‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 108 sur 128 · LA FAUVETTE · texte numérisé non relu

LA FAUVETTE

Oh! si c'est vrai, pauvre exilée, Qui fuis comme moi nos hivers, Chère petite amie ailée, Parlons de tant d'objets si chers !

Te souviens-tu de la tourelle Qui s'avance sur le chemin, Où venait nicher l'hirondelle, Près des rosiers et du jasmin ?

Et la glycine et la bignonne Qui, jusqu'au faîte s'attachant, Couvre la maison en automne De grappes de fleurs au couchant ?

Et le jardin et la charmille, Où peut-être un jour tu nichas.

Où j'ai défendu ta famille Contre les enfants et les chats ?

Et les tombes du cimetière

Où dorment tous mes bien-aimés,-

Où sous leurs pieds m'attend ma pierre.

J'irai bientôt : Dormez 1 dormez !

356 RAYONS d'hiver

La vieille maison est fermée, Triste, elle rêve à mon retour; Aucun bruit, aucune fumée Ne trahit sa vie alentour.

Laissons-l^ dormir sous la neige, Jusqu'au printemps, et d'ici là Que Dieu me guérisse et protège Ce nid d'où sa main m'exila!

Et puisque au loin il nous rassemble.

Pauvre oiseau, je veux l'en bénir :

Tous les deux puissions-nous ensemble Au pays natal revenir !

Viens 1 tu chanteras sur les branches De mes vieux pommiers à plein vent.

Sans regretter les villas blanches, Ni cette mer au flot mouvant;

Ni ces monts à teinte opaline, Le soir au coucher du soleil, Ni la Kasbah sur sa colline D'un ton mat au marbre pareil.

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