‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 46 sur 128 · LOT 'DE TOI-TE · texte numérisé non relu

LOT 'DE TOI-TE

Lj ES uns auront des champs dont ils cueillent les gerbei D'autres, des parcs ombreux et des palais superbes, Où, fermant l'horizon pour le plaisir des yeux. Le jet d'eau du bassin s'élance jusqu'aux cieux. Les uns, malgré les vents et la fureur de l'onde, Vont sur les mers au loin chercher l'or de Golconde : D'une mer plus perfide affrontant les brisants. D'autres se font du peuple ou des rois courtisans, Ou demandent la gloire aux horreurs de la guerre. Tout le monde a sa part, ou sublime ou vulgaire, Dans les biens d'ici-bas... Moi seul n'ai-je donc rien? — Ah ! nul lot cependant n'est plus beau que le mien ! Je n'ai rien et j'ai tout; je plane sur la vie; Toute âme a son écho dans mon âme ravie; Tout s'y peint largement par son divin côté; Partout dans l'univers je cueille la beauté, Et je sais lui prêter une langue secrète : Quel sort puis-je envier? Ne suis-je pas poète?

;œ:ur simplice 167

SŒUX SIÏ\CTLICE

« Vendredi ont en lieu, dans l'église de Saint-Germaindes-Prés, les obsèques de la sœur Simplice, institutrice, victime de son dévouement.

« Voyant un chien enragé, que Ton poursuivait, arriver sur les enfants qu'elle conduisait à la promenade, elle s'était jetée au devant d'eux pour les préserver et avait été cruellement mordue aux mains par le dangereux animal.

« C'est aux suites de ces morsures, qu'après plusieurs jours de souffrances, la sœur Simplice a succombé. »

(Journaux du 2 j octobre i8jj.)

Souvent dans l'océan de l'humaine bassesse, Parmi ces flots fangeux qui s'agitent sans cesse, Comme une vision, une perle sans prix Passe et brille un instant à nos regards surpris, Et la vague l'emporte en ses replis. L'abîme Se referme, et son bruit, monotone ou sublime. Continue à bercer avec ses mille échos Nos craintes, nos espoirs, nos luttes sans repos.

l68 POÈMES ÉPARS

Car la vie, au hasard sans cesse dépensée, A tous les vents du ciel disperse la pensée. Hélas ! que de beautés nous perdons sans remords ! Et que nous savons peu nous souvenir des morts !

Je ne t'ai pas connue en ce monde, ô Simplice ! Mais je te vois tendant tes deux mains au supplice, Et regardant la mort avec tranquillité Pour sauver ces petits tremblants. à ton côté; Je te vois souriant à tes saintes blessures, Et bénissant ce mal aux atteintes trop sûres. Douce et chaste héroïne ! à l'heure de mourir. Sur ton front rayonnant le Ciel a dû s'ouvrir. Abandonnant le choeur des célestes phalanges, Les mères, les enfants dont la mort fit des anges, Sont venus t'accueillir au seuil du Paradis Et baiser en pleurant tes pauvres bras meurtris. Devant les Séraphins, l'Ange du Sacrifice A posé sa couronne à ton front, ô SimpHce ! Et le Christ, les yeux pleins d'ineffable douceur. T'a tendu les deux bras en te disant : Ma soeur!

Wù sont-ils? où sont-ils, ceux que j'ai tant aimés? Dans quels mondes lointains Dieu les a-t-il semés ?

Où sont-ils? Ici-bas je ne vois que leur tombe; Et par delà, plus rien, un voile noir qui tombe.

Où sont-ils ? où sont-ils ? Alon cœur en vain les suit ; Je n'étreins que le vide et ne vois que la nuit.

Où sont-ils? ô mon Dieu ! tout mon être t'implore : Rends-les-moi dans ton ciel pour les aimer encore !

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