‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 2)Chapitre 18 sur 51 · JOACHIM II · texte numérisé non relu

JOACHIM II

vrage de l'intérêt; en Angleterre, celui de l'amour; et en France, celui de la nouveauté ou peut-être d'une chanson. Il ne faut pas croire que Jean Huss, Luther ou Calvin, fussent des génies supérieurs; il en est des chels de sectes comme des ambassadeurs: souvent les esprits médiocres y réussissent le mieux, pourvu que les conditions qu'ils offrent soient avantageuses. Les siècles de l'ignorance étaient le règne des fanatiques et des réformateurs; il semble que l'esprit humain se soit enfin rassasié de disputes et de controverses : on laisse argumenter les théologiens et les métaphysiciens sur les bancs de l'école; et depuis que dans les pays protestants les ecclésiastiques n'ont plus rien à perdre, les chefs des nouvelles sectes n'ont plus rien à gagner.

L'électeur Joachim II acquit, par la communion sous les deux espèces, les évêchés de Brandebourg, de Havelberg et de Lebus, qu'il incorpora à la Marche.

Il n'entra point dans l'union que les princes protestants firent à Smalcalde, en i535; » et il maintint la tranquillité dans l'ÉIectorat, tandis que la guerre désolait la Saxe et les pays voisins. La guerre de religion commença en i546, et finit par la paix de Passau et d'Augsbourg.

L'empereur Charles-Quint s'était mis à la tête des catholiques: l'illustre et malheureux Jean -Frédéric, électeur de Saxe, et Philippe le Magnanime, landgrave de liesse, étaient les chefs des protestants. L'Empereur les battit en Saxe, auprès de Muhlberg. Lui et le cardinal Granvelle se servirent d'un stratagème indigne pour tromper le landgrave de Hesse : Charles - Quint se crut autorisé, par la phrase équivoque d'un sauf- conduit, à mettre le Landgrave dans la prison où il passa une grande partie de sa vie. L'électeur Joachim, qui avait été le garant de ce sauf- conduit, fut outré de ce manque de foi;, il tira son épée, dans sa colère, contre le duc d'Albe, 6 mais on les sépara. Jean -Frédéric de Saxe fut déposé; l'Empereur donna cet électorat au prince

» 37 février i53i.

6 Ambassadeur de l'Empereur à Berlin. [Le duc d'Albe n'a pas clé ambassadeur impérial à Berlin; et ce n'est pas contre lui que l'Electeur se laissa emporter jusqu'à vouloir le frapper de son épée, mais bien contre Granvelle, évéque d'Arras, à l'occasion des événements de Halle. ]

Maurice, qui était de la ligne albertine. Cependant Joachim ne se conforma point à l'Intérim, que l'Empereur avait fait publier.* Les électeurs de Saxe et de Brandebourg furent chargés par l'Empereur de mettre le siège devant Magdebourg; cette ville se rendit, après s'être défendue quatorze mois. La capitulation était conçue avec tant de douceur, que l'Empereur eut peine à la confirmer. L'archevêque de Magdebourg étant décédé, les chanoines élurent à sa place Frédéric, évêque de Havclberg, second fds de l'électeur Joachim ; et après la mort de celui-là, l'Electeur eut assez de crédit pour y faire succéder le troisième de ses fils, nommé Sigismond, qui était protestant. Ce fut cet électeur qui fit bâtir la forteresse de Spandow, en i555. L'ingénieur qui la construisit s'appelait Chiaramela. Il fallait bien que l'on fût extrêmement privé de toutes sortes d'arts dans ces temps, pour avoir recours aux étrangers dans les moindres choses. Mais comment pouvait-on défendre des places, si on ne savait pas les fortifier? Le margrave Jean, frère de l'Electeur, fit en même temps travailler aux ouvrages de Cûstrin. C'était peut-être une mode alors de fortifier les places; l'empereur Charles - Quint en donna l'exemple à Gand , à Anvers et à Milan : si l'on avait eu une idée distincte de l'usage que l'on en peut faire, on aurait eu des ingénieurs.

Joachim II obtint, en 1069, de son beau -frère Sigismond- Augustc, roi de Pologne, le droit de succéder à Albert -Frédéric de Brandebourg, duc de Prusse, au cas qu'il mourût sans héritiers; et il s'engagea de secourir la Pologne d'un certain nombre de troupes, toutes les fois qu'elle serait attaquée. Le règne de ce prince fut doux et paisible. On l'accusa de pousser la libéralité au point d'être prodigue. Il mourut en i5yi.

■ Jean, margrave <îc Ciïstrin, refusa delà manière la plus formelle de se conformer à l'Intérim. L'Electeur, son frère, convoqua au contraire les ecclésiastiques à Berlin , pour le leur faire signer. Cela donna lieu à beaucoup de mouvements divers. Leuthingeri opéra , c<l. Kt ausii. p. 218.

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