‹ Œuvres de É. Verdet (volume 5)Chapitre 14 sur 71 · COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DBS SCIENCES, TOME XXXI, PAGE · texte numérisé non relu

COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DBS SCIENCES, TOME XXXI, PAGE

Sans développer ici l'historique de la question, qu'on trouvera dans le mémoire, il me suffira de rappeler les faits suivants :

En i8a4, M. Arago a fait connaître à l'Académie ses expériences qui démontrent l'action des métaux en mouvement sur l'aiguille aimantée.

En i83a, ces phénomènes ont été rapportés par M. Faraday aux courants induits que l'aimant développe nécessairement dans la plaque métallique.

En 18/16, M. Bréguet a examiné la réaction de ces courants induits sur un fil conducteur voisin; il a annoncé que tous les métaux en mouvement dans le voisinage d'un aimant exerçaient sur le fil conducteur des actions inductrices de même signe que celles du fer doux placé dans les mêmes circonstances.

En 18/18, M. Weber a annoncé, au contraire, qu'un cylindre de bismuth exerçait des actions inductrices constamment opposées à celles d'un cylindre de fer doux ; il a comparé ce phénomène à la répulsion du bismuth par les aimants, et l'a, en conséquence, attribué au diamagnétisme.

Tout récemment (mars i85o), M. Faraday a repris et généralise les expériences de M. Weber. Il n'a obtenu de résultats bien sen~

siMes qu'avec les métaux bons conducteurs, et il a expliqué les phénomènes non par le diamagnétisme , mais par les courants induits dans la masse des métaux.

Enfin, il est juste de dire qu'en 1 84 1 M. Dove a publié, dans les Annales de chimie et de physique, des expériences qui se rattachent de très-près à la question.

Quant aux méthodes d'expérience, je rappellerai que MM. Weber et Faraday se contentaient d'approcher et d'éloigner leurs cylindres métalliques du pôle d'un électro-aimant, et d'observer les courants induits dans une bobine placée au-dessus de ce pôle ; que M. Bréguet se servait d'une machine de Page, en substituant les divers métaux au fer doux.

Je me suis également servi de la machine de Page. Cette machine se compose d'un oimant en fer à cheval, devant les pôles duquel tourne une plaque métallique. Les branches de l'aimant sont placées dans l'axe de deux bobines à long fil qu'on fait communiquer avec un galvanomètre sensible. Ce sont les courants induits de ces bobines qu'il s'agit d'étudier.

La seule pièce que j'ai ajoutée à cette machine est un commutateur qui ne laisse arriver le courant au galvanomètre que pendant la douzième partie d'une révolution de la plaque, ce qui permet d'analyser le phénomène dans ses détails.

J'ai expérimenté d'abord sur les corps magnétiques. J'ai constaté que deux substances peu magnétiques, telles que l'oxyde et le sulfure de fer, donnent des courants induits très-appréciables dans la machine de Page. Ces expériences avaient surtout pour objet d'éprouver la sensibilité de mon appareil.

Passant ensuite aux métaux non magnétiques, j'ai reconnu que les courants induits, pendant la période du mouvement où la plaque w»t très-voisine de la ligne des pôles , paraissent suivre à peu près Iw lois de l'induction diamagnétique de M. Weber; mais, en com- |t<trtint les divers métaux, j'ai reconnu, comme MM. Bréguet et Fa- NmIiiYi que les phénomènes ne dépendent que de la conductibilité ita* uitUttuv, et nullement de leur pouvoir diamagnétique. Je n'ai <tb*t»luiitoiit rien obtenu en substituant aux plaques compactes des llMMWtiu de (Un ou des masses rectangulaires de poudre métallique

agglutinée par un mastic. Ce dernier mode d'expérience détruisait l'effet des courants d'induction et laissait subsister celui du diamagnétisme, si réellement il existait.

J'ai cherché à expliquer les phénomènes par la réaction des courants induits dans la plaque mobile. Les lois générales de l'induction m'ont indiqué des courants de signes variables, mais distribués d'une manière entièrement symétrique pendant la période où la plaque s'éloigne de la ligne des pôles, et pendant la période où elle s'en rapproche.

Or l'expérience indique entre ces deux périodes une dissymétrie complète , d'autant plus marquée que la vitesse de rotation est plus grande. Il en résulte une contradiction qui m'a paru s'expliquer par les principes qu'a développés M. Faraday dans sa lettre à M. Gay- Lussac sur le magnétisme de rotation.

M. Faraday a fait voir que la composante perpendiculaire au plan du disque et la composante parallèle aux rayons, découvertes par M. Arago, indiquaient une dissymétrie des courants induits dans le disque mobile, que la théorie ordinaire de l'induction n'aurait pu faire prévoir. Il s'en est rendu compte en admettant une influence du temps sur l'induction. Celte influence du temps m'a donné l'explication de mes expériences, et je considère comme le principal résultat de mon travail de l'avoir manifestée d'une manière nouvelle.

Pour être sûr que les phénomènes que j'attribuais a l'influence du temps sur l'induction n'étaient pas dus à l'influence du temps sur les variations du magnétisme de l'aimant, ni à une réaction des courants induits sur l'aimant semblable à celle qu'a étudiée M. Lenz. j'ai remplacé l'aimant de l'appareil de Page par un puissant solénoïde. Les courants induits ont été moins intenses qu'avec un aimant; mais leurs lois générales ont été les mêmes, et la dissymétrie par laquelle se manifeste l'influence du temps a toujours persisté.

J'ajouterai qu'il m'a été impossible de distinguer l'antimoine et le bismuth des autres métaux . si ce n'est par la faiblesse de leurs effets. Rien dans les phénomènes que j'ai observés ne m'a conduit à attribuer à ces deux corps une induction diamagnélique propre. Je

ne veux pas dire qu'elle n'existe pas , mais je crois ses effets trèsfaibles par rapport à ceux de l'induction ordinaire. Les phénomènes qui se passent au voisinage de la ligne des pMes, et qui simulent l'induction diamagnétique, s'expliquent par l'influence du temps dont je viens de parler.

Enfin une discussion attentive montre que, pour certaines positions du commutateur, on pourrait croire que les phénomènes produits par tous les métaux sont entièrement semblables à ceux du fer doux. Ainsi s'expliquent les résultats annoncés par M. Bréguet.

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