EPOQUE TROISIEME
L'empereur Sigismond débrouilla ce chaos, en conférant le Brandebourg et la dignité électorale à Frédéric de Hohcnzollcrn, burgrave de Muremberg. Ce prince exigea l'hommage de ses nouveaux sujets; mais le peuple , qui ne connaissait que des maîtres cruels, eut de la peine à se soumettre à celte domination douce et légitime. Frédéric 1" réduisit les gentilshommes à l'obéissance, par la terreur que répandit le gros canon avec lequel il forçait les châteaux des rebelles: ce canon était une pièce tic vingt- quatre livres, en quoi consistait toute son artillerie. L'esprit de sédition ne se perdit pas si vile: les bourgeois de Berlin se révoltèrent à différentes reprises contre leurs magistrats : Frédéric II apaisa ces émeutes avec douceur et sagesse.
La nécessité obligea ce prince d'hypothéquer les péages de Schivelbein et de Drambourg au sieur Denis d'Ostcn, pour obtenir la somme de mille cinq cents florins, dont il avait besoin pour se rendre à la dièle de Nuremberg.
Les choses restèrent dans cette situation jusqu'à Jean le Cicéron : cet électeur lit les premiers efforts pour tirer le peuple de son imbécillité et de son ignorance. C'était beaucoup, dans ce temps de ténèbres, de s'apercevoir qu'on était ignorant. Quoique cette première aurore du bon esprit ne fût qu'un faible crépuscule, elle produisit toutefois la fondation de l'université de
» HoltzcndorlT.
Francfort -sur- l'Oder. 5 9 Conrad Wimpina. professeur de Leipzig, devint le premier recteur de cette nouvelle université, et il en dressa les statuts. Mille étudiants se firent inscrire dès la première année dans les fastes de l'université.
Il arriva, pour les progrès des sciences, que Joachim Nestor les protégea autant que son père; c'était le Léon X du Brandebourg : il possédait les mathématiques, l'astronomie et l'histoire: il parlait avec facilité le français, f italien et le latin: il aimait les belles-lettres . et il lit des dépenses considérables pour encourager ceux qui s'y appliquaient.
Ce n'était pas l'ouvrage d'un jour, que de civiliser une nation qui avait été sauvage pendant tant de siècles: il faut bien du temps pour que la douceur du commerce des sciences se communique à tout un peuple. Les jeunes gens étudiaient, à la vérité; mais ceux qui étaient d'un âge mûr. demeuraient attachés à leurs anciens usages et à leur grossièreté: les nobles volaient encore sur les grands chemins; la dépravation des mœurs était si générale en Allemagne, que la diète de l'Empire, assemblée à Trêves, voulant y mettre un frein, défendit de blasphémer, et de s'abandonner à ces excès de débauche qui ravalent l'humanité et rendent les hommes inférieurs aux animaux.
11 y avait dès lors des vignes plantées dans l'Électorat; le baril de vin se vendait de ce temps à trente gros, et le boisseau de seigle, à vingt et un liards : les espèces commençaient à circuler davantage. Joachim Nestor fit même construire quelques bâtiments, entre autres le château de Potsdam. Tout le monde était habillé à l'allemande, ce qui répond à peu près à l'ancien habillement espagnol : les hommes portaient des pourpoints et de larges fraises; les princes, les comtes et les chevaliers portaient des chaînes d'or au cou; Gt> il n'était permis aux gentilshommes que d'avoir trois amicaux d'or à la cravate; l'habillement des femmes ressemblait à celui des Augsbourgeoises ou des filles de Strasbourg.
On commença enfin à connaître un certain luxe, proportionné à ces temps; mais comme on ne trouve point que l'industrie ni le
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60 Lockelius.
commerce du Brandebourg fissent des progrès à proportion des dépenses, l'augmentation des richesses et leur cause demeurent un problème difficile à résoudre.
Dès l'année i5(io. on s'aperçoit d'une grande différence dans les dépenses des électeiu-s; car lorsque Joachim II se rendit à la dicte de Francfort, 1 *' il eut soixante-huit gentilshommes à sa suite, et quatre cent cinquante-deux chevaux dans ses équipages/» * Le grand jeu s'introduisit à Berlin au retour de ce voyage; celle mode passa de la cour à la ville, où on fut obligé de la défendre, à cause que quelques bourgeois avaient perdu plus de mille écus dans une séance.
Les Annales disent qu'au mariage de Joachim II avec Sophie." fille de Sigismond, roi de Pologne, l'Electeur coucha la nuit des noces, armé de toutes pièces, auprès de sa jeune épouse, comme si les tendres combats de l'amour demandaient des préparatifs aussi redoutables. Un mélange de férocité et de magnificence entrait dans toutes les coutumes de ces temps : ces singularités venaient de ce que le siècle voulait sortir de la barbarie ; il cherchait le bon chemin et le manquait; sa grossièreté confondait les cérémonies avec la politesse, la magnificence avec la dignité, les débauches avec le plaisir, la pédanterie avec le savoir, et les platitudes grossières des bouffons avec les ingénieuses saillies de l'esprit.
On doit rapporter au règne de Joachim II la fondation de l'université de Kônigsberg par Albert de Prusse.
Les dépenses allèrent toujours en augmentant : Jean - George fit des obsèques superbes à son père: c'est la première pompe funèbre accompagnée de magnificence dont l'histoire de Brandebourg fait mention. Le goût des fêles était la passion de ce prince: il aimait à donner sa grandeur en spectacle. Il célébra 63 la naissance de l'ainé de ses princes par des fêles qui durèrent quatre jours. Ces divertissements consistaient dans des tour-
6 » En i56a, convoquée par l'empereur Ferdinand pour l'éleclion d'un roi des Romains.