêchent que la chanson ne passe les bornes prescrites à chaque partie , que principalement aussi parcequ'ite peuvent beaucoup aider et servir à composer dififérents airs qui nous touchent diversement selon la diversité de leurs modes. Les musiciens quin'olit que la pratique et l'expérience traitent de cela assez amplement, et l'on en peut ici trouver aisément les raisons ; car il est constant qu'il y a certains modes où , dans les plus considérables lieux et dans ceux qui le sont moins, se rencontrent souvent des dîtons et des tierces mineures , d'où , comme nous avons montré ci-devant , naît presque toute la variété de la musique.

On pourroit dire la même chose touchant les degrés mêmes ; car le ton majeur en est le premier qui approche beaucoup des accords, et qui s'engendre par lui-même de la division du diton , au lieu que les autres ne s'eùgendrent que par accidents. De ces observations et autres semblables on pourroit inférer plusieurs choses touchant la nature des degrés , mais cela seroit trop long. Ensuite de quoi je devrois aussi traiter en particu-

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lier de chacune des passions que la musique est capable d'exciter en l'âme; et si cela étoit, je montrerois quels sont les degrés, les consoioances, les temps , ies figures , et choses sa^lables , qui les peuvent exciter en nous ; mais ce seroit aller audelà du dessein que je me suis proposé de ne Ëiire ici qu'un abrégé.

J'aperçois terre enfin, et je me hâte pour gagner le rivage ; j'avoue que j'ai omis id plusieurs choses par le désir que fm eu d'être court; que le défaut de mémoire m'en a. aussi fait omettre plusieurs , mais que j'en ai omis bien davantage par ignorance. Je veux bien néanmoins que cet avorton de mon esprit, semblable, par le peu de politesse qu'il a , aux petits ourseaux qui ne font que de naître , vous aille trouver pour être un témoignage de notre familiarité et un gage certain de l'affection particulière que j'ai pour vous; mais à condition , s'il vous plaît , que , l'ayant enseveli parmi vos pancartes dans un coin de votre cabinet , il ne souffre jamais la censure et le jugemoat d'autres que de vous : car il seroit à craindre que ces personnes n'eussent pas , comme vous , assez de bienveillance pour moi , que de vouloir bien détourner leurs yeux de dessus ce tronc informe , pour les porter sur des pièces plus achevées , et où je pense, sans flatterie, avoir donné quelques marques et témoignages de mon esprit; et elles ne

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sauroient pas que cet ouvrage a été composé à la hâte pour plaire à vous seul, y ayant travaillé dans un temps où je ne pensois à rien moihs qu'à écrire de cette matière , et où je menois une vie fainéante et peu retirée, à laquelle l'ignorance et la conversation des gens de guerre sembloit me convier.

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