‹ Œuvres de Frédéric le Grand (volume 2)Chapitre 24 sur 51 · IU · texte numérisé non relu

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MÉMOIRES DE BRAINDEBOURG.

Sans avoir ces qualités brillantes qui enlèvent les suffrages, il possédait l'art de la cour, qui est celui de l'assiduité, de la flatterie, et, en un mot, de la bassesse ; il entra aveuglément dans les vues de son maître, persuadé que servir ses passions, c'était affermir sa fortune particulière. Kolb n'était pas assez simple pour ne pas s'apercev oir qu'il avait besoin d'un guide habile dans sa nouvelle carrière : d'Ugen, secrétaire dans le bureau des affaires étrangères, gagna sa confiance, et le dirigea avec tant de sagesse, que Kolb fut déclaré premier ministre, et qu'il fut mis à la tète du département des affaires étrangères.

Frédéric III n'était en effet flatté que par les dehors de la royauté, par le faste de la représentation, et par un certain travers de l'amour -propre qui se plaît à faire sentir aux autres leur infériorité. Ce qui fut dans son origine l'ouvrage de la vanité, se trouva dans la suite un chef-d'œuvre de politique : la royauté tira la maison de Brandebourg de ce joug de servitude où la maison d'Autriche tenait alors tous les princes d'Allemagne. C'était mie amorce que Frédéric 111 jetait à toute sa postérité, et par laquelle il semblait lui dire : «Je vous ai acquis un titre, rendezvous-en digne; j'ai jeté les fondements de votre grandeur, c'est à vous d'achever l'ouvrage. » Il employa toutes les ressources de l'intrigue, et fit jouer tous les ressorts de la politique, pour conduire son projet jusqu'à sa maturité.

C'était un préalable, dans cette affaire, de s'assurer des bonnes dispositions de l'Empereur; son approbation entraînait les suffrages de tout le corps germanique. Pour prévenir favorablement 1695. l'esprit de ce prince, l'Electeur lui remit le cercle de Schwiebus, 1694. et se contenta de l'expectative qu'on lui donna sur la principauté de Fiise a et la baronnic de Limbourg, sur lesquelles la maison électorale avait d'ailleurs des droits incontestables. Par les mêmes piincipes, les troupes brandebourgeoises servirent dans les armées impériales en Flandre, sur le Rhin et en Hongrie : les intérêts de l'Electeur, qui n'avait directement m* indirectement part à ces guerres, auraient été plutôt d'observer une exacte neutralité. Quoique Frédéric 111 eût préparé tous les moyens qui devaient mettre la dignité royale dans sa maison, il ne pouv ait pas pour- » D-Osl-Fii.sc.

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suivre ce dessein en le brusquant, et il fallait attendre que les conjonctures le favorisassent; nous verrons dans la suite comment tous les événements concoururent à lui en faciliter l'exécution.

Pendant que l'Europe était déchirée par des guerres violentes, il accommoda, à l'exemple de son père, les ducs de Mecklenbourg-Schwerin et de Strelitz, qui avaient entre eux des démêlés touchant la succession. 11 fonda l'université de Halle, et y attira d'habiles professeurs; et, afin de faciliter le commerce que cette ville fait de ses sels, il fit construire de belles écluses sur la Saale, qui la rendirent plus navigable.

Berlin vit alors une ambassade qui parut d'autant plus extra- 1697. ordinaire, qu'un nommé Le Fort représentait l'ambassadeur moscovite, et qu'il avait à sa suite le czar Pierre Alcxeiwitsch.

Ce jeune prince s'était aperçu, à force de génie, qu'il était un barbare, et que sa nation était sauvage. 11 sortit alors pour la première fois de ses Etats, ayant formé le noble projet «le s'instruire et de rapporter dans le sein de sa patrie les lumières de la raison et l'industrie, qui lui manquaient. La nature avait fait de ce prince un grand homme; mais un défaut total d'éducation l'avait laissé sauvage : de là résultait sans cesse dans sa conduite un mélange extraordinaire d'actions véritablement grandes et de singularités , de reparties spirituelles et de manières grossières, de desseins salutaires et de vengeances cruelles; il se plaignait lui-même de ce que, parvenant à policer sa nation, il ne pouvait encore dompter sa propre férocité. En morale, c'était mi phénomène bizarre qui inspirait l'admiration et l'horreur; pour ses sujets, c'était un orage dont la foudre abattait les arbres et les clochers, et dont la pluie rendait les contrées fécondes. De Berlin il se rendit en Hollande, et de là, en Angleterre.

L'Europe s'acheminait dès lors à grands pas vers la paix générale; les alliés étaient rebutés du mauvais succès de leurs armes, et Louis XIV, qui voyait Charles II, roi d'Espagne, sur son déclin et d'un tempérament à ne pas promettre une longue vie, se prêta facilement à la paix. Quoiqu'il rendît ses conquêtes presque sans restriction, il sacrifia ces avantages passagers à des desseins plus durables; il avait besoin de la paix, pour faire les préparatifs d'une guerre dont l'objet était de la dernière importance pour la

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maison de Bourbon. La paix fut conclue àRyswyk; et l'Electeur, qui n'avait concouru à cette guerre que par complaisance, n'en retira non plus aucun avantage.

Dans le Nord, Auguste de Saxe obtint la couronne de Pologne par une seconde élection, qui l'emporta sur celle du prince de Conti par les soins de Flemming, son ministre et son général, par l'approche de ses troupes, et par ses libéralités réelles, plus efficaces que les magnifiques promesses du cardinal de Polignac* Le nouveau roi de Pologne s'était épuisé par ses dépenses, ce qui 1698. l'obligea de vendre à Frédéric III l'advocatie de l'abbaye de Quedlinbourg et du Pétersberg de Halle. b

L'Électeur profita des troubles de la Pologne, et s'empara d'Elbing, pour se rembourser d'une somme que les Polonais lui devaient; on moyenna un accommodement, par lequel les Polonais lui engagèrent une couronne et des bijoux russiens, qui sont encore conservés à Kônigsberg. c Après quoi l'Électeur fit évacuer la ville, et conserva, du consentement de la République, la possession du territoire d'Elbhig.

, 7 oo. L'Europe ne tarda pas à être agitée par des troubles nouveaux au commencement de ce siècle, à cause de la succession de Charles II, roi d'Espagne, qui vint à mourir; la maison de Bourbon et celle d'Autriche se la disputaient.

On avait essayé de prévenir les guerres sanglantes auxquelles cette succession devait donner lieu. Louis XIV était convenu d'abord d'un traité de partage avec les puissances maritimes; Charles II, indigné de ce traité, avait institué par un testament le jeune prince électoral de Bavière, son neveu, héritier de tous ses Etats. Mais toutes les espérances furent trompées : le prince de Bavière mourut; on fit un second traité de partage, qui n'eut pas plus lieu que le premier. Le destin de l'Europe était d'avoir la guerre.

» I/abbc Mcichior de Polignac ne reçut le chapeau de cardinal qu'en 1713. t> Le bailliage de Pétersberg près de Halle.

c Les joyaux polonais dont il est ici question, furent remis, le 1 er février 1700, au lieutenant -général brandebourgeois de Brandt; ils furent transportes, en i 7 4i , de Pillau à Berlin, par les dragons de Miillcndorff, et par le général de cavalerie de Buddcnbrock, à qui le soin en avait été confié, et qui en reçut décharge en 1743.

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L'Empereur protestait contre tout partage ; il soutenait l'indivisibilité de la monarchie espagnole, et prétendait qu'étant d'une même maison divisée en deux branches, elles avaient droit de succéder l'une à l'autre, celle d'Espagne à celle d'Autriche, et celle d'Autriche à celle d'Espagne. L'empereur Léopold et Louis XIV étaient au même degré : tous deux petits-fils de Philippe III, tous deux avaient épousé des filles de Philippe IV. Le droit d'aînesse était dans la maison de Bourbon, et Louis XIV fondait principalement ses droits sur ce fameux testament de Charles II que le cardinal Portocarrero et son confesseur lui firent signer, agonisant et d'une main tremblante : ce testament changea la face de l'Europe.

Louis XIV céda ses droits au second de ses fils,» Philippe d'Anjou, espérant d'aplanir, par le choix de ce prince éloigné du trône de France, les difficultés et les obstacles que la jalousie de l'Europe pourrait porter à sa grandeur. Philippe passa en Espagne; il fut reconnu roi par tous les princes, à l'exception de l'empereur Joseph.

Au commencement de cette guerre, la France était au comble de sa grandeur : elle se voyait victorieuse de tous ses ennemis; la paix dcRyswyk faisait l'éloge de sa modération; Louis XIV déployait dans l'univers entier sa splendeur et sa magnificence; il était craint et respecté. La France était comme un athlète préparé seul au combat, qui entrait dans une lice où il ne paraissait encore aucun adversaire; rien n'était épargné pour les préparatifs des armements de mer et de terre, également nombreux. Dans ses plus violents efforts, cette monarchie entretint quatre cent mille combattants : mais les grands généraux étaient morts, et il se trouva, avant que le mérite de Villars se fût fait connaître, que la France avait huit cent mille bras, mais point de tête; tant il est vrai de dire que la fortune des États ne dépend souvent que d'un seul homme!

La maison d'Autriche était bien éloignée de se trouver dans une situation aussi heureuse : elle était presque épuisée par les guerres continuelles qu'elle avait soutenues; son gouvernement était dans la langueur et dans la faiblesse; et cette puissance,

a Au second (ils du Dauphin.

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jointe au corps germanique, ne pouvait rien sans le secours des Hollandais et des Anglais; mais, avec moins de ressources et de troupes que la France, elle avait à la tète de ses armées le prince Eugène de Savoie.

Le roi Guillaume, qui gouvernait l'Angleterre et la Hollande, était dans l'engourdissement de la surprise en apprenant la mort de Charles II, et il reconnut le duc d'Anjou roi d'Espagne, par une espèce de précipitation; mais dès que la réflexion l'eut ramené à sou flegme naturel, il se déclara pour la maison d'Autriche, parce que la nation anglaise le voulait, et que son intérêt semblait le demander.

Le Nord était lui-même plongé dans la guerre que Charles XII portait en Danemark. La jeunesse de ce prince avait inspiré à ses voisins l'audace de l'attaquer; mais ils trouvèrent un héros qui joignait un courage impétueux à des vengeances implacables.

Frédéric III, qui était en paix, prit part à la grande alliance qui se formait contre Louis XIV, dont le roi Guillaume était l'âme, et l'archiduc d'Autriche, le prétexte. Il prit des subsides, afin de soulager la prodigalité de sa magnificence, et il crut que les secours qu'il fournissait aux alliés lui frayeraient le chemin à la royauté. Par un effet étonnant des contradictions auxquelles l'esprit humain est sujet, ce prince qui avait l'âme si fière et si vaine, s'abaissait à se mettre aux aumônes de princes qu'il ne regardait que comme ses égaux. Toutes les offres que lui fit la France , pour le détacher des alliés , furent inutiles ; ses engagements étaient pris, et il se trouvait lié par des subsides, par son inclination et par ses espérances.

Ce fut dans ces conjonctures que se négocia à Vienne le traité de la Couronne, par lequel l'Empereur s'engagea de reconnaître Frédéric 111 roi de Prusse, moyennant qu'il lui fournît un secours de dix mille hommes, à ses dépens, pendant le cours de toute cette guerre; qu'il entretînt une compagnie de garnison à Pliilippsbourg; qu'il fut toujours de concert avec l'Empereur dans toutes les affaires de l'Empire ; que sa royauté n'altérât en rien les obligations de ses Etats d'Allemagne; qu'il renonçât au subside que la maison d'Autriche lui devait, et qu'il promît de doimcr sa voix pour l'élection des enfants mâles de l'empereur Joseph, «à moins

« qu'il n y eût des raisons graves et indispensables qui obligeassent «les électeurs d'élire un empereur d'une autre maison.»

Ce traité fut signé et ratifié : Rome cria, et Varsovie se tut; Tordre Teutonique protesta contre cet acte, et osa revendiquer la Prusse. Le roi d'Angleterre, qui ne cherchait que des ennemis à la France, les achetait à tout prix; il avait besoin des secours de l'Electeur dans la grande alliance , et il fut des premiers à le reconnaître. Le roi Auguste, qui affermissait sa couronne sur sa tête, y souscrivit; le Danemark, qui ne craignait et n'enviait que la Suède, s'y prêta facilement; Charles XII, qui soutenait une guerre difficile, ne crut pas qu'il lui convint de chicaner sur un titre pour augmenter le nombre de ses ennemis; et l'Empire fut entraîné par l'Empereur , comme on l'avait prévu.

Ainsi se termina cette grande affaire, qui avait trouvé de l'opposition dans le conseil de l'Electeur, dans les cours étrangères, chez les amis comme chez les ennemis; à laquelle il fallut une complication de circonstances aussi extraordinaires, pour qu'elle pût réussir; qu'on avait traitée de chimérique, et dont on prit bientôt une opinion différente. Le prince Eugène dit en l'apprenant : «Que l'Empereur devrait faire pendre les ministres qui «lui avaient donné un conseil aussi perfide.» Le couronnement se fit l'année suivante : le Roi, que nous appellerons désormais Fré- «7°'déric I er , se rendit en Prusse; et, dans la cérémonie du sacre, on observa qu'il se mit lui-même la couronne sur la tête. Il créa en mémoire de cet événement l'ordre des chevaliers de l'Aigle noir.

Le public ne pouvait cependant pas revenir de la prévention dans laquelle il était contre cette royauté; le bon sens du vulgaire désirait une augmentation de puissance avec une augmentation de dignité. Ceux qui n'étaient pas peuple pensaient de même; il échappa àlÉlectrice de dire à quelqu'une de ses femmes : «Quelle «était au désespoir d'aller jouer eu Prusse la reine de théâtre «vis-à-vis de son Esope.» Elle écrivit à Leibniz : «Ne croyez «pas que je préfère ces grandeurs et ces couronnes dont on fait «ici tant de cas, aux charmes des entretiens philosophiques que «nous avons eus à Charlottenbourg. » »

• Le château de Lietzenbourg , bâti par le célèbre André Schliiter , et inauguré en 1696, le jour de naissance de l'Electeur, ne reçut le nom de Charlottenbourg

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Aux pressantes sollicitations de cette princesse, se forma à 1700. Berlin l'Académie royale des Sciences, dont Leibniz fut le chef: on persuada à Frédéric 1 er qu'il convenait à sa royauté d'avoir une académie, comme on fait accroire à un nouveau noble qu'il est séant d'entretenir une meute. On se propose de parler en son lieu de cette académie avec plus d'étendue.

Le Roi s'abandonna, après son couronnement, au penchant qu'il avait aux cérémonies et à la magnificence, sans plus y mettre de bornes : à son retour de Prusse , il fit une entrée superbe à Berlin. Pendant le divertissement de ces fêtes et de ces célébrités, on apprit que Charles XII, cet Alexandre du Nord, qui aurait ressemblé en tout au roi de Macédoine, s'il eût eu sa fortune, venait de remporter sur les Saxons, auprès de Riga, une victoire complète.» Le roi de Danemark et le Czar avaient attaqué, comme on l'a dit, ce jeune héros, l'un, en Norwége, et l'autre, en Livonie : Charles XII força dans sa capitale le monarque danois à faire la paix; de là, il passa avec huit mille Suédois en Livonie, défit 170'- quatre-vingt mille Russes auprès de Narwa, et battit trente mille Saxons au passage de la Duna.

La fuite des Saxons les entraîna vers les frontières de la Prusse; Frédéric l* r en fut d'autant plus inquiet, que la plus grande partie de ses troupes servait dans les aimées impériales, et que la guerre s'approchait de son nouveau royaume : Charles XII promit cependant la neutralité pour la Prusse , en considération de l'intercession de l'Empereur, de l'Angleterre et de la Hollande.

Ces années étaient l'époque des triomphes du roi de Suède : il disposait en souverain de la Pologne; ses négociations étaient des ordres, et ses batailles, des victoires; mais ces victoires, toutes brillantes qu'elles étaient, consumaient les vainqueurs, et obligeaient le Héros à renouveler souvent ses armées. Un transport de troupes suédoises se rendit en Poméranie; Berlin en prit

que le 5 avril 170a, époque à laquelle le monarque, en mémoire de son épouse, la feue reine, accorda les droits de ville à ce château, ordonnance qui se trouve expressément répétée dans le testament du Roi, daté du 5 mai de la même année.

a Le siège de Riga traînant en longueur, Auguste II saisit un prétexte pour se retirer sans honte , le 9 septembre 1 700.

l'alarme; ces troupes n'en traversèrent pas moins l'ÉIectorat, et se rendirent en Pologne, lieu de leur destination.

Le Roi leva huit nulle hommes de nouvelles troupes; au lieu de les employer à la sûreté de ses Etats, il les envoya en Flandre à l'armée des alliés. Il se rendit lui-même au pays de Clèves, 170a. pour recueillir l'héritage de Guillaume d'Orange, roi d'Angleterre, au trône duquel Anne, seconde fille du roi Jacques, succéda. Les droits de Frédéric I er se fondaient sur le testament de Frédéric-Henri d'Orange, qui avait substitué ses Liens, au cas d'extinction des mâles, à sa fille, épouse du Grand Electeur; le roi Guillaume laissa un testament tout contraire, en faveur du prince Frison de Nassau, dont les états généraux devaient être les exécuteurs. Les biens de la succession consistaient dans la principauté d'Orange, de Meurs, et dans différentes seigneuries et fonds de terre situés en Hollande et en Zélande.

Frédéric I er menaçait de retirer ses troupes de la Flandre , si on ne lui rendait justice; cette menace persuada aux Hollandais que ses droits étaient légitimes. On parvint cependant à régler les conditions d'un accord provisionnel qui partageait l'héritage en deux parties égales : un gros diamant fut d'abord remis à Frédéric F r , et il consentit à laisser ses troupes en Flandre. Louis XIV mit le prince de Conti en possession d'Orange : le Roi s'en trouva grièvement offensé; il augmenta son armée, et prit même des troupes de Gotha et de Wolfenbûttel à son service; il déclara peu après la guerre à la France, à cause que l'armée deBoufflers avait commis quelques excès dans le pays de Clèves. Louis XIV ne s'aperçut pas qu'il eût un ennemi de plus ; et le nouveau roi fit en cela beaucoup pour sa passion, mais rien pour ses intérêts. Il manifestait sa haine pour la France dans toutes les occasions : il obligea le duc Antoine- Ulrich de Wolfenbûttel à renoncer aux engagements qu'il avait pris avec Louis XIV, après que les ducs de Hanovre et de Celle eurent dissipé les troupes qu'il entretenait au moyen des subsides français.

Dans ce temps , l'Angleterre faisait des efforts prodigieux pour la maison d'Autriche; ses flottes transportèrent l'archiduc Charles, qui depuis devint empereur, dans le royaume d'Espagne, qu'une armée anglaise devait aider à lui conquérir. L'enthousiasme de

l'Europe pour la maison d'Autriche surpassait tout ce qu'on en peut imaginer.

Tant que dura la guerre de succession, les troupes prussiennes soutinrent avec éclat la réputation qu'elles avaient acquise sous le Grand. Electeur : elles prirent Kayserswerlh près du Rhin, et dans 1703. cette action de Hochstâdt, où Villars surprit et battit Styrum, le prince d'Anhalt * fit une belle retraite avec les huit mille Prussiens qu'il commandait. Je lui ai ouï dire que, lorsqu'il s'aperçut de la confusion et de la fuite des Autrichiens, il forma un quarré de ses troupes, et traversa une grande plaine en bon ordre jusqu'à un bois qu'il gagna vers la nuit, sans que la cavalerie française osât l'entamer.

Le succès des troupes prussiennes sur le Rhin et leur bonne conduite en Souabe, ne rassurèrent pas Frédéric I" contre l'appréhension que lui donnait le voisinage des Suédois; rien ne leur résistait alors : le génie de Pierre 1 er , la magnificence d'Auguste, étaient impuissants contre la fortune de Charles XII; ce héros était à la fois plus valeureux que le Czar, et plus vigilant que le roi de Pologne. Pierre préférait la ruse à l'audace; Auguste, les plaisirs aux travaux; et Charles, l'amour de la gloire à la possession du monde entier. Les Saxons étaient souvent surpris ou battus : les Moscovites avaient appris à leurs dépens l'art de se retirer à propos; ils ne faisaient qu'une guerre d'incursions. Les armées suédoises étaient seules jusqu'alors assaillantes et victorieuses : mais Charles XII, dont l'inflexible opiniâtreté ne mollissait jamais, ne savait exécuter ses projets que par la force; il voulait assujettir les événements comme il domptait ses ennemis. Le Czar et le roi de Pologne suppléaient à cet enthousiasme de valeur par les intrigues du cabinet : ils réveillaient la jalousie de l'Europe, et suscitaient l'envie contre le bonheur d'un jeune prince ambitieux, implacable dans ses haines, et qui ne savait se venger des rois ses ennemis qu'en les détrônant.

Ces intrigues n'empêchèrent pas Frédéric I er , qui n'avait point de troupes à sa disposition, de conclure une alliance défensive avec Charles XII, qui avait une armée victorieuse dans le voisi-

•■» Lcopold, |>rincc rt'gnant d'Anhalt -Possati, alors lieutenant - général.

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nage. Frédéric I er et Stanislas reconnurent réciproquement leur royauté. Ce traité ne dura qu'autant que la fortune de Charles XII ne se démentit point.

Quoique cette alliance dût rassurer le Roi, il fournit toutes ses places de la Prusse de garnisons suffisantes, et il envoya de nouveaux sccoius à l'armée alliée, en Souabe. Ce fut dans cctle 1704. province que les Prussiens eurent une part considérable au gain de la fameuse bataille de HochsUidt. Ils étaient à la droite, sous les ordres du prince d'Anhalt, et de ce corps d'armée que le prince Eugène commandait. A la première attaque, la cavalerie et l'infanterie impériale plièrent devant les Français et les Bavarois; mais les Prussiens soutinrent le choc, et enfoncèrent les ennemis. Le prince Eugène vint se mettre à leur tête, piqué de la mauvaise manœuvre des Autrichiens; il dit qu'il voulait combattre avec de braves gens, et non pas avec des troupes qui lâchaient le pied. C'est un fait connu que mylord Marlborough prit vingt- sept bataillons et quatre régiments de dragons prisonniers dans le village de Blenheim, et que le gain de cette bataille fit perdre aux Français la Bavière et la Souabe.

Mylord Marlborough se rendit à Berlin, après avoir terminé cette glorieuse campagne, pour disposer Frédéric 1 er à l'envoi d'un corps de ses troupes en Italie. Cet Anglais, qui avait jugé des projets de Charles XII en voyant une carte géographique étendue sur sa table, pénétra facilement le caractère de Frédéric I" en jetant un regar d sur sa cour. Il était rempli de soumission et de souplesse devant ce prince; il flattait adroitement sa vanité, et s'empressait à lui présenter l'aiguière lorsqu'il se levait de table. Frédéric ne put lui résister, et il accorda aux flatteries du courtisan ce qu'il aurait peut-être refusé au mérite du grand capitaine et à l'habileté du profond politique. Le fruit de cette négociation fut que le prince d'Aidialt marcha en Italie, à la tète de huit mille hommes.

La mort de la reine Sophie -Charlotte mit alors toute la cour ï7 o5. en deuil. C'était une princesse d'un mérite distingué, qui joignait tous les appas de son sexe aux grâces de l'esprit et aux lumières de la raison. Elle avait voyagé, dans sa jeunesse, en Italie et en France, sous la conduite de ses parents; on la destinait pour le

trône de France.» Louis XIV fut touché de sa beauté; mais des raisons de politique firent échouer son mariage avec le duc de Bourgogne. Cette princesse amena en Prusse l'esprit de société, la vraie politesse, et l'amour des arts et des sciences. Elle fonda, comme on l'a dit plus haut, l'Académie royale; elle appela Leibniz et beaucoup d'autres savants à sa cour. Sa curiosité voulait saisir les première principes des choses; Leibniz, qu'elle pressait un jour sur ce sujet, lui dit: «Madame, il n'y a pas moyen de «vous contenter; vous voulez savoir le pourquoi du pourquoi. » Charlottenbourg était le rendez -vous des gens de goût; toutes sortes de divertissements et de fêtes variées à l'iniim, rendaient ce séjour délicieux et cette cour brillante.

Sophie -Charlotte avait l'âme forte; sa religion était épurée; son humeur, douce; son esprit, orné de la lecture de tous les bons livres français et italiens. Elle mourut à Hanovre, dans le sein de sa famille; on voulut introduire un ministre réformé dans son appartement : «Laissez -moi mourir, lui dit -elle, sans dis- «puter.» Une dame d'honneur qu'elle aimait beaucoup, fondait en larmes : «Ne me plaignez pas, reprit-elle , car je vais à présent «satisfaire ma curiosité sur les principes des choses, que Leibniz «n'a jamais pu m'expliquer, sur l'espace, sur l'infini, sur l'être «et sur le néant; et je prépare au roi mon époux, le spectacle «d'une pompe funèbre où il aura une nouvelle occasion de dé- « ployer sa magnificence.» Elle recommanda, en mourant, à l'Electeur, son frère, les savants qu'elle avait protégés, et les arts qu'elle avait cultivés; Frédéric I" se consola, par la cérémonie de ses obsèques, de la perte d'une épouse qu'il n'aurait jamais pu assez regretter.

En Italie, la guerre commençait à devenir plus vive. Les Prus-

1 7 05. siens que mylord Marlborough y avait fait marcher, furent battus

1 706. à Cassano avec le prince Eugène , et à Calcinato , lorsque le général

* Sophie-Charlotte n'a jamais été en Italie ; et quant à son voyage de France , elle le fit à l'Age de onxc ans, accompagnée seulement de sa mère. Elles arrivèrent le aa août 1679 chex l'abbesse de Maubuisson, so?ur delà duchesse Sophie de Hanovre, dans le couvent de Mauhuissqn, près Paris, où elles passèrent deux mois; mais il ne fut jamais question de marier Sophie - Charlotte à un prince français , car le Dauphin était fiance depuis plusieurs années avec une princesse de Bavière, qu'il épousa le 7 mars 1680, et dont il eut, en iG8a, le duc de Bourgogne.

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Revcntlow qui les commandait , y fut surpris par le grand prieur de Vendôme. Le prince Eugène pouvait être battu : mais il savait réparer ses pertes en grand homme: et l'échec de Cassano fut bientôt oublié par le gain de la fameuse bataille de Turin, auquel les Prussiens eurent une part principale.

Quoique le duc d'Orléans proposât aux Français de sortir de leurs retranchements, son a\is ne fut point suivi: La Feuillade et Marsin avaient des ordres de la cour qui portaient , à ce qu'on assure, de ne point hasarder de bataille; celle de Hôchstadt avait intimidé le conseil de Louis XIV. Les Français, qui auraient été du double supérieurs aux alliés, s'ils les avaient attaqués hors de leurs retranchements, leur furent inférieurs partout , à cause que les quartiers différents qu'ils avaient à défendre, étaient d'une étendue immense, et de plus séparés par la Doirc. Les Prussiens, qui avaient l'aile gauche de l'armée des alliés, attaquèrent la droite du retranchement français qui s'appuyait à la Doirc : le prince d'Anhalt était déjà au bord du fossé, et la résistance des ennemis ralentissait la vigueur de son attaque, lorsque trois grenadiers se glissèrent le long de la Doirc, et tournèrent le retranchement par un endroit oii il n'était pas bien appuyé à cette rivière. Tout d'un coup une voix s'entendit dans l'armée française: «Nous sommes coupés! » Elle abandonne son poste, prend la fuite; et en même temps le prince d'Anhalt escalade le retranchement, et gagne la bataille. Le prince Eugène en fit un compliment au Roi; l'éloge de ses troupes devait lui faire d'autant plus de plaisir, qu'il partait d'un prince qui devait bien s'y connaître.

Frédéric l rr fit pendant celte guerre quelques acquisitions paci- 1707. tiques: il acheta le comté de Tccklenbourg, en Westphalie, du comte de Solms-Rraunfcls; et madame de Nemours, qui était en possession de la principauté de Neufehàtel, venant de mourir, le conseil d'Etal de Neufehâtel prit la régence, et élut quelques-uns de ses membres pour juger des prétentions que le roi de Prusse formait d'un côté, et tous les parents de la maison de Longueville d'un autre. La principauté de Neufehâtel fut adjugée au Roi , comme ayant les meilleurs droils en qualité d'héritier de la maison d'Orange. Louis XIV s'éleva contre cette sentence : mais il avait de si grands intérêts à discuter, qu'ils firent évanouir I. 8

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devant eux ces petits litiges; et la souveraineté de Neufchatel fut assurée à la maison royale par la paix d'Utrccht.

Charles \II était parvenu alors au plus haut période de ses prospérités : il avait détrôné Auguste de Pologne, et lui avait prescrit les lois d'une paix dure, à Alt-Ranstâdt, au milieu de la Saxe. Le Roi voulait disposer le roi de Suède à quitter la Saxe : il lui envoya son grand maréchal Printzcn, pour le plier de ne point troubler la paix de l'Allemagne par le séjour qu'il y faisait avec ses troupes. Charles XII, qui avait d'ailleurs le dessein de quitter les Etats d'un prince qu'il avait mis aux abois, pour renouveler la même scène avec le Czar à Moscou , trouva mauvais que Printzcn lui fit de pareilles propositions, et lui demanda ironiquement si les troupes prussiennes étaient aussi bonnes que les brandebourgeoises? «Oui, Sire, lui répondit l'envoyé, elles «sont encore composées de ces vieux soldats qui se trouvèrent «à Fehrbellin.»

Charles XII obligea l'Empereur, en passant parla Silésie, à restituer cent vingt- cinq églises aux protestants de ce duché; le Pape en murmura, et n'épargna pas les protestations et les plaintes. Joseph lui répondit : «Que si le roi de Suède lui eût «proposé de se faire luthérien lui-même, il ne savait pas trop ce « qui en serait arrivé. »

1708., Ces mêmes Suédois, qui faisaient alors la terreur du Nord, rétablirent avec les Prussiens et les Hanovriens, dans la ville de Hambourg, le calme qu'une sédition populaire avait troublé. Frédéric 1" y envoya quatre mille hommes, pour soutenir les prérogatives des échevins et des syndics; il eut quelques démêlés avec ceux de Cologne, à cause que la populace de cette ville avait enfoncé les portes du résident prussien, qui tenait une chapelle réformée dans sa maison. Le Roi fit arrêter des marchandises des négociants de cette ville, qui descendaient le Rhin et passaient |>ar Wésel; et il menaça d'interdire le culte catholique dans ses Etats, comme il en avait usé lorsque l'Electeur palatin avait persécuté les protestants du Palatinat. La crainte de ces représailles fit rentrer la ville de Cologne dans son devoir, et lui apprit que la tolérance est une vertu dont il est quelquefois dangereux de s'écarter.

FRÉDÉRIC III PREMIER ROI DE PRUSSE. u5

La cour de Frédéric I ,p était alors pleine d'intrigues : l'esprit de ce prince était flottant entre les cabales de ses favoris, comme une mer agitée par des vents différents. Ceux qui l'approchaient tle plus près n'avaient que peu de génie; leurs artifices étaient grossiers, et leur manège, peu adroit; tous se haïssaient, et brûlaient en secret du désir de se supplanter: s'ils s'accordaient, ce n'était que sur une é^ale disposition de s'enrichir aux dépens de leur maître. Le Prince royal avait peine à cacher le mécontentement qu'il avait de leur conduite.

Les marques de sa mauvaise volonté leur suggérèrent le dessein d'affermir leur crédit par un nouvel appui : ils persuadèrent au Roi de passer à de troisièmes noces, quoiqu'il fût infirme, qu'il ne vécût que par l'art des médecins, et qu'il chicanât, par un reste de tempérament, un souffle de vie qu'il allait perdre. Le maréchal de Biberstcin « se chargea de celte intrigue : il représenta au Roi que le Prince royal n'aurait point d'enfants de son épouse, fille de l'électeur George de Hanovre, quoiqu'alors même elle fût enceinte; que le bonheur de ses peuples demandait qu'il songeât sérieusement à affermir sa succession; qu'il était encore vigoureux, et qu'après ce mariage, il serait sûr de voir passer à ces descendants cette couronne qui lui avait coûté tant de peine à acquérir. Ce même discours répété par différentes personnes, persuada ce bon prince qu'il était l'homme le plus vigoureux de ses Etats; les médecins achevèrent de le déterminer au mariage, en l'assurant que son tempérament souffrait du célibat. On lui choisit une princesse de Mccklenbourg-Schwerin , nommée Sophie- > 7°9- Louise, dont l'âge, les inclinations, la façon dépenser, ne s'accordaient point avec les siennes. Il n'eut d'agrément de cette union que la cérémonie des noces, qui fut célébrée avec un faste asiatique ; le reste du mariage ne fut que malheureux.

La fortimc se lassa enfin de protéger les caprices de Charles XII: il avait joui de neuf années de succès : les neuf dernières de sa vie ne furent qu'un enchaînement de revers. 11 venait de rentrer victorieux en Pologne avec une armée nombreuse, chargée de trésors, et des dépouilles des Saxons. Leipzig fut la Capoue des Suédois : soit que les délices de la Saxe eussent amolli ces vainqueurs , soit

• Le sieur Marschall de Biebersteio.

n6 MÉMOIRES DE BRANDEBOURG.

que la prospérité enflât l'audace de ce prince, et le poussât au delà de son but, il n'eut plus que des malheurs affreux à essuyer; il voulait disposer de la Russie comme de la Pologne, et détrôner le Czar comme il avait détrôné Auguste.

Dans ce dessein, il s'avança vers les frontières de la Moscovie, où deux chemins le conduisaient, l'un par la Livonie, où tous les secours de la Suède étaient à portée (#- le joindre par mer . par lequel il aurait pu s'avancer jusqu'à la nouvelle ville que le Czar fondait alors sur les bords de la Baltique, et détruire pour jamais le lien qui devait joindre la Russie avec l'Europe; l'autre chemin traversait l'Ukraine, et conduisait à Moscou par des déserts impraticables. Charles \H se détermina pour ce dernier, ou parce qu'il avait ouï dire qu'on ne vaincrait jamais les Romains que dans Rome, ou que la difficulté de l'entreprise irritât son courage, ou parce qu'il comptait sur Mazeppa, prince des Cosaques, qui lui avait promis de fournir son armée de vivres, et de le joindre avec un nombre considérable des siens. Le Czar fut averti des intrigues de ce Cosaque : il dissipa les troupes que Mazcppa assemblait, et s'empara de ses magasins; de sorte que lorsque le roi de Suède arriva dans l'Ukraine, il ne trouva que des déserts affreux, au lieu d'un pays abondant en subsistances, et un prince fugitif qui venait chercher un asile dans son camp, au lieu d'un allié puissant qui lui amenât des secours.

Ces contre -temps ne rebutèrent point Charles XII : il assiégea Poltawa, comme s'il n'eût manqué de rien; lui, qui avait été invulnérable jusqu'alors, fut blessé à la jambe, en s'amusant à reconnaître cette bicoque de trop près; son général Lewenhaupt, qui lui amenait des vivres, des munitions et un secours de treize mille hommes, fut battu par le Czar à trois reprises, et obligé, dans cette nécessité, de brûler les convois qu'il conduisait; il n'arriva au camp du Roi qu'avec trois mille hommes de troupes, exténués de fatigues, et qui augmentèrent dans le camp la disette qui y régnait.

Le Czar s'approcha bientôt de Poltawa; et dans cette plaine se donna cette bataille si célèbre, entre les deux hommes les plus singuliers de leur siècle. Charles XII, qui jusqu'alors, comme l'arbitre des destins, n'avait rien trouvé qui arrêtât ses volontés,

fit tout ce qu'on pouvait attendre d'un prince blessé et porte sur des brancards. Pierre Alexciwilsch, qui n'avait été que législateur jusqu'alors, assisté de Menschikoff, inarqua dans cette journée qu'il possédait les parties d'un grand capitaine, et que ses ennemis lui avaient appris à vaincre. Tout était fatal aux Suédois : la blessure de leur roi qiû l'empêchait d'agir, la misère qui leur otait les forces pour combattre, un corps détaché qui s'égara ic jour de cette bataille décisive, le nombre de leurs ennemis, et le temps qu'ils avaient eu d'élever des redoutes et de disposer avantageusement leurs troupes; enfin les Suédois furent, battus , et perdirent, par un instant décisif et malheureux, le fruit de neuf aimées de travaux et de tant de prodiges de valeur. Charles XII fut réduit à chercher un asile chez les Turcs : ses haines implacables le suivirent à Bcndcr, d'où il essaya vainement par ses intrigues de soulever la Porte contre les Mos^ iles; il devint ainsi la victime de son inflexibilité d'esprit, qu'on aurait appelée opiniâtreté, s'il n'eut pas été un héros. Après cette défaite, l'armée suédoise mit bas les armes devant le Czar, aux bords «lu Borysthène. connue farinée moscovite l'avait fait devant Charles XII , aux rives de la Baltique, après la bataille de Narwa.

Auguste, qui vit son antagoniste renversé, se crut dégagé de sa parole et du traité d'AIt-Ranstadt; il s'aboucha à Berlin avec le roi de Danemark et Frédéric I er , ensuite de quoi Auguste rentra avec une armée en Pologne; et le roi de Danemark attaqua les Suédois en Scanie. Frédéric I er , que ces puissances ne purent ébranler, demeura neutre.

En Pologne, tous les partisans des Suédois se tournèrent du côté des Saxons. Stanislas était auprès de l'armée suédoise que Krassow commandait. Ce général, se trouvant resserré par les Moscovites et les Saxons, traversa la Nouvelle- Marche, et se rendit à Stettin, sans qu'il en pût demander la permission à Frédéric l' r , qui voyait avec déplaisir ces passages et ces armées nombreuses dans son voisinage.

Le Roi fit un voyage à Konigsberg, où il obtint du Czar,»

» C'est à Maricnwerdcr qu'eut lieu , en octobre 1709, l'entrevue entre Frédéric 1" et Pierre le Grand. La peste avait éclate en septembre à Konigsbcrg ; et dès le mois de novembre , la ville était entièrement cernée par un cordon sanitaire.

nS

qui s'y était rendu , qu'il rétablirait le jeune duc de Courlande , neveu de Frédéric P r , dans ses Etats, à condition qu'il épouserait la nièce de Pierre Alcxeiwitsch.

Ce prince ne recevait que de bonnes nouvelles de ses troupes : elles ne se distinguèrent pas moins en Flandre qu'en Italie ; elles lirait des merveilles sous le commandement du comte de Lottum, tant à la bataille d'Oudenarde qu'au siège de Lille.

Les Français, découragés par le mauvais succès de leurs armes et par la perte de trois grandes batailles rangées, faisaient à la Haye des propositions de paix: mais la fermentation des esprits était encore trop grande, et les espérances des deux partis et leurs prétentions trop outrées pour qu'on pût parvenir à s'aceorder. Si les hommes étaient capables de raison, feraient -ils des guerres si longues, si acharnées et si onéreuses, pour en revenir tôt ou tard à des conditions de paix qui ne leur paraissent intolérables que dans les moments où la passion les gouverne, ou dans lesquels la fortune les favorise?

Les alliés ouvrirent la campagne par la prise de Tournai et la bataille de Malplaquet, où le Prince royal se trouva en personne. Le comte de Finck* eut beaucoup de part à cette victoire; il fut le premier qui força le retranchement français avec les Prussiens; il forma ses troupes sur le parapet, et de là il soutint la cavalerie impériale , que les Français repoussèrent par deux reprises, jusqu'à ce qu'un plus grand nombre de troupes se joignant aux siennes, vinrent mettre le dernier sceau à cette victoire.

En Poméranie, les Suédois faisaient appréhender par leurs démonstrations qu'ils n'eussent dessein de pénétrer en Saxe. Le Roi craignit que la guerre ne se portât enfin dans ses propres Etats; et, dans l'intention d'assoupir les troubles du Nord, il prit toutes les mesures qui pouvaient les augmenter. 11 proposa l'entretien' d'une armée de neutralité; mais celte armée ne s'assembla jamais. Krassow consentit à une suspension d'armes; Charles XII, qui l'apprit, protesta, du fond de la Bessarabie, contre toute neutralité : ce traité ébauché fut rompu, et il eut le sort de tous ces actes publics que la nécessité et l'impuissance

» Albert- Conrad, comte Finck de Finckcnstein , alors lieutenant - général.

font faire dans un temps, et que la force, secondée de conjonctures favorables, rompt dans un autre.

Du côté du Sud, la France renoua les négociations de la paix à Gcrtruydcnbcrg; et, des les premières conférences, elle s'engagea a reconnaître la royauté de Prusse et la souveraineté de Ncufehàlel. L'ouvrage de la paix avorta encore; et les Prussiens furent employés, dans cette campagne, sous le prince d'Auhall, aux sièges d'Aire et de Douai, qu'Us prirent. Le Roi déclara alors qu'il ne rendrait pas la ville de Gueldre, où il avait garnison, que les Espagnols ne lui payassent les subsides qu'ils lui devaient; et il conserva la possession de cette ville par la paix.

Dans ce temps mourut le duc de Courlandc, neveu du Roi. Les Moscovites s'emparèrent de nouveau de la Courlandc : ils prirent Elbing; mais comme le Roi avait des droits sur celte ville, un bataillon prussien y fut mis en garnison.

Le passage et le voisinage de tant d'armées avait porté la contagion en Prusse; la disette, qui commençait à s'y faire sentir vivement, augmenta la violence et le venin de la peste. Le Roi . auquel on cachait une partie du mal, abandonna ces peuples à leur infortune; et, tandis que ses revenus et ses subsides ne suffisaient pas même à la magnificence de sa dépense, il vit périr malheureusement plus de deux cent mille àmes qu'il aurait pu sauver par quelques libéralités.

Le Prince royal, révolté de la dureté que son père marquait aux Prussiens, parla fortement aux comtes de Wartenberg et de Wittgenstein, a6 afin de procurer des secours et des vivres à ces peuples, qui périssaient autant par la misère que par la contagion. Il trouva ces ministres inflexibles; ils lui refusèrent sèchement d'acheter pour dix mille écus de blé, dont on aurait au moins pu soulager les habitants de Kônigsberg. Vivement piqué de ce refus, ce prince résolut de perdre ces ministres imques ; il fil jouer toutes sortes de ressorts pour les éloigner. La fortune a ses rev ers ; la corn* a ses orages : le parti des Kameke,* envieux de la faveur de

2 & Directeurs des Gnances.

» C'est en 1710 qu'Ernest -Bogislas de Kaineke, ministre d'Etat , amena la chute du comte de Wartcnbcrg, en a fier niant à terme les bailliages et domaines royaux, qui auparavant étaient héréditaires; il lut secondé par le colonel Paul- Antoine de Kameke.

MÉMOIRES DE BRAINDEBOIRG.

Warlenberg, fut charmé (l'employer le prétexte du bien publie, pour servir aux a ues de son ambition. I n jeune courtisan de celte famille, qui jouait souvent aux échecs avec le Roi, trouva le moyen de lui faire tant d'insinuations contre ces ministres, et de lui répéter si s'ornent la même chose, que Wittgenstein fut envoyé à la forteresse de Spandow, et VVartenberg exilé. Le Roi se sépara du grand chambellan qu'il chérissait, en fondant en larmes ; Wartenberg se retira dans le Palatinat avec une pension de Aingt mille écus, et il y mourut peu après sa disgrâce.

Dans le \ord, Charles Xll avait refusé la neutralité, comme nous venons de le dire; le Czar, les rois de Pologne et de Danemark se sen irent de ee prétexte, pour l'attaquer en Poniéranie. Frédéric l ,r refusa constamment d'entrer dans cette ligue: il ne voulait point exposer ses Etats aux incursions, aux ravages et aux hasards de la guerre, et il espéra même de gagner, par sa neutralité, aux dissensions de ses voisins. Le commencement des opérations ne leur fut pas favorable : les Danois levèrent le siège de Wismar: et Auguste leva ceux de Stralsund et de Stcttiii.

Pendant que l'Europe était travaillée par ces convulsions, que l'espérance, l'intérêt et l'ambition souillaient la discorde dans les 1711. cœurs des deux partis , mourut l'empereur Joseph. L'Empire élut à sa place l'archiduc Charles, qui était alors bloqué dans Barcelone, après avoir été couronné, et chassé ensuite de Madrid après la perle de la bataille d'Almanxa.

La mort de Joseph aplanit le chemin à la paix générale : les Anglais, qui commençaient à se lasser de tant de dépenses, ouvrirent les yeux sur l'objet de celte guerre, à mesure que les nuages de leur enthousiasme vinrent à se dissiper; ils se comainquirent que la maison d'Autriche serait assez puissante en conservant ses pays héréditaires, le royaume de \aples, le Milanais et la Flandre: et ils se disposèrent à tenir des conférences à l treehl, dans le dessein de faire la paix.

Le Roi qui désirait de terminer les démêlés de la succession d'Orange par un traité définitif, se rendit dans le pays de Clèves pour régler cette affaire a>ec le prince de Frise : mais ce malheureux prince se no\a au passage duMœrd^k, en voulant se rendre à la Haye. En revanche, Frédéric I er fit une autre acquisition par

l'extinction des comtes de Mansfeld : ce pays fut mis en séquestre entre les mains du roi de Prusse et de l'électeur de Saxe; la régence prussienne se tint à Mansfeld. et la saxonne, à Eisleben.

Cependant tout s'acheminait insensiblement à la paix : les 1712. conférences continuaient à Ltrccht; les comtes de Donhoff, de Melternieh et de Bieberstein s'y rendirent en qualité de plénipotentiaires du Roi.

Pendant qu'on tenait ces conférences, il arriva en Angleterre une révolution dont l'Europe accusa le maréchal de Tallard. qui avait été prisonnier à Londres. Soit que ce maréchal ou que ce qu'on appelle le hasard en fût la cause, le parti de mylord Marlborough fut culbuté : ceux de la nation qui désiraient la paix remportèrent; le duc d'Ormond eut le commandement des troupes anglaises en Flandre, et il se sépara des alliés au commencement de la campagne. Le prince Eugène, quoiq n'affaibli par la défection des Anglais, continua l'offensive; le prince d'Anhalt et les Prussiens furent chargés du siège de Landrecies : mais Villars marcha à Denain, fondit sur le camp que mylord Albemarle y commandait, et le battit avant que le prince Eugène pût le secourir. Cette victoire remit au pouvoir des Français Marchicnncs, le Quesnoi, Douai et Bouchaiu.

Les alliés suivirent l'exemple des Anglais, et songèrent sérieusement à la paix : l'Empereur était le seul qui voulût continuer la guerre, soit que la lenteur de son conseil n'eût pas le temps de se décider, ou que ce prince se crût assez fort pour résister seul à Louis XIV; sa condition n'en devint que plus mauvaise.

Le Roi lit alors surprendre la garnison hollandaise qui était à Meurs, et maintint par la possession les droits qu'il avait sur cette place.

Mais les sentiments pacifiques du Sud n'influèrent point sur le .Nord : le roi de Danemark entra dans le duché de Brème et prit Stade; le Czar et le roi de Pologne tentèrent une descente dans file de Riïgcn, que les bonnes mesures des Suédois firent manquer. Les alliés ne furent pas plus heureux au siège de Stralsund, qu'ils fui eut obligés de lever. Stenbock venait de remporter une victoire sur les Saxons et sur les Danois, à Gadebusch, dans le Mecklenbourg; et un renfort de dix mille Suédois étant arrivé

laa MÉMOIRES DE BRANDEBOURG.

en Poméranic , tout le pays fut délivré d'ennemis. Les Danois, obligés d'abandonner Rostock, remirent cette ville aux troupes du Roi, comme directeur du cercle de la Basse -Saxe : mais les Suédois en délogèrent les Prussiens. La neutralité du Roi n'en souffrit aucune atteinte; et il continua de négocier, afin de porter les esprits à quelque conciliation, et pour conjurer les orages qui s assemblaient autour de ses Etats.

Au commencement de 17 13, Frédéric T r mourut d une maladie lente qui avait depuis longtemps miné ses jours ; il ne vit point la consommation de la paix, ni le rétablissement du repos dans son voisinage.

Il eut trois femmes: la première fut une princesse de liesse, dont il eut une fille , mariée au prince héréditaire de Hesse à présent roi de Suède; a 7 Sophie-Charlotte de Hanovre mit au monde Frédéric -Guillaume, qui lui succéda; et il répudia la troisième, qui était une princesse de Mecklcnbourg, à cause de sa démence. Caractère. Nous venons de voir tous les événements de la vie de Frédéric I er ; il ne nous reste qu'à jeter rapidement quelques regards sur sa personne et sur son caractère. 11 était petit et contrefait; avec un air de fierté, il avait une physionomie commune. Son âme était comme les miroirs, qui réfléchissent tous les objets qui se présentent; flexible à toutes les impressions qu'on lui donnait, ceux qui avaient gagné mi certain ascendant sur lui , savaient animer ou calmer son esprit, emporté par caprice, doux par nonchalance. Il confondait les choses vaines avec la véritable grandeur, plus attaché à l'éclat qui éblouit, qu'à l'utile qui n'est que solide : il sacrifia trente mille hommes de ses sujets dans les différentes guerres de l'Empereur et des alliés, afin de se procurer la royauté; et il ne désirait celte dignité avec tant d'empressement, qu'afin de contenter son goût pour le cérémonial, et de justifier par des prétextes spécieux ses fastueuses dissipations. Il était magnifique et généreux; mais à quel prix n'acheta-t-il pas le plaisir de contenter ses passions? il trafiquait du sang de ses peuples avec les Anglais et les Hollandais, comme ces Tartares vagabonds qui vendent leurs troupeaux aux bouchers de la Podolie pour les égorger. Lorsqu'il vint en Hollande pour recueillir la succession

a 7 L'an 1701.

FREDERIC III PREMIER ROI DE PRUSSE. ia3

du roi Guillaume, il fut sur le point de retirer ses troupes de Flandre : on lui remit un gros brillant de cette succession; et les quinze mille hommes se firent tuer au service des alliés.

Les préjugés du vulgaire semblent favoriser la magnificence des princes : mais autre est la libéralité d'un particulier, et autre est celle d'un souverain. Un prince est le premier serviteur et le premier magistrat de l'État; il lui doit compte de l'usage qu'il fait des impôts; il les lève, afin de pouvoir défendre l'État par le moyen des troupes qu'il entretient, afin de soutenir la dignité dont il est revêtu, de récompenser les services et le mérite, d'établir en quelque sorte un équilibre entre les riches et les obérés, de soulager les malheureux en tout genre et de toute espèce, afin de mettre de la magnificence en tout ce qui intéresse le corps de l'État en général. Si le souverain a l'esprit éclairé et le cœur droit, il dirigera toutes ses dépenses à l'utilité du public et au plus grand avantage de ses peuples.

La magnificence qu'aimait Frédéric Y T n'était pas de ce genre, c'était plutôt la dissipation d'un prince vain et prodigue : sa cour était une des plus superbes de l'Europe; ses ambassades étaient aussi magnifiques que celles des Portugais; il foulait les pauvres, afin d'engraisser les riches; ses favoris recevaient de fortes pensions, tandis que ses peuples étaient dans la misère; ses bâtiments étaient somptueux, ses fêtes, superbes; ses écuries et ses offices tenaient plutôt du faste asiatique , que de la dignité européenne. Ses libéralités paraissaient plutôt l'effet du hasard, que celui d'un choix judicieux : ses domestiques faisaient leur fortune , lorsqu'ils avaient souffert des premières saillies de son emportement; il donna un fief de quarante mille écus à un chasseur qui lui fit tirer un cerf de haute ramure. La bizarrerie de sa dépense ne frappe jamais plus vivement, que lorsqu'on en compare la totalité avec celle de ses revenus, et qu'on ne fait de toute sa vie qu'un seul tableau; on est alors étonné de voir des parties d'un corps gigantesque à côté de membres desséchés qui périssent. Ce prince voulut engager ses domaines de la principauté de Halbcrstadt aux Hollandais, afin d'acheter le fameux Pitt, brillant dont Louis XV fit l'acquisition du temps de la régence; et il vendait vingt mille hommes aux alliés, pour avoir le nom d'en entretenir trente mille.

i2* MÉMOIRES DE BRANDEBOURG.

Sa cour était comme une grande rivière qui absorbe l'eau de tous les petits ruisseaux: ses favoris regorgeaient de ses libéralités, et ses profusions coûtaient chaque joui* des sommes immenses, tandis que la Prusse et la Lithuanic étaient abandonnées à la famine et à la contagion, sans que ce monarque généreux daignât les secourir : un prince avare est pour ses peuples comme un médecin qui laisse étouffer un malade dans son sang: le prodigue est comme celui qui le tue à force de le saigner.

Frédéric I" n'eut jamais d'inclinations constantes, soit qu'il se . repentît de son mauvais choix, soit qu'il n'eût point d'indulgence pour les faiblesses humaines : depuis le baron de Danckelman jusqu'au comte de Wartenbcrg, ses favoris curent tous une fin malheureuse.

Son esprit faible et superstitieux avait un attachement singulier pour le calvinisme, auquel il aurait voulu ramener toutes les autres religions: il est à croire qu'il aurait été persécuteur, si les prêtres se fussent avisés de joindre des cérémonies aux persécutions; il composa un livre de prières, que pour son honneur on n'imprima pas. «

Si Frédéric 1"" est digne de louange, c'est pour avoir toujours conservé ses Etats en paix, tandis que ceux de ses voisins étaient ravagés par la guerre; pour avoir eu le cœur naturellement bon, et, si l'on veut, pour n'avoir pas donné d'atteintes à la vertu conjugale: enfui il était grand dans les petites choses, et petit dans les grandes; et son malheur a voulu qu'il fût placé dans l'histoire entre un père et un fils dont les talents supérieurs le font éclipser.

» On ne connaît aucun livre de prières compose par Frédéric 1"; il e\Ute seulement une pièce détachée, qui a pour titre : Ein Kiinigliches Gebel, welches Seine Koniglkhe Majeslûl Friedrich , der erslc chrislliche Kîittig iit l'reussen . nm dritten T tige nnch Deru Krïmung iind Salhnng selksl gemacht . und eigenhi'indig aufgeseizi , auf tdlergruïdigslen Befehl mieder aufgeleget. (Prière royale, que sa majesté royale Frédéric, premier roi chrétien de Prusse, a composée lui - même trois jours après son couronnement et son sacre, et écrite de sa propre main; publiée de nouveau par son très- gracieux commandement.) 1708, 14 pages in-8.

FRÉDÉRIC - GU ILLAUME

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