LETTRE XXV
(jointe ainsi que la suivante à colle qui pi'iîoùiie). Kenelh Di(inY A John Wau.is.
J'espère que vous avez déjà reçu ma lettre que je vous envoyais le 6 de ce mois, et dans laquelle j'avais enfermé copie d'un écrit à moi adressé, que M. Frenicle avait rédigé à la hâte, immédiatement après avoir vu la lettre dont vous m'avez fait le plaisir de m'honorer le 2 1 novembre dernier, et qui est restée si longtemps en route. Cet écrit ne contenait que ses réflexions sur la première partie de votre lettre, le temps ne lui permettant pas d'en mettre davantage. Le lendemain matin, il quitta la ville pour quelques jours; mais, à son retour, il me demanda à étudier de nouveau votre lettre, et le matin suivant me la rapporta avec le papier ci-ioclus, en réponse à la seconde partie. 11 l'a rédigé comme s'il était écrit par une personne tierce, et il désirait me
Hosted by
voir cacher son nom; c'est pour qu'on ne puisse pas croire qu'il fasse vanité de posséder des connaissances extraordinaires dans une Science dont il prétend être très ignorant, n'y ayant jamais eu aucun maître et ne l'ayant même que peu étudiée, mais s'en étant seulement occupé pour se récréer et satisfaire à la propension de son génie. Mais moi qui fais profession de candeur et manières franches en toutes choses et pour toute personne, je ne voudrais pas que vous restiez à ignorer qui est votre antagoniste, du moment où je le connais. Or, quoiqu'il ne soit, à son idée, qu'un très mince mathématicien, aujourd'hui, pour la partie qui concerne les nombres, toute la France (même M. Roberval et M. Fermât, de même que M. Descartes quand il vivait) le reconnaît comme le maître, supérieur aux autres à une énorme distance. Et surtout, ce qu'ils font avec beaucoup de travail, nombre de circuits et d'opérations, il le fait immédiatement au vu de la question, sans opération, comme s'il avait une connaissance intuitive de ces choses, et tout son embarras est pour le mettre sur le papier. Cependant j'ai longtemps débattu en moi-même si je vous enverrais ou non ces deux derniers papiers; car, quoique les expressions y soient modestes et courtoises en comparaison de ce que les savants hommes de ce pays écrivent l'un contre l'autre (comme vous pouvez le voir dans les disputes entre Gassend et Descartes, Morin et Gassend, Descartes et Fermât, Fermât et Frenicle), je réfléchis qu'elles sont plus aigres qu'il n'est d'usage en Angleterre, et que celles que j'emploierais certainement, dans un cas semblable, pour une différence d'opinion. Mais ce qai a principalement fait pencher la balance pour me décider a été la considération que, si je ne vous faisais pas voir ce que ces personnes disent contre vous, et que par suite vous ne leur répliquiez pas, elles pourraient penser qu'elles triomphent de notre nation et de notre Université, ce que, j'en suis sûr, vous empêcherez bien, dès que vous saurez ce qu'on objecte contre vous. D'autre part, j'aipensé qu'il rentre dans les égards que je vous dois et que je professe à votre endroit, que vous soyez informé de quoi que ce soit que j'apprends et qui vous concerne.
Hosted by
Il m'est dur d'arrêter ma plume quand je cause avec vous, tant j'ai de plaisir à garder, présente à ma pensée, une personne aussi éminente. Mais je ne dois pas tant m'aimer moi-même que j'abuse, pour ma satisfaction, de votre patience et de votre fatigue. Je ne veux donc pas vous incommoder plus longtemps aujourd'hui, si ce n'est pour prendre congé de vous en vous baisant les mains, et en restant
Votre très humble et très affectionné serviteur,
Kenelm Digby.
Paris, 20/10 février 1657/a.
M. Frcnicle désire beaucoup savoir quelle solution vous donnez au problème que vous proposez vous-même; vous pourrez voir alors ce qu'il pense à ce sujet.