‹ uvres de Édouard GrenierChapitre 78 sur 128 · LE JARDIN · texte numérisé non relu

LE JARDIN

Dans l'herbe épaisse et drue éclatent, même à l'ombre. Le bougainvillia, serpentant sur les murs, Mêle ses fleurs de pourpre aux citrons déjà mûrs, Tandis que l'aloès, sur le cactus qui rampe, Dresse tout droit au ciel les grappes de sa hampe; Les rosiers renaissants qui vont fleurir encor, Les mimosas légers ornés d'aigrettes d'or, Les bambous que le vent ne laisse jamais calmes, Les dattiers étalant dans l'air leurs larges palmes, Les dragonniers rugueux aux feuilles de roseaux, Les bananiers pareils à des ailes d'oiseaux. L'anémone, la mauve et la blanche azalée, Tapissent de leurs fleurs le bord de chaque allée. Tout cela pousse, embaume et rit de toutes parts. ^Liis les vieux oliviers aux feuillages épars Sont les rois du jardin. Si sur leurs troncs arides Les siècles ont écrit leur âge avec des rides. Leur front est immortel, et, malgré les hivers. Se couronne de fleurs et de fruits toujours verts. Des lianes en troupe à leurs troncs enlacées Grimpent et, surchargeant les branches affaissées, Ainsi que des soldats qui montent à l'assaut, Vont planter leur aigrette au sommet le plus haut. On se croirait dans l'Inde ou l'Eden de la Bible.

Vous le voyez, ma vie innocente et paisible Savoure avec ivresse en ce jardin béni. Les tranquilles douceurs d'un repos infini. Rien n'y trouble la paix de l'âme ensoleillée; Nul bruit : à peine un chant d'oiseau sous la feuillée ;

Quelque chose de bon, de tendre, de calmant, Sur vous, dans cet air pur, plane invisiblement. Oui, c'est bien unEden — que Je complète en rêve, — j Carie meilleur y manque. — Eh ! quoi donc? — Vouscoï

Mustapha.

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