‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 38 sur 128 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Mon morceau favori, ce thème de Mozart,

Que j'appelle à part moi la sonate aux étoiles.

Le salon est tout près ; délivrez de ses voiles

Mon pauvre piano; puis jouez au manoir

Aussi bien, s'il se peut, que chez vous, certain soir. »

Il se lève, rougit, pâlit, rougit encore;

Mais bientôt, préludant sur le clavier sonore

Par de larges accords expirants par degré.

Comme pour préparer l'âme au thème sacré.

Il joua la sonate avec un art suprême

Et si grand que Mozart l'eût admiré lui-même.

Comme le premier soir ce fut délicieux.

J'écoutai sans rien dire, en fermant les deux yeux :

La même émotion, pleine des mêmes charmes.

Ramena dans mes yeux les mêmes douces larmes.

Quand il revint, il vit mes yeux rouges : « Eh bien,

Je m'en doutais, dit-il, cela ne vous vaut rien.

— Non, non, vous vous trompez, cher docteur, répondis-je

Mozart faire du mail ce serait un prodige.

Je vous bénis tous deux pour ces divins accords;

Car ils guérissent l'âme aussi bien que le corps. »

^vril 1SS2.

Je vais bien. On me trouve embellie, éclatante ; Il se peut. Mais au fond je ne suis pas contente. 11 me semble sentir se réveiller en moi

FRAXCIXE

Ce trouble heureux du cœur, ce dangereux émoi

Qu'hélas ! je ne connais que trop, qui me rappelle

De mon double passé l'épreuve si cruelle.

Ah! cette indiflFérence et ce détachement,

Quand j'appris de Véra le grand événement.

Auraient dû m'éclairer sur l'état de mon âme.

Et me montrer l'abîme où je cours, pauvre femme !

Quoi ! j'aimerais encore ! Une troisième fois

De ce vampire affreux je subirais les lois!

Ah! misérable cœur, que rien ne rassasie,

Qui ne peut se passer de cette frénésie

Qu'on appelle l'amour et qui n'est que douleur.

Je te châtierai tant, ô misérable cœur!

Dussé-je te briser, qu'enfin, de guerre lasse,

Tu seras bien forcé de me demander grâce.

Et de me laisser vivre au gré de ma raison.

Si je veux échapper à toute trahison.

Si ce besoin d'aimer veut encor se répandre.

Je sais un digne objet où je peux me reprendre.

Puisque en soignant ainsi les pauvres, les enfants.

Contre toute faiblesse au moins je me défends.

Puisque dans le devoir je retrouve le calme.

Faisons plus, faisons mieux : cueillons toute la palme ;

Aime et sers ton pays, meurs pour l'humanité ;

Fais-toi religieuse et sœur de Charité !

Oui, c'est la voix du ciel que j'entends, Dieu m'inspire

Ici-bas tout est deuil, ennui, trouble, martyre.

Fuyons ce monde faux, et quand viendra la mort.

J'aurai déjà trouvé le refuge et le port !

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