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DE LA RELIGION
religion à toutes les diètes de l'Empire; mais toutes ces tentatives furent inutiles : il s'ensuivit enfin une guerre cruelle et sanglante, qui s'apaisa et se ranima à différentes reprises. L'ambition des empereurs, qui voulaient opprimer la liberté des princes et la conscience des peuples, l'alluma souvent; mais la rivalité de la France et l'ambition de Gustave-Adolphe, roi de Suède, sauvèrent l'Allemagne et la religion du despotisme de la maison d'Autriche.
Les électeurs de Brandebourg se conduisirent dans ces troubles avec sagesse: ils furent modérés et tolérants. Frédéric-Guillaume, qui avait acquis, par la paix de Westphalie, des provinces qui lui donnaient des sujets catholiques, ne les persécuta point; il permit même à quelques familles juives de s'établir daus ses Etats, et leur accorda des synagogues.
Frédéric 1 er fit quelquefois fermer les églises catholiques, par représailles des persécutions que l'Electeur palatin fit souffrir à ses sujets protestants; mais le libre exercice de religion fut toujours rendu aux catholiques. Les réformés essayèrent de persécuter les luthériens dans le Brandebourg; ils profitèrent des dispositions où le Roi était en leur faveur, pour établir des prêtres réformés dans des villages où il y en avait eu de luthériens; ce qui prouve bien que la religion ne détruit pas les passions dans les hommes, et que les gens d'Eglise, de quelque opinion qu'ils soient, sont toujours prêts à opprimer leurs adversaires, quand ils se croient les plus forts.
Il est honteux à l'esprit humain d'avouer qu'au commencement d'un siècle aussi éclairé que l'est le xvm e , toutes sortes de superstitions ridicides se soient encore conservées; les gens raisonnables, comme les esprits faibles, croyaient encore aux revenants. Je ne sais qu'elle tradition populaire portait qu'un spectre blanc se faisait voir à Berlin toutes les fois qu'un prince de la maison devait mourir : le feu roi fit saisir et punir un malheureux qui avait joué le revenant; les esprits, rebutés d'une aussi mauvaise réception, ne se montrèrent plus, et le public fut désabusé.
En 1708, une femme, qui avait le malheur d'être vieille, fut bridée comme sorcière. « Ces suites barbares de l'ignorance affec-
» On ne peut établir sur aucun témoignage authentique qu'une sorcière ail été brûlée en 1708: de plus, Thomasiu» commença déjà en 1701 sa polémique
tèrent vivement Thomasius, savant professeur de Halle: il couvrit de ridicule les juges et les procès de sorcellerie; il tint des conférences publiques sur les causes physiques et naturelles des choses, et déclama si fort, qu'on eut honte de continuer l'usage de ces procès; et, depuis lui, le sexe put vieillir et mourir eu paix.
De tous les savants qui ont illustré l'Allemagne, Leibniz et Thomasius rendirent les plus grands services à l'esprit humain : ils enseignèrent les routes par lesquelles la raison doit se conduire pour parvenir a la vérité; ils combattirent les préjugés de toute espèce; ils en appelèrent, dans tous leurs ouvrages, à l'analogie et a l'expérience, qui sont les deux béquilles avec lesquelles nous nous traînons dans la carrière du raisonnement; et ils lirent nombre de disciples.
Les réformés devinrent plus pacifiques sous le règne de Frédéric-Guillaume , et les querelles de religion cessèrent. Les luthériens profitèrent de ce calme : Francke, ministre de leur parti, établit, sans y mettre du sien, un collège à Halle, où se formaient déjeunes théologiens, et dont sortirent dans la suite des essaims de prêtres, qui formèrent une secte de luthériens rigides, auxquels il ne manquait que le tombeau de saint Paris,» et un abbé Bécherandb pour gambader dessus; ce sont des jansénistes protestants, qui se distinguent des autres par leurs rigidités mystiques. Depuis parurent toutes sortes de quakers , les zinxendorffiens , les gichteliens, sectes plus ridicules les unes que les autres, qui, outrant les principes de la primitive Eglise, 5 ' tombèrent dans des abus criminels.
contre les procès de sorcellerie , qui lurent restreints , en Prusse , par la sage ordonnance du i3 décembre 1 7 14-
■ François de Paris, diacre de la paroisse de Saint -Médard à Paris, mort le 1" mai 1727, était un prêtre jésuite , qui hita sa mort par des mortiBcations volontaires; il passait alors pour un saint, et l'on croyait généralement que des miracles avaient lieu sur son tombeau.
b Cet abbé avait une jambe plus courte que l'autre; et, pour l'allonger, il allait gambader sur le tombeau du diacre Pâris. Ce fut lui qui le premier eut des convulsions, en 1731. Arrêté et mis à Saint -Lazare en février 178a, il ne recouvra sa liberté que le 5 avril de la même .innée.
5" La communauté des biens et l'égalité des conditions ; on dit même qu'ils usent également des femmes dans leurs assemblées.
Ï)E LA RELIGION
Toutes ces sectes vivent ici en paix, et contribuent également au bonheur de l'Etat. Il ri y a aucune religion qui , sur le sujet «le la morale, s écarte beaucoup des autres; ainsi elles peuvent être toutes égales au gouvernement, qui, eonséquemment, laisse à un chacun la liberté d'aller au ciel par quel chemin il lui plaît : qu'il soit bon citoyen, c'est tout ce qu'on lui demande. Le Taux zèle est un tyran qui dépeuple les provinces : la tolérance est une tendre mère qui les soigne et les fait fleurir.
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