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pute à la rigueur du raisonnement. Les légers dissentiments qu amenait entre eux la différence dans la tournure de leurs esprits disparaissaient bien vite devant l'estime mutuelle qu'ils avaient l'un pour l'autre. Ces deux intelligences , d'une nature si dissemblable et pourtant si puissantes toutes les deux, s'éclairaient mutuellement, l'une en découvrant des horizons nouveaux, l'autre en déchirant les nuages qui pouvaient obscurcir ces horizons. Que d'idées, que d'aperçus ingénieux dans ces entretiens où l'on cherchait à entrevoir la physique de l'avenir!
Mais revenons à Verdet. J'ai dit que c'est au printemps de 1866 que je fis sa connaissance, sous les auspices de M. Martin-Paschoud. Je l'engageai alors à venir me voir en Suisse pendant l'été; il se rendit à mon invitation, et nous travaillâmes ensemble dans mon laboratoire.
Dès lors peu d'étés s'écoulèrent sans qu'il vînt passer quelques jours dans ma campagne, au milieu de mon cercle de famille, où il était toujours attendu avec impatience et reçu les bras ouverts. Esprit fin et délié, d'une humeur charmante et toujours égale, comprenant et aimant la plaisanterie tout en préférant les conversations sérieuses, il n'était étranger à rien de ce qui séduit l'imagination et charme l'intelligence. Philosophie, histoire, politique, littérature, beaux-arts, tout l'intéressait et pouvait fournir matière à des entretiens où il se montrait aussi profond érudit que brillant discoureur. Ces qualités, jointes à un caractère des plus aimables, lui avaient assigné une place distinguée dans la meilleure société de Paris, où il était accueilli de la manière la plus empressée par un monde qui savait l'apprécier.
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Il était, de sou côté, éminemment sociable, ce qui teuait en partie au besoin qu'il éprouvait de chercher la discussion, ne craignant pas d aborder les questions les plus profondes de la métaphysique aussi bien que les problèmes les plus difficiles de la physique.
Armé de pied en cap et sans parti pris d avance, il savait lutter avec autant de courtoisie que de vigueur. Bien souvent il osait s'aventurer dans le champ de l'hypothèse, mais sa droiture et sa haute intelligence l'empêchaient de s'abandonner, aussi bien en philosophie qu'en physique, à des théories dont le raisonnement et les faits venaient lui démontrer la faiblesse. J'ai rarement vu de conscience scientifique aussi délicate et aussi éclairée que la sienne ; en analysant ses travaux , nous pourrons constater que plus d'une fois il a su renoncer, sans arrière-pensée, à des idées qui lui étaient chères, dès qu'il avait aperçu quelques faits qui leur étaient contraires, faits quelquefois si peu saillants, qu'ils auraient échappé à des esprits à la fois moins fins et inoins consciencieux.
J'en ai dit assez, je crois, pour faire comprendre Verdet aux personnes qui ne l'ont pas connu; au reste , j'aurais pu me dispenser de ce soin en renvoyant ceux qui ont le désir de faire connaissance avec cette nature d'élite à l'excellente notice dans laquelle M. Caro a peint d'une manière si complète aussi bien l'homme que le savant. Je ne puis résister au plaisir d'en citer ici un fragment : c'est celui où M. Caro résume avec autant de vérité que de délicatesse les opinions philosophiques de l'homme dont il fait si bien ressortir la valeur morale et intellectuelle.
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& Ni matérialiste , ni panthéiste, ni positiviste à aucun degré que ce soit, Verdet était tout simplement de cette grande école expérimentale qui représente, non pas un système sur l'origine des choses , mais la recherche sincère , l'esprit libre et vivant de la science. Voilà ce qu'il était en tant que savant; en tant qu'homme, c'était la même chose. Sa conscience lui appartenait tout entière, et, de même qu'il n'en aliéna jamais une parcelle aux préjugés scientifiques, de même il n'en cédait rien aux convictions différentes des siennes qui régnaient dans le monde qu'il fréquentait. Du reste, la gravité de ses mœurs, la sévérité presque puritaine de sa vie, la haute idée qu'il s'était formée du devoir et dont il faisait la règle absolue de ses jugements et de ses actes, assuraient cette indépendance de conscience et lui garantissaient, partout' où il se montrait, l'estime de tous, je dirais presque, s'il ne s'agissait d'un homme jeune encore, le respect.*
Ajoutons à ce que dit M. Caro que Verdet était protestant et que, pratiquant largement la doctrine du libre examen, il l'appliquait aux idées religieuses, dont il aimait à suivre le mouvement et dont il ne dédaignait point de s'occuper, contrairement à la disposition trop souvent dédaigneuse avec laquelle les hommes voués à la science pure envisagent les
questions de ce genre. Il observait, il cherchait; ennemi avant tout de l'exclusivisme, il professait un grand respect pour les convictions sérieuses.
Je n'essayerai pas de pénétrer au fond de cette âme élevée et sincère pour y découvrir quelles étaient exactement ses opinions dogmatiques en religion ; je n'en ai ni le droit ni la curiosité. Ce sont de ces mystères entre Dieu et l'homme
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NOTICE
qui douent rester exclusivement du domaine de la conscû de chacun. Ce que je sais, c'est qu'avec son cœur droit pur. avec son désir sincère de chercher et de trouver la rite, Verdet avait su conquérir l'estime de tous ceux honorent la pureté des intentions et la franchise du tère.
Après avoir considéré l'homme dans Verdet, je viens du savant. La distinction est peut-être plus artificielle réelle, car l'homme et le savant se confondent tellement lui qu'on retrouve toujours le même Verdet, soit qu'on T< visage sous Tune des faces, soit qu'on l'envisage sous l'au
Le caractère dominant de son intelligence était l'univ lité. Cette faculté de tout embrasser dans le domaine in lectuel pouvait, jusqu'à un certain point, faire douter de solidité de ses connaissances. On avait de la peine à croire i de la profondeur dans une intelligence qui pouvait abo tant de sujets divers. Et cependant ceux qui l'approchai ne tardaient pas à reconnaître cette supériorité, qui ne faisait jamais défaut. Toutefois, c'est surtout depuis qu'il n plus que le vide qu'il a laissé a fait sentir la place considérable qu'il occupait dans le inonde savant. Ce n'est pas seulement aux débutants dans la carrière, soutenus et aidés A ses directions, qu'il a manqué; mais les savants eux-mêmes, pour lesquels, grâce à son érudition et à son appréciations fine et si juste des questions les plus délirâtes do la sciencf
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était un conseil éminemment précieux, trouveront bien dilliciiement à le remplacer. Sa réputation , en grandissant chaque jour depuis qu'il est mort, a montré une fois de plus que le signe distinctif du véritable savant est que son mérite est d'autant plus apprécié qu'on s'éloigne davantage du temps où il a vécu , tandis que l'homme qui cultive la science d'une manière plus brillante que profonde perd bientôt, avec la vie, le prestige qui l'entourait et ne tarde pas à être oublié.
On conçoit, d'après ce que je viens de dire, que Verdet dut particulièrement exceller dans l'art du professeur et dans \ celui du critique. Personne en effet ne savait mieux que lui I exposer et analyser les idées des autres, aussi bien en parliant qu'en écrivant. Ce talent se révèle chez lui de bonne i heure, et, pour en donner l'idée, je ne puis mieux faire que i de transcrire ici le jugement que porta de son début dans d'enseignement un homme qui était lui-même un excellent ! professeur, M. Lefèvre. Voici comment il s'exprime dans une lettre adressée au directeur de l'Ecole Normale :
« C'est avec le plus vif intérêt que j'ai assisté au début de M. Verdet dans la carrière de l'enseignement; il n'y a pas encore trois ans que nous le comptions au nombre de nos élèves, et ses succès universitaires si nombreux et si variés annonçaient un esprit d'un ordre élevé. J'ai retrouvé en lui, agrandies par les fortes études de l'Ecole Normale, les facultés remarquables qui le distinguaient entre tous. Dès sa première leçon, il s'est emparé avec empire de l'attention de ses auditeurs; une élocution nette et facile, une justesse singulière d'expression , une méthode parfaite n'ont pas cessé un seul instant J ' ntjver. Quant au fond, M. Verdet domine
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sou sujet par une science très-étendue • puisée aux mêmes; il en use avec réserve, comme il convient dans cours élémentaire; mais elle se manifeste par la clarté qu'Ai répand sur l'exposition des théories les plus l'intérêt qu'il a su donner à sa leçon a été augmenté par soins nombreux qu'il a apportés aux expériences; il na gligé aucune de celles qu'il pouvait mettre sous les yeui ses élèves -
Verdet a pleinement justifié dans tout le cours de sa rière de professeur l'opinion favorable que M. Lefèvre afli conçue de lui. Comme maître de conférences de physique F Eco le Normale, il a formé dix-huit générations scientifi qui comptent dans leurs rangs bien des savants distingués bien des maîtres éminents. Il commençait avec eux par exposition claire et méthodique des bases de la science, en tant tout développement inutile, s'attachant uniquement an principes, qu'il faisait ressortir d'une manière d'autant pfa frappante qu'il les dégageait d'accessoires qui ont souved l'inconvénient de les dissimuler. Puis quand, arrivés à la troisième année de l'Ecole, les jeunes gens auxquels il s'adressât étaient déjà avancés , il abordait avec eux les questions spéciales, analysant et discutant avec soin les travaux des savants insistant sur les points qui semblaient ouvrir un nouvel avenir à la science, points qu'il savait entrevoir avec un talent de divination qui brillait chez lui comme une intuition naturelle.
Sous une forme un peu différente, Verdet montre les mêmes qualités comme professeur de physique à l'Ecolfl Polytechnique, place à laquelle il fui nommé, en 18
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ri remplacement de Senarmont, après avoir été attaché penant dix ans à la même Ecole en qualité d'examinateur. Il 'excelle pas moins dans un enseignement d'un autre genre, slui de la physique mathématique, auquel il fut appelé par \ suffrage unanime des hommes compétents, pour suppléer [. Lamé. Malgré l'excessive difficulté du sujet et les connaismces étendues que devaient déjà posséder ceux qui l'aboraient, il n'en réussit pas moins, par la clarté que je pourrais ppeler brillante de son exposition , par l'animation et la vie e son enseignement, à grouper autour de lui une élite d'auiteurs maîtres déjà dans la science, mais désireux de comléter leurs connaissances sous un tel professeur.
Ainsi donc, sous trois formes différentes, tantôt celle d'enretiens plus ou moins familiers d'un maître avec ses disiples, tantôt celle d'un professeur initiant de nombreux lèves à l'ensemble de la physique, tantôt celle d'un savant xposant à d'autres savants les parties les plus difficiles de la cience, Verdet se montre toujours à la hauteur de sa tâche, ►récis sans sécheresse, clair sans cesser d'être profond, élégant et naturel à la fois dans sa diction; et ces qualités, il es devait d'abord à des dons naturels aidés d'efforts persévéanls,puis surtout à ce qu'il avait le mérite, plus rare qu'on le le croit communément, de ne jamais parler que de ce [u'il savait, et d'en savoir toujours plus qu'il n'en disait.
A son enseignement oral Verdet n'avait pas tardé à joindre in enseignement écrit. De i8. r >2 à 1860 il avait enrichi les innales de Chimie et de Physique d'analyses aussi nombreuses [ue bien faites des travaux des savants étrangers sur diverses
•■■«« de la physique. Il a réussi ainsi à tenir les lecteurs
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français au courant de toutes les découvertes et recherches k plus importantes qui se faisaient en Allemagne et en Angkterre. Par son habileté à condenser, en les résumant, des travaux quelquefois très- étendus, il faisait ressortir, souhi mieux que n'auraient pu le faire les auteurs eux-mêmes. a qu'il y avait de nouveau et d'intéressant dans leurs rechercha MM. Pliïcker, Thompson, Clausius, Joule, Helmholtz, Kiitt holT, et bien d'autres, ont eu en lui un interprète qui contribué pour sa bonne part à leur assurer le rang quî occupent dans le monde savant.
Mais parmi les travaux de ce genre qu'on doit à Yerdel eu est deux surtout qui, par leur étendue et leur important méritent une mention toute spéciale: je veux parler des* exposition de la théorie mécanique de la chaleur, et de publication, précédée d'une introduction, des Œuvres complu de VremeJ.
C'est d'abord dans deux leçons professées en i 863 devi
la Société Chimique de Paris que Verdet initia, l'un desp
miers, le public fiançais aux travaux des savants allemands
anglais, des Mayer, des Joule, des Clausius, des Thonip
sur la théorie mécanique de la chaleur. Il réussit, dans ce
deux leçons restées célèbres, à rendre accessibles aux personne
les moins versées dans les mathématiques les notions noi
\elles, et d'une importance capitale pour la science, qui moi
treut, par l'expérience aussi bien que par la théorie, ip
dans la nature la force comme la matière se conserve intad
au milieu des incessantes transformations qu'elle subit. Pli
tard ce même sujet, devenu de sa part l'objet d'études appil
towVies, fut traité par lui avec tous les développement* i
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il est susceptible, dans son cours à la Faculté des sciences. Les notes recueillies par deux de ses élèves ont permis de publier ce cours; cette publication, que Verdet comptait faire lui-même, a pu trouver ainsi place dans ses Œuvres complètes et combler une lacune qui aurait été des plus regrettables.
Heureusement qu'il a pu lui-même mener à bien jusqu'au bout la seconde de ces entreprises scientifiques dont j'ai signalé l'importance : je veux parler de la publication complète des œuvres de Fresnel. L'introduction qui! a placée en tête n'est pas une simple biographie de Fresnel : c'est en même temps une appréciation aussi fine que profonde de cet admirable physicien, pour lequel Verdet avait une vénération toute particulière; c'est un exposé historique plein d'intérêt de la théorie des ondulations; c'est, en un mot, une analyse à la fois critique et historique de l'une des parties les plus difficiles et en même temps les plus importantes de la physique. Verdet avait projeté de modifier certains passages de la partie purement biographique de sa notice, mais la mort l'a surpris avant qu'il ait eu le temps de faire ces changements. La notice a donc été imprimée dans sa forme primitive. Quelques notes dont la rédaction était achevée ont été retrouvées dans les papiers de Verdet, et je profite de la communication qu'on a bien voulu m'en faire pour en transcrire ici une qui, en nous donnant le portrait moral de Fresnel, nous laisse entrevoir celui de Verdet lui-même; car non-seulement une carrière semblable et une mort prématurée (1) , mais aussi une communauté d'idées remarquable,
(M Fresnel est nior! à trente-neuf uns. Véniel à quaranle-tleux.
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établissent plus d'un rapport entre ces deux hommes doués également d'un esprit à la fois si étendu et si pénétrant.
Pour l'intelligence du morceau inédit que je vais rapporter, je dois rappeler un passage de la notice imprimée de Verdet dans lequel, après avoir raconté la fin de Fresnel, qui mourut le ik juillet 1827 entre les bras de sa mère, il ajoute :
<r Vingt-cinq ans auparavant, cette pieuse et noble dame, en faisant part à son mari des brillants succès de collège d'un frère aîné d'Augustin Fresnel (mort au siège de Badajoz) , ajoutait, au lieu des paroles de joie naturelles à une mère : crJe prie Dieu de faire à mon fils la grâce d'employer les cr grands talents qu'il a reçus pour son utilité et le bien gemmerai. On demandera beaucoup à celui à qui on aura beaucrcoup donné, et on exigera plus de celui qui aura plus reçu, n
Qui a mieux rempli qu'Augustin Fresnel ce vœu formé en faveur d'un autre? observe Verdet, dont la pensée nous semble ne pouvoir être mieux complétée que par la transcription de l'une des notes inédites auxquelles je viens de faire allusion.
ce Tandis que les étrangers ne faisaient guère attention à cet enfant chétif, retardé et morose, ses frères le nommaient Thomme de génie , comme par instinct prophétique de l'avenir.
<rLc retard que la santé débile d'Augustin Fresnel détermina dans ses études eut une compensation précieuse. Objet constant des soins de sa mère, il se trouva avec cette noble et excellente femme dans un rapport encore plus étroit qu'il a est ordinaire, et, sous cette influence, se forma chez lui un doué de l'élévation, de la fermeté et de l'abnéga-
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lion les plus rares. Janséniste sincère, madame Fresnel communiqua ses opinions à ses enfants, sans d'ailleurs exercer sur eux la moindre pression en ce qui touche l'accomplissement des devoirs religieux. Par suite des circonstances qu'on vient d'indiquer, Augustin Fresnel fut de tous celui qui embrassa avec le plus de ferveur la foi maternelle ; son esprit méditatif et réellement en avance sur son âge , malgré le retard de ses études, lui fit prendre un plaisir particulier à la lecture des théologiens amis de sa mère, et, durant son adolescence, il ne cessa de se nourrir des écrivains de Port- Royal {,) . Il paraît même qu'il connaissait à fond l'histoire de la dernière période du jansénisme et qu'il prenait un intérêt particulier aux querelles ecclésiastiques qui l'ont remplie. Plus tard, il abandonna tour à tour toutes les opinions de sa jeunesse pour s'arrêter dans un spiritualisme philosophique indépendant de toute foi positive ; mais le fruit le plus précieux du commerce des grandes âmes de Port-Royal et de l'influence maternelle demeura toujours en lui. Il fut de ceux qui ne voient dans la vie qu'un devoir à accomplir et à qui le courage ne fait jamais défaut pour la tâche que la conscience leur impose. Les mêmes frères qui avaient surnommé l'enfant Vhomme de génie se plurent à désigner entre eux l'homme mûr comme le stoïcien ou le juste d'Horace®.
(r . . . L'ardente foi de ses premières années, ajoute Verdet
(1) On ne peut s'empêcher de croire que la lecture assidue des écrivains de
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dans un passage qui résume admirablement bien les idées philosophiques et religieuses de Fresnel comme les siennes propres, n'avait pas résisté chez lui à l'enseignement de la philosophie du xvin e siècle et à l'influence de l'esprit scientifique contemporain; mais, à mesure qu'il avait renoncé à chercher dans une révélation surnaturelle la règle de sa vie et de ses pensées, il ne s'en était que plus fortement attaché aux dogmes essentiels de cette révélation. L'existence de Dieu, la Providence, la liberté et l'immortalité de l'âme humaine, la grande doctrine spiritualiste d'où ces précieuses vérités lui paraissaient dépendre, étaient devenues la préoccupation constante de sa pensée , et il avait espéré qu'à force de travail et de méditation il donnerait à ses convictions cette rigueur scientifique qui commande l'assentiment universel. *
Après avoir rappelé la manière dontVerdet sut, à la fois par sa parole et par ses écrits, répandre les notions les plus générales comme les plus élevées de la science, il nous reste à parler des progrès qu'il lui a fait faire par ses travaux originaux.
Ces travaux ne sont pas très-nombreux, soit parce que la mort a surpris Verdet au moment de sa plus grande activité scientifique, soit parce que la variété de ses goûts et de ses occupations ne lui permettait pas de consacrer tout son temps à des recherches originales. H y a plus, suivant moi. Verdet appartenait A cette classe de physiciens qui , formés à l'école sovèiv îles méthodes mathématiques et d'une forte érudition
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scientifique, n'aiment pas s'aventurer dans les sentiers perdus de la science. Et cependant, pour faire de ces découvertes brillantes qui font date en ouvrant des horizons tout nouveaux à la science , il faut tenter ce qui , aux yeux des savants consommés et érudits, semble souvent impossible. On risque des fautes, il est vrai; mais si le génie seconde l'audace, on court le risque de grandes choses. Vol ta, Davy, OErsted, Faraday, et d'autres non moins illustres que je pourrais encore citer, ne sont-ils pas des exemples heureux de cette manière de voir dans la science expérimentale? Verdet était dune autre école; aussi ne doit-on pas s'étonner que, malgré une grande perspicacité et une appréciation très-fine de la vérité scientifique, il n'ait attaché son nom à aucune de ces découvertes iuattendues qui jettent la perturbation dans la science. Mais par contre on trouve dans toutes ses œuvres , aussi bien dans ses traités que dans ses mémoires originaux, cet esprit vraiment scientifique qui, alliant la profondeur à la clarté, sait, avec une admirable concision, faire ressortir le point saillant d'une question en élaguant les détails inutiles. On sent en lui l'homme fort, maître de son sujet, et on marche d'un pas assuré à sa suite.
Parmi les diverses parties dont se compose la physique, deux furent surtout l'objet des investigations de Verdet : l'électricité et la lumière. Si l'électricité séduisait son imagination par tout ce qu'elle présente encore de mystérieux et d'inconnu, l'étude de la lumière l'attirait par la précision dont elle est susceptible et par la facilité avec laquelle elle se prête à l'application du calcul, qu'il maniait en maître consommé.
Ses travaux sur l'induction électrique marquèrent d'une
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manière brillante ses débuts dans les recherches expérimentales. Il en consigna les résultats dans trois mémoires qui parurent successivement, en 1 848, en 1869 et en 1 ^^ ' clans les Annales de Chimie et de Physique.
Ce sujet avait attiré de bonne heure son attention; je lui ai souvent entendu dire que la découverte de l'induction était, à ses yeux, la plus belle des découvertes de Faraday et l'une des plus grandes de la science moderne. Longtemps après s'en être occupé directement, il y revenait dans son cours de l'Ecole Polytechnique, cherchant à montrer que la production des courants induits est une conséquence de la théorie mécanique de la chaleur, et rattachant ainsi la question même de l'induction aux principes fondamentaux de la physique.
Dans son premier mémoire il s'occupe des phénomènes d'induction produits par l'électricité ordinaire; il démontre que la décharge induite se compose de la succession de deux décharges opposées , développées au moment où la décharge inductrice commence et au moment où elle finit, ce qui ramène les lois de ce genre d'induction à celles de l'induction découverte par Faraday. Il se sert, pour déterminer le sens des décharges induites, d'un procédé nouveau fondé sur la polarisation des électrodes qui accompagne toujours le passage même de la plus faible quantité d'électricité à travers un liquide électrolytique. Si le circuit induit est continu , il n'y a presque pas de polarisation des électrodes; mais s'il présente une solution de continuité, la polarisation devient très-sensible : ce qui tient, comme il est facile de le prouver, à ce que, dans ce second cas, les deux courants induits, au lieu d'être égaux comme dans le premier, diffèrent en intensité. Vient
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ensuite l'étude des causes qui peuvent faire varier l'intensité relative de ces deux décharges induites de sens contraire.
Dans le second mémoire le même procédé, appliqué aux courants induits d'ordre supérieur, conduit à une conclusion analogue : c'est que chaque courant du second ordre est la succession de deux courants opposés induits par le courant induit du premier ordre, au moment où il commence et au moment où il finit. Verdet reconnaît que cette vue théorique avait déjà été énoncée depuis longtemps ; mais il en a donné le premier la démonstration expérimentale.
Le troisième mémoire sur l'induction, très-différent des deux précédents, a pour objet l'étude de l'influence du temps dans les phénomènes du magnétisme de rotation observés pour la première fois par Arago. C'est en cherchant à analyser expérimentalement les courants qui sont produite* dans l'appareil de Page , quand on substitue au fer doux qu'on fait tourner devant les deux branches de l'aimant fixe un métal quelconque, que Verdet a réussi à démontrer que l'induction n'est pas un phénomène instantané. Il a ainsi confirmé par l'expérience le principe énoncé pour la première fois par Faraday, savoir, que le phénomène de l'induction a une durée sensible. Il a reconnu , en comparant les effets produits par des plaques de diverses natures, que leur intensité augmente avec la conductibilité électrique du métal soumis à l'expérience, et que la polarité diamagnétique n'y joue aucun rôle.
Tout en s'occupant d'électricité, Verdet ne perdait pas de vue l'étude de la lumière. Deux mémoires présentés par lui à l'Académie des sciences, en janvier et en février i85i, en sont la preuve. Dans le premier il rectifie une démonstration
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donnée par Fresnel, tout en en confirmant pleinement le résultat, sur la conséquence à laquelle conduisent les expériences par lesquelles Fresnel et Arago démontrent que deux rayons polarisés à angle droit ne peuvent, en aucun cas, interférer l'un avec l'autre. Cette conséquence est fondamentale pour la théorie de l'optique, car elle établit que les vibrations de la lumière polarisée sont rectilignes , perpendiculaires à la direction du rayon lumineux et parallèles ou perpendiculaires au plan de polarisation. On conçoit l'importance qu'il y avait à l'asseoir sur une base incontestable.
Dans le second mémoire , Yerdet traite une question dont la solution, quoique simple en apparence, exige l'emploi de calculs d'un ordre très-supérieur et montre en même temps la fécondité de la théorie des ondulations. Il s'agit de prouver que l'intensité lumineuse de l'image d'un objet formée au foyer d'une lentille est proportionnelle à l'étendue de la portion efficace de la lentille. Ce principe, confirmé par l'expérience, paraît évident au premier abord, et cependant, dans la théorie des ondulations, on prouve que l'intensité lumineuse de l'image d'un point doit être proportionnelle, non pas à la simple surface, mais au carré de la surface de la lentille. Verdet montre que la contradiction n'est qu'apparente, et qu'elle provient de la confusion qu'on fait en assimilant les effets d'un point lumineux avec ceux d'un objet lumineux d'une étendue sensible; car, dès qu'il s'agit d'un objet, la théorie des ondulations elle-même conduit, à laide du calcul, à reconnaître que l'intensité de l'image lumineuse est toujours proportionnelle à l'étendue efficace de la lentille, et non au carré de cette étendue.
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Gomme on vient de le voir, les premiers travaux originaux de Verdet ont eu successivement pour objet l'électricité et la lumière, ces deux parties de la physique qu'il affectionnait particulièrement. On ne doit donc pas s'étonner que les plus importantes de ses recherches aient été consacrées à l'étude d'une question dans laquelle l'électricité et la lumière se trouvent également enjeu. S'emparant de la brillante découverte (faite en i8/i5 par Faraday) de l'influence du magnétisme sur les propriétés optiques des corps transparents, il met à étudier cette influence, qui consiste dans la rotation du plan de polarisation , une ardeur et une persévérance que stimulaient la nature du sujet et les difficultés mêmes, aussi bien expérimentales que théoriques, qu'il présentait. Quatre mémoires publiés successivement, en 1 854, en i855, en i858 et en t8.63, furent le fruit de ces recherches laborieuses
marquées au coin d'une sagacité remarquable, d'une exactitude rigoureuse et d'une probité scientifique à toute épreuve. Après divers tâtonnements, en opérant tantôt avec de la lumière homogène, tantôt avec de la lumière blanche, observant dans le premier cas l'extinction de l'image extraordinaire, et dans le second la teinte de passage , il s'arrête à ce dernier procédé comme plus délicat et plus pratique. Pour mesurer la force magnétique, il se sert de la mesure du courant induit que développe cette force dans une bobine mobile placée entre les pôles de l'électro -aimant et à laquelle il imprime toujours le même mouvement. Puis, sa méthode d'expérimentation établie, il est conduit, en l'appliquant, à deux lois importantes : la première, que le pouvoir rotatôire magnétique varie proportionnellement à l'intensité de Faction ma-
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gnétique; la seconde, que la rotation du plan de polarisation est proportionnelle au cosinus de l'angle compris entre la direction du rayon lumineux et celle de la force magnétique, ce qui signifie qu'elle est proportionnelle à la composante de l'action magnétique parallèle à la direction du rayon de lumière polarisé. Faraday avait bien trouvé que le phénomène se produisait avec le plus d'intensité lorsque la direction du rayon était parallèle à celle des forces magnétiques, et qu'il disparaissait quand ces deux directions étaient f j>erpendiculaires l'une à l'autre, résultats qui semblaient faire présupposer la loi du cosinus; mais il fallait le démontrer directement : c'est ce qu'a fait Verdet.
Les deux lois que nous venons de rappeler ont été établies par de nombreuses expériences faites sur diverses substances transparentes, soit solides, soit liquides. Mais y a-t-il quelque loi qui lie la grandeur du pouvoir rotatoire magnétique avec d'autres propriétés, soit physiques, soit chimiques, de la substance transparente traversée par le rayon polarisé? Telle est la question qu'aborde Verdet dans son troisième mémoire. Après bien des tentatives inutiles pour trouver un rapport entre le pouvoir rotatoire magnétique des corps et leur pouvoir réfringent ou leur diamagnétisme , il aboutit à deux résultats intéressants d'un ordre tout différeut.
Le premier est que, lorsqu'un sel est dissous dans l'eau, l'eau et le sel apportent chacun dans la dissolution leur pouvoir rotatoire magnétique propre, et la rotation produite par la dissolution est la somme des rotations individuelles dues aux molécules de l'une et l'autre substance. Cette loi pourrait servir h distinguer les mélanges formés de liquides qui n'onl
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pas d'action chimique l'un sur l'autre , de ceux dans lesquels il y a action chimique entre les ingrédients dont ils sont formés, sujet intéressant de recherches qui n'a pas été, que je sache, abordé jusqu'à présent.
Le second résultat général obtenu par Verdet en soumettant à l'expérience différentes espèces de substances est d'avoir trouvé qu'il en est qui, dans les mêmes conditions, font tourner, sous l'influence du magnétisme, le plan de polarisation dans un sens différent de celui dans lequel d'autres le font tourner. C'est d'abord sur les sels de fer dissous dans l'eau qu'il a constaté ce fait intéressant, s'étant assuré que ces sels exercent sur la lumière polarisée une action contraire à celle qu'exercent l'eau, le sulfure de carbone, le verre et la généralité des substances transparentes. Il a été ainsi amené à distinguer deux espèces de pouvoir rotatoire magnétique : le positif, celui de l'eau, du verre, etc., et le négatif, celui des sels de fer et des substances qui agissent comme eux, en faisant tourner le plan de polarisation en sens contraire de la rotation qu'il éprouve avec l'eau.
Mais ce qu'il y a de curieux, c'est que la différence que nous venons de signaler entre les divers corps ne tient point à ce que les uns sont magnétiques et à ce que les autres ne le sont pas. En effet, tandis que les sels de titane, de cérium, de lanthane, qui sont, il est vrai, légèrement magnétiques, jouissent de la même propriété que les sels de fer, ceux de nickel et de cobalt, qui possèdent un magnétisme bien plus fort, ont le même pouvoir rotatoire magnétique que l'eau. 11 est vrai qu'il n'existe aucune solution non magnétique qui aille pouvoir négatif, mais toutes les substances magnétiques ne
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le possèdent pas, puisqu'il en est qui ont le positif. Il y a donc dans ce genre de phénomènes des influences encore inconnues qui empêchent de rattacher le pouvoir magnétique à quelque autre propriété des corps, soit physique, soit chimique.
Abordant la question par un autre bout, Verdet , dans son quatrième mémoire, a essayé de voir si du moins il ne parviendrait pas à lier les phénomènes de polarisation rotatoire magnétique avec la nature même des rayons lumineux; si, en d'autres termes, il n'existerait pas un rapport constant entre les longueurs d'ondulation des différents rayons 'simples et l'influence du magnétisme sur l'amplitude de leur rotation magnétique. On sait, d'après des expériences de Biot, que, pour les substances douées naturellement de la polarisation rotatoire, telles que le quartz, le sucre, etc., le pouvoir rotatoire est inverse du carré des longueurs des ondes lumineuses; il était intéressant de savoir s'il en serait de même pour les substances qui ne possèdent la polarisation rotatoire que sous l'influence du magnétisme.
Pour s'en assurer, Verdet s'est servi de deux substances dont le pouvoir rotatoire magnétique, quoique différent, est très-considérable : ce sont le sulfure de carbone et la créosote; puis il les a fait traverser successivement par les rayons simples polarisés provenant d'un spectre solaire très-parfait, en les plaçant sous l'action de l'électro-aimant. Il a bien trouvé qu'en général la rotation magnétique des plans de polarisation des rayons de différentes couleurs est réciproque aux carrés des longueurs d'ondulation, mais seulement approxiviativement.
L'écart entre les résultats de l'expérience et les résultais
SUR EMILE VERDET. x*\
calculés d'après la loi est d'autant plus grand que la substance traversée par le rayon polarisé a un pouvoir dispersil plus considérable. Cependant ce dernier fait n'est pas non plus général, car une série d'expériences très-exactes, faites successivement avec les deux substances sur lesquelles il a opéré, ont montré que, quoique la créosote soit beaucoup moins dispersive que le sulfure de carbone, la variation de ses rotations magnétiques avec la longueur d'onde est plus rapide, ou tout au moins aussi rapide, qu'elle l'est avec le sulfure de carbone.
Il est à regretter, pour la satisfaction personnelle de Verdet, que ses belles et laborieuses recherches ne l'aient pas conduit à quelqu'une de ces lois simples que les physiciens ont quelquefois le bonheur de rencontrer sur leur route. D'autres, moins consciencieux et moins exacts, auraient peut-être trouvé la loi sans en voir les écarts; mais Verdet cherchait avant tout la vérité; aussi je pourrais dire qu'il s'est donné presque plus de peine pour découvrir les écarts de la loi que pour trouver la loi elle-même. Le désappointement qu'il a dû néanmoins éprouver en n'aboutissant à aucune loi générale, à la suite de cette partie de ses travaux, me rappelle celui dont je fus témoin chez un savant également consciencieux et habile : je veux parler de Dulong. C'était en i825; Dulong venait de terminer un important travail sur le pouvoir réfringent des gaz. Je l'avais laissé au mois de mai au milieu de ses recherches; je le retrouve au mois d'octobre les ayant terminées, (r Point de loi générale, me dit-il dès qu'il m'aperçut à mon retour; rien que des lois approximatives. Que voulez-vous! je n'ai point de bonheur; tandis que Gay-
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Lussac, il suffit qu'il touche à un sujet pour trouver une loi. -n Et cependant la loi de la dilatation des gaz n'est pas non plus une loi absolue; les écarts sont très-petits, il est vrai; mais enfin si, au point de vue pratique, ils ont peu d'importance, ils en ont une grande au point de vue théorique, et, pour Dulong comme pour Verdet, c'était là le point essentiel.
Au reste, à mesure que la science avance et que les moyens d'expérimentation se perfectionnent, les lois qui semblaient reposer sur les fondements les plus sûrs sont ébranlées. Estce à dire qu'elles aient perdu toute valeur? Loin de là, car elles n'en demeurent pas moins vraies dans les limites et dans les conditions où elles ont été observées, et elles serviront toujours, comme point de départ, pour en établir de plus générales. Celles-ci ne s'obtiendront que lorsqu'on aura pu apprécier toutes les circonstances, dont plusieurs nous échappent encore, qui influent sur un phénomène; appréciation souvent bien difficile et quelquefois même impossible, faute de moyens suffisants d'observation. Mais ces difficultés, ces impossibilités pourront disparaître un jour avec les progrès des méthodes et le perfectionnement apporté chaque jour aux procédés d'expérimentation. Il n'y a donc pas lieu de se décourager, surtout si, au lieu de regarder en arrière, on jette les yeux en avant.
Verdet en est la preuve, car, en terminant les recherches dont nous venons de donner l'analyse, il se livre à une discussion dans laquelle différentes hypothèses, soit sur le mode d'action du magnétisme, soit sur l'influence de la longueur des ondulations lumineuses, sont soumises à l'épreuve de calculs approfondis. Les formules auxquelles il est conduit n'ont
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pas sans doute la valeur d'une loi générale, mais elles lui permettent de saisir les causes des perturbations qui font que la loi nest qu'approximative, et d'entrevoir certains traits généraux au milieu de ces perturbations mêmes. Ainsi il reconnaît que les corps qui possèdent un fort indice de réfraction présentent généralement un grand pouvoir rotatoire magnétique, sans qu'il y ait, il est vrai, un rapport constant entre les deux ordres de propriétés, et que les substances douées d'un fort pouvoir dispersif s'écartent, en général, très-notablement de la loi exacte du carré des longueurs d'onde, sans qu'il y ait de rapport constant entre cet écart et la dispersion. La première proposition est la restriction d'une règle que j'avais cru pouvoir établir' 1 ), que Verdet avait d'abord admise et qui s'est trouvée moins générale que je ne l'avais cru. La seconde est également la restriction d'une loi à laquelle Verdet lui-môme aurait été tenté d'attribuer un caractère absolu s'il avait voulu tirer des conséquences déGnitives de ses premières séries d'expériences. Toutefois ces deux lois, quoique approximatives, quoique présentant même des exceptions, n'en renferment pas moins un fonds de vérité que des recherches ultérieures permettront très-probablement un jour de démêler, quand on aura réussi à ramener les phénomènes à des conditions plus simples et plus normales. Si j'ai autant insisté sur les travaux scientifiques de Verdet, c'est que cet examen est encore ce qui peut le mieux donner l'idée à la fois de la loyauté scientifique et de la haute intelligence qui le caractérisaient, double condition indispensable pour savoir bien discerner la vérité. Sans doute il employait
M Traité d'Électricité, t. 1, p. 555.
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l'hypothèse, car autrement il aurait erré à l'aventure; mais chez lui l'hypothèse était soumise à la double épreuve du calcul et de l'expérience avec une rigueur qui devait le conduire à la vérité; car la vérité, je l'ai déjà dit et je ne saurais trop le répéter, voilà avant tout ce qu'il aimait, ce qu'il cherchait, prêt à renoncer à toute idée préconçue, tant était ardent son désir de la trouver. Aussi je connais peu de savants auxquels on puisse mieux qu'à lui appliquer ce jugement bref et énergique d'un poëte ancien : vitam impondere vero.