‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 47 sur 128 · VUE MO%TE · texte numérisé non relu

VUE MO%TE

SU% L^4 TETIX^SSE

UUR la terrasse en fleur qu'un soleil d'or inonde, Comme dans un Eden, on plane sur le monde : La mer est à nos pieds ; jusqu'aux confins des deux Elle déroule en paix ses flots silencieux; Une lumière pure, éclatante, éthérée, Tombe d'un ciel d'azur sur la terre altérée. Qui sourit cependant d'un printemps éternel; Les grands monts aux flancs verts, au profil solennel. Majestueusement groupant leurs lignes noires, S'allongent dans les flots en mornes promontoires. Tout est fleurs et parfums, rayons, splendeurs, beauté. Et l'âme à ce bonheur qui vient de tout côté.

D'une douce langueur et d'extase saisie,

Prend dans cette lumière un bain de poésie.

— J'étais assis près d'elle et presque à ses genoux :

Le silence se fit tout à coup entre nous.

La rose qui mourait à son corsage, heureuse,

Embaumait l'air chargé de langueur amoureuse,

Et mêlait ses parfums à ceux de ses cheveux;

Ses yeux semblaient aux miens demander des aveux.

Et sur la lèvre en fleur un humide sourire

D'avance à mes baisers avait l'air de souscrire...

Je sentis que j'allais me perdre — quand soudain

Un vent frais agita les bosquets du jardin ;

Les arbres frissonnant au souffle de la brise

Semblaient me regarder de loin avec surprise;

Un oiseau, s'envolant avec un cri d'effroi,

En passant sur m.on front me dit : Prends garde à toi !

Comme un rire étouffé, les branches des yeuses

Entremêlaient au vent leurs voix mélodieuses;

J'entendis un palmier aux flexibles rameaux

Soupirer : A-t-il donc oublié tous ses maux?

L'aloès, élançant au ciel sa fleur immense

Et dont il meurt, disait : Est ce qu'on recommence?

Et les verts mimosas chargés de grappes d'or

Se demandaient entre eux : Aimerait-il encor?

Monte-Carlo.

^U 'BOTiTt T)U L^C

/Vu bord du lac tranquille Nous nous sommes assis.

Du monde et de la ville Oubliant les soucis, Loin de la foule vile Et des pavés noircis, Au bord du lac tranquille Nous nous sommes assis.

Au fond des solitudes Nous nous sommes aimés.

Loin des contacts trop rudes Et des cœurs trop fermés, Loin des inquiétudes Dont les jours sont semés, Au fond des solitudes Nous nous sommes aimés.

Chîllou.

Page 1