L^ JUIVE
l\ Blidah, l'autre jour, je passais sur la place;
Un enfant tout à coup dans mes pieds s'entrelace ;
Je me baisse, et le prends doucement par la main,
Pour l'aider à trouver plus vite son chemin.
Sa mère le suivait, qui me fit un sourire,
Et je la saluai gravement sans rien dire.
Plus loin, la retrouvant au jardin, simplement
Des beaux yeux de l'enfant je lui fis compliment;
Non sans droit; car c'était une petite fille
De cinq ans tout au plus et vraiment fort gentille.
Pour la mère, elle était grande et superbe à voir,
Une juive d'Afrique, au teint pâle, à l'oeil noir.
Magnifique à coup sûr; mais sa beauté stupide
Montrait trop que le cœur ou la tête était vide.
324 RAYOXS D HIVER \
Comme je lui parlais des beaux yeux de l'enfant, « Oh ! me répondit-elle et d'un air triomphant, Ce n'est rien; j'en avais un autre, un vrai prodige, Chacun de sa beauté subissait le prestige. On n'avait jamais vu de si joli garçon. On l'admirait partout et de telle façon Qu'à tous les coins de rue on nous arrêtait : même Un vieux riche, charmé de sa grâce suprême, Voulut me l'acheter : je refusai; j'eus tort; Car quelques mois après, le petit était mort, w Sur ce, l'inconsciente et tranquille mégère Passa, se dandinant, souriante et légère.
Blidah.
^^CICIS
v>œ:urs attendris de jeunes femmes, Ce livre vous est dédié ; Mais il est encor d'autres âmes Dont je dois bénir l'amitié.
C'est vous, amis, dont les tendresses, Avec des accents plus virils, M'ont soutenu dans mes détressés Et consolé dans mes exils.
Sans doute vos fronts plus sévères Et vos yeux ont moins de douceurs ; Mais vous êtes pour moi des frères, Comme les autres sont des sœurs.
326 RAYONS d'hiver
Mon cœur reconnaissant vous nomme Avec la même effusion :
Sourire aimant de femme ou d'homme, C'est le même divin rayon.
KH^^CSIN
o u T A COUP, cette nuit, au milieu des ténèbres, La tempête a poussé des hurlements funèbres. Le khamsin, du désert venant à fond de train. Secouait la toiture avec un bruit d'airain. Comme un vol de démons hurlant dans la mitraille, Le vent avec fureur ébranlant la muraille. Soulevait en grinçant les ais et le parquet. Tout pliait, tout pleurait, tout criait, tout craquait, J'entendais les dattiers en plaintes désolées Courber sous l'ouragan leurs palmes affolées. Je me levai, j'ouvris ma fenêtre ; un torrent D'air embrasé frappa mon visage en courant. Je croyais assister presque à la fin du monde. Mais quelle ne iat pas ma surprise profonde !
La lune rayonnait dans l'éther le plus pur; Les étoiles voguaient sur le plus sombre azur, Et le vent sous ce ciel calme, étoile, splendide, Continuait son vol eflfréné dans le vide.
Blidah.
LE GRAXD ABSENT 32c
LE GX^'N.'I) ..d'BSE'K.T
1->'axs ces vers où ton cœur respire Et se déploie à découvert, Une note manque à ta, lyre, Une voix manque à ton concert.
Ne le vois-tu pas, ô poète?
C'est l'amour 1 et ce grand absent A ta symphonie incomplète Ote tout charme et tout accent,
— Je le sais, Je le sens trop même.
Mais le cœur a beau s'enflammer, Il ne suffit pas que l'on aime :
Il faut qu'on puisse vous aimer.
On l'a mieux dit : qui donc ignore Ces vers qu'on relira toujours :
Si vous voulez que j'aime encore, Rendei-vioi l'âge des amours I