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V>' ÉTAIT aux premiers jours. — La terre humide encor Par d'immenses vapeurs était toujours voilée ; A peine si la nuit se montrait étoilée. Les mammouths seuls peuplaient cet étrange décor. L'océan, les forêts, les glaciers et les fleuves Régnaient seuls sous le ciel du zénith au nadir. Ignorant, dans la foi de leurs puissances neuves, Que l'homme allait enfin venir.
Ces dieux, les premiers dieux de l'aube de la terre. Vivaient épars, muets, sombres, pleins de mystère.
Or, un jour l'Océan, rassemblant tous ces dieux, Leur dit : « Vous connaissez, ô forces primitives ! « La légende qui veut que bientôt sur nos rives
« Un maître vous détrône et règne dans ces lieux. « Il est né, je l'ai vu. — J'ai découvert ce maître « Qui doit nous vaincre tous après de longs combats. « Je puis vous le montrer. — Voulez-vous le connaître « Regardez là-bas, tout là-bas ! »
Et les dieux, se levant à demi de leur siège. Regardèrent du haut de leurs trônes de neige.
« Voyez-vous sur les bords de ce fleuve inconnu « Cet animal chétif à la pâle figure, « Cet être informe et laid, rebut de la nature, « Qui sèche en plein soleil son corps à demi-nu ? « C'est l'homme! A peine né, déjà l'orgueil l'abuse; « Il prétend que lui seul possède l'avenir, « Et que la terre un jour, ou par force ou par ruse, « A lui seul doit appartenir.
— S'il veut notre pouvoir qu'il vienne donc le prendr Ricanèrent les dieux, nous saurons nous défendre 1
« — Hier, je l'ai vu de près ; voici ce qu'il m'a dit :
« L'esprit de l'homme est seul le roi de la planète.
« Il doit prendre de tout possession complète ;
« Sur la matière brute il a mis l'interdit ;
« Les choses ne sont rien que des forces inertes;
« Je saurai les soumettre à des emplois divers.
« En véritables gains il faut changer ces pertes; « Je transformerai l'univers. »
L'Océan ajouta : « L'homme dans son délire (i M'a dit encor ceci (tâchez de n'en pas rire !) :
« Je vaincrai l'Océan. Pour traverser ses eaux « Le feu me servira de rames et de voiles; « Je saurai calculer la marche des étoiles, « Et changer des marais infects en champs nouveaux : « J'abaisserai l'orgueil des monts aux fronts de neige ; « Je creuserai des lacs, je sécherai des mers ; K Je ferai plus encor ! Et même un jour, que sais-je ? « Je naviguerai dans les airs ! »
Alors un rire énorme, effroyable, unanime, Ebranlant les sept cieux, roula de cime en cime.
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