CHAPITRE I. - INTRODUCTION
rieure de l'enceinte autant de chaleur qu'il lui en envoie. Cet effet des rayons de chaleur dans un espace donné est, à proprement parler, la mesure de la température : mais cette considération suppose la théorie mathématique delà chaleur rayonnante. Si Ton place maintenant entre le thermomètre et une partie de la surface de l'enceinte un corps M dont la température soit a, le thermomètre cessera de recevoir les rayons d'une partie de cette surface intérieure; mais ils seront remplacés par ceux qu'il recevra du corps interposé M. Un calcul facile prouve que la compensation est exacte, en sorte que l'état du thermomètre ne sera point changé. Il n'en est pas de même si la température du corps M n'est pas égale à celle de l'enceinte. Lorsqu'elle est plus grande, les rayons, que le corps interposé M envoie au thermoniètre et qui remplacent les rayons interceptés, ont plus de chaleur que ces derniers; la température du thermomètre doit donc s'élever.
Si, au contraire, le corps intermédiaire a une température moindre que a, celle du thermomètre devra s'abaisser ; car les rayons que ce corps intercepte sont remplacés par ceux qu'il envoie, c'est-à-dire par des rayons plus froids que ceux de l'enceinte; ainsi le thermomètre ne reçoit pas toute la chaleur qui serait nécessaire pour maintenir sa température a.
On a fait abstraction jusqu'ici de la faculté qu'ont toutes les surfaces de réfléchir une partie des rayons qui leur sont envoyés. Si l'on ne considérait point cette propriété, on n'aurait qu'une idée très incomplète de l'équilibre de la chaleur rayonnante.
Supposons donc que, dans la surface intérieure de l'enceinte entretenue à une température constante, il y ait une portion qui jouisse à un certain degré de la faculté dont il s'agit; chaque point de la surface réfléchissante enverra dans l'espace deux espèces de rayons : les uns sortent de l'intérieur même de la substance dont l'enceinte est formée, les autres sont seulement réfléchis par cette même surface à laquelle ils ont été envoyés. Mais en même temps que la surface repousse à l'extérieur une partie des rayons incidents, elle retient dans l'intérieur
une partie de ses propres rayons. II s*établit à cet égard une compensation exacte, c'est-à-dire que chacun des rayons propres, dont la surface empêche l'émission, est remplacé par un rayon réfléchi d'une égale intensité.
Le même résultat aurait lieu si la faculté de réfléchir les rayons affectait à un degré quelconque d'autres parties de l'enceinte, ou la superficie des corps placés dans le même espace et pan'enus à la température commune.
Ainsi la réflexion de la chaleur ne trouble point l'équilibre des températures et n'apporte, pendant que cet équilibre subsiste, aucun changement à la loi suivant laquelle l'intensité des rayons qui partent d'un même point décroit proportionnellement au sinus de l'angle d'émission.
Supposons que dans cette même enceinte, dont toutes les parties conservent la température a, on place un corps isolé M et une surface métallique polie R qui, tournant sa concavité vers le corps, réfléchisse une grande partie des rayons qu'elle en reçoit; si l'on place entre le corps M et la surface réfléchissante R un thermomètre qui occupe le foyer de ce miroir,^ on observera trois effets différents, selon que la température du corps M sera égale à la température commune a, ou sera plus grande, ou sera moindre.
Dans le premier cas, le thermomètre conserve la température a; il reçoit : i° des rayons de chaleur de toutes les parties de l'enceinte qui ne lui sont point cachées par le corps M ou par le miroir; 2^ des rayons envoyés par le corps; 3*^ ceux que la surface R envoie au foyer, soit qu'ils viennent de la masse même du miroir, soit que la surface les ait seulement réfléchis; et parmi ces derniers on peut distinguer ceux qui sont envoyés au miroir par la masse M et ceux qu'il reçoit de l'enceinte. Tous les rayons dont il s'agit proviennent des surfaces qui, d'après l'hypothèse, ont une température commune a, en sorte que le thermomètre est précisément dans le même état que si l'espace terminé par l'enceinte ne contenait point d'autre corps que lui.