DU BRANDEBOURG
Lorsque le Brandebourg était païen, il fut gouverné par des druides, comme toute F Allemagne Fêtait anciennement. Sous les Vandales, les Teutons et les Suèvcs, leurs princes étaient proprement les généraux de la nation : ils s'appelaient Fursten, ce qui signifie conducteurs. Les empereurs qui domptèrent ces barbares , établirent des gouverneurs de frontières, qu'on nommait Margraves, pour tenir en bride cette nation belliqueuse, et fierc de sa liberté. Il nous reste si peu de mémoires de ces temps reculés, que, pour ne point mêler de fables à l'histoire, nous ne ferons mention que du gouvernement de l'Electorat sous les princes de la maison de fiohenzollern.
Du temps que les burgraves de Nuremberg s'établirent dans la Marche, les gentilshommes, devenus sauvages sous les dernières régences, leur refusèrent l'hommage. Cette noblesse , soutenue dans son indépendance par les ducs de Poméranic, devenait redoutable à son souverain : les grandes familles étaient puissantes; elles armaient leurs sujets; elles se faisaient la guerre, et elles détroussaient même les passants sur les grands chemins; des châteaux massifs et entourés de fossés leur servaient de repaires. Ces petits tyrans, ayant partagé entra eux l'autorité légitime, foulaient impunément ceux qui cultivaient les champs; et, comme il n'y avait point de domination assez bien établie pour I. 16
a 4a DU GOUVERNEMENT DU BRANDEBOURG
faire respecter les lois, le pays était dans le désordre et dans la plus affreuse misère. Les grandes familles qui s'élevèrent pendant cette anarchie, furent les Quitzow, les Putlitz, les Brcdow, les Holtzcndorff, les Uchtenhagen, les Torgow, lesArnim, les Rochow, et les seigneurs de Hohenstein ; ce fut à celles-là que l'électeur Frédéric I" eut affaire.
Quoique Frédéric I" les soumît, les états restèrent toujours maîtres du gouvernement : ils accordaient les subsides; ils réglaient les impots ; ils fixaient le nombre des troupes , qu'on ne levait que dans les extrémités, et les payaient; on les consultait sur les mesures qu'il convenait de prendre pour la défense du pays; et c'était par leurs avis que s'administraient les lois et la police.
L'histoire nous fournit plus d'un exemple du pouvoir des états. L'électeur Albert Achille devait cent mille florins : 7 3 il pria les états de se charger de ce payement. Pour cet effet, ils imposèrent une taxe sur la bière, qu'ils n'accordèrent que pour sept ans; a ils la haussèrent dans la suite, et elle devint l'origine de ce qu'on appelle la Landschaft, ou la Banque publique.
Du temps de l'électeur Joachim I",74 les états levèrent une taxe sur les moulins, sur les censés et sur les bergeries, pour soudoyer deux cents cavabers que ce prince envoyait à l'Empereur contre les Infidèles.
Sous l'électeur Joachim II, le crédit des états était si puissant, qu'ils dégagèrent quelques bailliages sur lesquels ce prince avait contracté des dettes, à condition que ni lui ni ses successeurs ne pourraient dorénavant emprunter dessus, ni les aliéner. L'Electeur les consultait sur toutes les affaires, et leur promit même de ne rien entreprendre sans leur consentement. Les états entrèrent
7^ En 1472.
» La taxe sur ln bière (die Jiirrzicse), levée pour la première fois en 1467, puis en 147a, ne fut fuée pour sept années qu'en i488. En 1 5 1 3 , elle l'ut établie à perpétuité.
7» En i53o. | Nous devons à la source historique <l*où le Roi a tiré lui-même ces faits sans les reproduire exactement, les indications suivantes: «En 1627, «les états accordèrent une taxe qui devait être payée pendant trois ans, pour
• l'entretien des deux cents cavaliers que les étals devaient fournir contre les •Turcs.» - «Les états assemblés à Bcrnau en ■ 544 • consentirent à une ta se
• pour augmenter le produit des contributions. Elle devait se lever sur les terres,
• censés ( Hcbungen ), moulins , et aur les bergeries. • J
SOUS LA DYNASTIE DES HOHENZOLLERN. a43
en correspondance avec Charles V, et lui marquèrent qu'ils ne trouvaient pas à propos que l'Électeur se rendit à la diète de l'Empire ; aussi Joachim II se dispensa-t-il de ce voyage.
Jean-Sigismond et George-Guillaume 7 5 conférèrent avec eux sur le sujet de la succession de Juliers et de Bcrg, et les états nommèrent quatre députés qui suivirent la cour, tant pour lui servir de conseil, que pour être employés à des négociations, et à l'usage que les circonstances pourraient demander pour le service de ces princes.
George - Guillaume consulta les états pour la dernière fois, 7** pour savoir s'ils trouvaient bon que l'Electeur fit alliance avec les Suédois, en leur remettant ses places, ou s'il devait suivre le parti de l'Empereur. Depuis, Schwartzenberg, ministre tout-puissant d'un prince faible, attira à sa personne toute l'autorité du souverain et des états : il imposa des contributions de sa propre autorité; et il ne resta aux états, de cette puissance dont ils n'avaient jamais abusé, que le mérite d'une soumission aveugle aux ordres de la cour.
Les électeurs n'avaient eu d'autre conseil que les états jusqu'au règne de Joachim -Frédéric : ce prince forma un conseil composé du ministre de la justice, du ministre des finances, de celui qui avait les affaires de l'Empire, et du maréchal de la cour; un statthalter y présidait. De ce conseil émanaient toutes les sentences en dernier ressort, les ordres tant au civil qu'au militaire, les règlements de la police ; et c'était lui également qui dressait l'instruction des ministres qui étaient employés à des cours étrangères. Lorsqu'un voyage ou la guerre obligeait l'Electeur à quitter ses États, ce conseil exerçait les fonctions de la souveraineté : il donnait des audiences aux ministres étrangers; il avait, en un mot, le même pouvoir que la régence d'une minorité pendant la tutelle d'im prince.
Le pouvoir du premier ministre et du conseil était presque
75 En i6a8. [En 1609, 1610, 1628, 1639.]
7<> En i63i. (En i63o. L'électeur George- Guillaume appela, en 1 634 et en i635 , les états à délibérer sur les traités de Pirna et de Prague. Le Grand Électeur les convoqua également en i643, au sujet de la trêve conclue avec les Suédois : mais il ne parait pas qu'on les ait consultés sur le traité de paix qui se négociait en Westphalie.j