DISCOURS SUR LA GUERRE
pièce de rauthenticité de lamelle nous avions toujours douté. Une circonstance ajoutait k notre incertitude : c'est qu'il nous avait été impossible de découvrir dans la correspondance de Frédéric aucun témoignage qui s'y rapportât. Enfîn, nous avons eu le bonheur de trouver dans la Gazette littérarre de Berh'rK A Berlin, 1766, in-4» t. II, p. 3/i— 36, un article sur cet ouvrage, par Joseph Du Krcsne de Franrheville , conseiller aulitjue, membre de rAcadéiaie royale des sciences et belles - lelli es , et lédacteui' de ce journal. M. de Franche\iUe intercale dans sa critique rAvertisscmoit et trois passages de Técrit anonyme, et dédare ei^ positivement que c*est le prince Guillaume- Adolphe de ftuoswic-Liinebourg qui est l'auteur du Discours sur la guerre, publié ches Samuel li^tra, libraire çri>4légl(' lu RoL A Ber^ lin, 1765, trente -huit pages in -8, avec titre gravé. Il avait déjà donné dans la feuille XI de sa Gazette littéraire de fierlin (lundi u juin 17G4) un article sur la première édition du Discours, ouvrage qui parut d'abord sous le titre d'Lioqe de la guerre. A Konigsberg dans la Nouvelle -Marche, 1764» vingt -huit pages in-4. Cette
DE L'ÉDITEUR
eâition s*aiinonc« elle-même au lecteur comme les prémices d'un jeune liomme, qui demande modestement qu'on ait de Tindul^ce
pour son ouvrage.
M. de Franrhpvi!l« . tjui connaissait à fond h lilt'Tahire de son temps, avail été chargé par Voltaire, en lySi, de soigner ia première édition du Siècie de Louis XIV^ et par Frédéric le Grand tie sui veiller l'iiupression des Œuvres du Philosophe de Sans -Soucia ainsi que de V Extrait tiré des CommeaÉaires du dtevaHer Fohrd sur l'Histoire de Pofy6e. Voyez CEuwes de Vidtaire, édition Beuchot, t. XX, p. S^a, et t LV, p. 699; Correspottdunee entre Frédéric II ei le marquis d'ArgenSy A Konigsberg, 1798, t I, p. 4S; et Frieâriek der Grosse als Schriftstellery par J.-D.-E. Preuss, p. aSa.
1! existP encore d»Mî\ autorités très-respectables en faveur de noire conviction relativement avi véritable auteur du Discours sur lu i^uerre. Ce sont les Nouveaux Mémoires de l'Académie royale des sciences et i/eiies- lettres. Année 1771; et Tabbé Denina, La Prusse littéraire sous FrédâielL A Berlin, 1790, t. I, p. 3oo (.^de GuSaoume- Adolphe ^ prùiee de Bmnswic), Le premier de eea recueUs renferme, enive autres, un Éloge du prince GwMaume-Aâoiphe de Brunswie où Ton trouve ce passage , p. 38 : «H aimait la guerre au point d'en être le pané^^iste. «£t quoiqu'il ait soutenu un paradoie dans le petit éerit ou il la •présente comme un bien, comme tme source d'avantages, il a su
• au moins lui donner une face spécieuse. ^ Voici ce que le secoml déclare : «Le premier essai de ses occupations littéraires fut luie Ira- ■ duclion de Salluste, qui mérita l'approbalion du Roi son oncle. 11
• fit ensuite un Discours sur la guerre, pour faire sa cour au Roi, «dans Taimée duquel il avait aussi pris service.»
Au reste, à l'époque même ou l'auteur du Discours s'érigeait en panégyriste de la gloire militaire, le héros de la guerre de sept ans exprimait de tout autres idées dans les demib^s lignes du récit qu'il a fait de celte mémorable lutte. Api es en avoir exposé les nusères et les désastreux effets, il ajoute: «Veuille le rie! f]Mf ]c destin inaltérable «et florissant de cet Etat mette les souverains qui le gouverneront, à
• l'abri des lléaux et des calamités dont la Prusse a souffert dans ces
• temps» de subversion et de troubles. • 11 est bien clair que Frédéric, heureux d'avoir conclu la pux de Hubertsbourg, n'aurait pas choisi ce moment pour faire l'élire de la gume, dont il savait peindre les désastres avec tant d'énergie» II est beaucoup plus naturel d'at' tribuer le Disemtrs sur la guerre k un jeune prince désireux de manifester ainsi son esprit belliqueux à son entrée dans la carrière des armes. Le prince Guillaume- Adolphe, né le 18 mai 1745, de\ int colonel prussien le 25 juin 17G3; le 2r) juillet suivant, chef du léj^iment d'infanterie n" 3(), en garnison à liiinigsberg dans la Nouveile-Marcbe,
AVERTISSEMENT DE L'ÉDITELR.
et vacant depuis la mort glorieuse <Iu dite François de Bninswic (t IV, p. 21 3). Le i'' octobre, il fut fait chevalier de l'Aigle noir; enfin, le i3 décembre 17G4, il fut ôlu par acdamation membre honoraire de l'Académie des scirnces de Berlin.
Tflles sont les raisons qui nous f)nt * i kj, à retrancher le Discours sur la guerre du catalot;ue des œu%res autlienti(|ties de Frédéric, parmi lesquelles, depuis ij8(^ justj^u'ici, il a figuré dans toutes les éditions et dans toutes let tradttcttont aUcmandeg des Œinm» du Roi , sans que cette erreur eAt été relevée par la critique. Ainsi, dans Touvrage de If. de Etohm intitulé, DaAwurdigkùtat. memer ZdL Lemgo et Hannover, 1819, U V, p. 1 17, on trouve une critique du JXtcours sur la guerre en tét« d'un catalogue raisonné de (|uatre écrits militaires de Frédéric (Sdtrijtm zur Kriegswissenschajt gehorig).
Il sera sans doute as^réable aux amis de la littérature de voir comment Frédéric a parlé de la guerre à diverses époques de sa vie. A la fletir de l'â^e, il s'élevait avec force dans VAnlimarhiuicI (t. \ lll, p. lOo, et y. 297) contre toutes les guerres qui ne sonL pas «conformes à la justice et à l'équité; » dans ses plus beaux jours de Sans- Souci, U chantait ÏArt de la guerre; au déclin de sa vie, enfin, pendant sa lutte avec les encyclopédistes, nous lui voyons défendra avec enthousiasme les gens de guerre ses ea^rère», dans V Examen de l'Essai sar les préjugés et dans le Dialogue des morts entre le juinee Emènef mjrûnd Marlùoroughf et le prince de LUMensiein*
Berlin, ce 92 février i84&
J.-D.-E. Preuss,
Historkifiaplic d« Brandebourg.
MIROIR DES PRUNGES,
OU