VIOLETTE
LJ N nom fait quelquefois toute une destinée.
C'est un charme en tous cas dont l'âme est dominée ;
L'homme, toute la vie, et même à son insu,
Subit ce joug dès l'heure où l'enfant l'a reçu.
Angélique ou mondain, favorable ou funeste,
Le nom laisse à nos jours une empreinte qui reste.
C'est comme un don de fée, un invisible appel
Q.ui vient des profondeurs de l'abîme ou du ciel;
C'est comme un vêtement pour l'âme, ou mieux, le moule
Où notre caractère insensiblement coule.
Et, revêtant enfin la forme qu'il cherchait,
Reçoit l'ineffaçable et suprême cachet.
— Ainsi j'ai rencontré, dans cette vie amère,
La très charmante enfant d'une charmante mère,
Pleine de naturel, de grâce et d'abandon,
Jolie et vraie : est-il ici-bas plus beau don ?
Ce n'est pas tout : elle a d'autres attraits encore.
Eh bien, tout ce qu'elle est, la belle enfant l'igncr Ou bien, se défiant de son jeune pouvoir, S'obstine à ne pas voir ce que chacun peut voir. Comme une fleur timide an fond des bois éclose. Que nulle brise encor n'a flattée, elle n'ose, Se regardant enfin par ses meilleurs côtés, Lever un coin du voile où dorment ses beautés. Que voulez-vous? Du nom l'influence est complète Car sa mère en naissant la nomma ; Violette.
Novembre 1880.
^4 ^iUGUSTE B^Tl'BIEX
E chemin côtoyait la mer et les presqu'îles; Toute la nuit, j'ai vu les étoiles tranquilles Sur le miroir des flots agités ou dormants Semer du haut du ciel leurs pâles diamants. La lune avait quitté l'horizon, et chacune De ses lointaines sœurs, pour combler la lacune, Semblait faire briller plus vivement encor Sur le réseau mouvant des flots son reflet d'or. Une surtout, plus grande et plus près de la terre, Allongeait jusqu'à moi son rayon solitaire Que chaque onde berçait et quittait tour à tour. Autrefois j'aurais dit : C'est l'astre de l'amour,
Et, laissant sur la mer flotter ma rêverie, J'eusse évoqué sans doute une image chérie ; A présent, vieux et sage, ou du moins à moitit Je n'ai plus d'autre étoile au ciel que l'amitié.
De Monaco à Gènes, 21 janvier 1S81.
!->' u fond de la Hongrie un appel m'est venu : Souviens-toi, disait-il ; et mon âme attendrie A, du premier regard, bien vite reconnu La main d'où me venait cette page fleurie; Et. les larmes aux yeux, je me suis souvenu Des amis exilés au fond de la Hongrie.
Du fond de la Hongrie on pense donc au Doubs! Mais moi je me souviens aussi de l'Italie, De la chère Florence aux souvenirs si doux ; Et je viens à mon tour, d'un coin de ma patrie. Vous dire tous les vœux que je forme pour vous, O chers amis, perdus au fond de la Hongrie !
Baume, ) janvier iSSj.
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.01 DE SERl
KJ le plus jeune roi de notre vieille Europe! Permets qu'une voix libre — et tendre cependant — Te parle sous le voile où le vers s'enveloppe, Et t'adresse un salut du fond de l'Occident;
Un salut et des vœux, où mon âme indiscrète Ose ajouter encor d'affectueux conseils.
Mais ils viennent du cœur, d'un Français, d'un poète, Qui jadis près des tiens a vu bien des soleils.
Tu ne me connais pas, ô roi ! mais ton aïeule Et sa mère auraient pu te dire qui je suis. Toutes les deux m'aimaient, et c'est leur ombre seule Qui me montre en ce jour Belgrade où je les suis.
Je ne sais rien de toi qu'un mot : mais qu'il me touche ! Je pourrai donc revoir ma mère : oh! ce seul cri, Le premier qui sortit de ta royale bouche, T'a gagné tous les cœurs, et nul n'en a souri.
Que tu pleures ta mère ou vives sous son aile, Garde bien dans ton sein cet amour filial ! Des -plus mâles vertus c'est la source éternelle ; C'est l'onde pure où croît la fleur de l'idéal.
Grandis, règne, deviens un roi juste et prospère; Rends ta mère et ton peuple heureux ! Voici ta loi : Sois pour ta mère un fils, pour la Serbie un père I Sois homme et reste enfant ! Reste homme et sois un roi .
Baume, 20 mars iSSç/.