PAR M. A. DE LA'.RIVE
Me trouvant à Paris au printemps de 1 866, j'avais été entendre l'un de ces admirables concerts du Conservatoire qui sont la plus grande jouissance que puissent se procurer les vrais amis de la musique. Je me trouvai placé entre un jeune homme qui m'était inconnu et une personne plus âgée avec laquelle j'étais en relation. Le jeune homme était Emile Verdet; la personne plus âgée était M. Martin-Paschoud, qui, après avoir suivi Verdet dès ses premières études , était devenu et est toujours resté l'un de ses amis les plus dévoués. Grâce à M. Martin, la connaissance fut bientôt faite entre Verdet et moi ; la musique fit tous les frais de notre premier entretien.
Mon étonnement fut grand quand, croyant avoir affaire à un musicien consommé, j'appris que mon interlocuteur, âgé à peine de vingt-deux ans, venait de sortir de l'Ecole Normale avec les trois grades de licencié es sciences (mathématiques, physiques et naturelles), qu'à la suite d'examens brillants au concours d'agrégration il avait été reçu agrégé hors ligne, et appelé immédiatement à suppléer M. Blanchet dans la chaire de physique au collège Henri IV.
Né à Nîmes le i3 mars 1826, Emile Verdet n'avait pas tardé, dès son entrée au collège Kollin de Paris, à montrer une capacité extraordinaire. Après avoir obtenu ses grades et le prix d'honneur des sciences au concours général, il avait
iv NOTICE
passé, en 18^2, à la fois les examens d'admission à 1 Normale et à l'Ecole Polytechnique : il était reçu le à cette dernière Ecole et le premier à l'Ecole Normale, laquelle il optait, et dont il sortait à vingt-deux ans de manière la plus distinguée.
A partir de cette époque, les honneurs et tes fond» scientifiques ne firent pas défaut à Verdet. Successif docteur es sciences, maître de conférences à l'Ecole No supérieure, examinateur à l'Ecole Polytechnique , professeur la même Ecole, enfin professeur suppléant à la Sorbonne la chaire de physique mathématique, il fut également a à plusieurs sociétés savantes.
Quand il mourut à Avignon, le 3 juin 1866, âgé seul ment de quarante-deux ans, il n'était pas encore de Tins où pourtant sa place était marquée. Jamais je ne l'ai tendu s'en plaindre, tandis qu'il voyait avec douleur q Foucault n'en fût pas. Plus heureux que lui, Foucault y entré, mais il n'a fait qu'y passer, ne tardant pas à suivre ami dans la tombe.
Si le nom de Foucault est venu sous ma plume en pari de Verdet, c'est que l'un de mes plus doux souvenirs celui des moments que j'ai passés à Paris dans la société ces deux savants, aussi aimables que distingués, enlevés toi les deux, avant le temps, à la science pour laquelle ils avai déjà beaucoup fait et auraient tant fait encore. Rien de plot intéressant que leurs relations : aussi différents dans leur nu nière de travailler que semblables par leur dévouement à science, j'aimais à les voir aux prises sur ces questions dé) rates de la physique où la hardiesse des conceptions le d