DE LA RELIGION SOIS LE PAGANISME
Le Brandebourg a suivi les cultes différents des divers peuples qui l'ont habité : les Teutons, qui furent ses plus anciens habitants, adoraient un dieu nommé Tuiston; César « dit que c'est le l)is-pater engendré par la Terre, et qui avait lui-même un fils nommé Man.
Le culte que les Germains rendaient à leurs dieux, était proportionné à leurs mœurs simples, mais sauvages et grossières: ils s'assemblaient dans des bois sacrés, chantaient des hymnes à l'honneur de leurs idoles, et leur sacrifiaient même des victimes humaines.
» César, dans La Guerre des Gaules, livre VI. chapitre. 18. dit seulement : •Les Gaulois se vantent d'être descendus de l'hiton:» In fin de cet alinéa a été puisé par le Roi dans la Germanie de Tacite, chapitre a.
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11 n'y avait point de contrée qui n'eût son dieu particulier: les Vaudales en avaient un nommé Triglaf. On en trouva encore un au llarlungerberg, auprès de Brandebourg: il était représenté avec trois tètes, ce qui inarquait qu'il régnait au ciel, sur la terre et dans les enfers; 3 ' c'était apparemment la Trinité du paganisme. Tacite rapporte que les Germains avaient un certain nombre de chevaux blancs qu'ils croyaient être instruits des mystères de leurs dieux, et qu'on nourrissait pour la déesse Tripla un cheval noir qui passait pour l'interprète de ses volontés.» Ces peuples adoraient aussi des serpents, et l'on punissait de mort ceux qui en tuaient. 3 »
Dans le cinquième siècle, les Vandales abandonnèrent leur patrie, pour inonder la France, l'Espagne et même l'Afrique. 33 Les Saxons, qui revenaient alors d'Angleterre, lireut tuie descente à l'embouchure de l'Elbe, et prirent possession de ces contrées entre l'Elbe, la Spréc et l'Oder, que les naturels du pays avaient abandonnées; leurs dieux et leur religion passèrent avec eux dans le Brandebourg. La principale de leurs idoles s'appelait lrmansaulc, ce qui signiiie colonne d'irmau. Les savants étymologistes d'Allemagne n'ont pas manqué de faire dériver le nom d'irmau, de Hermès, qui est le même que le Mercure des Grecs et des Egyptiens : il est connu à tous ceux qui sont versés dans la littérature allemande, que c'est une fantaisie générale parmi leurs savants, de trouver des rapports entre les divinités de la Germanie et celles des Egyptiens, des Grecs, et des Romains.
11 n'est malheureusement que trop vrai que l'erreur et la superstition semblent cire le par tage de l'humanité : tous les peuples ont eu la même pente pour l'idolâtrie; et, comme ils ont tous à peu près les mêmes passions, les effets n'out pas manqué d'y répondre. La crainte donna le jour à la crédulité, cl l'amourpropre intéressa bientôt le ciel au destin des hommes : de là
3i Yalcntin ah Eickslct.
» Tacite, dans son livre De la Germanie, chap. 10, parle en cITct des chevaux blancs dont il est ici question . mais il uc dit rien d'un chexal noir, en parlant, au chap. 4«'. de la déesse Hertha.
Olaus, Arnkicl.
M Orosc et Grégoire de Tours.
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naquirent tous ces cultes différents, qui n'étaient, à proprement parler, que des soumissions, modifiées en cent façons extravagantes, pour apaiser la colère céleste, dont on redoutait les effets. La raison humaine, altérée et abrutie par la terreur que toutes sortes de grandes calamités lui inspiraient, ne savait à qui se prendre pour se rassurer contre ses craintes; et, comme les malades ont recours à tous les remèdes, pour essayer s ils n'en trouveront point un qui les guérisse, le genre humain supposa, dans son aveuglement, une essence divine et une vertu secourahle dans tous les objets «le la nature : depuis les plus sublimes jusqu aux plus abjects, tout fut adoré; l'encens fuma pour des champignons; le crocodile eut des autels; les statues des grands hommes qui les premiers avaient gouverné des nations, eurent des temples et des sacrificateurs; et, dans les temps où des afllictions générales désolaient un pays, la superstition redoublait.
Les savants allemands ont raison de dire, en ce sens, que la superstition est la même chez toutes les nations; mais quoiqu'elle soit en général une suite de la crédulité, elle se manifeste cependant sous des nuances variées à l'infini, et proportionnées au génie des nations. J'aurais peine à me persuader que les fables ingénieuses des Grecs, Minerve, Vénus, et Apollon, eussent été connues, dans ce pays, du temps du paganisme; mais nos profonds étymologistes ne s'embarrassent pas des vraisemblances : ils croient ennoblir leur mythologie, en donnant à leurs dieux des origines grecques ou romaines, comme si le nom de ces peuples pouvait rendre l'idolâtrie plus respectable, et que l'extravagance des Grecs valût mieux que celle des Allemands.
Irmansâule n'était pas le seul dieu des Saxons; on trouv a sous une de leurs idoles l'inscription suivante : «Je lus autrefois le duc « des Saxons, j'en suis devenu le dieu. » Angélus soutient qu'ils adoraient le Soleil sous la forme d'une tète radieuse, et que cette idole donna son nom à la ville de Sonnenbourg, où elle était placée.»
* Angélus rapporte, conformément au récit ne Christoph Entzelt, qu'on n fait dériver ic nom de Soltwcdel de celui du dieu Sol, adoré, dit -on, par les anciens habitants du lieu, qui étaient païens. Dans Angélus, il n'est pas question de Sonnenbourg; mais l' Enchainurr , après avoir parlé des Saxons, de leurs dieux, de leurs idoles, et en particulier de la colonne d'irmen, dit, p. 8: «Ils
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Le même; auteur » prétend qu'ils adoraient de même Vénus représentée à demi -nue, ayant la mamelle gauche percée par mie flèche, et trois Grâces, plus petites quelle, qui l'entouraient: ces peuples la nommaient Magada, ce qui veut dire fille, et Angélus « assure qu'elle donna son nom à Magdebourg où elle avait ses autels ; 3 4 on voyait encore des ruines de son temple dans cette ville, avant que Tilly l'eût saccagée. Ce qui parait de plus remarquable dans le culte que les Saxons rendaient à cette divinité, étaient les jeux qu'ils célébraient en son honneur. Ils consistaient en des tournois que faisaient tous les jeunes gens des bourgades voisines : ils déposaient mie somme d'argent entre les mains des juges, pour doter une jeune iille, qui était donnée en mariage comme le prix dû à celui qui l'avait emporté à la joute. Les Annales de Magdebourg témoignent que ces jeux se célébraient encore, comme des restes du paganisme, l'année 1279 et l'année i38j.
Le luxe s'introduisit dans la religion lorsque les richesses augmentèrent. Anciennement les peuples tenaient qu'il n'était pas convenable de placer leurs dieux dans des temples bâtis de mains d'hommes, et ils les adoraient dans leurs bois sacrés; 35 mais, à mesure que les mœurs s'adoucirent, leurs dieux vinrent habiter les villes. Cependant l'ancien usage ne fut pas entièrement aboli; car on trouve que Charlemagnc défendit aux Saxons d'adorer des chênes, et de les arroser du sang des victimes.
Les prêtres de ces temps étaient plus artificieux et plus fourbes que le peuple; outre leur sacerdoce, ils exerçaient une triple charlatanerie : ils fabriquaient des oracles, et se mêlaient d'astrologie et de médecine.3<> 11 ne fallait pas tant de ruses, pour abuser ce peuple imbécillc et grossier; aussi fut -il bien difficile de détruire une religion ancrée par tant de superstitions dans les esprits. Toute l'Allemagne était encore attachée au culte
• avaient, outre cela, le dieu Sol, Sonne, dont la ville de Sonnonbourg a pris ■son nom. » Le Roi a souligne le passage de sa propre main, en y ajoutant le mot lieliginn.
* Le Roi veut dire Pomarius.
34 Atumles de Magdebourg.
35 Lindenbrog.
i6 Freiushemius [ Trithemius ) et Sclituidt.
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des idoles, quand Charlcmagnc et, après lui, Henri l'Oiseleur entreprirent de convertir ces peuples : après bien des efforts inutiles, ils n'y réussirent qu'en noyant l'idolâtrie dans des torrents de sang humain . qu'ils versèrent.