‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 54 sur 128 · C^T>^D>CE E. T)E FILLE%S · texte numérisé non relu

C^T>^D>CE E. T)E FILLE%S

Vous êtes une fée, et sous votre main blanche

Le vers naît sans eflFort.

Comme l'oiseau qui vole et se pose à la branche,

Près de son nid qui dort, Votre âme ailée et vive ainsi qu'une alouette

Chante, et dans son élan Vient réveiller l'écho de la chambre muette

Où naquit VElkovan.

Merci du souvenir, merci de la visite

Au manoir maternel !

Merci du doux accent d'amitié qui palpite

Dans votre gai rappel 1 Des anges radieux qui peuplaient mon aurore,

Rêves, espoirs, amours.

Un seul, l'amitié reste ; ah 1 qu'il me reste encore,

Et longtemps et toujours !

Octobre i86}.

^ V^C^T)^C\CE E. ^^YaCO'K.T)

JL)ans votre charmante retraite

De poète, Où vous n'avez pour tout portier

Qu'un rosier,

N'entendez-vous pas, d'aventure,

Un murmure Qui s'élève et chante tout bas

Sous vos pas?

Ce n'est pas dans la blanche allée

Bien sablée Le sphinx allant de fleur en fleur;

(L'enjôleur!)

Ce n'est pas la brise qui penche

Chaque branche, Et remplit d'un concert soudain

Le jardin;

Ni la fauvette si gentille

Qui sautille En chantant sous le sombre arceau

Du berceau ;

Non ! Ce que vous pouvez entendre

Est plus tendre, Et vous parle avec un accent

Plus pressant.

C'est la voix d'un ami fidèle,

Sûre d'elle, Q.ui sans craindre un souris moqueur,

Frappe au cœur;

Et vous dit : Malgré mon silence

Et l'absence, Prenez avec mes torts- muets

Mes souhaits :

Que Dieu protège votre vie

Refleurie Comme la glycine au treillis

Près du puits;

Qu'il lui garde la quiétude De l'étude.

Et partout l'entoure à jamais ■

D'amis vrais!

Et surtout, surtout qu'il lui laisse

La tendresse De votre mère en cheveux blancs,

Bien longtemps!

Saînie-Sv^annc, i86j.

^4 EMILE oiUGIETl

rxMi, te souvient-il de nos jours de jeunesse,

Où la Ciguë éclose au souffle de Lucrèce,

La France saluait deux poètes nouveaux?

Jours heureux, aube fraîche où la Gloire en personne,

Unissant vos deux fronts sous la même couronne,

Fit deux frères de vous et non pas deux rivaux?

Ft la vie a tenu ce que promit l'aurore; l:t jusqu'au dernier jour vous vous aimiez encore ; Car je t'ai vu penché sur son lit de douleurs, l'resque à l'heure où la mort lui fermait la paupière ; Ft quand nous avons dû le coucher sous sa pierre, Fes larmes de mes yeux ont rencontré tes pleurs.

Pauvre Ponsard ! combien sa vie, hélas! fût brève 1 Ses jours brûlés au feu des passions sans trêve Venaient de ranimer leur languissant flambeau; A peine à son foyer un enfant, une femme, Versaient-ils leur fraîcheur et la paix à son âme, Qu'il lui fallut descendre en martyr au tombeau !

Qu'est-ce donc que la vie et qu'est-ce que la gloire.

S'il faut tomber ainsi, victime expiatoire,

Et se voir arracher le laurier de ses mains!

Le sort jaloux des dons que lui-même nous prête

Ne pardonne-t-il pas d'être heureux au poète,

Parce qu'il se survit dans de sûrs lendemains?

N'importe ! Aimons toujours la gloire ! Et si la vie La refuse à qui l'a comme moi poursuivie, D'autres sont plus heureux; et ce fut là ta part. Tu grandis chaque jour; la scène est ton empire. J'en suis fier; et ma gloire, à moi, c'est de me dire : Je fus l'ami d'Augier et l'ami de Ponsard.

■^CATl^iV^CE LA COC\CTESSE T)'AGOULT En quittant Salnt-Liipicin et le manoir de Roiichand.

Lj a jument fleur de pêcher

Sans broncher Emporta la carriole

Où l'on vole ;

Et j'ai pu voir de mes yeux

Curieux Le ravissant paysage

Si sauvage,

Que votre main retraça

Et fixa Dans une page modèle

Très fidèle.

2l6 POÈMESÉPARS

Sous les noirs sapins des bois

Par endroits J'ai vu la Sourde et sa rude

Solitude.

Plus loin j'ai pu voir les prés

Empourprés Par l'épilobe que j'aime

Pour vous-même.

Mais je n'ai pas reconnu

A l'oeil nu L'or blanc de la digitale

Virginale.

Tout en longeant les ravins,

Je revins Par la pensée au cher gîte

Q.ue je quitte :

Je revis le vieux manoir

Pas trop noir Parmi ses vergers suberbes

Remplis d'herbes,

L'honneur, le respect, l'amour

D'alentour; Nid caché, douce retraite

De poète,

OÙ toujours vous fait accueil,

Dès le seuil, Le cœur simple, l'àme haute

De son hôte ;

Et le vieux jardin français,

Calme et frais, A la droite et blanche allée

Bien sablée;

Où le regard dans un coin

Plonge au loin, Avec des aspects sublimes

Sur les cimes;

Où nous venions chaque jour

Faire un tour.

Pour prendre un bain de lumière

Pri manière;

Où l'on marchait si longtemps A pas lents.

En causant de toute chose Sombre ou rose,

Avec cet esprit si grand,

Ferme et franc, Où la grâce de la femme

Mit sa flamme.

Adieu, beaux jours tôt finis

Et bénis D'amitié, d'art, de lecture.

De nature !

Ma pensée ira souvent,

En rêvant, Chercher votre douce image

Sans nuage !

Ainsi contant aux forêts

Mes regrets.

Je vis sous les branches vertes

Entrouvertes

Les deux lacs bleus de Clairvaux,

Vrais jumeaux, S'étendre dans la vallée

Étalée.

Devrais-je encor de Vien,

Mal ou bien, Vous dire en mes rimes folles

Deux paroles?

Mais tout s'abrège ici-bas.

N'est-ce pas?

Il faut donc finir. En somme

Voilà comme

La jument fleur de pêcher, Sans broncher,

Emporta la carriole Où l'on vole I

De Clairvaux à Mâcoii, ^0 septembre 1S6S.

^4 [\C^4'DE0iCOISELLE V^LE'n.Tl'K.E T)E L^M^%TI'K.E

!-(' AUTRE jour, presque pris pour vous d'inquiétude J'ai troublé du chalet la blanche solitude ; La neige avait couvert les sentiers non frayés, Et dès mes premiers pas les merles effrayés Au bruit du fer sonore et tremblant de la grille. Comme un rire moqueur me lancèrent leur trille : « Oh! l'adroit visiteur, qui vient, mal à propos, Quand elle n'est pas là, troubler notre repos! » Et le long du chemin, au rebord de l'allée, Chaque arbre succombant sous la neige étalée Semblait m'interroger : « Comment! tu ne sais pas Combien de jours encore elle reste là-bas? » « Quand vient-elle? » sifflait la bise par bouffée; L'eau du petit bassin sous la glace étouffée Balbutiait tout bas : « Nous a-t-elle oubliés? «

<( Est-ce elle enfin? » criait le sable sous mes pieds.

La pelouse poudrée à frimas par la neige

Murmurait tristement : « Quand donc la reverrai-je ? »

Au treillage de fer éventré par l'obus

Le lierre épars disait : « Je ne m'attache plus :

Pourquoi faire au jardin une verte ceinture?

Quand l'enclos est désert, à quoi bon la clôture? w

Et, grave, sous son toit de neige enseveli,

Le chalet répondait : « Qui parle ici d'oubli ?

Il n'est point fait pour nous ! Cette terre est bénie :

La gloire, le malheur, la mort et le génie.

Ces messagers d'en haut vers tout élu de Dieu,

D'une empreinte éternelle ont consacré ce lieu.

Pour elle, loin de nous lorsque le sort l'attardé.

C'est auprès du tombeau que Dieu mit à sa garde ;

Car sa vie en pleurant oscillera toujours

De Saint-Point au chalet témoin des derniers jours. »

Paris, 2 janvier iSj2.

^ 3\C^T>ED,C OIS ELLE LOUISE %E^iT)

Il est des sons, des voix perdues, Qui flottent dans l'air un moment, Dont nos âmes gardent, émues.

L'écho charmant.

Il est des parfums qu'on respire

Pleins d'arômes doux et subtils ;

On rêve et l'on se prend à dire :

D'où viennent-ils?

Il est des amitiés voilées, Sons plus charmants, parfums plus doux, Dont les tendresses non parlées Planent sur nous.

^ ^C^4T>^C\CE HL^i'H.CHECOTTE

IVioN silence n'est pas ce qu'il doit vous paraître

Peut-être, Le rapide abandon d'un cœur trop tôt rempli

D'oubli.

Le silence est souvent le seul parler que l'âme

Réclame ; A l'amitié lointaine il peut prêter parfois

Sa voix.

Le silence a pour sœur la pâle rêverie,

Chérie De ceux pour qui tout mot écrit est maladroit

Et froid.

Le silence est la loi sacrée, universelle ;

C'est celle Qui régit l'axe d'or et les muets essieux

Des cieux.

Mai iSjs-

^ 5C^T)^4^CE L.A DXA%OUISE %ICCI

ELLE marquise, en commençant, Vous étiez tout feu, toute flamme; Dans une lettre comme en cent Vous donniez tout : esprit, cœur, âme.

Et dans un style ravissant.

Vous m'avez trop gâté. Madame, En commençant.

Maintenant votre ardeur se glace ; Vos lettres vont ralentissant; Chacune retarde et s'espace ; Votre style est plus languissant...

Oh ! comme on a tort d'être absent On vous néglige, et que sera-ce En vieillissant?

Mais non ! Douter est un blasphème :

C'est créer le mal qu'on pressent.

Malgré votre paresse extrême, Pour moi, tout comme en commençant, Belle marquise, je vous aime, Et je vous aimerai quand même En finissant.

Juillet i8So.

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