I06 FRANC IN E
'Décembre i8Si.
Il est sur la montagne une lande déserte
Que sans doute autrefois des chênes ont couverte.
Un rocher la couronne, au front sauvage et nu;
On l'appelle au pays le roc du mont Chesnu.
Hier soir, à cheval, je traversais la lande,
Au coucher du soleil; ma surprise fut grande
D'y trouver le docteur et sa mère à genoux.
Je leur criai d'en bas : « Eh quoi ! serait-ce vous ?
— Oui, dit madame Heller, de sa voix grave et tendre, Montez jusque vers nous; vous allez tout comprendre. » Sans en demander plus, je quittai l'étrier; J'attachai mon cheval près d'un genévrier;
Et me voilà grimpant le sentier de la roche.
« Venez, me dit madame HeUer, venez plus proche. »
Et, redressant sa taille, elle étendit le bras :
« Regardez, mon enfant, que voyez-vous là-bas?
— Je vois des champs, des bois, des vingtaines de lieues De grands monts se perdant au loin en lignes bleues. » Elle prit un accent encor plus solennel :
« Pouvez-vous distinguer, là-bas, plus près du ciel, Par delà tous ces monts, cette ligne qui passe Et semble regarder la France? C'est l'Alsace! Le berceau des enfants, la tombe des aïeux! » Et des pleurs lentement ruisselaient de leurs yeux.