DIEU
1-«E signal est donné; déjà gronde l'hélice; Le navire s'ébranle avec lenteur et glisse Majestueusement sur les bassins du port; Il arrondit sa courbe et met le cap au nord... Adieu, la blanche Alger et son quai magnifique ! Adieu, soleil! adieu, coteaux! adieu, l'Afrique! Ciel d'azur dont mes yeux ne se sont pas lassés, Jours d'étude et de paix si doux, si tôt passés. Même lorsque la pluie à longs flots descendue Jetait son voile gris sur la vaste étendue ! Palmiers verts aux fruits d'or frissonnant à mes pieds. Pâles soleils levants chaque jours épiés, Couchants épanouis dans un ciel d'or fluide, Dont mon frère aurait peint la profondeur limpide !
Air ^embaumé, qui viens de la mer et des monts, Rasséréner les cœurs et guérir les poumons I Rade où l'écume au bord fait un feston de franges, Kasbah, la ville étrange, aux hôtes plus étranges, Blanche villa moresque, enchantement de l'œil, Où deux peintres amis m'attendaient sur le seuil, Sidi-Ferruch, deux fois conquête de la France, Où germe en paix le prix de la persévérance, Adieu, trois fois adieu ! Vous aussi, couple aimant. Jeunes Talebs qu'unit le même sentiment. Derniers regards amis, dernières mains pressées, Adieu ! gardez au cœur mes meilleures pensées !
Mais c'en est fait. Déjà les montagnes du fond S'abaissent ; à leur pied la Kasbah se confond ; La mer, la vaste mer partout nous enveloppe... Tournons-nous vers la France et saluons l'Europe !
A bord.
360 RAYONS d'hiver
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i-« E navire grand comme une arche, Par l'œil du pilote conduit, Majestueux poursuit sa marche Dans les ténèbres de la nuit.
Ses mâts glissent sur les étoiles ; L'écume blanchit ses bossoirs; L'hélice, à la place des voiles.
Le fait bondir sur les flots noirs.
Il sait son but : sans qu'il dévie, Il se dirige vers le port.
C'est l'image de notre vie, Car mourir, c'est toucher le bord.
En mer, la nuit.
RAYONS d'hiver 361
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AYONS d'hiver! soleils de la saison dernière, Aux crépuscules courts, à la pâle lumière. Vous êtes bien l'image et le nom de ces vers, Où l'on sent trop le froid de l'âge et des hivers. Faibles et languissants, sans grâce et sans haleine, Ils ne jaillissent plus de cette source pleine Q.ui s'ouvrit largement au printemps de mes jours, Ils s'épanchent sans bruit en flots rares et courts. Pour se perdre au hasard dans le silence et l'ombre. Voici la nuit : mon âme est comme un bois plus sombre Où sur les nids déserts cesse tout chant joyeux; Le crépuscule étend son voile sur les cieux; La rosée aux rameaux en givre se balance... O Musel c'est l'hiver — et l'heure du silence.
Baume.