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uvres de Édouard Grenier

Voici pourquoi j'écris les pages qui vont suivre : Je lisais tout à l'heure au coin du feu ; le livre Par deux fois est tombé de mes mains, car mes yeux Se fermaient malgré moi : c'était trop ennuyeux! Je ne dis pas de mal du sommeil, au contraire; Mais je ne puis souflFrir l'ennui, son triste frère. Huit heures ont sonné seulement au clocher : On ne peut décemment songer à se coucher.

Quant à se promener, toute seule, dans l'ombre, Le parc ou le jardin est déjà par trop sombre. Dois-je donc m'endormir, comme l'ont fait si bien Gritty, ma gouvernante, et Pyrame, mon chien, Qui tous deux devant moi sommeillent sans scrupule, Près du feu qui s'éteint, sous la lampe qui brûle? Que faire? Oh! que les soirs semblent longs en hiver ! Un livre intéressant fait de l'heure un éclair : C'est un ami qui cause et, dans un beau langage, Vous parle d'autres cieux ou de mœurs d'un autre âge: Mais ce roman inepte (écrit. Dieu sait comment!). Avec son but moral, est par trop assommant. Qui force donc les gens d'écrire de ces choses? On dirait que la vie est pour eux lettres closes. La vie! Oh! quel tissu de merveilleux romans! L'art n'en a pas de plus amers, de plus charmants. Qui le sait mieux que moi ? Pourtant je touche encore A l'aube de mes jours, du moins à leur aurore. On n'est pas vieille encor quand on n'a pas vingt ans ; Car je ne les aurai qu'à la fin du printemps, Mais déjà le malheur, l'archer sombre et terrible, A vidé son carquois sur moi : je suis sa cible Depuis l'enfance, et Dieu, père des orphelins, A voulu que de deuil tous mes jours fussent pleins.

— Si je les écrivais! Pourquoi pas? Je m'assure Qu'il est bon d'égoutter le sang de sa blessure. Afin d'en exprimer tout le venin. D'ailleurs, Puis-je vouer mes soirs à des emplois meilleurs?

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