‹ Œuvres de É. Verdet (volume 5)Chapitre 54 sur 71 · SU · texte numérisé non relu

SU

METHODES D'OBSKHVATK».

J'ai fait bien des essais préparatoires avant d'arrêter définitivement la forme de mes expériences et d'obtenir des résultats dignes d'être publiés. II ne sera peut-être pas inutile de dire quelques mots de mes tâtonnements.

Dans mes précédentes recherches, l'emploi de la lumière homogène indigo et l'observation de la teinte de passage m'avaient fourni des mesures à peu près égales en exactitude. Aussi ai-je cru pendant quelque temps qu'il me serait possible d'appliquer mes anciens appareils à mes nouvelles études, en n'apportant au procédé expérimental que des modifications secondaires, destinées à faire arriver successivement sur le polariseur des rayons homogènes de natures diverses. J'ai d'abord cherché s'il ne suffirait pas d'interposer tour à tour sur le trajet de la lumière un certain nombre d'absorbants monochromatiques convenablement choisis. Parmi les divers milieux qui sont généralement cités comme laissant passer sous une épaisseur médiocre une lumière sensiblement simple et d'une certaine intensité, les milieux suivants m'ont paru réellement jouir de cette propriété :

Pour la lumière orangée, le sulfocyanure de potassium en dissolution aqueuse;

Pour la lumière jaune, le mélange d'une dissolution de sulfate de nickel avec une dissolution de bichromate de potasse;

Pour la lumière verte, le sulfate de cuivre dissous dans le carbonate d'ammoniaque et mélangé de bichromate de potasse;

Pour la lumière bleue, le bleu de Prusse dissous ou plutôt émiilsionné dans l'eau.

En ajoutant à ces divers milieux le verre rouge et le sulfate de cuivre dissous dans le carbonate d'ammoniaque qui ne laisse passer que les rayons indigo, il eut été aisé de mesurer avec une assez

220 SIR LES NtOl'ItlETES OPTIQUES

jjr.nidi.- précision la rulalion magnétique du |ilan de polarisation pour six espèces de lumières passablement homogènes. Mais la difficulté rie mesurer et même de définir les longueurs d'ondulation correspondantes m'a semblé Ici If. ijnç j'ai abandonné c<- procédé i'\|iéniiiMiiliil après un petit nombre d'essais.

Ji' n'ai pas élu |ilns heureux lorsque j'ai pensé à isoler par u» firM|>lii'H>>uic d'étroites portions d'un speclre pur et à soumettr' aux énfiite* ordinaires les faisceaux lumineux ainsi limites, en le» définissant d'ailleurs d'une manière rigoureuse pur la l'oïucideiicr do milieu du diaphragme, avec l'une des raies principales île Franciiliufer. I,<* r HÎ>i-i'Hii lumineux a toujours mannué de l'intensité nécessaire auv aliénations, dès i|oe je me >uis écurie de la région illumine du >perlp<\ Je n'ai j)ii remédier à ret Ineoiivénieut qu'eu élargissant la feule par uù la lumière pénétrait dans la chainbii 1 obscure, au point de rendre invisibles la plupart des raies «lit specin-, et le. faisceau isolé par le diapligranie s'est alors trouvé si peu ho* inojfèue, qu'il a été impossilde de l'éteindre complètement da«> aucune position de l'anal* seur.

La méthode ;;énér»|e d'ok-enalinn de MM. l'izeau et Foilcwill m'a seule donné des résultats satisfaisant*. J" l'ai d'abord appliqué' 1 à peu prè- de- la même manière que M. \\ iedeiiunin. Sur le trajet du faisceau solaire rénWhi par un liélmsfal j'ai placé successivement :

i" I ne r.-nte î.-rlicale étroite Y:

■•■ I o pris {,- \irol polaris-u.- V ité dans on lui» d<

.v portant à ses extrémité* deux diaphragmes circulaires i|r :::ïlè:n'> de diamètre:

: l\lV..nil e|e,ln'-1lia;;i|. ; tl.pir. .pu n'a | U I èlric Hit II-

i, - ■■- v .-liciii ■-> .-I .|iic pai relie raison -ut n'a pas représenté

4° Un prisme de Nicol analyseur N', monté au centre d'un cercle mobile dans l'intérieur d'un cercle fixe, de manière à donner la minute par la combinaison de la graduation du cercle fixe avec le vernier du cercle mobile (1) ;

5° Un prisme à sulfure de carbone P, de 60 degrés d'angle réfringent , posé sur la platine centrale d'un goniomètre ordinaire de Babinet G débarrassé de son collimateur et conservant seulement la lunette mobile L.

Le chemin total parcouru par les rayons lumineux depuis la fente jusqu'à la lunette L était d'environ i m ,70. Malgré cette faible distance, lorsque le prisme P était dans la position du minimum de déviation, la lunette exactement mise au point, et que la totalité du faisceau transmis par ks appareils magnétiques arrivait sur l'analyseur et sur le prisme, on apercevait un spectre bien net où les raies principales de Frauenbofer étaient parfaitement visibles. Lorsque la troisième condition n'était pas satisfaite, le spectre était, pour des raisons assez évidentes, toujours plus ou moins baveux et estompé sur ses bords, et la précision des observations pouvait souffrir notablement de ce défaut. Avec la quantité de lumière que laissait passer la fente F, l'usage d'une lunette de grossissement assez faible m'a paru plutôt un avantage qu'un inconvénient. La lunette que j'ai presque constamment employée avait (pour ma vue, et relativement à des objets éloignés de i m ,7o) un grossissement de 5 diamètres seulement; des grossissements de so à 3 5 diamètres, que j'ai quelquefois essayés, m'ont fait voir un plus grand nombre de raies, mais en diminuant l'éclat apparent du spectre ils ont rendu les observations beaucoup moins sûres.

On sait d'ailleurs que la méthode de MM. Fizeau et Foucault consiste à faire tourner le prisme de Nicol analyseur jusqu'à ce que, sa section principale coïncidant avec le plan de polarisation d'un ou de plusieurs rayons élémentaires, il apparaisse dans le spectre une ou plusieurs bandes noires à la place de ces rayons, et à observer exac-

('' C'était l'instrument analyseur décrit dans la première partie de mes recherches (voir le lome XLI de ces Annale», p. 38o) ( '\ dont j'avais relire la lunette pour la remplacer par un prisme de Nicol monté dans un manchon de ruhre.

M Voir pape î» de la p résout*» édition.

tement la position de ces bandes. Pour mesurer la rotation imprimée par les forces magnétiques nu plan de polarisation d'un rayon de longueur d'ondulation définie, j'ai donc fait coïncider d'abord le fil vertical du réticule de la lunette avec la raie de Frauenhofer qui caractérise cette longueur d'onde; ensuite, par le mouvement de l'analyseur, j'ai amené sur ce fil lui-même le milieu d'une des bandes obscures dont je viens de parler; enfin j'ai fait disparaître la coïncidence en changeant le sens du courant, el je l'ai rétablie parle déplacement de l'analyseur. Ce dernier déplacement a été évidemment le double de la rotation que je cherchais.

Les plans de polarisation des rayons de diverses couleurs n'étant en général dispersés par les forces magnétiques que dans une assez petite étendue angulaire, on ne peut éteindre complètement un rayon à l'aide de l'analyseur sans beaucoup affaiblir l'intensité des autres; le spectre ne contient donc jamais qu'une seule bande noire, presque toujours si large, qu'il n'est pas possible de viser en son milieu avec quelque exactitude. On peut, comme l'a montré M. Wiedemann, écarter cette difficulté en introduisant sur le trajet de la lumière une substance active par elle-même, dont la rotation est tour à tour augmentée et diminuée par la rotation magnétique, suivant la direction de celle-ci ; il faut seulement choisir cette rotation auxiliaire de telle manière que le déplacement de la bande noire ne suive pas trop lentement celui de l'analyseur ' n . J'ai fait usage tantôt d'une colonne d'eau sucrée donnant à la teinte de passage une déviation d'environ a 5 degrés, tantôt d'une plaque de quartz perpendiculaire à l'axe et de 1 millimètre d'épaisseur, produisant par conséquent à peu près le même effet. La plaque de quartz est d'un emploi plus commode qu'une longue colonne d'eau sucrée, mais il importe qu'elle soit exactement perpendiculaire aux rayons

• l) 11 est évident, en effet, que. si la bande noire se rétrécit ù mesure qu'augmente In différence des rotations des rayons de diverses réfrangibililés, il devient eu même temps nécessaire de faire tourner l'analyseur d'un angle plus considérable pour faire parcourir à celle bande une portion donnée du spectre, l/addition d'une rotation auxiliaire à la rotation magnétique produit donc deux effets opposés, dont Pun favorise el l'autre contrarie l'exactitude des obsenalinns. Il y a, ainsi que l'a remarqué M. Wiedemann, un certain milieu ù choisir, qui dépend des conditions particulières de l'expérience el même de l'indu idnaiité de l'observateur.

umineux; on arrive aisément à satisfaire cette condition, en cher- ;hant par tâtonnement l'inclinaison de la plaque qui donne à la )ande noire mobile le maximum de netteté.

J'ai exécuté , par ce procédé , les trois séries successives d'expéîences dont j'ai réuni les résultats dans le tableau de la page 9 33, m les distinguant par les numéros 1 , II et III. Jai uniquement opéré ]ans ces trois séries sur des liquides bien transparents, tant pour écarter les effets de la trempe presque inévitable des corps solides :ju'à cause de l'intention où j'étais, en commençant ce travail, de mesurer les indices de réfraction des substances étudiées. Mais je n'ai pas toujours fait usage des mêmes appareils électro-magnétiques, et dans la .troisième série j'ai modifié en quelques points la méthode Dptique d'observation.

Dans ma première série d'expériences , l'appareil électro-magnétique a été l'appareil ordinaire de Ruhmkorff, disposé comme il a été dit dans la troisième partie de ces Recherches (1) et mis en activité parle courant de ao éléments de Bunsen. Les liquides étaient contenus dans la petite cuve de UU millimètres de longueur qui a été décrite dans mon premier mémoire (voir le tome XL1 de ces Annales, p. 397)^. Les plaques de verre qui la fermaient exerçant sous l'influence magnétique une action très-sensible sur la lumière polarisée, il fallait avant tout déterminer exactement pour chacune des cinq raies C, D, E, F, G, qui se prêtent à des mesures, la valeur de la correction résultante. A cet effet, j'ai séparé les plaques de la cuve qu'elles fermaient, et les superposant l'une à l'autre, sans intermédiaire, je les ai placées entre les deux branches de l'électro-aimant rapprochées presque jusqu'à les toucher, pour déterminer, par les moyennes d'un grand nombre d'observations, les rapports des rota-

(') Sur les extrémités des axes creux des deux bobines, qui sont les pièces principales de l'appareil, étaient vissées de petites armatures octogones destinées a concentrer dans leur voisinage l'action de rélectro-aimnnl. Dans les appareils qu'il construit aujourd'hui, M. RuhmkorlT donne à ces armatures la forme circulaire. Ce changement n'est d'aucune importance, et je n'en ferais pas mention si je ne savais, par M. RuhmkorlT, que quelques-unes des personnes qui lui ont commandé des appareils depuis la publication de mon troisième mémoire lui ont demandé si j'avais pu quelque raison pour donnei une forme polygonale à mes armatures.

W Voir page i30 de la présente» édition.

tions correspondantes aux diverses raies. Il résulte des lois établies dans mon premier mémoire que ces rapports sont indépendants de la grandeur de l'action magnétique, et par conséquent qu'ils n'ont pas du changer lorsque les plaques ont été employées à fermer la cuve à liquides et placées entre les branches de l'électro-aimant dans les conditions habituelles des expériences. Pour apporter aux mesures de chaque jour les corrections nécessaires, il a donc suffi de déterminer au commencement et à la (in de chaque séance d'observations, et plus souvent s'il était nécessaire, l'action des plaques correspondante à une seule raie, par exemple à la raie E.

Malgré le soin que j'ai mis à cette recherche préliminaire, il est évident que les éléments de mes corrections ont dû rester affectés de certaines erreurs qui sont venues s'ajouter aux erreurs inévitable» de chaque expérience. Aussi m'a-t-il semblé désirable de construire un appareil où l'influence perturbatrice des plaques de verre fût entièrement éliminée. J'\ suis parvenu aisément en faisant construire une bobine de très-grandes dimensions, dans l'intérieur de laquelle j'ai placé les liquides soumis à l'expérience, renfermés dans des tubes qui dépassaient de quelques centimètres les deux extrémités de la bobine. Cette bobine ne contenait pas moins de i»*f) kilogrammes de fil de cuivre de a ,,H,l Ji de diamètre recouvert de soie; sa longueur totale était de 3 90 millimètres, son diamètre intérieur -était de 108 millimètres, son diamètre extérieur de .Vjo millimètres. Elle reposait par ses deux extrémités sur un support solide en bois de chêne et donnait place dans son intérieur à un manchon annulaire en zinc, présentant sur chacune de ses bases une tubulure par où pénétrait la tige d'un thermomètre, portant en outre d'un côté et à la partie supérieure un tube à entonnoir, de l'autre côté et à l'extrémité inférieure un tube a robinet. On remplissait ce manchon JVau froide avant l'expérience, et en renouvelant l'eau de temps à ;uire. ou même dune manière continue, s'il était nécessaire, on -fs^rrait entre des limites très-rapprochées l'élévation de tempéraur* tiui lond nécessairement à se produire dans la cavité intérieure T un* tabine dont le fil est échauffé par le passage d'un puissant ^*rr«nr ^.Uûque. Sans cette précaution, les résultats obtenus au r»r«inMit et à la lin d'une expérience de quelque durée n'au-

DÉVELOPPÉES PAR L'ACTION DU MAGNÉTISME. 32o

aient pas été réellement comparables W. Le tube qui renfermait uccessivement les divers liquides était un long tube de verre de ioo millimètres de longueur, de i5 millimètres de diamètre intéieur, et à parois de 9 millimètres d'épaisseur, monte dans une enveloppe de laiton et fermé à ses deux extrémités par deux glaces non xempées de 4 mm ,8 d'épaisseur que maintenaient des viroles à viV 2) . Ses extrémités dépassant de plus d'un décimètre celles de la bobine, j'ai admis qu'on pouvait négliger le pouvoir rotatoire des plaques de verre terminales ®. Des supports particuliers, indépendants de la bobine électro-magnétique, le soutenaient sur la table qui portait tous les appareils. Vingt éléments de Bunsen fournissaient le courant électrique.

C'est avec cet appareil qu'ont été exécutées ma deuxième et ma troisième série d'expériences. La deuxième série n'a différé en rien de la première quant au procédé optique: dans la troisième, j'ai eu soin de placer au devant de l'œil un verre rouge lorsque j'observais la raie C, et un verre bleu lorsque j'observais la raie G. Ces verres étant choisis de manière à éteindre, ou du moins à affaiblir beaucoup la portion la plus brillante du spectre, et à rendre l'intensité lumineuse à peu près uniforme dans le voisinage des raies observées, la bande noire mobile a dû s'étendre à peu près à la même distance des deux côtés du point où l'extinction était complète, de façon qu'en visant son milieu on a dû réellement viser la couleur dont le plan de polarisation était perpendiculaire à la section principale du prisme de Nicol analyseur^. En outre, la suppression de la partie la plus

(,) Des variations de température encore plus considérables ont du se communiquer aux liquides placés sur l'appareil de Ruhmkorff, qui est entièrement métallique; aussi n'ai-je rapporté, parmi les observations de ma première série, que celles qui sont relatives à l'essence de Laurm coma, la forte coloration de ce liquide ne m'ayant pas permis de l'étudier dans un tube de 60 centimètres de longueur.

(') Ce mode de fermeture était exactement pareil A celui des tubes plus courts que Vf. Duboscq joint aux saccharimètres qui sortent de ses ateliers. Il m'a paru plus commode qu'aucun autre et surtout plus propre A assurer l'uniformité de la pression exercée sur la périphérie des plaques de verre.

W Voir la note A A la fin du mémoire.

(') Il est évident que, si l'intensité lumineuse est rapidement variable dans une certaine région du spectre, lorsqu'on éteindra complètement un des rayons contenus dans cette région , l'obscurité apparente s'étendra plus loin du côté vers lequel l'intensité est décroissante que du côté opposé. Le milieu apparent de la bande obscure mobile sera donc très-

Vbbdrt, I. — Mémoires. 1 5

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polarisation successivement observés pour la raie E et la raie C; is chaque observation, la colonne de gauche contient les azimuts respondant à une direction donnée du courant; la colonne de ite contient les azimuts correspondant à la direction contraire.

f*3' a4o 35' a64°45' a54 a5' a58°io' a4o 4 7 ' a64°5t' a54°37'

i°i3' a4o°43' 964°5o' a54'a5' 958°ia' a4o°5i' 9.65° o' a54°43'

•11' 94o-4g' 964-53' 954'ai' *55° a' 95o°5 7 ' a64°55' 954°45'

9' a4o-48' 964° 49' 954°n' *58°ii' a4o°5o' a64 B 48' a54°a8'

déduit de là, pour la valeur probable du rapport des deux rotais.

IjC + C^Ca + Cj

=* o,('»oi .

par les diverses combinaisons qu'on peut faire de trois expériences cessives, une suite de valeurs comprises entre 0,590 et 0,61 3. Vfalpré ces diverses précautions, je n'ai jamais été entièrement sfait des mesures relatives aux raies C et G. Dans l'expérience it je viens de donner tous les détails, la différence entre les lec- ?s diverses d'un même azimut a atteint quelquefois 27 minutes ir la raie C, et on ne peut jjuère estimer inférieure à zt 10' la ite de l'erreur dont peut être affectée la valeur mesurée du double la rotation. En d'autres termes, il ne paraîtra pas que l'erreur

relative dont cette quantité ait chance d'être affectée soit inférieure à ^. Une erreur relative à peu près égale, correspondant à une erreur absolue beaucoup plus forte , serait manifeste dans les observations sur la raie G. Les nombres qui expriment l'erreur absolue demeurant les mêmes, ceux qui expriment Terreur relative augmenteraient encore, si l'on considérait les autres substances étudiées, qui n'ont toutes qu'un pouvoir rotatoire magnétique inférieur à celui du sulfure de carbone. En outre, l'aspect des phénomènes, une sorte d'arbitraire qui paraissait toujours subsister dans l'appréciation du milieu des bandes obscures correspondant aux raies C et G, lors même que plusieurs observations consécutives semblaient s'accorder, me faisaient craindre l'influence de quelque erreur constante, peu considérable en valeur absolue, mais assez forte cependant pour affecter la solution des questions délicates qui seront discutées plus loin. Une nouvelle modification du procédé optique a donc été nécessaire.

Quatre circonstances m'avaient paru principalement influer d'une manière fâcheuse sur la précision ou la commodité des expériences.

D'abord, pour obtenir une bande obscure mobile ayant même largeur et même intensité sur toute la hauteur du spedre, il fallait donner à l'ajustement d'un appareil compliqué, où se trouvait un long tube plein d'un liquide très-réfringent, une perfection qui se conservait diflicilcmenl pendant la durée d'une expérience entière.

En second lieu, malgré l'usage du verre rouge ou du verre bleu, les deux bords de la bande obscure étaient loin d'offrir le même aspect, lorsqu'on approchait de la raie C ou de la raie G, le spectre étant bien pur. En accroissant l'intensité du spectre par un élargissement de la fente initiale, on parvenait bien à donner à la band* 1 deux bords également tranchés, mais il est clair qu'en sacrifianl ainsi l'homogénéité de la lumière on ne savait plus si les observalions se rapportaient réellement à la raie qu'on voulait étudier.

Troisièmement, l'artifice emprunté à M. Wiedemann, qui consistait à accroître la grandeur des rotations par l'addition d'une plaque de quart/, ou d'une colonne d'eau sucrée auxiliaire, conduisait à iitoMUivr successivement la somme et la différence de deux rotations. k\M h dire \\ observer pour une même raie du spectre une bande

>bscure correspondant tour à tour à des rotations totales quelquefois rès-différcntcs entre elles, et offrant par conséquent dans les deux cas un aspect très-dissemblable. On manquait ainsi à Tune des régies essentielles de toute méthode précise, qui est de ramener, autant \ae possible, toute évaluation numérique à la différence de deux observations faites dans des conditions identiques î,J .

Quatrièmement, enfin, le grand nombre des observations nécessaires à l'élimination des erreurs accidentelles obligeait souvent à prolonger les expériences jusqu'au moment où, l'énergie de la pile étant devenue assez rapidement décroissante, l'emploi des déterminations alternées n'était plus une garantie suffisante d'exactitude.

Le premier de ces inconvénients a disparu de lui-même lorsque j'ai supprimé la fente F dont le prisme polariseur était précédé, pour recevoir le faisceau transmis par l'analyseur sur la fente du collimateur, suivi lui-même d'un prisme et d'une lunette. Il m'a été facile d'obtenir un éclairement tout à fait uniforme de la fente trèsétroite et de faible hauteur que portait le collimateur, et de déterminer sur le spectre horizontal que j'observais la production d'une bande noire verticale parfaitement identique à elle-même dans toute sa hauteur. En même temps j'ai compensé l'extrême étroitesse que doit avoir la fente d'un collimateur, en concentrant sur cette fente an moyen d'une lentille tout le faisceau transmis par l'analyseur, oo en substituant à la fente le foyer linéaire d'une lentille cylindrique à court foyer, convenablement placée par rapport à la lentille du collimateur; l'éclat du spectre est ainsi devenu tel, que les mesures relatives aux raies G et G se sont trouvées tout aussi faciles et aussi exactes que les mesures relatives aux raies D, E et F; l'usage d'une rotation auxiliaire a même été rendu inutile, dès que la rotation

C> L'artifice de M. Wiedemann ne me parait, pour les raisons qu'on vient de lire, tout à fait exact que lorsque la rotation à mesurer est petite par rapport à la rotation auxiliaire, et par conséquent très-petite en valeur absolue, c'est-à-dire dans des conditions où il est absolument indispensable d'éliminer l'influence des erreurs accidentelles par une réitération très-mullipliée des observations. Une telle réitération est facile lorsqu'il s'agit, comme dans les expériences de M. Àrndtsen sur l'acide raalique, de mesurer le pouvoir rotatoire d'une substance active. Elle est impossible lorsque la substance étudiée reçoit son pouvoir rotatoire de l'action d'une force aussi peu constante que Test celle d'un courant voltaïque de quelque puissance.

magnétique du plan de polarisation correspondant à la raie E * atteint 8 à 10 degrés. Les trois premiers inconvénients qiiejevvMb de signaler ont été ainsi écartés en même temps. Je parlerai tout à l'heure du quatrième.

Les dimensions du collimateur, le pouvoir dispersif du prisme qui fournit le spectre, et le grossissement de la lunette qui sert a l'observer, ne sont évidemment pas indifférents à la perfection des observations. Les deux derniers éléments exercent une double influence Plus, en effet, on augmente la dispersion du prisme et la puissann de la lunette, plus le spectre a de pureté, mais aussi moins il o>l intense. Il se produit donc deux effets opposés, que l'observateur doit chercher à compenser l'un avec l'autre de la manière la plu> favorable. L'appareil qui m'a donné les meilleurs résultats se composait : i° d'une lentille cylindrique en verre ordinaire, de i a millimètres de largeur et de î centimètre de foyer: a° d'une lentille collimatrice d'environ a'i centimètres de foyer; 3° d'un prisme de flinl de 6o degrés d'angle réfringent: fi° d'une lunette grossissant six fois seulement, munie en son foyer d'un diaphragme étroit qui éliminait les parties médianes et brillantes du spectre, lorsqu'on en observait les extrémités li . Les mesures qu'il m'a servi à effectuer oui constitué ma quatrième série d'expériences.

Pour corriger sûrement, dans cette quatrième série, l'influencf 1 perturbatrice des variations du courant de la bobine, j'en ai mesuré l'intensité avant et après chaque mesure de rotation, eu faisant agir directement la bobine elle-même sur un barreau aimanté très- »»Loigfié, dont la très-petite déviation était mesurée à l'aide d'une règle divisée et d'un miroir, suivant la méthode de MM. Gauss et Wiîber, el j'ai comparé la rotation observée à la moyenne de ces iu-

11 CjA appareil n'était autre chose qu'un dos spectroscopes que construit M. Dtiboscq -*ar Tw conrant de* laboratoires de chimie : dans ce spectroscope, la fente étroit' 1 ée par le foyer linéaire d'une lentille cylindrique. M. Gernez s'en était à ^** s** recherches sur le pmnotr rotatoire de la vapeur des liquida à» résultats un peu moins exacts, mais déjà fort supérieurs à ceux «ries d'expériences, atec un i;raud goniomètre de Rabinct , construit b lunette groN>i>sait vingt -deux fois, en concentrant, parunn leii- >éê fiawr. le faisceau anal) se sur la feule du collimateur, et produisant de flint de «o degrés d'ange seulement.

(ensilés {1) . J'ai pu ainsi me dispenser de cette répétition multipliée ies mesures qui avait rendu si pénibles les expériences de la troisième série sans leur donner toute l'exactitude que je cherchais.

Enfin, dans ces dernières expériences, le nombre des éléments de la pile a été porté à trente et quelquefois à quarante éléments.

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