STYLITE ARABE
Inaccessible aux bruits comme aux soins de la terre? Qui le sait ? En tout cas, l'étrange solitaire Pour rêver à son aise a bien choisi le lieu D'où l'esprit plus léger peut monter jusqu'à Dieu. A ses pieds, c'est le port et la voie élargie Qu'ouvre sans fin la mer à l'humaine énergie ; Puis la rade, le cap, le Djurjura neigeux, Enfin le ciel profond, la lumière et ses jeux; Quel vaste champ d'essor pour l'âme et la pensée ! Mais où ma fantaisie en sa course insensée M'emporte-t-elle encor ? Cet Arabe accroupi Ne pense à rien peut-être. Indolent, assoupi. Sans doute son esprit n'est qu'un froid crépuscule Où l'instinct seul domine, où seul rit et circule Le flottant souvenir des pâles voluptés Qu'hier le kiff versa dans ses membres domptés. N'importe ! mendiant stupide ou pur ascète. Cet Arabe immobile est beau pour le poète. Et tout peintre devant ses splendides haillons Sentira sous ses doigts frissonner ses crayons.
AUer. '■'